Ep. I, 302, 33G
en France avec mission de prêcher la guerre contre les Infidèles et d'en hâter les apprêts. Pour subvenir aux dépenses de Texpédition, il décida que, dans toute Tétenduo de la catholicité, le clergé paierait le quarantième de ses revenus et se taxa, lui et les membres du sacré collège, au dixième *. Il manda aux rois do France et d'Angleterre, alors en guerre Fun avec l'autre, que, s'ils ne suspendaient leurs hostilités, il mettrait leurs États on interdit*. Il écrivit à l'empereur de Constantinople, Alexis L'Ange, et, comme s'il avait eu autorité sur ce souverain, lui reprochant tout ensemble de ne rien entreprendre en faveur de la Terre sainte et de continuer, à l'exemple de ses devanciers, le scandale de la désunion de l'Église grecque avec l'Église romaine : « Hâtezvous, disait-il, et de mettre fin à ce scandale et de procurer des secours aux chrétiens de Palestine, sans quoi nous serons obligé, selon les devoirs de notre office, de sévir contre vous'. »
Durant plus d'une année, Innocent, en vue de la croisade, multiplia les lettres aux princes et aux évêques, faisant succéder, « les exhortations aux ordres et les ordres aux exhortations ^. » Il put se rendre compte à quel point l'ancienne ferveur était tombée. Aucun souverain ne prit la croix, et, parmi les fidèles, nombre de ceux qui, par piété ou par obéissance, s'étaient d'abord croisés, cherchaient ensuite à se soustraire à l'accomplissement de leur vœu. Vainement, pour les y contraindre, le pape mandait-il aux évêques de sévir par l'excommunication ^ Après avoir fixé au printemps de 1199 le départ de l'expédition, il se vit forcé d'en reculer la date. Le clergé lui-même ne seconda que faiblement les desseins du pontife. L'ordre do Cîteaux refusa de payer le quarantième, et Innocent dut menacer ces religieux de suspendre