M. Villani, loc. cit
son vœu lo plus clicr et que, Dieu aidant, il saurait l'accomplir K Une telle résolution n'était pas alors sans courage. Il avait vu de près les troubles de la péninsule ; il n'ignorait pas à quelles insultes y étaient parfois exposés les ministres de l'Église, et lui-même, ayant été chargé par Innocent d'un message pour Bernabo Visconti, avait eu à soutirir de ses violences 2. Il savait aussi que les compagnies, qui à ce moment couraient l'Italie comme elles couraient la France, s'étaient avancées dans l'État ecclésiastique jusqu'aux portes de Rome^ Il savait enlin que Rome même, où il voulait aller, tout en paraissant avoir accepté, depuis les victoires d'Albornoz, l'autorité du saint-siège, avait été récemment le théâtre de nouvelles insurrections populaires, à la suite desquelles les nobles avaient été chassés et le pouvoir sénatorial diminué, sinon aboli ^. Ces considérations n'ébranlèrent pas sa résolution. Il jugeait sans doute que la présence du chef de l'Église était nécessaire pour affermir dans le devoir les populations indociles dont Albornoz avait forcé l'obéissance. Mais une pensée plus haute animait son courage. Il lui semblait que la papauté s'était amoindrie dans son caractère spirituel en s'éloignant du tombeau des Apôtres, et il croyait qu'en retournant au lieu qui avait été son berceau, elle retrouverait son prestige. « J'irai en Italie et à Rome, disait-il, ne fût-ce que pour raviver la religion des fidèles ^ » Le pieux pontife s'abusait. La papauté était déjà trop déchue, pour que le retour du saint-siège à Rome put contribuer à la relever. Il se fit une autre illusion. Au mois de
1. Lettre du pape aux Romains, 23 mai 1363. Theiner, Cod. dipl. dom. temp. t. II, p. 420. Cf. Raluze, Vitœ, t. I, p. 370.