Voir, à cette date Potthast, Reg, ponlif
tous les pouvoirs, H n'avait pas été moins puissant dans l'ordre temporel. Il n'avait pas seulement relevé à Rome et en Italie l'ascendant politique du saint-siège. Déjà suzerain du Portugal, de la Sardaigne, et de la Sicile, en vertu des prétentions ou des droits que lui avaient transmis ses prédécesseurs, il avait vu l'Aragon, puis l'Angleterre, avec l'Irlande, se placer dans sa vassalité \ En même temps que, sous ses auspices, un Empire latin s'était fondé à Constantinople et étendait à Test de TEurope Tinfluence pontificale, il avait deux fois donné un souverain à l'Allemagne et disposé des destinées de cet Empire germanique qui jadis avait prétendu disposer do celles de Rome et de l'Italie. Il avait enfin abattu les forces de l'hérésie devenue alors redoutable et qui menaçait d'ébranler, avec l'unité de la foi, l'édifice même de l'Église. Mais déjà se manifestaient des signes d'affaiblissement. En usant outre mesure des interdits et des excommunications. Innocent avait émoussé imprudemment les armes du saint-siège, comme il avait montré, par cet excès dans les sévérités, que la papauté n'avait plus sur les esprits le même ascendant que par le passé. Il l'avait montré plus encore en recourant aux violences de la guerre pour maintenir l'intégrité de la foi et vaincre l'hérésie. D'un autre coté, les peuples et non plus seulement les princes commençaient à dénier ouvertement aux pontifes le droit de s'ingérer dans la conduite des États et tendaient visiblement à limiter leur action au gouvernement de l'Eglise. Cette Église, dont le saint-siège avait comprimé l'initiative et qu'il avait atteinte dans sa vitalité, devait cesser bientôt d'être pour lui une force. Mais c'était surtout en elle-même que la papauté avait ses causes d'affaiblissement. En désertant sa mission, en oubliant son caractère apostolique, elle avait compromis le principe au nom duquel elle avait jusqu'alors
1. Nous ne mentionnons pas ici d'autres États, tels que la Pologne, la Hongrie et le Danemark, sur lesquels Innocent III, comme ses devanciers, avait sans doute des prétentions de suzerninpté. Pour les royaumes, principautés et seigneurir's alors tributaires de Rome, et qui étaient supposés reconnaître ou reconnaissaient efTectivement sa suzeraineté, voy. P. Fabre, Élude sur le Liber censuum de l'Église romaine» p. 115*147, in-S», 1892.
dirigé le monde; et, s'il est vrai de dire que le pontificat d'Innocent marque, dans les annales ecclésiastiques, le moment où. le pouvoir des papes atteint son apogée, on peut dire, avec non moins de raison, qu'il marque celui où en commence le déclin.