‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 296 sur 357 · Ep. V, 50; VI, 182; VIIL · texte numérisé non relu

Ep. V, 50; VI, 182; VIIL

35G LIVRK CINQUIÈME

que la papauté avait perdu cette autorité morale qu'elle avait exercée jadis sur la conscience des rois *.

Cependant ce n'était pas sans se heurter à plus d'une résistance qu'Innocent s'efforçait d'étendre partout à la fois l'ascendant du saint-siège. En dépit des droits qu'il tenait de l'impératrice Constance, il voyait, dans le royaume de Sicile, son pouvoir méconnu. Le duc Marcwald, chassé de la Marche d'Ancône et de la Romagne, s'était porté en armes dans l'Italie méridionale et, après avoir tenté, à l'instigation de Philippe de Souabe, d'enlever au pape la tutelle de Frédéric et la régence du royaume *, avait cherché à s'emparer pour luimême de l'héritage du fils de Henri VI. Il avait rallié à ses entreprises non seulement le parti allemand qui s'était relevé après la mort de Constance, mais les Sarrazins de Sicile, établis alors à l'ouest de l'île, et qui craignaient de s'en voir expulsés si le chef de l'Église demeurait maître du royaume '. Innocent ne s'était pas borné à frapper Marcwald d'excommunication. Usant de ses prérogatives de régent et de pontife, il avait appelé aux armes les populations du pays, recruté à Rome, en Campanie, en Toscane et jusqu'en Lombardio des troupes qu'il avait prises à sa solde, et promis à tous ceux qui combattraient l'ennemi de l'Eglise et de l'Italie les indulgences accordées pour la Terre sainte, chose juste, écrivait-il, puisque, par ses coupables agressions, Marcwald détournait de leur emploi des forces qui auraient dû servir au recouvrement de la Palestine *. 11 y a plus ; bien que, dans ce temps même, il fît prêcher la croisade en Occident contre les Infidèles, il avait promis aux Sarrazins, s'ils abandonnaient

1. Innocent, écrivant à son légat (ep. III, 16) avant le concile de Soissons, lui disait de prendre garde que, par la mauvaise volonté du roi, cette affaire ne tournât à la confusion du saint-siège et ne fit souvenir du mot du poète :

<( Parturient montes, nascetur ridiculus mus. » Cette crainte du ridicule dans une cause si touchante ne montrait-elle pas que, dans l'esprit du chef de l'Église lui-même, s'altérait le sentiment de la haute mission de la papauté?

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