Voir Jaffé-WattenbacL, 21 juillet 1179 - 30 août
loctioii eussent porté leurs suffrages sur des hommes parvenus presque tous à un âge avancé, cinq papes, en moins de dix-sept années, allaient se succéder sur le trône de saint Pierre. Celui qui fut appelé à remplacer Alexandre était Hubald, cardinal-évéque d'Ostie, qui adopta le nom do Lucius III. L'élection eut lieu, le l**" septembre, à Velletri. Jusqu'ici le clergé et le peuple de Rome étaient intervenus, sous une forme plus ou moins régulière, dans le choix des pontifes. Cette fois, les cardinaux furent seuls à prendre part à la nomination de Lucius; et le même fait s' étant reproduit sous ses premiers successeurs, élus comme lui hors de Rome, le sacré collège s'attribua dès lors, à roxclusion du clergé et du peuple, le droit de désigner les papes *. Ce changement en favorisa un autre qui, depuis quelque temps, se préparait dans les usages de l'ÉgUse; et les évoques, qui, dans chaque diocèse, étaient élus auparavant par le clergé et les fidèles, le furent désormais par les chapitres des églises cathédrales.
Bien que nommé sans la participation des Romains, le nouveau pontife, à la suite d'une convention qu'il avait réussi à conclure, avait pu venir résider à Rome et s'était établi au palais de Latran ^. Il ne tarda pas à se voir on butte, comme Alexandre, à leur hostilité. Sur son refus de leur abandonner certains droits qu'ils disaient avoir obtenus de ses prédécesseurs et qui touchaient vraisemblablement à l'administration de la cité, un soulèvement se produisit ^ qui l'obligea de sortir de la ville, et, au mois de mars 1182, il se relirait à Velletri. Telle était la situation incertaine à laquelle les papes se trouvaient réduits comme souverains temporels.
1. Dans le canon rendu par Alexandre III, au concile de La'.ran, sur l'éection des papes, il n'était rien dit de la participation du clergé et du peuple de Rome ; cette omisBioD, faite sans doute à dessein, uedut pas être étrangère à cette innovation.
2. Gregorovius, Sloria di Roma^ t. IV, p. 591. Le i novembre 1181, il était au palais de Latran.
3. « Ortum est grave dissidium inter Romanes et Lucium super consuetudinibus quibusdam, quas pr|»decessores papse Lucii facere sol'^bant, quas papa Lucius se nunquam facturum juravit. » Rog. do Ilovod. *
Ils ne cessaient de revendiquer un pouvoir qui échappait toujours, que leur disputaient tantôt les Allemands et tantôt les Romains, et, contraints à tout instant de s*exiler de Rome, ils n'y rentraient, sous la garantie de prétendues conventions, que pour les voir violées le moment d'après et s'exiler de nouveau.
Lucius n'avait ni la prudence, ni la modération d'Alexandre. Voulant ramener les Romains à son obéissance, il invoqua le secours de l'archevêque de Mayence, Christian do Buch, que Frédéric Barberousse avait laissé en Italie pour garder la Toscane et les autres provinces * dont le traité de Venise lui avait accordé la possession temporaire. Ainsi le chef de l'Église n'hésitait pas, pour le besoin de son autorité temporelle, à mettre lui-même l'épée aux mains d'un évêque. Le hardi prélat, qui, tout en ayant obtenu d'Alexandre la confirmation de sa dignité épiscopale, avait conservé ses mœurs belliqueuses, se rendit à l'appel du pontife, et, dans l'été de il83, vint, à la tête de ses Allemands, porter les ravages autour de Rome. Deux échecs successifs qu'il infligea aux Romains, sortis au devant de lui pour le combattre, allaient peut-être forcer leur soumission, quand il succomba aux atteintes de cette fièvre du mois d'août qui avait jadis enlevé à ses côtés le chancelier Rainald ^ Sa mort laissait Lucius III exposé sans défense aux représailles des Romains, qui, se répandant en armes jusqu'au delà de Tusculum, se livrèrent aux plus cruelles vengeances contre les partisans du pape ^ Redoutant leurs violences, Lucius se décida, au printemps de Tannée suivante, à quitter non pas seulement le territoire
1. Le duché de Spoléte et la Roraagne. ZeUer, HisL d'Allem, t. IV, p. 278.
2. Voy. dans Migne, t. 201, ep. 115, la lettre, en date du 2 septembre 1183, que Lucius adresse aux prélats de l'Allemagne et dans laquelle il notifie la mort de Tarchevéque de Mayence; Cf. Gregorovius, loc. cit. p. 697.
3. Ayant capturé hors de Rome un certain nombre de clercs, ils leur crevèrent les yeux, les coififèrent de mitres, sur lesquelles étaient inscrits avec des mots injurieux les noms du pape et des cardinaux, et, dans cet appareil, les envoyèrent vers Lucius. Sigeb. contin. Aquicinct. — AnnaL Stad. (Pertz, ss. t. XVI, p. 350.)
romain, mais les États mêmes de l'Église, et, passant par Ancône pour gagner la Haute Italie, se porta à la rencontre de Frédéric qui se rendait alors à Vérone *.
L'un des objets que se proposait le pontife, en se rencontrant avec l'empereur, était de régler certaines questions non résolues par le traité de Venise et, en particulier, de délimiter les droits que revendiquait l'Empire sur les domaines de la comtesse Mathilde. C'était dans un appareil tout pacifique et accompagné uniquement de ses plus hauts vassaux que Frédéric arrivait à Vérone. Il avait conclu depuis peu à Constance un accord définitif avec les Lombards^, et, tout en réservant ses prérogatives de suzerain, il leur avait reconnu la plupart de leurs anciennes libertés. Il venait en Italie pour donner à cet accord la consécration de sa présence et aussi dans la pensée d'obtenir du pape que, conformément à un article du traité de Venise, — qu'il interprétait, il est vrai, au delà de sa signification, — son fils Henri, roi des Romains, alors associé à son pouvoir, fût couronné empereur^ On s'attendait que, dans cette entrevue, serait resserrée plus étroitement l'union qui, depuis plus de six ans, s'était maintenue entre le saint-siège et l'Empire. Cette attente fut trompée. Non seulement le pape ne put s'entendre avec Frédéric en ce qui regardait l'héritage de la comtesse Mathilde *; mais l'empereur, sollicité par le pontife de le secourir contre les Romains, ne se montra pas disposé à lui prêter son appui *.
1. « Papa, tôt conflictus (Romanorum) fere non Bustinens, Veronam se contulit, sperans sibi auxUium ab imperatore ferendum. » Robert. Altissiodor. apud Bouquet, Rec, t. XVIII, p. 251. Lucius arriva à Vérone en juillet 1184. Frédéric, avant d'aller à Vérone, s'arrêta dans Milan, où il entra le 19 septembre.
2. 25 juin 1183. Voir ce traité dans Pertz, Leg. t. II, p. 116.180. Cf. Zeller, Ilist. (VAUem. t. IV, p. 279-282.
3. (( Agebat (Fridericus) cum apostolico de filio suo ut coronam imperii super caput ejus imponeret. ■ Arn. Lubec. 1. III, c. 11. Or Tarticle du traité de Venise concernant Henri disait : « Alexander pontifex aut legatus ejus coronahit Ilenricum.. in catholicum et romanum regem, » et non pas in imperalorern, Henri avait été associé par son père à l'Empire dans la grande diète de Mayence de mai 1184.