‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 302 sur 357 · Voy. le texte de co serment, ibid. ep. 77 (8 juin · texte numérisé non relu

Voy. le texte de co serment, ibid. ep. 77 (8 juin

à Cologne, à laquelle avaient été convoqués les princes et les évoques, le cardinal le proclama « roi des Romains et futur empereur, » en menaçant d'excommunication quiconque s'opposerait à l'élu du saint-siège. A la vérité, quelques princes seulement s'étaient rendus à cette assemblée; certains prélats même, résolus d'avance à ne pas obéir aux injonctions du pape, avaient formé leurs villes aux messagers des légats *. Une seconde diète convoquée en ^Saxe pour le même objet ne fut pas plus nombreuse. Philippe de Souabe disait hautement que le pontife ne le combattait que parce qu'il ne lui avait pas demandé la permission do régner, et que, si aucun empereur ne pouvait être élu sans l'assentiment du saint-siège, c'en était fait des libertés de l'Allemagne -. 11 y a plus; les partisans de ce prince, réunis par lui le 8 septembre 1201 à Bamberg, signèrent à l'adresse du pape une lettre de protestation rédigée dans les termes les plus vifs. A cet écrit avaient adhéré personnellement, avec les archevêques de Magdebourg et de Brème et quatorze évêques ou abbés, le roi de Bohême, les ducs de Saxe, d'Autriche, le landgrave de Thuringe, les margraves de Brandebourg, de Moravie, et d'autres princes considérables de l'Allemagne ^ Après y avoir déclaré qu*ils persévéraient dans le choix que, conformément à leurs droits, ils avaient fait de Philippe : « Où avez-vous lu, ô souverains pontifes, s'écriaient-ils, où avez-vous appris, vous cardinaux, que vos prédécesseurs ou leurs délégués fussent jamais intervenus dans l'élection des empereurs ? Vous ne devez pas ignorer que, selon un antique privilège de la couronne impériale, c'était au contraire l'élection des papes qui ne pouvait avoir lieu sans l'assentiment des empereurs, et que ceux-ci n'ont renoncé à ce privilège que par un effet de leur pieuse munificence. Que s'il y a partage dans l'élection du roi des Romains, il n'y a pas, hors des électeurs, de juge

1. Lettre de l'évoque de Palestrino au pape. Reg. imper, ep. 51.

2. Lettre de Philippe, notaire apostolique, au pape. Ibid, ep. 52.

3. C'étaient, outre ceux qui viennent d'être nommés, les ducs de Zsehringen. de Méranie, le margrave de Misnie, et plusieurs comtes.

supérîour qui en puisse décider. Jésus-Christ a distingué nettement les fonctions des deux puissances, et celui qui est au service de Dieu no doit pas plus s*ingérer dans les affaires temporelles que celui qui est chargé des choses séculières no doit présider aux choses divines *. » Philippe Auguste, qui dans Tavénemcnt d'un neveu du roi d'Angleterre à TEmpire voyait un danger pour son royaume, écrivit au pape avec non moins de vivacité : « Que votre Sainteté le sache bien; je regarde l'élévation de ce prince, auquel vous vous attachez d'une manière aussi inconsidérée, comme une injure pour ma couronne. Que si vous persistez dans vos desseins, j'aviserai, en temps et lieu, aux mesures nécessaires *. »

Innocent no se laissa pas ébranler. Tout en cherchant à rassurer le roi de France sur les dispositions d'Otton ^ il fit ressortir aux yeux du roi d'Angleterre l'éclat qui rejaillissait sur sa maison de l'élévation d'un de ses proches à l'Empire, et, le déliant do l'engagement qu'il avait pris envers Philippe Auguste de ne pas soutenir ce prince, le pressa de lui apporter désormais un actif secours *. En même temps il mandait à ses légats de poursuivre leur œuvre « sans regarder en arrière ^ » A Otton il écrivait : « A aucun moment ne doutez de moi; sur ce que j'ai une fois décidé, je ne reviendrai jamais *. » Par des lettres envoyées de tous côtés en Allemagne, il ne se borna pas à stimuler le zèle des partisans d'Otton; il s'efforça de lui en attirer de nouveaux, et, comme il avait fait pour le roi d'Angleterre, délia de leurs serments tous ceux, ecclésiastiques ou séculiers, qui s'étaient déclarés en faveur de son rival ^. Il ne laissa pas non plus sans

l.ft Ghristus officia potestatis utriusque discrevit, ut et Deomilitans minime se negotiis impUcaret ssBcnlaribus, ac vicissim non iUe rébus diyinis prsesidere "^ideretur qui esset negotiis ssBcularibus implicatus. » Reg. imper, ep. 61.

2. « Quod si in hujusmodi proposito vestro volueritis perseyerare, nos ad id competens consilium pro loco et tempore curabimus adhibere. » Ihid, ep. 68.

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