Ep. 78. Migne. ibid
contenté de demander quelques reliques ^ Sous l'influence de Grégoire, la papauté s'était enfin dégagée de ces souillures ; mais, auprès d'elle et, pour ainsi dire, sous ses yeux, se continuaient néanmoins certains trafics qu'elle paraissait tolérer. Tandis qu'avec une louable persévérance elle multipliait les conciles contre la simonie, les camériers et les autres officiers du palais apostolique exigeaient, à titre « d'offrande pieuse » ou de « bénédiction », une rétribution de tous les évêques et abbés qui venaient se faire sacrer *. Les plus hauts dignitaires de l'Église romaine n'étaient pas non plus, sous ce rapport, à l'abri des reproches. En 1128, un évoque de Verdun, cité à Rome par Honorius pour înconduite notoire', sut se soustraire aux sévérités du pontife en se conciliant par des présents l'appui d'une partie des cardinaux, et ce furent les remontrances du pieux abbé de Clairvaux qui le décidèrent, à son retour de Rome, à résigner un siège dont il se montrait indigne *.
On devait sans doute supposer que, délivrée des obstacles qui jusqu'ici avaient entravé son action, la papauté allait porter sur ces abus une attention vigilante. Mais elle avait elle-même à se garder de plus d'une sorte de péril. Attachée au siècle par sa souveraineté temporelle et ses possessions en Italie, comme le haut clergé par ses richesses territoriales et ses droits seigneuriaux, elle pouvait être amenée, comme lui, à des actes contraires à son caractère et compromettre les principes dont elle était la plus haute personnification.
i. «c Qai (poniifex) hoc memorabile et Romanis insolitum et posteris reliquit exemplum, quod nec aurum, nec argentum, nec preciosas monasterii margaritas, quod multum timebatur, non tantuni non aifectabat, sed nec respicere dignabatar. » Suger. Gest, Ludov. p. 25.
2. In qua (ecclesia romana) dicunt cubicularios et ministros sacri palatii mnlta exigere a consecratis episcopis Tel abbatibns, quse oblationis Tel bénédiction is nomine paUiantur, cum nec calamus» nec charta gratis, ut aiunt, habeatur. » Ivo Garnot. ep. 133.
3. Dés le temps de Galixte, on l'avait accusé auprès du saint-siége « de incontinentia, de simonia, de dilapidatione rerum ecclesia. » Hû^ epiicop. Firdun. D'Achery, SpiciUg,, t. III, p. 251.
4. En 1129. Hist. episcop, Virdun. loc. cit. Pour les faits de vénalité imputés aux cardinaux, voir un incident du même genre souslepontiflcat da Pascal dans Willelm. I^r. 1. II, c. 26.
On avait vu Honorius porter la guerre en Fouille contre Roger de Sicile, méritant par là les blâmes que Tabbé de Clairvaux, à si juste titre, adressait aux évêques. On le vit de même, durant les premières années de son pontificat, aller à plusieurs reprises attaquer sur leurs domaines des barons de la Campanie et de la Maritime, qui, à la faveur du dernier schisme, avaient cherché à se rendre indépendants *. Ce n'était pas là, au reste, une nouveauté qu'on lui dût imputer. Calixte, après le concile de Latran, avait déjà tenté de soumettre par les armes ces barons rebelles ', et Honorius n'avait fait qu'achever une entreprise commencée par son prédécesseur.
Un autre danger auquel était exposée la papauté venait du pouvoir même qu'elle était arrivée à exercer sur l'ensemble de la société, et qui avait aussi pour effet de l'entraîner hors du domaine de la religion. Ce n'était pas uniquement par ses relations avec les princes et par son intervention dans le gouvernement des États qu'elle s'en voyait éloignée. Les affaires ecclésiastiques de plus en plus nombreuses qu'elle évoquait à son jugement, les appels répétés, les débats qui en étaient la suite, faisaient par moments du palais de Latran comme une officine de procès. A ne parler que des mariages, — qui étaient du ressort des tribunaux ecclésiastiques et que les canons interdisaient alors entre collatéraux jusqu'au septième degré ^, — ils étaient une cause continuelle de difficultés, qui amenaient à tout instant de delà les Alpes des clercs ou des moines chargés de parchemins *. D'un autre côté, depuis que la papauté avait étendu sa juridiction sur toutes les églises de la catholicité, des divers points de l'Europe églises, abbayes, prieurés lui demandaient de confirmer, dans des chartes particulières, leurs possessions et leurs droits *.