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servant do son alliance avec l'empereur Yatacès, à qui il avait donné depuis peu Tune de ses filles en mariage, de ramener les Grecs à l'obédience do Rome. Mais Innocent, qui avait convoqué un concile moins pour juger Frédéric que pour le condamner \ avait repoussé des propositions de la sincérité desquelles, à vrai dire, il avait lieu de douter. Dès la première session, il s'étendit longuement sur la conduite du monarque, lui reprochant, comme autant de crimes, ses rapports avec les Sarrazins de Lucéra, son mépris de la religion et l'oubli de ses serments. Il montra les écrits par lesquels Frédéric avait pris l'engagement de respecter les droits et les possessions de l'Eglise romaine, engagement si souvent réitéré et dont la violation audacieuse exigeait un châtiment. Toutefois, à la deuxième session, on put constater que les intentions du pontife ne rencontraient pas dans l'assemblée une entière adhésion. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre demandèrent que l'empereur fût invité à venir lui-même présenter sa défense ou à envoyer de nouveaux fondés de pouvoir, et ils apportèrent une telle insistance à leur requête, que le pape dut reculer la date de la troisième session oîi il comptait signifier sa sentence. Quant aux prélats, s'ils ne montrèrent pas des dispositions contraires aux desseins d'Innocent, ils s'abstinrent du moins d'appeler sur Frédéric les rigueurs apostoliques. L'évêque de Garinola, chassé de son diocèse par le monarque, et, avec lui, quelques prélats espagnols qu'irritait le souvenir de l'attaque de Meloria, élevèrent seuls la voix pour accuser l'empereur. Enfin, le 17 juillet, à la troisième session, et sans vouloir attendre l'arrivée des fondés de pouvoir de Frédéric qui n'étaient qu'à trois jours de Lyon, Innocent rendit sa sentence. Vainement Thaddée de Suessa s'écria qu'il en appelait au futur pape et à un concile plus général -. Le pontife, après avoir énuméré tous les actes de
1. Ceci résulte manifestement de la conduite d'Innocent et en particulier des rapports de ce pape, avant le concile, avec le landgrave de Thuringe et avec les archevêqiies de Mayence et de Cologne.
2. Au lieu do répondre à Thaddée de Suessa que le concile était général,
l'empereur qui, depuis ravenement do Grégoire IX, avaient motivé les plaintes ou les sévérités du saint-siège, après avoir montré que, reconnu coupable de parjures répétés et de sacrilège, il était en outre suspect d'iiérésie, déclara que Frédéric, s'étant rendu par tous ces crimes indigne de l'autorité suprême, était destitué de ses honneurs et dignités; que ses vassaux et ses sujets étaient déliés de toute obligation envers lui, et que les princes de l'Allemagne étaient invités à choisir un autre souverain. « Quant au royaume de Sicile, ajoutat-il, nous aurons soin d'y pourvoir, selon que nous le jugerons convenable. » Cette sentence prononcée, il se hâta de dissoudre le concile; et, comme Thaddéc do Suessa protestait une dernière fois : « J'ai fait mon devoir, répliqua Innocent; que Dieu accomplisse sa volonté*. »
Bien que les attentats do Frédéric contre l'Église fussent manifestes et que, d'après les usages ecclésiastiques, il fut passible de châtiment, en réalité la sentence dont il était frappé avait surtout pour but de préserver l'autorité temporelle du saint-siège; et, à ce point do vue, il est permis de dire que le concile de Lyon avait bien moins un caractère spirituel qu'un caractère politique. Ce n'est pas que, dans cette assemblée. Innocent n'eût paru donner quelque attention à la situation générale de l'Eglise et à la discipline du clergé. Mais, sauf un long et inutile discours qu'au début du concile il avait prononcé sur le dérèglement des prélats, tout s'était borné de sa part à la publication d'un certain nombre de canons sur le droit ecclésiastique qui furent promulgués
le pape se borna à répliquer : « Satis est concilium générale». Il est remarquable, au reste, qu'au début de la sentence prononcée contre Frédéric, il se contente de dire « sacro pnesente concilio)), et qu'à la fin, dans le passage oii il frappe le monarque de déposition, il dit également et sans même spécifier l'approbation du concile : « cum fratribus nostris et sacro concilio deiiberatione prœhabita diligent! ».
1. Voy. dans \e Journal des Sauanls, année 1863, p. 758-763 (Histoire de la lutte des papes et des empereurs, d'après l'ouvrage de Ghei rier) l'historique que Mignet a tracé de ce concile avec les considérations dont il a accompagné son récit.
dans la dernière session K On voit ainsi combien avaient dégénéré ces grandes assises de la catiiolicité présidées parles pontifes. Les intérêts temporels de la cour de Rome préoccupaient si visiblement Innocent, que, dans l'intervalle écoulé entre la deuxième et la troisième session, ayant fait dresser copie des divers privilèges par lesquels les rois et les empereurs avaient concédé des territoires à l'Église romaine ou lui en avaient reconnu la possession, il présenta ces copies à la signature des évoques et déclara qu'elles auraient désormais la môme valeur que les actes originaux ^. Il jugea toutefois que ces privilèges n'étaient pas un fondement suffisant de la puissance temporelle du saint-siège, et qu'il importait, pour la mettre hors de toute contestation, de lui donner une autre base. Déjà Grégoire IX, tout en reconnaissant que le saint-siège tenait son pouvoir temporel de la donation de Constantin, avait dit que ce pouvoir n'était quele signe visible de l'empire que le chef de l'Eglise, en vertu de son office, possédait sur le monde. Innocent développa cette idée dans une encyclique qu'il publia un mois environ après la clôture du concile, et dans laquelle il dépassait, par la hardiesse de ses doctrines, ses plus impérieux prédécesseurs:
« En dehors do l'Eglise, disait-il dans cet écrit resté célèbre, on ne bâtit que pour l'enfer et il n'existe point de pouvoir qui soit ordonné de Dieu. C'est donc mal envisager les faits et ne pas savoir remonter à l'origine des choses, que de croire que le siège apostolique n'est en possession du gouvernement des choses séculières que depuis Constantin. Avant lui, ce pouvoir était déjà dans le saint-siège en vertu de sa nature et de son essence. En succédant à Jésus-Christ, qui est tout ensemble le vrai roi et le vrai prêtre selon l'ordre de Melchisedech, les papes ont reçu la monarchie non seulement pontificale, mais royale, et l'Empire non seulement céleste,