‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 370 sur 416 · Raynald. anno 1357, n · texte numérisé non relu

Raynald. anno 1357, n

temcnts de ces religieux, avait réclamé, au nom de tout le clergé d'Angleterre, sinon l'entière abolition de ces ordres, du moins la suppression de leurs privilèges '. Cette démarche, plus grave que celle qui avait été faite sons Clément VI, donna lieu, devant la cour pontificale, à des débats qui durèrent plus d'une année. Ce fut le plus rude assaut qu'eussent jamais subi les Frères mendiants. Si le pape eût cédé à ces réclamations, nul doute qu'il ne se fût attiré la colère de ces ordres puissants, et il est difficile de mesurer toutes les conséquences qui auraient pu en résulter contre le saint-siège. Sans résister ouvertement, Innocent, par une bulle du l^"" octobre 1358, défendit de troubler ces religieux dans la possession de leurs privilèges, jusqu'à ce qu'il eût rendu une sentence définitive, qui en fait ne fut pas prononcée ^. On accusa les moines mendiants d'avoir obtenu cette bulle en répandant de l'argent dans le sacré collège ^ Mais Innocent avait, dans sa prudence, d'autres motifs de se décider. Il sentait que le clergé séculier échappait de plus en plus à l'action de la papauté, et ce n'était pas le moment pour elle de s'aliéner des religieux dont, à l'exception du schisme suscité jadis par les Frères mineurs, elle avait toujours éprouvé le zèle.

Une circonstance montra en effet combien peu le saintsiège devait compter sur l'aide de l'Église séculière. Pour se garder d'une nouvelle invasion des routiers, Innocent voulut achever la construction des remparts dont son prédécesseur avait commencé d'entourer Avignon '*. En vue tout ensemble de subvenir à cette dépense et de pourvoir aux frais de l'expédition d'Italie, expédition que n'avait su terminer l'abbé de Cluny et dont Albornoz se disposait alors à reprendre la conduite, le pape avait mandé à l'évoque de Cavaillon, son légat en Allemagne, d'y prélever le dixième des revenus ecclésiastiques ^ Les prélats des trois provinces de Trêves,

1. Baluze, Vitse, t. I, p. 338. — Guil. de Nang. Chron. cont. anno i357.

Page 1