‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 293 sur 416 · G. Villani, 1. X, c · texte numérisé non relu

G. Villani, 1. X, c

2. 11 était à Trente dés le 24 décembre 1329. Durant le séjour de Louis à Pise, — si l'on en croit certains textes et, en particulier, la chronique de Henri de Herford (voy. G. Muller, ouvr. cité, t. I, p. 218, 374), — Jean XXII y aurait été brûlé en effigie par ordre soit de l'antipape, soit de l'empereur. Nous inclinerions plutôt à penser avec Gregorovius [Storia di Roma, t. VI, p. 183) que le fait se serait passé à Rome. Mais le fait lui-même nous paraît douteux, en ce que Pierre de Corbière ne le mentionne pas dans sa Confession, qae Jean XXII ne le mentionne non plus dans aucune de ses lettres, et que Villani, dontles récits sont si remplis de détails, n'en parle pas davantage.

3. Les envoyés d'Azzo Visconti s'étaient présentés à Avignon dès le mois de septembre 1329. Raynald. eod. anno, n» lo. Cf. anno 1330, n» 37.

4. Raynald. anno 1330, n- 40. Gregorovius, Storia di Roma, t. VI, p. 204.

soumission. Il est vrai que la présence à Rome de nombreuses troupes napolitaines ne fut pas sans influer sur leurs dispositions. Dans une assemblée au Gapitole, ils prêtèrent, par l'organe de leurs délégués, serment d'obéissance à Jean XXII comme au pape légitime et le reconnurent pour seigneur de leur cité. Ils firent plus; ils nommèrent des syndics chargés de porter au pontife un « acte d'abjuration ». Dans cet acte, où ils désavouaient leur conduite passée, ils déclaraient que les empereurs n'avaient aucun droit de déposer et d'instituer les papes, et que toute doctrine contraire était une hérésie; que l'élection des papes appartenait, non au clergé et au peuple de Rome, mais au collège des cardinaux ; qu'enfin le peuple romain n'avait pas qualité pour couronner l'empereur, et qu'il ne pouvait reconnaître comme tel que le souverain accepté par le saint-siège K

Aussitôt que Jean avait vu les événements en Italie tourner contre Louis de Bavière, il avait agi, de son côté, pour en étendre les effets. Il avait cherché d'abord à enlever à l'empereur l'appui des Francisjcains. Déjà, par une bulle récemment publiée, il avait condamné Michel de Césène comme « hérésiarque et schismatique » et l'avait déclaré, à ce titre, privé de toute dignité -. Il provoqua alors la réunion à Paris d'un chapitre des Frères mineurs, qui, travaillés par la cour d'Avignon et las sans doute eux-mêmes d'une résistance désormais inutile, reconnurent Jean XXII « comme seul et véritable pape », confirmèrent sa sentence contre Michel de Césène et, déposant celui-ci du généralat, élurent à sa place un docteur de Paris, le frère Eudes, dévoué au chef de l'Eglise ^ Quelques mois après, le 16 novembre 1321), le pontife publiait une autre bulle ou plutôt un traité sur la pauvreté

i. Les divers articles de cette « abjuratio » se trouvent reproduits dans la lettre du pape aux Romains du 13 février 1330. Voy. Theiner, Corf. dipl. dom. lemp. t. I, p. o69-o73. — Gregorovius, ibid. p. 207, 208.

2. 20 avril 1329. Raynald. eod. anno, n" 21. Cf. une autre bulle du 6 juin

3. Wading. Annal, minor. anno 1329, n" 7. Ce chapitre se tint le 11 juin 1329.

La Go or de Rome. — T. II. 27

de Jcsiis-Glirist et, par ses habiles explications, seiriblait mettre fin au diiïérend qui s'était élevé à ce sujet entre lui et l'ordre de saint François'. Ce qui montrait bien qu'il y avait là plus qu'une dispute de mots et que celte querelle, par ses conséquences, touchait aux prétentions temporelles du saintsiège, c'était le soin que prenait le pape, dans cette bulle, d'établir des principes favorables à ces prétentions. Il s'attachait à détnonlrer que Jésus-Christ, dont il était le représentant en ce monde, n'avait eu sans doute, comme homme, que la propriété de certaines choses particulières ^, et que, dans son humanité, il avait été le modèle de la pauvreté parfaite; mais que, comme fils de Dieu, il était roi et seigneur de l'univers et avait la propriété de toutes les choses temporelles. Il rappelait les prophéties annonçant la royauté du Messie et son empire sur toutes les nations de la terre. Il interprétait enfin celte parole Mon royaume n'est pas de ce monde, en disant que Jésus-Christ tenait sa royauté, non des hommes, mais de Dieu; interprétation subtile à laquelle n'avaient jamais songé les anciens Pères, et qui prouvait à quel point s'était altéré, dans ce qu'on appelait encore l'Église romaine, le sens de l'Évangile.

Troublé de ces rapides et nombreuses défections, Louis de Bavière, qui s'était alors retiré en ses États héréditaires à Munich, parut disposé à entrer dans la voie des accommodements. Frédéric d'Autriche venait de mourir ^ et il craignait, non sans raison, que cette mort ne fût pour le pape une occasion de tenter contre lui de nouvelles entreprises en Allemagne. Au mois de mai 1330, par l'entremise de Jean, roi de Bohème, qu'il avait nommé son vicaire en Italie afin

4. Bulle Quia vir repi'obus. Elle ne remplit pas moins de vingt-cinq pages dans Raynald. anno 1329, n" 22-68.

2. Parmi ces choses, le pape compte notamment les vêtements et les chaussures en s'appuyant sur ce passage des Évangiles o Partiti sinit vestiinenta niea, » et sur cet autre « Joan. Daptisla de eo dixit : cujus non sum dignus calceamenta solvere. »

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