Baluze, Vitse, t. I, p
été sans se ressentir des menées de Jean XXIÏ, accueillit avec empressement l'idée d'un aecoiiimodeuient, et il députa à Avignon des ambassadeurs, qui, après de premiers pourparlers avec le pape, retournèrent vers l'empereur lui demander les pouvoirs nécessaires pour traiter K Mais Benoît se vit traversé dans ses pieuses intentions par le roi de Naples et Philippe de Valois. Depuis l'expédition que Louis de Bavière avait entreprise en Italie, Robert était nécessairement hostile à ce monarque. Philippe l'était également, mais par une autre cause. Outre qu'il se trouvait en dissentiment avec lui au sujet de quelques villes frontières de son royaume, il continuait de travailler secrètement à faire élire roi des Romains Henri de Bavière, en vue d'obtenir les territoires que ce prince avait promis de lui céder ^ Les deux rois envoyèrent représenter au pape qu'ayant l'un et l'autre à se plaindre de l'empereur, ils devaient être consultés sur les conditions delà paix; ils ajoutèrent, par l'organe de leurs députés, qu'ils ne voyaient pas sans étonnement que le chef de l'Eglise voulût s'accommoder avec un héréti(jue et témoignèrent la crainte que, par cet excès d'indulgence, il ne passât lui-même, aux yeux des fidèles, pour un fauteur d'hérétiques. « Quel est donc le dessein de vos maîtres? répondit Benoît aux députés. Voudraient-ils qu'il n'y eût plus d'Empire? )) Et comme ceux-ci répliquaient qu'ils étaient ennemis, non de l'Empire, mais de Louis, en raison de ses attentats contre l'Eglise : « Au contraire, reprit Benoît, c'est nous qui avons agi contre lui; et il ne s'est jeté dans toutes ces entreprises que parce qu'il y a été poussé par notre prédécesseur ^ »
Quelque réserve qu'il convienne de faire sur cette réponse
•1. Voir, à ce sujet, une lettre de Benoît à Philippe de Valois, 31 juillet 1335. Raynald. eod. anno, n" 4. Cf. Ptol. Luc. Hist. eccles. 1. XXIV, c. 43. Les députés de Louis, venus sur la fin d'avril à Avignon, en repartirent en juillet.
2. Leroux, Recherches sur les relations politique» de la France avec l'Allemagne, p. 188, 189.
3. Raynald. anno 1335, n» 7. — All^ert. Argent. Chron. p. 126.
attribuée à Benoît par un chroniqueur allemand, tout prouve que, s'il n'eût suivi que ses propres inclinations, il eût pardonné à Louis de Bavière. On vit alors la faute qu'avait commise la papauté en appelant dans ses conseils des cardinaux dont la plupart étaient français et en se liant ainsi à la couronne de France. Peut-être le pontife, malgré son manque de fermeté, n'eùt-il pas tenu compte de l'opposition du roi de Adaptes; mais combattu par la majorité des cardinaux, qui favorisaient la politique du roi do France, n'étant pas lui-même sans quelque crainte de s'attirer le ressentiment de Philippe ', il n'osa passer outre, et, quand les ambassadeurs de Louis de Bavière, munis de ses pleins pouvoirs, se présentèrent pour traiter, il allégua divers prétextes pour suspendre les négociations 2. L'empereur ne laissa pas, au mois de mars 133G, d'envoyer une troisième fois des députés à Avignon. Dans un écrit que ces députés portèrent de sa part au pontife, il promettait de rétracter tout ce qu'il avait fait contre Jean XXII, de confirmer au saint-siège ses possessions en Italie, offrait même d'aller de nouveau à Rome recevoir la couronne impériale et de'faire sa paix avec le roi de Naples ^ Mais, sur ces entrefaites, le roi de France était venu lui-même à la cour pontificale *. Cédant sans nul doute à ses représentations, Benoit exigea de Louis de plus amples satisfactions ^, et la réconciliation de l'empereur fut encore ajournée.
Entravé dans le louable dessein de rétablir l'accord entre la papauté et l'Empire, Benoît se vit encore traversé dans un
1. Cette crainte apparaît dans plusieurs passages de la chronique d'Albert d"e Strasbourg.
2. Il allégua notamment les débats qu'il allait ouvrir avec ses cardinaux au sujet de la vision béatifique. Voir sa lettre à Louis de Bavière du 6 septembre 1335. Eaynald. eod, anno, n» 1 (in fine). Cf. Ptol. Luc. Hist. eccles. 1. XXIV, c. 43.