‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 321 sur 416 · novembre 1338. Raynald. eod. anno, n» o · texte numérisé non relu

novembre 1338. Raynald. eod. anno, n» o

5. 18 décembre 1338. Baluze, Viice, t. I, p. 209, 242, 810 et ss. — Raynald. ibid. n° 81.

il indisposait à la fois l'Angleterre et l'Allemagne, Il alla jusqu'à faire des avances à Louis pour le détacher d'Edouard, et, lui promettant l'amitié du roi de France dès qu'il se serait réconcilié avec le saint-siège, se déclara prêt à lui adoucir les moyens de cette réconciliation. « Dites-lui, mandait-il au cardinal de Verdala par une lettre du 13 décembre 1338, dites-lui que nous désirons ardemment le voir rentrer dans la voie du repentir, et qu'autant que le comporteront notre honneur et celui de l'Eglise, nous lui allégerons les conditions auxquelles il devra se soumettre pour obtenir son pardon ^ »

Ce n'était pas seulement en vue de la paix et par un secret attachement pour la France, que Benoît s'efforçait d'arrêter les hostilités entre Philippe et le roi d'Angleterre. N'ayant pas renoncé à l'idée d'une expédition en Terre sainte, il eût voulu tourner leurs forces contre les Infidèles, dont les progrès excitaient en ce moment ses alarmes. Le roi d'Arménie, dont les États étaient l'unique refuge des chrétiens d'Asie, venait d'être écrasé par les Turcs -. Les Grecs, menacés à leur tour, s'adressèrent au pape pour obtenir, par son intervention, l'assistance des princes de l'Occident. Déjà, sur la fin du pontificat de Jean XXII, l'empereur de Constantinople, Andronic le jeune, avait tenté, dans ce but, une première démarche auprès du saint-siège, et, afin de se le rendre favorable, il avait manifesté l'intention d'abjurer le schisme, comme l'avait autrefois manifestée Michel Paléologue quand il craignait les armes du frère de saint Louis»^. Il renouvela alors cotte démarclio et, dans le cours de l'année 1339, il députa à Avignon le moine grec Barlaam, chargé tout ensem-

1. Raynald. anno 1338, n^ 16, 17. Voir, anno 1339, n" 6, une autre lettre du pape au même cardinal datée de janvier 1339.

2. Cette défaite avait eu lieu au commencement de 1331, et, comme les Turcs craignaient une croisade des chrétiens, ils avaient exigé du roi d'Arménie le serment de n'envoyer au pape ni lettres, ni ambassade, serment dont le pape le releva comme ayant été arraché par la violence. Raynald. anno 1337, n" 24.

3. Pour les rapports d'Andronic avec Jean XXII. voir Raynald. anno 1333, no 17-19.

ble (le solliciter des secours contre les Turcs et de demander la convocation d'un concile où serait réglée la question d'orthodoxie K L'idée d'unir les deux Eglises ne pouvait que toucher la piété de Benoît 2. Mais on ne parvint pas à s'entendre sur les conditions que, de l'une et de l'autre part, on mettait à cette union, et la négociation échoua. Tandis que le pape et les cardinaux, alléguant que la question d'orthodoxie avait été suffisamment réglée par le concile de Lyon de 1274, exigeaient qu'avant tout les Grecs fissent acte d'obédience au saint-siège, l'envoyé de l'empereur représentait qu'il fallait commencer par fournir aux Grecs les secours qu'ils sollicitaient, afin de les disposer à l'union sur laquelle on chercherait ensuite à s'entendre. « Sachez, disait-il, qu'ils sont moins séparés de vous par les doctrines que par la haine que des causes nombreuses leur ont inspirée contre l'Eglise romaine; et, tant que vous n'aurez rien fait pour changer ces sentiments, l'union sera impossible. » Il ajoutait, et cette fois avec plus de raison : « N'avez-vous pas vousmêmes un intérêt majeur à repousser les Turcs? C'est comme chrétiens que les Grecs sont en butte à leurs attaques, et, en secourant les Grecs, vous protégez la religion. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, les Turcs renversaient l'Empire de Constantinople, ils deviendraient dès lors si puissants, qu'il vous serait très difficile de les abattre. N'attendez donc pas le temps où il faudra, à votre tour, vous défendre d'eux ^ » Paroles prophétiques, que devait, un siècle après, justifier l'événement.

2. Déjà, en 1337, Benoît, informé des dispositions qu'Andronic continuait à montrer en faveur de l'union, l'y avait encouragé par ses lettres. Raynald. anno 1337. n° 31, 32.

3. Raynald. anno 1339, n° 19-31, a donné, d'après les documents qui furent rédigés à cette occasion, le récit complet de ces conférences que nous ne faisons que résumer ici. Les sages considérations exposées par Barlaam entraient alors si peu dans l'esprit de l'Église romaine, que Benoît, rendant compte de ces conférences à Philippe de Valois, lui écrivait; « Si les Grecs étaient secourus efficacement par nous avant leur réunion à l'Eglise, ils nous tourneraient ensuite le dos, et, en même temps que nous serions dupes, ce serait un opprobre pour nous d'avoir aidé les euuemis de la fui. a Septembre 1339. Raynald. eod. anno, u" 33-37.

En s'adressant au pape dans la pensée qu'il déterminerait les rois de l'Occident à les secourir, les Grecs attribuaient au saint-siège une influence que déjà il n'avait plus. En coite même année, on eut une autre preuve de l'affaiblisseuient de plus en plus sensible que subissait son autorité. Le roi de Sicile, Frédéric, issu de cette maison d'Aragon qui avait enlevé la Sicile à la maison d'Anjou, était mort récemment \ laissant pour successeur son fils Pierre, qu'il avait depuis quelque temps associé au trône. D'après un traité conclu, sous Boniface VIII, entre Charles II d'Anjou, père de Robert, roi de Naples, et ce môme Frédéric, — traité ratifié par le saint-siège, — il avait été stipulé qu'à la mort de ce prince, ses Étals retourneraient à la maison d'Anjou ^. Sur la requête de Robert ^ et dans le désir de mettre fin à des rivalités qui n'avaient cessé de troubler l'Italie méridionale, Benoît exigea l'accomplissement du traité. Il publia une bulle par laquelle, reprenant le récit des événements depuis les Vêpres siciliennes et rappelant l'accord conclu entre Charles II et Frédéric, il enjoignait à Pierre, sous peine d'encourir les foudres apostoliques, de restituer la Sicile au roi de Naples ^. Une autre bulle, rédigée dans le même sens, fut adressée aux populations siciliennes ^ Mais Frédéric, pour conserver sa couronne, avait adhéré à une convention que son fils, dans le même intérêt, refusa d'exécuter. Deux nonces, qui avaient été chargés de signifier au nouveau roi les ordres du saint-siège, s'étaient rendus à Reggio et de là avaient envoyé quatre Frères mineurs porter en Sicile les lettres pontificales. Ces religieux ayant été chassés de l'ile sans avoir pu s'acquitter de leur mission, les nonces déclarèrent le fils de Frédéric déchu de ses droits

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