LES COMMENCEMENTS D'HILDEBRAND
Cet appel à rintervention do Henri III se justiGait à plus d'un titre. De tout temps, les empereurs avaient été en possession du droit de confirmer les élections des papes, et Télec* tion n'était réputée valide que lorsque le prince, en Tapprouvant, avait autorisé la consécration du nouveau pontife, à laquelle il assistait ou par lui-même ou par ses délégués. Ce droit, maintenu par les Carolingiens, qui l'avaient emprunté aux souverains de Constantinople *, avait passé, avec l'Empire, aux rois de Germanie; et il avait fallu les désordres de ces dernières années pour que l'exercice en eût été interrompu. D'un autre côté, depuis qu'ils avaient hérité du sceptre de Charlemagne, les monarques allemands s'étaient donnés, à son exemple, pour les protecteurs du saint-siège, et, lors de leur couronnement à Rome, ils juraient d'en accomplir les devoirs. A la vérité, tandis que l'empereur franc s'était uni à
1. Voy. E. de Boziôre, Liber diumus, in-8», 1869. Voy. aussi Dielh, Études sur l'tubninisiralion byzantine dans Vexarchat de Havenne, p. 368-407, Biblioth. de l'Ec. de Rome, 1889. Plusieurs fois les empereurs grecs se prévalurent de ce droit de confirmation pour intervenir violemment dans les élections pontificales. On vit également au neuvième siècle des empereurs carolingiens, tels que Louis U» imposer certaines élections. Jaffé-V^attenbacb, anno 855 (Anastaslus anti-papa).
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la papauté dans des vues d'ordre européen et pour étendre, avec son concours, les bienfaits do la religion, les empereurs y^ r germains ne s'étaient guère alliés à elle que dans l'intérêt de wO'/ leur pouvoir, et ils avaient moins cherché à être les tuteurs que les maîtres du saint-siège. Déjà, sur la fin du siècle précédent, on avait vu à Rome Otton I®', excédant les attributions impériales, provoquer dans un synode la déposition de Jean XII, de celui-là même auquel il devait l'Empire, et faire à sa place élire un autre pape *. Un événement analogue et d'une portée plus grave eut lieu au mois de décembre 1046. Arrivé à Sutri, non loin de Rome, Henri III réunit en concile ses évêques allemands, auxquels s'étaient joints quelques prélats italiens, y fît déposer Silvestre III et Benoit IX comme simoniaqucs et contraignit Grégoire VI, le seul des trois papes qui fût présont au concile, à se démettre du pontificat*. Il entra ensuite dans Rome. Là, il convoqua les délégués du clergé et du peuple, et, après avoir reçu de l'assemblée obéissante le titre de patrice qu'avaient porté les premiers Carolingiens, procédant lui-môme au choix d'un autre pape, il désigna, sous le nom de Clément II, Tévêque do Bamberg, Suidger, l'un de ses dévoués chapelains ^. Couronné empereur, le lendemain 25 décembre, de la main de celui auquel il venait de donner le pontificat, il accrut encore l'autorité qu'il s'était attribuée. Clément II, dont il obtint pour lui et pour ses successeurs la confirmation de la dignité de patrice, lui reconnut le droit de présider désormais, en cette qualité, à la désignation du pontife et de l'instituer dans l'Église -*.
\. Héfélé, Conc, t. VI, p. 184-192.
2. Tel est lo récit de Didier, Dialog. 1. III. Au dire de Bonizo, l'on ne jugea pas nécessaire de déposer Benoit que Ion considérait comme exclu du pontificat par la cession qu'il en avait faite à Grégoire VI, et l'on se borna à déposer Silvestro qu'on relégua dans un couvent. Cf. Jaffé-Wattenbach, 20 déc. 1046. — Voir aussi Jaffé, Monunu gregor. p. 594, 595, not.