‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 146 sur 357 · janvier · texte numérisé non relu

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prosternant à ses pieds à l'exemple du roi de France, lui promit obéissance filiale pour lui et ses sujets. De Chartres le pape, gagnant Étampes, puis Châlons-sur-Marne, se dirigea vers la frontière allemande, et, le 22 mars 1131, il atteignit Liège où devait avoir lieu son entrevue avec Lothaire. Il s'était fait accompagner, dans ce voyage, du pieux abbé de Clairvaux. Ce monarque, entouré de princes et de prélats, attendait Innocent sur la place principale de la ville devant l'église cathédrale. Aussitôt que le pontife parut monté sur sa haquenéc, Lothaire s'avança à pied vers lui, puis, s'offrant avec humilité pour remplir auprès de sa personne les fonctions d'écuyer, il prit d'une main la bride de sa monture, et, tandis que de l'autre il écartait la foule, il le conduisit ainsi jusqu'à l'église, de la manière, dit un contemporain, qu'il eût fait pour son seigneur *. Jamais, depuis Grégoire VII, un pape n'avait reçu des souverains séculiers de telles marques de déférence. Un incident faillit toutefois troubler cette rencontre avec Lothaire. Le monarque se plaignit que les derniers traités au sujet des élections ecclésiastiques d'Allemagne eussent trop amoindri les droits de l'Empire, et l'on put craindre un moment qu'il ne voulût soulever la question des investitures; mais il suffit des représentations de Bernard pour arrêter une tentative qu'il jugeait, disait-il, « aussi mauvaise qu'inopportune ^. »

Ainsi assuré de l'adhésion des princes les plus puissants

1. <c Humillime seipsum stratorem offerens,.. alia manu virgam ad defendendam, alia frenum albi equi accipiens, tanquam dominum dedncebat. » Suger, ibid. Cf. Innocent II ep. 28 ad archiep. Compost, Migne, t. 179.

2. Telle est l'interprétation qu'il convient, suivant nous, de donner à l'incident dont parlent Bernard et son biographe Ernald (Bernard ep. 150; Emald c. I, 5). Le souvenir que les contemporains avaient gardé de la querelle des investitures a dû les porter à exagérer les faits. On sait que Pierre Diacre (Chron. cas, 1. 1 V, c. 97), a été jusqu'à prétendre que le pape avait, en cette circonstance, rendu à Lothaire l'investiture par la crosse et Tanneau. Otton de Freisingen nous semble garder la juste mesure quand il dit (Chron. 1. VII, c. 18) : « Qui (rex), exposito prius modeste in quantum regnum amore ecclesiarum attenuatum, investituram ecclesiarum quanto sui dispendio remiserit. » Il ne serait pas d'ailleurs impossible que les plaintes de Lothaire eussent été motivées par certaines usurpations du clergé. Voy. la bulle du 8 juin 1133 que nous rapportons plus loin.

de rOccîdent, Innocent revint en France, où il convoqua un grand concile à Reims afin de s*y faire reconnaître solennellement comme pape *. Ce concile, qui s'ouvrit le 18 octobre 1131, rappela par son éclat celui que Galixte II avait tenu au même lieu onze ans auparavant. Treize archevêques, deux cent soixante-trois évêques et un nombre considérable d'abbés, de moines et de clercs, venus de France, d'Allemagne, .d'Angleterre, d'Espagne assistaient à cette assemblée. L'abbé de Clairvaux, Bernard, siégeait parmi les prélats, objet des égards particuliers du pontife. Les souverains d'Allemagne, d'Angleterre, de Castille, d'Aragon, s'étaient fait représenter par des ambassadeurs. Le roi de France, Louis VI, qui avait récemment perdu son fils aîné, était venu lui-même au concile, afin de faire couronner son second fils, depuis Louis VII, par la main du pape. Dans ce concile, où l'on publia selon l'usage divers canons de discipline ecclésiastique, Innocent fut proclamé chef légitime de l'Église et Anaclet frappé d'excommunication *. Après les hommages inusités que lui avaient rendus les princes, Innocent ne pouvait en recevoir de moindres du clergé. Un prélat, chargé par le pontife de prononcer un sermon à l'ouverture du concile, commença son discours en ces termes : « Il y a ici plus que Moïse : car le seul peuple d'Israël lui avait été confié, tandis que l'Église tout entière a été confiée à celui qui nous préside. Il y a ici plus qu'un ange; car auquel des anges a-t-il été dit : Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel? Il n'y a personne dans l'univers de comparable au pape, excepté Dieu *. )) Si vertueux que pût être un pontife, il était

i. Ep. 46 ad archiep. Compost. (19 mai 1131).

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