‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 11 sur 357 · Labb. Conc. t. IX, p · texte numérisé non relu

Labb. Conc. t. IX, p

c'était un autre pape, Jean XII, qui, appelant Olton I®' en Italie, avait relevé une seconde fois TEmpire et transmis aux souverains de Germanie le sceptre des Carolingiens. A cette heure même, aucun de ces monarques allemands ne s'attribuait le titre d'empereur avant qu'il fût venu à Rome en recevoir les insignes de la main du pontife *. Le rôle de la papauté dans l'Église n'offrait pas de moindres témoignages de grandeur. On se rappelait un Nicolas I®*" se constituant le juge des évoques en même temps que l'arbitre des rois, érigeant la chaire apostolique en un tribunal suprême et proclamant pour les simples clercs, comme pour tous les fidèles, le droit d'invoquer sa justice *. Des légendes, des mensonges même, accueillis alors ou présentés comme des vérités, ajoutaient encore à l'effet de ces souvenirs. Tandis que des écrits apocryphes, tels que les Fausses Décrétales ^, entrés depuis deux siècles dans les recueils canoniques, attribuaient au saintsiège une autorité presque souveraine sur le clergé, on conservait dans les archives du palais de Latran la prétendue donation de Constantin, où Ton ne trouvait pas seulement pour la papauté le fondement de son autorité temporelle en Italie ^ mais un titre à des revendications plus hautes. En

i. Si les souverains aUemands devaient attendre d'être couronnés à Rome par le pape pour s'intituler empereurs, il fut toutefois admis à partir de 962, — date à laquelle Otlon I«' reçut la couronne impériale, — qu'une fois élus en Allemagne dans une diète, ils acquéraient ipso facto le royaume d'Italie. Le couronnement à Home était du reste, aux yeux des contemporains, plus qu'une formalité d'apparat. Raoul Glabor allait jusqu'à dire que, dans rintérôt de la paix du monde, le pape ne devait conférer lo diadème impérial qu'au prince qu'il en jugeait digne. C'était à peu près la môme doctrine que soutint plus tard Innocent III. Rad. Glab. I, 5.

2. La correspondance de Grégoire VII abonde en souvenirs de ce genre, qui, pour ne pas reposer tous sur des faits authentiques, n'en représentent pas moins l'opinion qu'on avait alors du rôle joué autrefois par la papauté. Cf. Bonitho, lib. ad amie.

3. Voy. Hinschius, Décret. Pseudo-Isid, Berolini, 1866. — Cf. dans La Papauté au moyen âge l'étude sur Nicolas I", in-8», Paris, Didier. 1881.

4. Se fondant sur la donation do Constantin, les papes prétendaient que les cessions de territoires faites au saint-siège par Charlemagne n'étaient que des restitutions. Ëp. Àdriani I ad Carolum, anno 778, JafTé-Wattenbacli, n« 2423.

cédant au papo Silvostre Rome, Tltalie ot les « régions de Touest * » avec les droits et les insignes de TEmpire, Constantin semblait faire des pontifes romains les héritiers de sa puissance en Occident ^.

Par le prestige que la papauté empruntait à ces souvenirs, par le respect qu'au milieu de son abaissement elle obtenait encore, on pouvait juger de ce qu'elle était capable d'accomplir si elle s'engageait dans la voie où l'appelaient les hommes pieux. Ce fut de l'excès de ses désordres que naquirent les circonstances qui la rendirent au sentiment de son rôle. Benoit IX, à son retour à Rome, avait trouvé en possession du saint-siège un évêque de Sabine, Silvestre III, à qui les Romains avaient vendu leurs suffrages. Il avait expulsé son rival, puis, emporté vers d'autres soins ^ s'était démis du pontiBcat, en le cédant, pour mille livres d'argent, à un archîprêtre Jean, lequel du moins n'était pas sans vertus. Celui-ci, qui prit le nom de Grégoire VI, n'occupait guère que depuis un an la chaire apostolique, lorsqu'on 1046, Silvestre III et Benoit IX s'étant de nouveau emparés d'un pouvoir dont l'un avait été violemment dépossédé et que l'autre regrettait après l'avoir cédé, on vit trois papes résider à la fois dans la ville de saint Pierre *. Quelques Romains « que touchait la crainte de Dieu », indignés de ces scandales, résolurent d'y mettre un terme. Ils s'adressèrent au fils de Conrad II, Henri III, qui régnait alors en Allemagne, et le supplièrent de prendre en

i. « Romanam nrbem et omnes Italise seu occidentalium regionum provincias, loca et civitates. »

2. C'est ainsi que l'entendait Léon IX dans une lettre qu'en 1053 il adressait au patriarche de Gonstantinople : t< Gonstantinus... eunctos... suceessores eidem (B. Petro) apostolo in Romanà sede pontifices, per beatam Sylvestrum, non solùm imperiali potestate et dignitate, verùm etiam infulis et ministris adornavit imperialibus. » Ep. 100, Migne, t. 143. De nombreux travaux ont été faits en ces derniers temps sur la donation de Constantin. Un très bon exposé de la question a été donné par Lœning dans VBistorische Zeitschrift, Bd. XIX.

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