‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 296 sur 416 · Baluze, ibid. p · texte numérisé non relu

Baluze, ibid. p

4. « Tractatur ut familiaris, sed custoditur ut hostis. » Bernard. Guid. apud Baluze, ibid. p. loi.

5. Raynald. anno 1330, n° 26. Les cardinaux de l'antipape furent les uns graciés, d'autres déposés ; d'autres se réfugièrent en Allemagne.

détacher de l'Empire. Moins habile que Philippe le Bel, il n'avait même tiré aucun avantage personnel de la lutte qu'à son exemple il avait entreprise contre le chef de l'Église. De même que Philippe, il s'était engagé dans cette lutte sans aucune vue de réformes, contrairement aux espérances que, sous ce rapport, avaient paru fonder sur lui les prélats, les moines ou les laïques qui s'étaient attachés à sa fortune. Toutefois, comme Philippe et malgré l'avorlement de ses projets, il laissait le saint-siège plus amoindri en réahté qu'il ne l'était au début des événements. Cette couronne impériale reçue à Rome au nom du peuple et de la main d'un séculier, ce pontife non plus seulement accusé d'hérésie, mais publiquement déclaré hérétique, cette sentence de déposition prononcée par l'empereur, la nomination d'un autre pape, tout cela, en montrant ce qu'il était possible d'oser contre le saint-siège, était par cela même une preuve de sa faiblesse.

Ramenée à sa véritable signification, cette entreprise de Louis de Bavière n'avait été, à l'imitation de celle de Philippe le Bel, qu'une réaction de la royauté allemande contre la prépondérance pontificale; à quoi il faut ajouter qu'elle coïncidait également avec une lutte plus générale de la société civile contre les pouvoirs ecclésiastiques. Cette lutte avait pris alors un caractère de vivacité et une extension qu'elle n'avait pas eus encore. De même que les princes paraissaient enfin résolus, en ce qui regardait leur couronne, à se rendre indépendants du saint-siège, tout montrait que la société laïque voulait, dans l'ordre temporel, se rendre indépendante de l'épiscopat. En France, où l'on était resté étranger, sinon indifférent, à la querelle de Louis de Bavière, ce mouvement était plus particulièrement prononcé. Non seulement, comme au siècle précédent, des ligues se formaient entre séculiers pour résister à l'autorité épiscopale, mais les barons s'unissaient ouvertement, pour la combattre, avec les officiers du roi. En vain les évoques lançaient excommunication sur excommunication. Que si, alléguant les privilèges de

leur église, ils prétendaient, eu dehors du domaine spirituel, faire acte de juridiction, on les contraignait à représenter les titres qui établissaient leur droit. Il y a plus; on interceptait, on déchirait leurs mandements, et les messagers qui en étaient porteurs étaient le plus souvent maltraités, parfois même arrêtés et jetés en prison \

A la vérité, on dépit des progrès qu'avait pu faire l'autorité séculière, représentée alors tant par ce qu'on appelait la justice du roi que par celle des seigneurs, les prétentions de l'épiscopat étaient encore si considérables, que, dans nombre de cas, on ne pouvait se soustraire à sa juridiction que par la violence. L'Église ne se bornait pas à vouloir, comme autrefois, juger seule ses propres membres; il suffisait à un séculier de se dire clerc ou, ce qui était fréquent dans les classes populaires, de porter la marque de la tonsure, pour qu'il ne pût être enlevé à sa juridiction. D'un autre côté, tout laïque, mis en cause par un clerc, était obligé de comparaître devant les tribunaux ecclésiastiques; et, entre laïques même, si l'un d'eux appelait à la cour de l'évèque, c'était assez pour que celle-ci se regardât comme saisie. L'Église ne laissait pas non plus d'intervenir de sa propre autorité dans les actes les plus importants de la vie civile. Elle s'attribuait l'exécution des testaments, voulait connaître des contrats passés en cour séculière, comme de tout acte conclu sous la foi du serment. De ces prétentions et d'autres analogues, fondées soit sur la coutume, soit aussi, on doit le dire, sur des usurpations manifestes, naissaient, avec des conflits inévitables, des abus de toute sorte, au sujet desquels des plaintes arrivèrent enûn jusqu'au roi. Le prince qui régnait en ce moment en France n'était plus Charles IV le BeP, mais Philippe VI de Valois, le môme qui jadis, sur les sollicitations de Jean XXII, avait passé les Alpes pour combattre les Gibe-

1. Voir notamment les canons des conciles provinciaux de Senlis, d'Avignon et de Marciac en 1320.

Page 1