Ricc. de S. Germ
sans relâche et frappé d'anathème, jusqu'à ce qu'il se fût soumis envers elle à l'hommage et au tribut?. Le comte de Toulouse et d'autres princes n'ont-iis pas été aussi les victimes de cette politique perfide qui attaque aujourd'hui le chef de l'Empire? Les rois ont le devoir de s'opposer à de pareilles entreprises. Considérez, ajoutait-il, les exactions incessantes que les Romains exercent sur le clergé, les usures manifestes ou détournées dont ils infectent le monde. A les entendre, l'Église de Rome est notre mère et notre nourrice, tandis qu'en réalité ses actes sont ceux d'une marâtre. Elle envoie de tous côtés des légats, non pour répandre la parole divine, mais pour amasser de l'argent et recueillir ce que leurs mains n'ont pas semé. Ces hommes abâtardis osent aspirer à la possession des royaumes et des Empires. L'Église primitive était fondée sur la pauvreté et la simplicité, en ces temps éloignés où elle produisait comme une mère féconde tous ces pieux personnages qui sont inscrits au catalogue des saints. Or, nul ne peut asseoir d'autres fondations que celles de Jésus-Christ; et, quand on voit les prêtres romains bâtir sur la richesse, n'cst-il pas à craindre que les murs du temple, reposant sur une base mauvaise, no viennent un jour à fléchir? * ».
Si peu mesuré que pût paraître Frédéric dans ces accusations, il ne faisait que reproduire, sous une forme plus véhémente, celles que provoquaient, depuis plus d'un demi-siècle, les abus de la cour de Rome. Mais ce qui était nouveau, c'était ce souvenir de la primitive Église que les hérétiques seuls avaient jusqu'alors opposé aux mêmes abus, souvenir que François d'Assise avait fail revivre par ses prédications et par l'exemple de ses vertus, et dont Frédéric s'emparait aujourd'hui comme d'une arme pour attaquer la papauté ; c'était aussi cette grave déclaration que l'Église, reposant sur
1. « In paupertate et siniplicitate fundata erat Ecclesia primiliva, cum sanctos quos catalogua sanctorum commémorât fecunda parturiret; sed aliud fundamentum nemo potest ponere praeter illud quod positum est a Domino Jesu ac stabilitum. Porro quia .. in divitiis edificant, timeudum ne parles inclin^îlur Ecclesie .. » Décembre 1^27, Ilisl. dipl. t. III, p. 48-50.
des bases qui n'étaient pas celles de Jésus-Christ, pouvait s'ébranler un jour. Des attaques aussi hardies n'étaient pas pour adoucir Grégoire, et il ne tarda pas à faire éprouver à l'empereur un nouvel effet de sa sévérité. Frédéric avait, par un édit, menacé les évoques et les autres ecclésiastiques de son royaume de les priver de leur temporel, si, en raison de l'excommunication fulminée contre lui, ils refusaient de célébrer le service divin K Le jeudi saint de l'année i228, dans un synode à Rome auquel avaient été mandés, avec les prélats de la Lombardie, de la Toscane et de l'État ecclésiastique, ceux de l'Italie méridionale, Grégoire frappa pour la troisième fois l'empereur d'anathème, ordonna de cesser les offices partout où il résiderait, et annonça que, si le monarque excommunié continuait à profaner de sa présence les saints autels, il délierait ses vassaux et ses sujets de leur serment de fidélité ^
Les rigueurs du pontife semblèrent d'abord tourner contre lui-même. Frédéric, qui, depuis quelque temps, négociait en secret avec la noblesse de Rome pour l'entraîner dans sa cause, avait amené les Frangipani et d'autres familles puissantes, dévouées jusqu'alors au sainl-siège, à se placer dans la vassalité de l'Empire. Il avait acheté, pour des sommes considérables, leurs forteresses, leurs palais, leurs domaines, et les avait ensuite laissés comme fiefs aux mains de leurs possesseurs ^. Les nobles qu'il avait ainsi gagnés, se déclarant pour lui dans sa querelle avec le pape, poussèrent à la révolte le peuple de Rome, toujours prêt à se soulever au nom de ses libertés perdues. Quelques jours après la réunion du synode, comme Grégoire s'apprêtait, dans l'église Saint-Pierre, à prêcher contre l'empereur, la multitude se pré(;ipita vers l'autel et, allant jusqu'à mettre la main sur le pontife, le chassa du sanctuaire. Grégoire s'enfuit à Vitcrbe ^. Il y fut