‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 303 sur 357 · Ibid. ep. 51 (même date · texte numérisé non relu

Ibid. ep. 51 (même date

7. Ibid. ep. 58, 59 (môme date). Ces deux lettres, adressées l'une à Tar-

réponse la protestaiiun que lui avaient adressée les princes réunis à Bamberg; et, dans une lettre qu'il leur écrivait au mois de mars 1202, après avoir répété toutes les raisons qu'il avait de préférer Otton, il ajoutait : « Nous reconnaissons que vous avez le droit d'élire le roi des Romains, futur empereur, d'autant que vous tenez ce droit du saint-siège qui a transféré l'Empire en Allemagne. Mais nous n'en avons pas moins celui d'examiner les mérites de l'élu que nous devons oindre, sacrer et couronner. Le droit d'imposer les mains implique nécessairement le droit d'enquête au sujet de la personne sur laquelle il s'exerce. Or, s'il vous plaisait d'élire pour empereur un spoliateur des églises, un sacrilège, un hérétique ou un païen, croyez-vous que le seul fait de votre choix nous dût contraindre à lui conférer la couronne * ?» La pensée du pontife apparaissait clairement dans ces déclarations. Ainsi que l'avaient dit les adhérents de Philippe, il prétendait se faire juge de l'élection des empereurs, de même qu'autrefois les empereurs s'étaient faits juges de l'élection des papes. A la vérité, Innocent ne parvint pas tout d'abord à imposer Otton à l'Allemagne. Il réussit du moins à relever son parti, alors que ce parti semblait désespéré; et ce n'est pas sans raison que les contemporains l'accusèrent d'avoir, pour le seul avantage du saint-siège, prolongé une guerre civile y qui, s'il ne fût intervenu, allait inévitablement prendre lin. ^ Par une rencontre digne de remarque, presque dans le même moment où les princes de l'Allemagne protestaient par un acte public contre la prétention du pontife de régler leurs intérêts temporels, Philippe Auguste était amené à faire, en termes non moins nets, une protestation de mémo sorte. Au commencement de celte année 1202, à la suite de plaintes formulées par les seigneurs du Poitou, Jean sans Terre avait été cité devant la cour du roi de France, son

ch6V(^que de Trêves, et l'autre à l'évoque de Paderborn, sont chacune suivies de notes indiquant que des lettres semblables ont été envoyées à un nombre considérable de prélats et de séculiers. 1. Reg. imper, ep. 62.

suzerain, et, sur son refus de comparaître, il avait été déclaré déchu des flofs qu'il possédait en France. Philippe Auguste s*était aussitôt prévalu de cette sentence pour engager des hostilités au cours desquelles il s'empara de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et d'une partie du Poitou qui demeurèrent depuis dans le domaine royal \ A la nouvelle de ces hostilités, Innocent, qui ménageait alors Jean sans Terre en vue des secours qu'il lui demandait pour Otton, chargea l'abbé de Casamario et deux autres abbés^ de s'interposer entre les deux souverains et, au besoin, d'exiger de Philippe Auguste, sous peine d'anathème, la cessation d'une guerre qui nuisait, disait-il, aux intérêts de la croisade. Philippe Auguste, après avoir entendu la sommation des légats, leur fit cette fière réponse qui rappelait celle qu'il avait faite, douze ans auparavant, aux envoyés de' Clément III : « Il n'appartient pas au pape, dit-il, de se mêler des affaires qui se passent entre rois, et je n'ai pas d'ordres à recevoir du saint-siège en ce qui regarde mes vassaux ^. » Mais ce qui ajoutait à la gravité de cette réponse, c'est que Philippe Auguste fut soutenu ouvertement dans sa résistance par les grands de son royaume. Eudes, duc de Bourgogne, et, avec lui, onze autres barons déclarèrent par

1. Il convient de rejeter comme une légende la tradition d'après laquelle Jean sans Terre, à la suite du meurtre de son neveu, Arthur de Bretagne (vraisemblablement en avril i203), aurait été condamné une seconde fois et plus gravement par « la cour des pairs », condamnation qui aurait déterminé Philippe Auguste à prendre les armes et à s'emparer des possessions françaises du roi d'Angleterre. M. Gh. Bémont« dans un travail très étudié (Revue historique, année 1886, t. 32, p. 33-72; 290-311), a démontré que la première condamnation est la seule qui puisse être admise par la critique. Tout indique que cette condamnation dut être prononcée à la fin d'avril 1202. AussiU^t l'arrêt rendu, Philippe Auguste envahit la Normandie; dès le 11 mai, les hostilités étaient commencées. Cf. Glasson, ^« douze pairs du roi au moyen âge; Comptes -rendus de l'Acad. des se. mor. et polit., janvier 1893.

2. L'abbé de Trois-Fontaines et celui de Dnn. Cette mission leur fut donnée en mal 1203.

3. ff Respondisti quod, de jure feudi et homine tuo, stare mandato scdis apostolicse, vel judicio non teneris, et quod nihil ad nos pertinet de negotio quod vertitur inter reges. » Lettre du pape à Philippe Auguste. Ep. VI, 163. Cf. ep. VI, 68, 69, 165, 166.

écrit qu'ils avaient conseille au roi Philippe, leur seigneur, de ne faire ni paix, ni trêve avec le roi d'Angleterre, par contrainte du pape ou d'aucun cardinal. c( Et si le pape, disaient-ils, voulait faire au roi quelque violence à ce sujet, nous lui avons promis, comme à notre soigneur, sur les fiefs que nous tenons de lui, que nous lui donnerons secours selon notre pouvoir et ne ferons aucune paix avec le pape que par son entremise et avec son consentement ^ »

Ce n*élait pas uniquement en France et en Allemagne qu'on déniait au pontife le droit d'intervenir dans le gouvernement des États. A Rome même. Innocent voyait alors le peuple se soulever contre lui. Depuis qu'il avait obtenu le droit de nommer le sénateur, il avait cherché à étendre la juridiction temporelle du saint-siège en substituant partout des officiers de la cour apostolique à ceux de la municipalité *. Telle avait été son habileté, que moins de quatre ans après son avènement, il mandait à l'un de ses légats que « par la grâce de Dieu, il disposait de Rome selon son bon plaisir ^. » Ces usurpations n'avaient pas tardé à émouvoir ceux qui, dans cette population inconstante, regrettaient l'ancienne indépendance. On disait que le pape ne s'était fait attribuer le droit de désigner le sénateur que pour détruire à son profit la liberté romaine; on lui reprochait, par une comparaison injurieuse, d'avoir dépouillé la commune, de même que Tépervier dépouille l'oiseau qu'il a saisi dans ses serres **. L'idée de revenir à l'ancienne forme du sénat, comme au seul moyen d'empêcher les empiétements du saint-siège, se fit bientôt jour parmi les mécontents. Des dissentiments s'étant élevés, sur ces entrefaites, entre quelques nobles et

1. Ces écrits sont conservés en original aux Archives nationales de France sous la cote J. 628.

2. « Ëxclusis justitiariis senatorls, .. saos justitiarios ordinavit. » Gesl. Innoc. c. 8.

3. « De urbe vos scire volumus quod eam, per Dei gratiam, ad beneplacitum nostrum liabemus. » Reg, imp, ep. 56 (nov. 1201 — janv. 1202).

4. (( Dicentes in populo quod papa Epoliaverat urbem omnibus tenementis^ sicut anceps déplumât avem omnibus pennis. » Gest. Innoc. c. 133.

des parents du pape, une émeute se produisit, dans laquelle le peuple, se portant en armes au Capitole, assiégea le sénateur en son palais. Insulté lui-même publiquement, Innocent jugea prudent de quitter Rome, et, au mois de mai 1203, il se réfugia à Ferentino, puis à Anagni, d'où il apprenait que les Romains, mettant à exécution leurs desseins, avaient rétabli l'ancienne constitution du sénat *.

Le pape n'était pas plus heureux dans la lutte qu'il soutenait en Sicile. Un moment pourtant il avait pensé triompher. Un chevalier français, le valeureux Gautier de Brienne, qui avait épousé une fille du roi Taricrèdo, et à qui Innocent avait promis le comté de Lecce autrefois possédé par ce prince, mettant ses armes au service du saint-siège, avait réussi à chasser de la Fouille les Allemands *. Un autre événement n'avait pas été moins favorable au pontife. Marcwald était mort au mois de septembre 1202, alors que, s'étant enfin emparé de Palerme et devenu maître de la personne de Frédéric, il allait peut-être essayer par un crime de s'assurer la couronne, a Béni soit le Père des miséricordes, écrivait Innocent; béni soit Celui qui, en ne permettant pas au tyran de prévaloir, a veillé tout ensemble à l'honneur du saintsiège, à la sûreté du jeune prince et au salut du royaume '. » Mais la mort de Marcwald avait affaibli son parti, sans mettre un terme à la guerre. L'italien Guillaume Gapparone, qui, dès le début, s'était attaché à la fortune de Marcwald, et l'allemand Diepold do Vohburg, qu'on croyait l'un et l'autre encouragés secrètement par Philippe de Souabe, continuèrent les hostilités *, et Innocent se vit contraint à de nouveaux efforts pour achever d'arracher la Sicile à ces aventu-

1. Gest. Innoc. c. i37, 138. Cf. Gregorovius, Storia di Roma, t. V, p. 50.

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