Annales Sancii Diaibodi, Pertz, ss. XVII, p
4. On ne connaît cette lettre d'Honorius que par deux lettres d'Innocent II adressées l'une au mois de mai 1130 à Lothaire, et l'autre au mois de juin suivant aux évoques allemands. Ep. 4 et 5, Migne, t. 179. Cf. JafTé* Wattenbach, n» 7267.
tait la prépondérance croissante du saint-siège dans ses rapports avec les princes. Les progrès de son pouvoir dans rÉglise n'étaient pas moins manifestes. Déjà, au dernier concile de Latran, le rôle de l'épiscopat avait paru sensiblement amoindri. Malgré le nombre considérable de prélats qui se trouvaient réunis, on ne découvre, dans les actes de ce concile, aucune trace de débats relatifs aux canons qui y furent publiés; et le seul objet important proposé à l'attention d'une aussi grande assemblée avait été le traité, conclu d'avance, sur les investitures *. Encore, par une transgression des usages ecclésiastiques, fut-ce le premier exemple d'un concile dit œcuménique, où le pape, et non l'assemblée, rendit dos décrets en son nom *. Telle était l'idée qu'on se faisait alors de la puissance du saint-siège, que, depuis quelque temps, do sages esprits craignaient que le chef de l'Église ne prétendît imposer au clergé sa volonté pour loi. « Certains croient que tout est permis à l'Église romaine, avait écrit à un cardinal l'abbé Geoffroi de Vendôme, et que, par une sorte do dispense qu'elle tient de ses prérogatives, elle peut faire autrement que l'Écriture no l'enseigne ^ Cette opinion est insensée. L'Église romaine n'a pas plus de pouvoir que saint Pierre; et Jésus-Christ a dit lui-même qu'il était venu, non abolir la loi, mais l'accomplir. Elle doit donc se servir de la puissance qui lui a été donnée, non selon sa volonté, mais selon les traditions*. »
1. Suger (in Vita Ludov. p. 100) et Falcon de Bénévent (Migne, t. 173, p. 1188) disent positivement que le concile n'avait été réuni qu'en vue de la confirmation de ce traité.
2. « Auctoritate sedis apostolicas prohibemus, » tel est le début du premier canon.
3. (( Sunt quidam qui romanas ecclesiae omnia licere putant, et, quasi quadam dispensatione, aliter quam divina scriptura praBcipit, eam facere posse. »
4. Goffrid. Yindoc. apud Max. biblioth. patr. t. XXI. p. 86, 87. dette lettre, adressée au cardinal Pierre de Léon à l'occasion de la querelle des investitures, et dont certains écrivains ecclésiastiques ont placé la date peu avant le synode de Worms, parait devoir être rattachée, avec plus de raison, au concile de Lalran de 1116, où Pascal fut mis en demeure par le haut clergé de condamner le privilège qu'il avait accordé à Henri V. Quel-
Sous le pontificat d'Honorius, cetto autorité du saint-siëgo sur le clergé sembla s'étendre encore. Occupés de leurs démêlés avec Henri V, les derniers papes n'avaient veillé qu'imparfaitement au maintien de la discipline dans les églises de la catholicité. Un des premiers soins d*Honorius fut de la raffermir. En Allemagne, en Italie, en France, en Angleterre, en Ecosse, en Danemark même et en Suède, en Bohême et jusqu'en Orient *, des légats furent chargés de rappeler les ecclésiastiques à l'observation des canons et de sévir contre ceux qui s'y montraient rebelles. Mais, tandis qu'auparavant les représentants de la chaire apostolique avaient été choisis tantôt parmi les cardinaux, tantôt dans le clergé local, Honorius fit prévaloir l'usage do substituer les légats à latere aux délégués locaux, et dès lors on vit souvent de simples prêtres ou même des diacres, envoyés de Rome par le saint-siège, présider les synodes et commander aux évoques. Tout indiquait que le clergé perdait de plus en plus de son indépendance. En 1126, Honorius ayant député un cardinal au monastère du Mont-Cassin pour y faire élire un abbé qu'il avait désigné, les moines résistèrent, disant que leur couvent avait toujours été libre et qu'il ne subirait pas l'opprobre d'être soumis à des cardinaux. « Quelle abbaye, quelle église, répondit le légat, ne serait pas sujette de l'Église romaine? Celle-ci, que Dieu même a fondée, n'est-elle pas l'héritière de l'Apôtre, qui a reçu du Seigneur l'empire du ciel et de la terre *? » On élut enfin l'abbé que le pape avait choisi. L'année suivante, Honorius, se rendant à son tour au monastère, exigea que l'abbé lui prêtât serment de fidélité; et, comme cette exigence soulevait de la part des religieux une nouvelle opposition, le pontife signifia que l'abbé du Mont-Cassin pouvait
ques érudits la rattachent môme au concile du Latran de 1112. Yoy. Tétude déjà citée de L. Compain sur Geoffroi de Vendôme.
1. Baron, anno 1125, n» 12; 1126, n» 1; 1127, n« 6, 20, 22; 1128, n* 1 ; 1129, n» 2.
2. « Quaenam ecclesia vel monasterlum a romanse ecclesise non dispensatar arbitrio ? Romanam sedem solus fundavit Fillus Dei, et super Pétri apostoli erexit fidem, cui etiam terreni simul et cœlestis imporii jura commisit . » Petr. Chron, cas, 1. IV, c. 91.
bien s'astreindre à une formalité, à laquelle se soumettaient alors presque tous les évoques et les autres abbés ^
Par un heureux effet des événements qui l'avaient préparé, le pontificat d'Honorius, dont la durée, il est vrai, ne devait pas s*étendre au delà de quelques années, fut aussi paisible que celui de ses prédécesseurs avait été troublé. A un moment pourtant, le pape put craindre que des difficultés ne vinssent à s'élever du côté de l'Allemagne. Malgré la faveur dont le saint-siège entourait le nouveau roi des Romains, un frère de Frédéric de Souabe, Conrad de Hohenstaufen, duc de Franconio, osa, de concert avec lui, disputer la couronne à Lothairc, et, sur la fin de l'année 1127, réussit à se faire proclamer roi par quelques princes rassemblés à Spire *. Mais en même temps que Lothairc le mettait au ban do l'Empire, toute l'Église allemande se serra autour du monarque dont le pontife avait ratifié l'élection. Excommunié par les évêques ^, puis par Honorius lui-même *, Conrad se vit réduit à aller dans la Haute Italie se créer un parti. Il sut d'abord rallier à sa cause, avec plusieurs villes de la Lombardie, la fière cité de Milan, où il fut couronné par l'archevêque Anselme ^, élevé depuis peu à ce siège et qui, alléguant les privilèges de son église, avait refusé de venir à Rome recevoir la pallium •. L'archevêque fut excommunié à son tour par ses propres suffragants, que réunit dans un synode à Pavio un cardinal délégué par Honorius '; et le prince rebelle, abandonné bientôt des Milanais eux-mêmes, traînant de ville en ville son ambition déçue, ne fut plus dès lors, selon le mot d'un contemporain, qu'une « idole » un fantôme de roi *.
i. « Pontifex respondebat quia quod omnes fere episcopi, archiepiscopi et abbates faciunt, Casinensis abbas agere débet. » Petr. Chron. cas. c. 95.
2. Otto Frising. Chron. 1. VII, c. 17. Cf. Gest Jreinr. apud. Martène, IV, 196.