Murât. Annal. d'Ital. anno 13S
3. On ne sait au juste pour quelle raison le pape rappela le cardinal à Avignon. Il est même incertain si Albornoz n'y revint pas de sa seule initiative. Il y a là une obscurité que les textes contemporains ne suffisent pas à dissiper.
4. Christophe, Hist. de la papauté au XIV" siècle, t. II, p. 284.
sénateurs. Mais, avec un peuple aussi inconstant, do quelle durée serait cette soumission? A l'égard des provinces ecclésiastiques, le cardinal, à mesure qu'il les avait recouvrées, en avait réorganisé le gouvernement, et il avait pris toutes les dispositions qu'il jugeait propres à les maintenir dans l'obéissance ^ En vue de pacifier les partis, il était allé jusqu'à défendre, sous peine d'excommunication, d'employer à l'avenir les dénominations de Guelfes et de Gil)olins ^, reprenant ainsi une pensée qu'avait déjà eue Rienzi. Mais, si les noms étaient proscrits, les rivalités, qu'ils servaient à désigner, subsistaient ^. D'un autre côté, les populations de ces provinces, pour avoir été soustraites au joug parfois cruel des tyrans qui les dominaient, n'en demeuraient pas moins jalouses de leur indépendance''; et Albornoz, en les replaçant sous l'autorité du saint-siège, n'avait étouffé chez elles ni l'esprit de faction, ni le désir de la liberté.
La soumission de ces provinces ne changeait pas d'ailleurs la situation du reste de l'Italie. La Lombardie et la Toscane, où Albornoz, malgré les pouvoirs qu'il avait reçus du pontife, n'était pas intervenu, continuaient d'être déchirées par les guerres intestines. Encore n'était-ce pas seulement dans cette partie de la péninsule que sévissaient, avec les luttes homicides, les maux qui en étaient la suite. Le royaume de Sicile, qui avait été en s'affaiblissant depuis la mort de Frédéric d'Aragon, et où venaient de se succéder, à douze ans d'in-
1. Il avait, entre auti-es dispositions, élendu les attributions des gouverneurs que la cour d'Avignon était dans l'usage d'envoyer dans chacune de ces provinces. Voir Gregorovius, Storia di Roma, t. VI, p. 433-456.
2. Dans un article de la constitution donnée à la ville de Gésène par Albornoz, on lit .• « Ne aliquis.. présumât parlcm aliquani Guelfam vel Ghibellinam... quomodolibet nominare publiée vel occulte. wTheiner, Cod.dipl. dom. temp., t. II. n» 3:28.
3. En 1371, un cardinal écrivait au sujet de Forli : « Illa civitas, more aliarum, est divisa inter Guelfos et Gibelinos. » Theiner, ibid., p. 592. Il disait la même chose pour Faenza et Bologne. Ibid. p. 528, 531.
4. Dans le document mentionnô ci-dessus, le même cardinal, parlant de Bologne, écrivait : « Et quod dico de ista civitate, idem dico de omnibus locis et terris eeclesite roman» ; nam, quaîcunque sit illa, ad libertatem aspirât. » Theiner, ibid. p. 518. Même déclaration pour Ancône. Ibid. p, 536.
tervallc, deux princes mineurs ', était devenu à son tour la proie des factions. L'une d'elles, hostile à la maison d'Aragon, avait ouvert les portes de Palerme et de plusieurs autres villes à la dynastie de Naples, qui aurait pu rentrer en possession de ce qu'elle avait perdu par les Vêpres siciliennes, si elle eût été capable de garder ses conquêtes'. Mais le royaume do Naples, que gouvernaient l'indigne Hlle de Robert d'Anjou et son second mari, le lâche Louis de Taronte. était lui-même dans l'anarchie. A la faveur de ces troubles, une armée de mercenaires, qu'on appelait « la grande compagnie, » commandée par un comte de Lando et n'ayant d'autre but que le pillage, avait ravagé les Abruzzes, la Pouille, la Terre de Labour, et s'était avancée jusque sous les murs de Naples, sans que Louis de ïarente lui opposât de résistance. Elle avait pénétré de là dans la Marche d'Ancône, puis dans la Romagne ^ d'où Albornoz, tout habile (}u'il fût, ne l'avait éloignée qu'à prix d'argent, et elle était allée enlin, vers l'été de 1357, porter ses dévastations en Lombardie. Selon un mot de Pétrarque, l'Italie, opprimée par ses tyrans et ensanglantée par les factions, semblait au moment de tomber sous le joug des « brigands ■*. »
Innocent fut lui-même exposé dans Avignon aux insultes qu'avait subies le faible roi de Naples. Les bandes d'aventuriers qu'on avait vues désoler de leurs incursions certaines provinces de France au lendemain de la bataille de Crécy, devenues plus nombreuses et plus hardies après celle de Poitiers, s'étaient mises de nouveau à infester le royaume. L'un des principaux chefs de ces routiers, Arnauld de Cervelle, surnommé Yarchiprêlre à cause d'un bénéfice dont il était pourvu malgré sa qualité de laïque, se jeta, avec une horde
1. A Pierre II, fils de Frédôric et mort en 1342, avait succcidt'^ Louis, encore enfant, qui lui-même eut pour successeur, en 1335, son frère Frédéric, âgé de quatorze ans.