HONORIUS II
Calixte était mort à Rome lo 13 décembre 1124. Le choix de son successeur, sur lequel les esprits étaient divisés, faillit y donner lieu à des troubles. Les cardinaux, s'étant rassemblés trois jours après dans une chapelle de l'église de Latran, élurent tout d'abord, sous le nom de Célestin, le cardmal-prètre Théodebald. Mais, dans le moment où celui-ci, selon l'usage, venait de revêtir la cape rouge, un noble de la famille Frangipani et, avec lui, un certain nombre de clercs et de séculiers, qui étaient présents à l'élection, proclamèrent pape Lambert, cardinal-évêque d'Ostie. C'était le même qui, • délégué par Calixte au synode de Worms, avait présidé à la conclusion du traité sur les investitures. Cette double élection occasionna un tumulte qui menaçait de dégénérer en désordre et pouvait gagner la cité, lorsque Théodebald, par un
sentiment de piété mêlé sans doute de quelque crainte, se dépouilla volontairement de la pourpre en faveur de son rival, sur lequel finirent par se rallier les saiffrages. Les cardinaux, au bout de plusieurs jours, réélurent Tévêque d*Ostie, sur sa demande, dans des formes plus régulières; et, le clergé et le peuple ayant do leur côté donné leur adhésion, il fut sacré, le 24 décembre, sous le nom d'Honorius II *.
Cinq mois s'étaient écoulés depuis Tavénement d'IIonorius, quand l'Allemagne se vit appelée à son tour à se choisir un souverain. Le 23 mai 1125; Henri V expirait à Utrecht, sans laisser de postérité. En lui s'éteignait la dynastie franconienne qui avait commencé avec Conrad II. L'élection du roi des Romains se ressentit du changement qu'avaient apporté en Allemagne les derniers événements. Dirigée à la fois par les évèques allemands et par les légats du saint-siège, elle se fit dans l'intérêt de l'Église plus que dans celui de l'Empire. Parmi les princes qui prétendaient à la couronne, le plus puissant était un neveu de Henri V, appartenant à la famille des Wiblingen, Frédéric de Hohenstaufen, duc de Souabe, à qui l'empereur défunt avait légué la plus grande partie de ses biens allodiaux, situés en Franconie, en Souabe, sur les bords du Rhin et en Italie. Mais cette puissance, qui le rendait dangereux pour le clergé, éloigna de lui les suffrages. La même raison fit exclure le duc de Bavière, Henri le Noir, de la famille des Welfen, qui seul eût pu lutter d'importance avec lui, et l'on choisit le duc de Saxe. Lothaire do Supplinbourg, qui, plus faible par ses possessions que ses compétiteurs, avait en outre, aux yeux de l'Église, le mérite de l'avoir défendue en combattant jadis contre Henri V à la tète des Saxons révoltés. Lothaire se sentait si bien l'élu du clergé et le protégé des légats, qu'avant son couronnement, célébré le 13 septembre à Aix-la-Chapelle, il adhéra à un traité qui modifiait le concordat de Worms au sujet des élections ecclésiastiques d'Allemagne. Par ce traité, il renonçait au droit
1. Pandulph. in Viia Honorii Watterich, II, p. 157. — Petr. Chron. Cas. 1. IV, c. 83. — Anrial, Ceccanens. anno 1124.
qu*avait obtenu Henri V d'assister à Télection des évoques et des abbés, et s'obligeait à ne leur conférer l'investiture par le sceptre qu'après qu'ils auraient reçu l'investiture canonique *. Il lit plus; il s'engagea de lui-même à ne pas exiger des prélats de l'Empire l'hommage qu'ils lui devaient pour leur temporel et déclara vouloir se contenter à l'avenir d'un serment de fidélité *. "^
Ces concessions du monarque allemand, comme le choix qui l'avait désigné, étaient une nouvelle victoire du saintsiège sur l'Empire. Lothaire ajouta encore à ces marques de condescendance en envoyant à Rome des députés demander au pape de confirmer son élection '. Honorius, au mois de juillet 1126, répondit par une lettre où il mandait à Lothaire que, considérant les avantages que son élection apporterait à l'Église, il ratifiait, en vertu de son autorité apostolique, le choix dont il avait été l'objet. Par la même lettre, il invitait le monarque à venir à Rome ceindre la couronne impériale *. Ainsi, tandis que jusqu'alors les empereurs avaient revendiqué 1^ droit de confirmer l'élection des papes, c'étaient maintenant les empereurs qui semblaient soumettre leur propre élection à l'assentiment du saint-siège. Rien ne montrait mieux à quel point les choses étaient renversées. Il est vrai qu'en sollicitant cet assentiment, Lothaire ne recherchait qu'un appui qui affermit sa couronne, et non une sanction qui la légitimât, au lieu qu'autrefois l'élection des papes n'était valable que par la confirmation des empereurs.
Une soumission aussi entière de la part de Lothaire attes-
4. Narratio de elecHone Lotharii, Pertz, 88. XII, p. 510-512. Le8 premiers mots du texte montrent clairement qu'il s'agit d'un traité Imposé à Lothaije : « Goncordantibus in electione régis universis..., quid juris regiae dignitatis imperium, quid libertatis ecclesiae sacerdotium habere deberet, stabili ratione prsescribitur. •
2. Ibid. Pour plus de détails sur l'élection de Lothaire, voir Zeller, Hisi, d'Allemagne, t. IV, p. 10-17. Cf. Héfôlô, Conc, t. vu, p. 91.