LA COUR DB ROME
éperons brillent plus que les autels de leurs églises *. » Assurément on no laissait pas de rencontrer dans le haut clergé des preuves d'austérité. C'était le temps oii Ton voyait révoque de Bamberg, Otton, pris d'une sainte ardeur, quitter son palais épiscopal et, s'cnfonçant dans les régions de la Poméranie, aller, au risque de sa vie, évangéliser les barbares. Tandis que des abbés achetaient à grands frais le droit de revêtir les ornements épiscopaux, Bernard, joignant l'exemple au précepte, refusait l'évèché de Gènes, puis l'archevêché de Milan que lui offrait la vénération des (idèles *. Innocent, alors qu'il résidait en France, s'étant rendu à Tabbaye de Clairvaux, avait pu voir lui-même la touchante imago de la simplicité chrétienne. Il avait été reçu par des religieux pauvrement vêtus et portant une croix de bois. « Les Romains, écrit un contemporain, ne trouvèrent rien qui excitât leur cupidité, et les moines n'avaient de désirable que l'imitation de leurs vertus ^ »
Ce n'étaient là toutefois que de nobles exceptions, et les sévérités du saint-siège n'étaient pas superflues pour rappeler le haut clergé aux devoirs que lui imposait son ministère. Mais, à ne parler que du faste qu'on reprochait aux évêques, comment le saint-siège eût-il pu le réprimer, quand le chef de l'Église en donnait Toxomple, quand Innocent portait le bonnet en étoffe d'argent à Tusage des empereurs, autrement dit la tiare, avec une couronne d'or, et que, monté sur une haquenée blanche couverte de draperies aux couleurs éclatantes, il se montrait ainsi aux populations suivi d'un nombreux et brillant cortège de dignitaires ecclésiastiques et d'officiers * ? Comment aussi eût-il pu empêcher les évêques de délaisser le soin de leurs diocèses pour le tumulte des
1. MabiUon, S, Bemardi opéra, t. II, p. 735-738. Parisiis, 1690.
2. Ërnald. c. IV, 26. Au liire de son biographe, Bernard avait déjà refusé les ôvéchés de Langres et de Ghâlons. Par la suite, il refusa encore l'archevêché de Reims.