‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 133 sur 357 · Ekkehard. anno · texte numérisé non relu

Ekkehard. anno

La. Cour de Roms, 10

rAIlemagae tout entière, il souhaitait la paix, et il adressa au monarque une lettre où, lui rappelant les liens de parenté qui les unissaient l'un à l'autre et l'exhortant à se soumettre à l'Église, il l'assurait qu'il ne voulait ni usurper sur ses droits ni amoindrir la dignité do l'empire. «Qu'où rende à l'Église, disait-il, ce qui appartient au Christ, et qu'on laisse à l'empereur ce qu'il peut revendiquer légitimement ^ » Henri ayant témoigné, par sa réponse, des mêmes sentiments de conciliation et qui cette fois semblaient sincères, Calixte chargea Lambert, cardinal-évêque d'Ostie, et avec lui deux autres cardinaux de convoquer les princes et les prélats de l'Allemagne à un synode, où l'on rédigerait un traité qui serait ensuite ratifié à Rome dans un concile général.

Ce synode, dans lequel devait être résolue d'une manière définitive la question des investitures, se réunit à Worms au mois de septembre 1122. A vrai dire, cette solution était déjà préparée dans les esprits non seulement par ce qui se pratiquait à cet égard en France et en Angleterre, mais par les écrits que, depuis quelque temps, avaient produits sur ce sujet des membres éclairés du clergé. L'on s'accordait enfin à reconnaître qu'il fallait distinguer l'investiture ecclésiastique de l'investiture féodale, et que, si la première appartenait à l'Église, il était juste que la seconde fût donnée par les princes. Geofi*roi de Vendôme, l'un des prélats qui avaient le plus écrit sur cette question, avait. Tannée précédente, publié un traité où il établissait que l'opinion qui reconnaissait aux séculiers le droit de conférer l'investiture spirituelle était une hérésie; que l'anneau et la crosse, signes de l'autorité pastorale, no devaient être conférés que par l'Église; mais qu'une fois l'évêque élu et consacré, le souverain pouvait, sous une forme quelconque, l'investir du temporel attaché à son siège ^.

!.« Obtineat Ecclesia quod Ghristi est; habeat imperator quod suum est. Sit pars utraque contenta suo officio. » Ep. i68 (19 février 1122), Migne.

2. Goffrid. Vindoc. opusc. IV, De possessionum ecclesiasticarum investi' lurdy quod regibus concedalur. Voir aussi un autre traité, opusc. III, d'une date un peu antérieure, adressé par Geoffroi de Vendôme à Calixte (L. Gompain, Élude sur Geo/proi de Vendôme, Biblioih. des hautes études, année 1891).

Ce fut de ces idées que s'inspira le synode de Worms. Il fut décidé que l'empereur renoncerait à l'investiture par la crosse et Tanncau et laisserait libres à l'avenir l'élection et la consécration des prélats; mais que ceux-ci ne pourraient entrer en possession de leur temporel qu'après en avoir reçu de l'empereur l'investiture par le sceptre, ce qui impliquait pour eux l'obligation de Thommage féodal. Il est vrai que, sur les instances du monarque, on accorda que les élections des évoques et des abbés de l'Allemagne proprement dite * se feraient en sa présence et que, selon ce qui s'était pratiqué jusqu'alors, l'investiture temporelle précéderait la consécration, tandis que, dans le reste de l'Empire, c'est-à-dire on Italie et en Bourgogne, la consécration précéderait, au contraire, l'investiture féodale. C'était laisser à l'empereur une action considérable sur les'nominations ecclésiastiques; mais il y a tout lieu de croire que cette concession, qui en fait disparut après lui, était personnelle à Henri V *. Sur ces principes, on rédigea deux instruments de paix, l'un, au nom de Henri, et l'autre au nom du pape. Ces actes ayant été souscrits par les représentants dos deux parties, le traité fut proclamé, et le cardinal d'Ostie donna publiquement à l'empereur le baiser de paix en témoignage de sa réconciliation avec l'Église '.

Six mois après, le 18 mars 1123, s'ouvrit à Romo, dans l'église de Latran, le concile général dont la réunion devait suivre celle de l'assemblée de Worms, et qui a été nommé le neuvième œcuménique ou le premier de Latran. C'était le concile le plus considérable qu'on eût vu encore depuis Grégoire VII. A ne parler que des dignitaires ecclésiastiques, on y comptait plus de trois cents évoques et environ six cents

Cf. Hugo de S. Maria monachi Floriacens. Traciatus de regia potestaie et saeerdotali dignitate, Migae, t. 163, p. 947.

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