Migne, 1 180, p. 249 et ss
d'autorité. Ils écrivirent à Innocent, et, lui adressant dos extraits des livres incriminés, le prièrent de se prononcer lui-même au sujet de ces erreurs.
Abailard, qui avait appelé au pape, protesta inutilement de la pureté et de la sincérité de sa foi. Lors même qu'il n'eût pas eu à se défendre sur certaines propositions qualifiées d'hérétiques, le seul fait d'invoquer la raison au secours des doctrines établies par TÉgiise eût suffi à sa condamnation. Les hommes les plus distingués du clergé réprouvaient l'introduction de la philosophie dans les choses de la religion et disaient « qu'il fallait se garder de planter la forêt d'Aristote près do l'autel du Seigneur *. » Le principal grief que, dans leur lettre au pontife, les membres du synode alléguaient contre Abailard était « qu'il tendait à détruire le mérite de la foi, en voulant comprendre par l'humaine raison Dieu et tout ce qu'il est *. » L'abbé Bernard, malgré l'élévation de son esprit, était dans ces idées ^ Ce fut lui qui se chargea d'adresser à Innocent les extraits des livres d' Abailard et lui signala les périls de l'enseignement inauguré par leur auteur. « Vous avez vaincu le schisme, écrivait-il au pape; voici maintenant venir l'hérésie. C'est à vous, ô successeur de Pierre, qu'il appartient de préserver de ses souillures la fiancée du Christ *. » Innocent ne pouvait se montrer moins orthodoxe que l'abbé de Clairvaux et que les évêquos do Franco. Il ne se borna pas à confirmer la décision du synode. Par une sentence du 16 juillet 1141, il ordonna de brûler tous les écrits d' Abailard, imposa à leur auteur un silence perpétuel et enjoignit de l'enfermer lui-même dans un monastère jusqu'à sa mort, déclarant passibles de l'excommu"