‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 186 sur 357 · Ce nouvel exil dura de juin 1130 à novembre · texte numérisé non relu

Ce nouvel exil dura de juin 1130 à novembre

8. Lettre de Wibald, abbé de Gorbie, à Eugène, février 11 50, Monum. Corbeiensia, éd. Jaffé, n« 232 (in fine). Cf. une lettre de Henri, notaire de Conrad, à Wibald, datée de 1149, ibid. n* 182.

l'appui de Conrad, les Romains, de leur côté, s'efforçaient de l'attirer à leur cause. Avant même qu'Eugène fût rentré à Rome, ils lui avaient adressé, à cette intention, des lettres réitérées. Dans ces lettres et d'autres qui suivirent, ils lui mandaient que son honneur était intéressé au maintien des libertés qu'ils avaient reconquises; que c'était « par la téméraire usurpation des clercs » que « l'Empire romain » avait perdu sa grandeur, et, l'assurant de leur zèle pour l'aider à on relever l'éclat, l'invitaient à venir à Rome recevoir la couronne impériale des mains du sénat et du peuple. « Il faut, lui disaient-ils, que l'Empire redevienne par vous et par nous ce qu'il était au temps des Constantin et des Justinien. C'est en renversant la domination du clergé que vous régnerez à la fois sur l'Allemagne et l'Italie ; vpus le rendrez ainsi à ses attributions; vous empêcherez qu'usant d'un pouvoir qui ne lui appartient pas, il ne provoque la guerre et ne soit cause d'homicides. Il ne convient pas que le prêtre porte à la fois le calice et l'épée *. » Bien que Conrad ne fût pas insensible à ridée d'accroître en Italie l'autorité de l'Empire, il n'était pas dans ses desseins d'entrer en conflit avec le saint-siège, encore moins de reconnaître la république romaine; et, sans promettre encore ouvertement de soutenir le pontife, il s'abstint de répondre aux avances des Romains *.

Au milieu de ces événements, l'attention des hommes sages du clergé n'avait pas laissé de se porter sur la situation intérieure de l'Église, et de divers côtés parvenaient à Eugène, avec les mêmes vœux qui avaient salué son avènement, des avis et des exhortations. Sans parler d'un écrit que le prévôt de Reichersberg, Géroh, venu en Italie, lui avait remis à ce

1. Nous résumons ici trois lettres à Conrad datées de 1149 et insérées dans les Monum. Corheiensia aux u«* 214, 215, 216. Mais il ne parait pas douteux que des lettres analogues et d'une date postérieure n'aient encore été adressées à Conrad. Voy. ihid, n« 347, un document intitulé « Promissa Homanorum »; cf. une lettre de Conrad écrite aux Romains après septembre 1151, ibid. n»345.

2. c Hujusmodi yerbis sive nœniis prœbere aures abnuit. » Otto Frising. De gest. Frid, 1. I, c. 28.

sujet *, Tabbé de Clairvaux publiait de 1149 à 1152, sous forme de lettres adressées à son ancien disciple, son célèbre ouvrage De la considération ^. Dans cet ouvrage, Bernard, énumérant les divers abus qu'on remarquait alors dans l'Église, appelait sur ces abus la vigilance du pontife. 11 exhortait Eugène à surveiller de près son propre clergé qui devait être, disait-il, le modèle de tous les autres. Il lui recommandait la prudence dans le choix des cardinaux et surtout dans celui des légats, dont la conduite n'était pas toujours pour les fidèles un sujet d'édification. 11 répétait les blâmes qu'il avait exprimés jadis sur les habitudes séculières et le luxe du haut clergé, et avertissait le chef de l'Église de se garder lui-même contre ces tendances profanes. « Nous ne voyons pas, disait-il, que saint Pierre ait jamais paru en public vêtu de soie et d'or et monté sur un cheval blanc, avec une suile tumultueuse de soldats et d'officiers. En cela, vous avez succédé, non à saint Pierre, mais à Constantin. Souffrez-le pour vous accommoder au temps; mais n'oubliez pas vos devoirs pastoraux et ne rougissez pas de l'Évangile ^. »

11 s'étendait particulièrement sur le mal des appels et sur celui des exemptions. « On appelle à vous du monde entier. Assurément rien n'est beau que de voir les faibles à couvert de l'oppression, dès qu'ils interposent votre nom; mais rien n'est triste que de voir l'oppresseur triompher par cette voie. » Comme déjà l'écrivait à llonorius l'archevêque Hildebcrt, il disait que les appels n'étaient que trop souvent un moyen de suspendre la sévérité des évêques, lorsqu'ils voulaient empêcher des mariages illicites, punir les violences ou les sacrilèges, éloigner des charges de l'Église les hommes incapables ou indignes *. 11 se plaignait que le saint-siège, circonvenu

1. Gerohi liber De corruplo statu EcclesUe ad Eugenium papam, apud Baluz. Miscell. t. II, p. 198 et ss. Cf. ibid. p. 197, une lettre de Géroh au cardinal Henri.

2. Pagii not. 2 apud Baron, anno 1152. Sur cet ouvrage, voir Geillier, Auteurs eccl. t. XXII, p. 395-406.

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