Voir CCS canons dans Héfélé, Conc. t. VIII, loc. cit
2. Ilisl. dipt. t. VI, p. 310, 317. — Cf. Nat. et exlr. desmss. t. XXI,I"part. p. 267 et ss.
mais terrestre. Constantin n'a fait que résigner entre les mains de l'Eglise une puissance dont il usait sans droit quand il était en dehors d'elle; et, une fois incorporé dans son sein, il a obtenu, par la concession du vicaire de Jésus-Christ, une autorité qui seulement alors est devenue légitime. C'est dans l'Eglise que sont déposés les deux glaives, emblème des d^eux pouvoirs. Celui donc qui ne fait pas partie de l'Église ne peut posséder ni l'un, ni l'autre; et les souverains séculiers, en exerçant leur autorité, ne font qu'user d'une force qui leur a été transmise et qui demeure dans le sein de l'Eglise à l'état latent et potentieP. »
On ne pouvait dire en termes plus positifs que le pape était le maître légitime du monde et que les rois n'étaient que ses délégués. De semblables déclarations étaient un défi jeté à tous les princes, et, faites au nom d'une Église ou plutôt d'une cour attaquée de tous côtés et dont les abus étaient notoires, elles indiquaient cette sorte de témérité à laquelle conduit l'excès de la puissance. Ce double point de vue n'échappa point à la sagacité de Frédéric. 11 adressa aux souverains de l'Europe deux lettres, dont l'une était une protestation contre la sentence qui l'avait frappé, et l'autre une réponse à cette encyclique audacieuse. Dans la première, où il contestait les faits dont il était accusé et repoussait comme illégale la condamnation prononcée contre lui, il déniait formellement au pontife le droit do le déposer et, demandant aux princes une assistance qu'il avait déjà demandée sous Grégoire IX, les exhortait de nouveau à combattre des entreprises qui les menaçaient eux-mêmes. « D'après les doctrines de l'Église, disait-il, nous devons reconnaître au pape la plénitude du pouvoir dans les choses spirituelles; mais aucune loi divine ou humaine ne lui a conféré le droit de disposer des Empires et de punir temporellement les souverains par la perte de leurs États. Il lui appartient sans
1. Août-septernb. 1243. Rerjest. apud Bibl. Hier, des Vereins in Slidtgart, t. XVI, part. IL p. 88.
doute de nous sacrer; mais seuls les grands de l'Empire ont le droit de nous élever, de nous maintenir et de nous abaisser. Prenez garde aux suites d'une telle témérité. On commence par nous; on finira par vous. Déjà l'on se flatte de n'avoir plus de résistance à craindre après nous avoir abattu. Défendez donc notre cause, qui est aussi la vôtre, et veillez dès à présent aux intérêts de vos successeurs ^ »
Dans la seconde lettre, qui suivit de quelques mois la première, Frédéric reproduisait, avec plus de force qu'il ne l'avait encore fait, les attaques tant de fois dirigées contre la cupidité et les abus de la cour romaine; mais, ce qui était plus grave, il y arborait liautcment les idées de réforme et conviait les princes à s'unir à lui pour clianger la constitution de l'Église. « Comment, s'écriait-il, pouvez-vous obéir aux fils de vos propres sujets, à ces prêtres liypocrites qui s'engraissent des aumônes, s'enrichissent de vos libéralités, et dont l'avidité est telle qu'ils voudraient que le Jourdain coulât tout entier dans leur bouche? Si vous étiez ou moms simples ou moins crédules, que de hontes nous pourrions vous dévoiler dans cette cour de Rome que peuplent les scribes et les pharisiens! C'est vous qui causez leur démence, en leur prodiguant sans mesure les revenus de vos Etats. Et de quelle gratitude paient-ils vos bienfaits? Si vous leur tendez la main, ils ne prennent pas seulement votre main; ils attirent votre bras jusqu'au coude, et, une fois engagés dans leurs filets, vous êtes comme l'oiseau qui, en cherchant à se dégager, s'enlace de plus en plus. Notre dessein, nous vous le déclarons, a toujours été de ramener les ecclésiastiques et principalement les plus grands dans les voies de la primitive Église. Autrefois les prêtres du Seigneur voyaient les anges, guérissaient les malades, rendaient la vie aux morts, et leur sainteté seule leur soumettait les rois. Aujourd'hui l'Église
1. On ne possède, pour cette lettre, que l'exemplaire adressé au roi et aux barons d'Angleterre, qui est du 31 juillet 1243, Ilisl. dipl. t. VI, p. 332- 337, et celui adressé au roi de France qui est de septembre de la même année, ibid., p. 348, 349.
est livrée au siècle, et ses ministres, enivrés des jouissances terrestres, oublient Dieu et la religion. C'est pourquoi nous croyons accomplir une œuvre de charité en ôtant à ces hommes les richesses dont ils sont chargés au détriment de leur salut, et votre devoir est de travailler à cette œuvre avec nous '. »
Malgré la part qui pouvait être faite à la colère dans ces violentes récriminations, Frédéric n'eût certes pas osé les produire, s'il n'eût pensé qu'elles trouveraient un écho en Europe. A la vérité, il échoua dans son dessein d'entraîner les princes dans une ligue contre les envahissements de la puissance pontiUcale; encore plus devait-il échouer dans son appel à des idées do réforme auxquelles les esprits n'étaient encore que faiblement préparés, et qu'il était difOcile de croire inspirées par la seule considération de la religion. Mais du moins aucun souverain ne prit parti pour le saint-siège, et ce fait seul était un signe de l'opinion. Le roi de France luimême, tout pieux qu'il était, parut désapprouver la sentence qui déposait Frédéric-. Il y a plus; il intervint pour lui auprès d'Innocent. L'empereur, avant de publier cette seconde lettre où il s'élevait en termes si véhéments contre la cour de Rome, avait envoyé des députés à Louis IX, et il avait offert, dans le cas où le pape consentirait à retirer sa sentence, de remettre entièrement sa cause entre les mains du roi et de donner à l'Eglise toutes les satisfactions que lui et ses barons jugeraient légitimes ^ Si mérité que fût l'hom-
1. « Semper fuit nostre voluatatis intentio clericos cujusciimque ordinis .. et precipue maximos ad illuni statum reducere, ut taies persévèrent in fine quales fuerunt in Ecclesia primitiva, apostolicam vitam ducentes et iiumilitatem Dominicam imitantes. Taies namque clerici solebant angelos intueri, miraculis coruscare, egros curare, mortuos suscitare et sanctitate, non armis, sibi reges et principes subjugare. At isti, seculo dediti et ebriati deliciis, Deum postponunt, quorum ex affluentia divitiarum et opum omnis religio suffocatur. Talibus igitur subtrahere nocentes divitias, quibus damnabiliter onerantur, opus est charitatis. Ad hoc vos et omnes principes una nobiscum.. omnem quam potestis debetis diligentiam adhibere. » Février 1246, Hist. dipl. t. VI, p. 390-393.