‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 371 sur 416 · Baluze, Vitae, t. I · texte numérisé non relu

Baluze, Vitae, t. I

5. D'après la Secunda vita, Baluze, ibid., p. 350, l'évéque de Cavaillon

de Mayence et de Cologne, s'étant réunis pour délibérer à ce sujet, résolurent tout d'une voix de ne fournir aucun subside au saint-siège. Ils ne se bornèrent pas à prendre cette décision. Ils écrivirent aux autres provinces d'Allemagne et attirèrent à leur sentiment le reste du clergé et tous les moines; après quoi, ils adressèrent une lettre au pontife pour lui notifier leur refus. Innocent, craignant de soulever une querelle dans l'Église, garda le silence. Cet incident eut toutefois une autre suite. Soit que le délégué du saint-siège eût sollicité l'intervention de l'empereur, soit que les évoques eussent fait des plaintes au monarque, Charles de Luxembourg convoqua, à cette occasion, une diète à Mayence, où se rendirent, avec une grande partie du clergé, plusieurs princes de l'Empire.

On était alors au commencement de l'année 1359 K Le nonce ayant renouvelé la demande du pontife en présence de l'assemblée, Conrad d'Alzeia, chancelier du comte palatin Robert, prit la parole. « L'Église romaine, dit-il, a toujours regardé l'Allemagne comme une mine d'or; et que donne le pape à cet Empire, sinon des lettres et des paroles? Qu'il soit le maître de tous les bénéfices quant à la collation; mais du moins qu'il en laisse les revenus à ceux qui les desservent. Aucun de vous n'ignore que, chaque année, on porte d'Allemagne à la cour pontificale des sommes considérables pour la confirmation des prélatures, l'impétration des bénéfices, la poursuite des procès et des appels, ainsi que pour les dispenses, les absolutions, les indulgences et toutes les autres grâces. Et voici qu'aujourd'hui le pape réclame encore un nouveau subside, menaçant des censures apostoliques ceux qui le refuseront! Céder à de telles exigences serait accepter une servitude que nous ne devons pas supporter. » L'empereur, de son côté, après avoir signifié au légat qu'un subside

aurait été envoyé en Allemagne à la mi-octobre 1351. La date de 1338, donnée parla chronique d'Hirsau (Voir ci-dessous) est plus vraisemblable, le innment où le prélat demanda ces subsides devant être peu éloigné de celui uù se tint la diète de Mayence dont nous parlons plus bas. 1. Vraisemblablement entre le 14 et le 16 mars.

aussi extraordinaire ne pouvait être accordé, manifesta son étonnement que le chef de l'Église s'adressât à l'Allemagne plutôt qu'aux autres États de l'Europe; puis, comme s'il eût voulu montror que son refus n'était pas chez lui manque de piété : « D'où vient, ajouta-t-il, que le pontife, qui demande tant d'argent au clergé, s'occupe si peu d'en corriger les mœurs? » Avisant dans l'assemblée un chanoine de l'église de Mayence qui portait un chaperon orné d'or et de pierreries, il prit ce chaperon et le posa sur son front. « Que vous en semble? Ne suis-je pas ainsi plus pareil à un chevalier qu'à un chanoine? » Il se tourna alors vers Gerlac, archevêque de Mayence, et les autres évêques, et leur dit : « Nous vous ordonnons, par la foi que vous nous devez, de réformer votre clergé selon les canons; et, quant à ceux qui prétendraient vous désobéir, vous saisirez les revenus do leurs bénéfices pour les appliquer à notre fisc*. » Par ces ordres donnés aux évoques, Charles empiétait à la fois sur les libertés de l'Église et sur les prérogatives apostoliques. Innocent s'en plaignit au monarque, qui consentit à révoquer ses prescriptions; mais, à son tour, il demanda à Innocent de retirer certaines constitutions du saint-siège qu'il disait « offensantes pour l'Empire » et, en particulier, celle où Clément V avait assimilé à des serments de fidélité les serments prêtés à l'Église romaine par son aïeul Henri de Luxembourg^. C'était continuer les hardiesses de la Bulle d'or.

1. Chron. Hirsaug. t. II, p. 233-237, éd. S. Gall. 1600. Voir une lettre de l'empereur du 16 mars 1339 adressée de Mayence à l'évéque de Constance au sujet de la réforme des ecclésiastiques de son diocèse. Henr. de Diessenh. apud Boehmor, Fontes rer. çjenn. t. IV, p. 114-116. — Cf. Héfélé, Conc. t. IX, p. o93, 394. D'après un biographe d'Innocent (Baluze, Vitai, t. I, p. 331), les subsides demandés au clergé allemand auraient néanmoins été payés. Le fait, s'il eut lieu, doit peut-être se rapporter à l'année 1361, oîi le pape ordonna de lever, non pas seulement en Allemagne, mais dans toute la catholicité, le dixième du revenu des églises (Martene, Thés, anecd., t. II, p. 938-940). Encore peut-on douter que ce dixième ait été intégralement payé; car Innocent pensait si peu lui-même être obéi, qu'il écrivait alors à l'abbé de Cluny (Martene, ihid.^ p. 963) de tout faire auprès des prélats anglais pour les amener à fournir quelque argent.

2. Rayaald. anno 1339, n° 11, Cf. Zeller, llist. d'Allem. t. VI, p. 392, 393.

Le pape eut bientôt une nouvelle preuve de l'indifférence que rencontrait le saint-siège dans ses besoins comme dans ses entreprises. Retourné en Italie, le cardinal Albornoz ne s'était pas seulement emparé de Forli ' que l'abbé de Cluny n'avait pu réduire; il avait réussi, au mois de mars 1360, à entrer dans Bologne, dont la possession manquait seule à l'entier recouvrement du domaine ecclésiastique. Cette cité faisait partie de l'héritage de Bernabo; mais, en réalité, elle était au pouvoir d'un seigneur Oleggio, lequel, chargé d'abord de la gouverner au nom dos Visconti, s'y était rendu indépendant 2. Bernabo, qui se préparait alors à attaquer Oleggio, envahit aussitôt le territoire de Bologne avec des forces supérieures à celles dont disposait le cardinal, et tout faisait craindre que cette cité ne retournât aux Visconti. Instruit de la situation périlleuse où se trouvait son légat, le pontife, en même temps qu'il frappait Bernabo d'anathème, demanda des secours au roi de Naples, Louis de Tarentts au roi de Hongrie, à l'empereur, au roi d'Angleterre, au prince de Galles ^ Seul le roi de Hongrie envoya quelques troupes qui, plus propres à piller qu'à combattre, ne tardèrent pas à se disperser pour aller les unes se ranger sous les drapeaux de Bernabo, les autres former en Romagne une nouvelle « compagnie. » Rien ne montrait mieux à quel point la papauté était tombée que de voir ainsi le chef de l'Église solliciter l'appui de tous les princes chrétiens dans l'unique but de conserver une ville de ses domaines. De son côté, Bernabo, pour justifier ses agressions, alléguait qu'en vertu de la convention acceptée par Clément VI, il avait droit, durant encore quatre années, à la possession de Bologne. Innocent, ne recevant pas de secours et craignant de perdre cette cité, fit offrir à

1. Juillet 1359. Albornoz était retourné en Italie au mois de décembre de l'année précédente.

2. Bologne avait d'abord été dans l'héritage d'un des frères de Bernabo, Matthieu Visconti ; celui-ci étant mort au mois de septembre 135?;, elle passa dans l'héritage de Bernabo. C'est au nom de ce Matthieu qu'Oleggio avait d'abord gardé Bolojne. Murât. Annal, d'ital. anno 13^5.

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