‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 157 sur 357 · Par une bulle du 19 mars · texte numérisé non relu

Par une bulle du 19 mars

trouver dans le clergé plus d'un écho : « La plénitude du pouvoir sur toutes les églises du monde a été attribuée au siège apostolique par une prérogative spéciale. Celui donc qui résiste à ce pouvoir résiste à Tordre voulu de Dieu. Le pape, selon qu'il le juge à propos, peut créer des évéchés là où il n'en fut jamais ; et, à Tégard de ceux qui sont déjà institués, il peut augmenter les uns et amoindrir les autres, faire d* un archevêque un évoque et d*un évèque un archevêque. Quant à ce qui fait le premier sujet de vos griefs, vous n*avez pas davantage lieu de récriminer. Les ministres de l'Église, si élevée que soit leur dignité, ne peuvent refuser de comparaître devant le pontife, et il a le droit de les mander par devers lui de tous les confins de la terre *. »

Ce n'était pas seulement dans l'extension donnée aux appels qu'Innocent s'était montré inconsidéré. Pour mieux s'assurer la fidélité du clergé ou pour accroître le nombre de ses adhérents, il avait, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, prodigué ces exemptions, ces distinctions honorifiques et tous ces divers privilèges qui, sous leVdernier pontificat, causaient déjà les alarmes de Bernard ^. Ce n'est pas que le pape, on accordant ces faveurs, ne veillât dans l'Église au maintien de la hiérarchie, ni qu'il ne recommandât au clergé la simplicité' que comportait son caractère. L'un des canons publiés au concile de Reims enjoignait expressément aux abbés de se soumettre à la juridiction de leurs évoques '. Le prélat qui, sur Tordre du pontife, avait ouvert ^ce concile par un sermon, n'avait pas craint de flétrir les habitudes fastueuses et l'appareil « presque royal » qu'affichaient les membres les plus élevés de Tépiscopat. S'inspirant vraisemblablement de ce que l'abbé de Clairvaux avait écrit sur ce sujet : « Us se disent les ministres du Christ, s'était-il écrié, et néanmoins ils ornent d'or et d'argent les harnais de leurs chevaux, et leurs

1. £p. 131. Cf. Pagii not. 28 apud Baron, anno 1135. 3. Jaffô-Wattenbach passim. Pour les distinctions honorifiques, voir notamment ep. 106, 143, 236, 255, 283, 315, Migne. 3. Mansi, Conc. t. XXI, 426.

Page 1