Zeller, Hist. d'Allem. t. VI, p. 3a0 et ss
Ce qui montrait bien que cette élection était faite dans un sentiment d'hostilité contre la cour d'Avignon, c'est que le nouvel élu publia aussitôt un édit par lequel, à l'exemple de Louis de Bavière, il déclarait que le roi des Romains, à dater du jour de son élection, avait la pleine administration de l'Empire, sans qu'il fût besoin de la confirmation pontificale; que les décrets du saint-siège contraires à cette doctrine étaient nuls, et que l'empereur, en ce qui regardait le temporel, n'était soumis ni au pape, ni à qui que ce fût *. La guerre allait vraisemblablement recommencer entre Charles et son nouvel adversaire. Mais la mort presque subite de Gunther, survenue cinq mois après son élection ^ et que quelques contemporains voulurent attribuer à un crime, rallia enfin tous les électeurs comme les populations à Charles IV, qui dut ainsi l'Empire, non à l'ascendant du saint-siège, mais à la disparition successive de ses deux compétiteurs. La victoire que par lui remportait le pontife n'était qu'apparente. Malgré la docilité intéressée de Charles, les doctrines soutenues par Louis de Bavière ne laissèrent pas de garder leur effet sur l'opinion, et la papauté ne devait jamais en fait recouvrer son ancienne prépondérance sur l'Empire.
Une cause, plus puissante que la volonté du saint-siège, dut aussi contribuer à l'apaisement politique de l'Allemagne. Cette cause, qui arrêta momentanément les hostilités entre la France et l'Angleterre, qui suspendit en Italie la violence des factions, et qui, en forçant le roi de Hongrie à quitter Naples pour retourner dans ses Etats héréditaires, facilita à Jeanne le recouvrement de son royaume, c'était la peste, l'une des plus terribles qu'on eût jamais vues. Celte peste, qu'on appela la peste noire, éclata dans le cours de l'année 1348. Venue d'Asie et d'Egypte, elle fut d'abord importée à Pise et à Gênes, d'où elle s'étendit dans la Toscane, la Romagne, le royaume de Naples, les Marches, la Lombardie. Elle passa
1. Goldast. Constit. t. III. p. 414. L'édit est daté du 10 mars 1349.