‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 305 sur 416 · De planctii ecclesiae, in-fol · texte numérisé non relu

De planctii ecclesiae, in-fol

La Cour de Rome. — T. II. 28

43 'i LIVRE NEUVIÈME

lait. A ses yeux, comme aux yeux d'Agostino Trionfo, le pape était le juge suprême et uuiversel, non seulement pour le spirituel, mais pour le temporel, et il avait le droit de déposer les rois, aussi bien que de déposer l'empereur. A un endroit de cet écrit, il disait de même: « Le pape est le représentant de Dieu sur la terre, et, comme on ne saurait imposer des limites à la puissance de Dieu, on ne saurait non plus en imposer à l'autorité du pape. » Or ce défenseur ardent de la puissance pontificale ne trouvait pas de mots assez forts pour flétrir les vices de la cour de Rome. C'est elle, écrivait-il, qui par son avidité et son orgueil a corrompu toute l'Eglise; c'est elle la cause de cette haine que les laïques montrent à l'égard du clergé. « Si l'on compare le présent au passé, on voit que le pape et les cardinaux ont grandi en honneurs, en dignités en richesses; mais ils ont diminué en vertus dans une égale proportion. Ils ont cherché et obtenu la gloire du monde; Dieu seul connaît ceux qui auront une autre gloire. » Ce qu'il reprochait surtout à la cour romaine, c'était sa cupidité, portée au point, disait-il, que le pauvre n'osait plus aujourd'hui se présenter devant le chef de l'Eglise. Il s'indignait que, pour se faire délivrer une feuille de parciiemin scellée de plomb, il fallût payer cinquante, soixante et quelquefois cent florins. « Jamais je ne suis entré dans le palais du pape, sans y trouver des clercs occupés à compter des pièces d'or qu'on voyait amassées en monceaux devant eux sur des taldes. » Considérant ensuite l'ensemble de l'Église, il déplorait qu'à l'imitation de ce qui se pratiquait dans la cour pontificale, la cupidité se fût substituée dans l'Église à la charité. « Ce que les prélats devraient donner, ils le vendent, et le désir du lucre a chez eux remplacé la religion. Et ce n'est pas seulement la vénalité qui infecte toute l'Église ; on n'y a que trop fidèlement suivi d'autres pernicieux exemples. Oui, l'Éghse est remplie, que dis-je? elle regorge d'autels, de messes et de pieuses cérémonies; mais on y voit aussi et outre mesure les sacrilèges, l'homicide et la fornication. Elle est bien cette prostituée qu'avait vue l'Apôtre. Osons

dire ce qui est connu de tout le monde; l'Eglise aujourd'hui subit une éclipse. Pour qu'elle rentre dans les voies de la lumière, il faut qu'elle soit flagellée, comme le troupeau écarté de sa route y est ramené par le fouet du berger. » Puis, s'adressant à l'Eglise elle-même dans un mouvement qui ne manquait pas d'éloquence : « 0 sainte Eglise, s'écriail-il, regarde ce que tu as fait! Il fut un temps où, comme un arbre immense, tu étendais tes rameaux dans le monde entier. Alors toutes les nations de la terre reconnaissaient ta loi. C'était par les souffrances de- tes martyrs, par ton culte de la pauvreté, par tes hautes vertus que tu étais devenue si puissante. Mais un jour est venu où tu as recherché les vaines gloires de la terre, où tu as mis les trésors de ce monde devant ton cœur au lieu de les fouler aux pieds, où la chasteté a chez toi fait place à la licence, l'esprit de mansuétude à l'esprit de vengeance, où tu as répandu le sang d'autrui au lieu de répandre le tien. Dès lors ta puissance s'est amoindrie, et de cruelles mutilations t'ont été infligées. Tu as perdu l'Afrique, tu as perdu l'Asie; et voici maintenant que l'Europe même où tu habites réprouve tes œuvres et commence à se retirer de toi ! »

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