‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 354 sur 357 · Gonc. Lateran. anno 1215, can · texte numérisé non relu

Gonc. Lateran. anno 1215, can

tème de répression, qui, pour être légal, n'en était pas moins violent, allait succéder désormais aux excès de la guerre contre les Albigeois.

Un autre et dernier décret fut publié dans ce concile. Il était relatif à la croisade qui devait être entreprise pour le recouvrement de la Terre sainte. On y décidait que le rendezvous général des croisés aurait lieu dans le royaume de Sicile, à Brindes ou à Messine, et que leur départ, auquel le pape se proposait d'assister en personne, s'effectuerait le l®"" juin 1217. Les rois, ducs, princes, comtes, barons, margraves et citoyens des villes libres, qui ne prendraient pas part à l'expédition, étaient tenus de fournir, selon leurs facultés respectives, des secours en hommes ou en argent pour une période de trois années. Les villes maritimes, en particulier, étaient obligées de fréter des vaisseaux. Le clergé devait, sous peine d'excommunication, payer, durant la même période, le vingtième de ses revenus, et les cardinaux le dixième. Le pape lui-même s'engageait à donner trente mille livres et à équiper un navire pour les croisés de la ville de Rome et du territoire romain. Tous ceux qui, ayant pris la croix, refuseraient ensuite de partir, seraient punis par l'excommunication et leurs terres mises en interdit. Enfin une trêve de quatre ans devait être ordonnée entre tous les princes chrétiens, avec menace des peines ecclésiastiques et temporelles Contre tout violateur de la trêve ^ Jamais un décret, établissant des dispositions aussi minutieuses et accompagné de telles sévérités, n'avait été rendu pour les guerres de Terre sainte. Seul il eût suffi à montrer combien les esprits étaient alors devenus indifférents ou rebelles à ces sortes d'entreprises.

Après la dissolution du concile. Innocent tourna tous ses soins vers cette expédition de Terre sainte, par laquelle il eût voulu illustrer un pontificat déjà si rempli d'événements. Les efforts que, depuis deux ans, il avait faits en vue de la croisade, ce décret qu'il avait publié au milieu de la solennité

1. Ce canon ou décret sur la croisade est placé, dans les actes da concUe, après les soixante et dix canons mentionnés ci-dessus.

d*un concile général et qui fut aussitôt notifié à tous les États chrétiens, les dispositions sévères qu*il y avait insérées, parurent avoir ranimé le zèle des fidèles. Avec Frédéric II et le roi d'Angleterre, un autre souverain, André, roi de Hongrie, avait alors pris la croix. Diverses causes néanmoins semblaient devoir apporter des retards à cette expédition. Les princes les plus attachés à Frédéric le dissuadaient de quitter l'Allemagne, où Otton, si affaibli qu'il fût, ne laissait pas de se considérer comme le possesseur légitime de l'Empire*. D'un autre côté, le midi de la France, soumis mais non pacifié, recommençait à s'agiter. De plus graves difficultés s'élevèrent en Angleterre. Sur la requête du roi Jean, le pape, au lendemain du concile de Latran, avait excommunié de nouveau les barons révoltés contre ce prince, et la ville de Londres, dont les habitants s'étaient associés à leur rébellion, avait été mise en interdit^. Jean ne s'était pas contenté de solliciter les sévérités du pontife. Pour triompher plus sûrement des rebelles, il avait appelé du continent des troupes de Brabançons et de routiers, qui désolèrent l'Angleterre de leurs brigandages. Indignés de cette conduite, les barons, de concert avec les bourgeois de Londres, résolurent enfin de se donner un autre roi et envoyèrent demander à Louis, fils de Philippe Auguste, de venir régner à la place d'un souverain détesté. Ils n'étaient pas moins irrités contre le pape, disant hautement qu'il ne lui appartenait pas de s'ingérer dans les affaires temporelles et que Dieu n'avait confié à saint Pierre et à ses successeurs que le gouvernement de l'Église. « Vous, s'écriaient-ils, qui devriez être le protecteur de la justice, comment osez vous favoriser un tel homme? Vous le soutenez, malgré ses crimes; vous le soutenez, parce qu'il se soumet à vous, afin que tout vienne fondre dans le gouffrede l'avarice romaine ! ^ »

En recourant aux armes de la France, les barons anglais

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