Raynald. anno 1343, n
preintes d'humilité, dans lesquelles il les assurait de son vif désir de recouvrer les bonnes grâces du saint-siège, c Coinriie l'enfant soupire après le sein de sa mère, y disait-il, ainsi nous soupirons après notre réconciliation '. » Il ne se contenta pas de cette déclaration. Il envoya à Avignon des députés qui, en plein consistoire, protestèrent, au nom de leur maître, de ses sentiments de soumission et adhérèrent par avance aux conditions que le pape fixerait à cette réconciliation^.
Il est difficile de croire que Louis eût apporté en ces démarches une entière sincérité. Peut-être, par ces apparences de soumission, ne voulait-il que gagner du temps et traîner les pourparlers en longueur. Peut-être plutôt, désireux delà paix, espérait-il adoucir Clément et obtenir de lui des conditions qu'il fût possible ^d'accepter. C'était s'abuser sur les dispositions du pontife. Clément fit parvenir au monarque un écrit aux termes duquel celui-ci ne devait pas seulement se reconnaître coupable des erreurs et des hérésies qui lui étaient imputées, mais renoncer à l'Empire, pour ne le recouvrer, s'il y avait lieu, que par la volonté du pape, et se remettre lui, ses enfants, ses Etats héréditaires et tous ses biens, entre les mains du chef de l'Église. D'autres conditions qui concernaient les rapports du saint-siège et de l'Empire, conditions dont on ignore le texte mais que les chroniqueurs allemands qualifient « d'intolérables, » étaient ajoutées à celles-là ^ Ces
1. Ces lettres sont datées du 20 septembre 1343. Raynald. anno 1344, n"^ 10, 11.
2. Baluze, Miscell. t. II, p. 284. Los députés furent reçus le 16 janvier 1344 par le pape.
3. On n'a pas en effetle te\te du formulaire envoyé par le pape. On sait seulement qu'indépendamment des conditions que nous rappelons, il contenait (( multa de imperio ecclesise patrimoniove B. Pétri., et alla de statu Imperii intolerabilia (Alb. Argent.). » Pour les détails de ces négociations, voir C. MuUer, ouvr. cité, t. II, p. 175-189. Nous ne croyons pas toutefois, comme cet historien, que les lettres de Louis du 20 septembre soient une réponse au formulaire pontifical. Louis dit lui-même avoir écrit ces lettres sur l'assurance qu'un nommé Cal... de .Jadech lui a donnée viva voce des bonnes dispositions du pape. Ilaynald. anno 1314, n» 13, croit également que ces lettres sont antérieures à la rédaction du formulaire, et tout indique que cet
exigences du pape rendirent à Louis sa hardiesse. Agissant toutefois avec prudence, il tint la conduite que, dans une circonstance analogue, avait tenue Philippe le Bel. Sans se prononcer lui-même au sujet de ces conditions, il en adressa copie aux électeurs, ainsi qu'aux autres princes et aux villes importantes de l'Empire, et les convoqua à une diète générale pour en délibérer. Cette diète eut lieu le 17 septembre 1344 à Francfort. Louis y déclara que, sur la réponse qui devait être faite au pape, il s'en référait à la sagesse de l'assemblée, et que, selon la décision qu'elle jugerait à propos d'adopter, il déposerait la couronne ou résisterait au saint-siège, plaçant, disait-il, le bien public et la paix au-dessus de son intérêt particulier. L'assemblée conclut à l'unanimité que ces conditions, tendant à la ruine de l'Empire, ne pouvaient être acceptées, et se prononça pour la résistance dans le cas oii la cour d'Avi" gnon refuserait de les modifier *.
Par ces sévérités à l'égard de Louis de Bavière, le pape risquait de le jeter de nouveau dans l'alliance de l'Angleterre, et l'on doit dire que Philippe de Valois, craignant sans doute ce résultat, plaida plus d'une fois auprès du saint-siège la cause du monarque allemand'. Mais Clément avait déjà résolu d'opposer à Louis un rival à l'Empire et de lui susciter ainsi des embarras qui l'empêcheraient d'agir contre la France. Il fut aisé au pontife de trouver en Allemagne un secours à ses desseins. Louis, en prononçant le divorce de la duchesse de Carinthie, mariée à l'un des fils du roi de Bohème, s'était fait de ce prince un ennemi. Le pape réussit d'autant mieux à gagner le roi de Bohème, que c'était sur un autre de ses fils, Charles de Luxembourg, qu'il avait jeté les yeux pour
écrit fut remis aux députés qui se présentèrent le 10 janvier. Cf. les deu.x notes ci-dessus.
1. Albert. Argent. Chron. p. 134. — Mutius, Germ. chron. 1. XXIV, p. 882, 883. — Zeller, Hlst. d'Allem. t. VI, p. 319. Il y avait eu une première assemblée des princes le 7 septembre à Cologne. Les députés des villes ne parurent qu'à la diète de Francfort.
2. Leroux, Recherches sur les velutluns poliliqucs de la France avec l'Allemagne, p. 237, 238.
l'Empire. Ce choix était, selon toute apparence, arrêté depuis longtemps dans son esprit; car, dans le moment où Louis témoignait, par ses lettres au saint-siège, du désir de se soumettre. Clément mandait secrètement à rarcheveque de Trêves, oncle de Charles de Luxembourg, de préparer les voies à une autre élection^, et, peu après, il appelait Charles hiimème à la cour pontificale ^-. Ce qui s'était passé en l'assemblée de Francfort ne changea pas les dispositions de Clément. Vainement, à deux reprises, Louis envoya des députés solliciter des modifications aux conditions repoussées par la diète. La seconde ambassade, venue à Avignon vers la Pâques de 1345, après avoir attendu plusieurs mois une réponse, revint notifier à l'empereur le refus formel du pontife ^
Ses résolutions une fois arrêtées, Clément entra aussitôt en négociations avec les électeurs. Déjà assuré du concours du roi de Bohème, il obtint sans peine celui de l'archevêque de Trêves, qui ne pouvait qu'être touché de l'élévation d'un de ses proches à l'Empire. L'archevêque de Cologne et le duc de Saxe-Wittenberg furent achetés à prix d'argent. Comme l'archevêque de Mayence, Henri de Wirneburg, attaché à Louis de Bavière, résistait aux volontés du saint-siège, Clément le déposa et lui substitua Gerlac de Nassau, à peine âgé de vingt ans, ce qui produisit dans le diocèse un schisme qui dura huit années *. Ayant ainsi gagné la majorité des électeurs, le pape, le 13 avril 1346, publia contre Louis une se-