Henri de Bavière mourut le 20 octobre
S. « Mille equitum caterva stipatus et peditum multitudine copiosa. » Falco. Benevent. Chron, 3. Baron, anno 1139, n« 12 et 8s.
domaine, à la vérité peu étendu, qui était à cette époque ouvert à la pensée. Parmi les hommes qui contribuèrent à cette renaissance intellectuelle, le plus célèbre était le moine français Abailard. Rassemblant autour de lui de nombreux disciples, il s'était proposé de leur démontrer les vérités de la religion à l'aide des lumières de la raison, persuadé, disait-il, « qu'on ne pouvait croire que ce qu'on avait d'abord compris. » Déjà, sur la fin du pontiflcat de Callixte II, un traité que, suivant cette méthode, il avait composé sur la Trinité, avait éveillé les déGances des zélés orthodoxes, et, dans un synode à Soissons que présidait un légat du saint-siège, il avait dû, pour apaiser ces défiances, brûler son livre de ses propres mains *. Il n'avait pas laissé, au bout de quelques années, de reprendre son enseignement, et sa parole, comme ses écrits, obtinrent en peu de temps une faveur si universelle, que, selon le mot d'un contemporain, « ses livres allaient plus loin que la mer et les Alpes, et que ses leçons traversaient les provinces et les royaumes. » Ce succès éveilla de nouveau les alarmes des orthodoxes. C'était en effet l'hérésie qui, par les livres d'Abailard, menaçait de s'introduire dans l'Église. « Dans ces livres où j'ai relevé nombre d'erreurs, écrivait à l'abbé de Clairvaux l'abbé de Thierry, Guillaume, il ne s'agit de rien moins que des fondements de la religion; le mal prend chaque jour des proportions plus graves; il n'est que temps d'aviser ^. » Vers le milieu de Tannée 1140 fut réuni à Sens un concile, auquel, avec le roi de France, qui était alors Louis VU, et quelques seigneurs, se rendirent les archevêques de Sens et de Reims, accompagnés de leurs suffragants, l'abbé Bernard, d'autres abbés et des clercs. On y condamna, comme contraires à la foi, plusieurs des propositions contenues dans les ouvrages d'Abailard. Mais cette condamnation, en raison du renom attaché à ces ouvrages, ne parut pas, aux yeux des membres du synode, avoir assez
1. Pour tonte cette affaire d'Abailard, voy. un très bon résumé dans Iléfôlé, Cone,t, VII. p. 161-166; 250-288.