‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 388 sur 416 · Id., anno 1363, n · texte numérisé non relu

Id., anno 1363, n

3. Lingard, Hist. d'Angl. t, IV, p. 226, 227. Rot. Pari. II, 289, 290.

4. Theiner, Cod. dipl. dom. temp. t. II, p. 437, 439. — Raynald. anno 1366, n» 26.

Ce dessein, à l'exécutioa duquel on n'avait peut-être attaché jusqu'ici qu'une médiocre créance, souleva autour de lui une vive opposition. Charles V, qui, dans la situation où se trouvait son royaume, jugeait sans doute utile aux intérêts de sa couronne que le pape ne s'éloignât pas de la France, essaya de le retenir. 11 lui députa des ambassadeurs, dont l'un, chargé de porter la parole, était, à ce qu'on peut conjecturer, Nicolas Oresme, docteur jouissant d'une grande renommée d'éloquence et ancien précepteur de ce prince. Dans un discours prononcé en présence du pape et des cardinaux, discours rempli de citations de l'Écriture, l'orateur s'efiprga de prouver qu'Urbain devait rester en France. Il parla de la piété du roi; il remontra que la France avait toujours été secourable au saint-siège dans ses heures d'épreuves; qu'elle était plus que l'Italie dévouée à l'Église; qu'elle offrait au pontife un asile plus sur, et qu'en allant à Rome, il s'exposait aux plus cruelles tribulations *. Pétrarque écrivit de son côté à Urbain pour l'affermir dans sa résolution. Tout en reconnaissant que le pape, en quelque lieu qu'il établît sa résidence, y était le pasteur de l'Église universelle, il représentait que des liens sacrés l'unissaient à Rome, qu'en brisant ces liens il trahissait sa mission, et il conjurait Urbain d'écouter la voix de sa conscience et de craindre le jugement de Dieu ^ L'opposition que firent les membres du sacré collège fut plus sérieuse. Étrangers pour la plupart à l'Italie, attachés aux riches demeures qu'ils s'étaient fait construire soit à Avignon, soit à Villeneuve, ils ne pouvaient se résoudre à se rendre au milieu de populations qui leur étaient inconnues, de républiques turbulentes, dans un pays ruiné par les guerres civiles, et ils obsédaient le pape de leurs plaintes, de leurs répugnances et de leurs reproches. Urbain fut inébranlable,

1. Duboulay, Hist. de l'Université, t. IV, p. 396 412. Nous nous contentons de résumer ici ce trop long discours, qui est une preuve sensible du mauvais goût et de l'ignorance du temps. Cf. M. Prou, ouvr. cité, p. 64-67.

2. Cette lettre de Pétrarque est reproduite tout au long dans Kaynald. anno 1366, n» 22-25.

menaça les récalcitrants de les priver du cardinalat, de nommer à leur place des Italiens, el, par ces menaces, obtint l'obéissance des cardinaux, à défaut de leur adhésion '.

La présence du chef de l'Église au delà des Alpes était un événement si inattendu, si extraordinaire, et révélait à la fois chez Urbain un tel courage et de tels sentiments de piété, que la seule annonce de son départ avait suffi pour émouvoir l'Italie. Les Romains avaient aussitôt envoyé des députés au pape pour l'assurer de leur fidélité. Sachant que son intention était de gagner l'Italie par mer, Pise, Gènes, Venise, Lucques, Naples, lui avaient offert des galères, autant pour lui faire cortège que pour lui fournir les moyens d'accomplir son voyage*. L'empereur proposa, de son côté, soit de le devancer, soit de le suivre en Italie, afin de protéger sa personne contre les compagnies qui infestaient la péninsule '. Urbain n'était pas lui-même sans redouter leurs violences. L'année précédente, il avait écrit aux seigneurs et aux villes d'Italie et les avait exhortés, dans l'intérêt commun, à se concerter pour repousser ces brigands "*. Il renouvela ces exhortations dans une bulle par laquelle, déclarant infâmes, jusqu'à la quatrième génération, ceux qui faisaient partie de ces compagnies, et appelant sur eux les malédictions divines et humaines,, il conjurait les princes et les peuples de la péninsule de s'unir pour les exterminer et promettait les indulgences plenières à quiconque les combattrait par les armes ^ Mais telle était l'animosité des partis, que, loin de s'allier pour le salut commun, les cités rivales se servaient les unes contre le.s autres de ces bandes d'aventuriers et les prenaient à leur solde. Il y a plus; Urbain ayant ordonné de lever une décime en AUeinagno pour aider l'empereur, quand il des-

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