Ep. II. 07,68; IV
3. Voir Biblioth. de TÉcole des Chartres, année 1872, Quelques mois sur les Dictalus,
Ton dit son ouvrage, avait été commencé ouvertement par ses prédécesseurs, et il ne fit que reprendre une œuvre interrompue par une longue période d'anarchie *.
En fait, une révolution, dont les successeurs de Grégoire n'avaient plus qu'à maintenir le principe et à diriger les effets, paraissait accomplie. L'Église n'était pas seulement dégagée de l'État; l'État se trouvait désormais dans l'Église et lui était subordonné. Quant à l'Église elle-même, son ancienne constitution semblait, sinon encore tout à fait renversée, du moins profondément atteinte. Au lieu de ce régime aristocratique des premiers siècles, où le pape n'avait été longtemps que le plus haut en dignité parmi les évoques, où les évoques, soit seuls, soit présidés par le métropolitain, gouvernaient les affaires ecclésiastiques du diocèse ou de la province, où tous enfin, rassemblés en conciles, statuaient sur les lois générales de l'Église et n'étaient eux-mêmes jugés que par leurs collègues, s'élevait maintenant un régime monarchique. Placé au-dessus de l'Église et par cela même au-dessus de l'État, le pape dominait ainsi la société entière. Dans le monde jadis soumis à la loi des Césars et où l'on retrouvait encore l'antique forme romaine, c'étaient les héritiers de l'Apôtre qui, selon les vœux de Grégoire, allaient dès lors substituer leur règne à celui des empereurs.
Toutefois, aux yeux d,e Grégoire, si cette direction suprême de la société était un droit de la papauté, à ce droit correspondait un immense devoir. Le rôle du pontife de Rome lui apparaissait comme une magistrature souveraine et universelle, mais sainte et tutélaire. Il no voulait pas seulement que la papauté demeurât la personnification la plus élevée de la religion,5étant à la fois le guide et l'exemple du clergé; il voulait que le chef de l'Église fût pour les puissants un juge dont ils auraient à redouter les censures, et pour les faibles un protecteur vers qui la voie de l'appel leur ouvrirait un perpétuel accès. On peut dire qu'il réalisa en partie cette auguste mis-
1. Voir, dans la Papauté au moyen âge, Tétude lur Nicolas I*'.
sion. Par lui la papauté atteignit tout d'un coup à une incomparable hauteur. Le clergé fut, dans une certaijie mesure, discipliné, adouci. En sévissant contre les princes qui no connaissaient que la force, en leur signiflant qu'ils étaient tenus d'assurer autour d'eux la justice et la paix, il rappela la royauté au sentiment de ses devoirs et, la grandissant par cela même, l'aida à sortir de l'étroite sphère où l'enfermait la féodalité; et si, au siècle suivant, la société entra enfin dans des voies plus régulières, on peut dire que la première cause en fut dans l'impulsion que lui imprima Grégoire VII.
Ce n'est pas que, dominé par l'idée exclusive des grands objets qu'il poursuivait, il n'eût commis plus d'une erreur. En usant des peines ecclésiastiques pour protéger les intérêts temporels du saint-siège, comme il fit contre Robert Guiscard, il établissait entre le spirituel et le temporel une confusion qui pouvait un jour égarer ses successeurs. Il leur léguait un exemple plus dangereux encore, en faisant appel au bras sécuhor pour imposer ses réformes et sauvegarder la foi. Déjà, dans l'entourage de Grégoire, certains prélats regardaient comme légitime l'emploi de la force contre l'hérésie, disant qu'on n'était pas moins obligé de poursuivre les ennemis de la religion que de combattre les Barbares*. D'un autre côté, en revendiquant cette souveraineté temporelle qu'il croyait avoir reçue de Constantin,, et qui était pour le saint-siège ce qu'étaient au clergé les attributions politiques et les droits seigneuriaux, il no parut pas se rendre compte qu'il y avait là pour la papauté et l'Église des soins difficiles à concilier avec la spiritualité vers laquelle il avait voulu les ramener. Mais sa plus grande erreur fut dans le pouvoir même qu'il avait édifié. Si cette toute-puissance qu'il prétendit exercer sur l'Église et sur les gouvernements séculiers fut un bien au temps où il vécut, elle était un péril pour l'avenir. Prolongé au delà de certaines heures de crise, le pouvoir absolu, quelle qu'en soit la