‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 368 sur 416 · Petrarch. apud Haynald., anno 1353, n · texte numérisé non relu

Petrarch. apud Haynald., anno 1353, n

La Cour de Rome. — T. II. 33

de deux mille cavaliers, sur la Provence, qui avait échappé jusqu'ici aux maux do la guerre et qu'il ravagea sans obstacle; puis il se porta vers le Comtat Venaissin, dans le dessein de rançonner le pape et les cardinaux, réputés plus riches, dit un chroniqueur, « que tous les rois d'Europe ensemble. » Innocent effrayé invoqua l'assistance de l'empereur, du duc de Normandie, du comte d'x\rmagnac. « En nous protégeant contre ces violences, écrivait-il à Charles de Luxembourg au mois d'août 1357, vous rendrez un service très agréable au bienheureux Pierre que vous iionorez en notre personne; et, pour vous parler avec paternité, vous ne ferez que remplir votre devoir : car il ne s'agit pas seulement de notre sûreté, de celle de nos frères les cardinaux et de toute la cour d'Avignon ; il s'agit d'un comté qui est un de vos fiofs et qu'il vous appartient de défendre'. » Le Comtat Venaissin avait en effet été autrefois un fief do rEm;iire; mais cette dépendance avait cessé en fait depuis qu'il avait été cédé au saint-siège par Philippe le Hardi. Ainsi le pontife, dans ses alarmes, allait jusqu'à rappeler ces anciens liens de sujétion et se déclarer, en quelque sorte, le vassal de l'empereur. Qui eût dit que la papauté en viendrait à ce degré d'humiliation! Seul le comte d'Armagnac accourut de Montpellier au secours d'Innocent. Les forces qu'il amenait étant insuffisantes, le pape et les cardinaux se résignèrent à traiter avec l'archiprêtre. On le reçut à Avignon, écrit un contemporain, comme s'il eût été un fils du roi de France. On ne se borna pas à lui rendre de publics honneurs ; pour le décider à vider le pays, on lui donna l'absolution de ses péchés et « quarante mille écus. » L'archiprêtre, ainsi béni et payé, emmena ses bandes dans la Bourgogne, qu'il traita comme la Provence ^.

Il était difficile qu'au milieu de ces désordres et de ces guerres l'hérésie ne reprit pas de l'audace. Sans parler de nouvelles erreurs qui commençaient à s'élever en divers

1. « Debitum tuùm solves, si... lacération! comitatus, qui de feudo tuo est, occurras. » Raynald. anno 1357, n» 3.

2. roissart, éd. Luce, t. V, p. 93, 94. — Baluze, Vits, t. I, p. 350, 360.

points de l'Europe, la secte des Fraticelles, qui continuait d'agiter le midi de la France et l'Italie, s'était alors étendue par la Hongrie jusque sur les rivages de la mer Noire ^ Clément, tout en étant témoin de ces progrès, n'y avait apporté qu'une faible attention-. Moins indulgent, Innocent, dès les premières années de son pontiHcat, avait ordonné, à plusieurs reprises, de procéder contre ces opiniâtres sectaires. Deux Fraticelles de Montpellier, qui prétendaient que ni Jean XXII ni ses successeurs n'étaient papes légitimes, avaient été amenés à Avignon par l'ordre d'Innocent et condamnés au bûchera Cet exemple n'avait produit d'autre résultat que de faire refluer en Italie un certain nombre de ceux qui habitaient la France. La sévérité du pontife les y poursuivit. Par des lettres écrites vers la fin de 1337, il ne se contenta pas d'exciter contre eux la vigilance des évoques; il manda aux seigneurs et aux magistrats des différents Etats de la péninsule de se saisir de leurs personnes et de leur infliger les peines auxquelles étaient soumis les hérétiques^. Mais ces injonctions restèrent à peu près sans effet. Il semblait que la papauté, impuissante dans ses rigueurs mômes, ne fût déjà plus en état de protéger la foi.

Dans le temps qu'Iimocont envoyait ces inutiles injonctions, il se voyait en butte à une autre sorte de péril. La querelle entre le clergé séculier et les moines mendiants, qui, assoupie depuis un demi-siècle, s'était réveillée un moment sur la fin du dernier pontificat, se réveilla de nouveau et, cette fois, avec plus de force. Richard, archevêque d'Armagh et primat d'Irlande, était allé à Avignon et, invoquant les droits do l'épiscopat qu'il disait annulés par les empié-

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