S. Bernard. Ëp
oication tous ceux qui tenteraient de prendre sa défense ou de répandre ses doctrines *.
Par cette sévérité envers un homme qui, en réalité, ne se proposait pas de combattre le dogme, et dont toute la hardiesse consistait à vouloir prouver les vérités de la foi par des arguments empruntés à la philosophie, le saint-siège se déclarait en quelque sorte ennemi de la pensée, et il était à craindre que, si cotte pensée un jour s'attaquait directement au dogme, il ne punit cette audace comme un crime. Du moins pouvait-on dire qu'en cette circonstance Innocent avait voulu sauvegarder l'intégrité de la foi. L'intérêt de son autorité, plus que celui de l'Église, lui dicta une autre sentence que, dans le même temps, il rendit contre le roi de France. L'archevêché de Bourges étant devenu vacant, il y •avait fait élire, malgré l'opposition de Louis VII, Pierre de la Châtre, parent d'un de ses cardinaux. Celui-ci, qui était allé à Rome se faire sacrer, se vit, à son retour, refuser l'entrée du royaume et ne put prendre possession de son siège. Inno* cent irrité jeta l'interdit sur les domaines du roi ^. C'était la première fois qu'une sentence aussi rigoureuse était prononcée pour un fait d'élection. Le pape prétendait que, si on laissait les princes user de cette licence, l'Église ne serait plus libre '. A vrai dire, ce qui rendait grave à ses yeux la conduite du roi, c'était qu'il s'opposait à un choix dicté et sanctionné par le saint-siège. Vainement l'abbé de Clairvaux, prévoyant les maux qui pouvaient résulter de cette sentence, écrivit-il aux cardinaux de conseiller au pape la clémence *. Il ne se trompait pas dans ses prévisions. L'année suivante, en 1142, Thibaut, comte de Champagne, ayant donné asile