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!2 PRÉFAGB.
est tombé. Et nunc erudimini ! Rentrez en vousmême, évêques, qui le disiez divin !
Cet état précaire peut durer vingt ans, un siècle. Il durera tout le temps nécessaire pour réorganiser sur de nouvelles bases le gouvernement de l'Église. Il dépend de nous de l'abréger ou de le rendre définitif.
Déjà, en 182S, M. de Frayssinous, inquiet, disait à la Chambre des pairs : « La France est prise d'un mal indéfinissable! » Prêtre et ministre, i n'en poi^yait dire plus. Le mal naissait. Nos révovolutions l'ont vite propagé. Aujourd'hui, il a pénétré dans le sang.
Pour le combattre, sinon le guérir, il faut er étudier les sources, la nature, les progrès. Ces l'objet de ce travail» Il n'est pas complet; on n( saurait tout dire. Après avoir montré Tasser vissement de l'Église par une ligue de sectairei conjurés pour la dominer, il resterait à faire voii renvahissemeat de la société laïque par ces mémei hommes que lient entre eux des contrats tad tes^ des marchés honteux. L'administration sm
tîombe sous le poids de leurs parasites qui dévorent le pays ; ils remplissent la députation, la magistrature et Tarmée ; la presse en est gangrenée, falsifiant Thistoire, frelatant l'opinion. Partout la dissimulation, le mensonge ! La France s'ignore. Elle ne sait ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle est. Et l'on s'étonne de ses désastres !
En 1830, des pouvoirs faibles ont dû fermer les yeux sur le mal. Quand ils ont voulu sévir, ils se sont trouvés impuissants. Le discours de M. Thiers contre les jésuites, en 1848, n'en est pas moins l'acte qui fait le plus d'honneur à sa clairvoyance, à son courage, à son patriotisme. Plus tard, des pouvoirs sans conscience ont propagé le mal pour s'en faire un instrument. « Surtout, pas de conflits, disaient-ils ; plus la crise sera vive, plus la débâcle sera prompte. » Ce n'est pas une fois, c'est dix fois que cette réponse nous a été faite. Et le mal indéfinissable de la France croissait toujours !
Maintenant nous sommes au terme. On a défait la France. Comment la refaire? En avons-
nous le temps, la force, les moyens? Nous sommes divisés sur tout. Les catholiques ont défait la France. religieuse; sont-ce les impies qui la referont? Les partis ont déchiré la France politique; sont-ce les révolutionnaires qui la relèveront? Nos luttes, nos conflits, nos désastres ont détruit la France administrative ; sont-ce les décentralisateurs qui la rétabliront? Si nous étions d'accord sur un point, quel qu'il fût, nous aurions une force pour agir, un principe pour nous guider. Mais notre mal vient précisément de nos divisions. Nous ne sommes plus qu'une poussière de peuple. Nec mala^ nec remédia pati possumus !
Il faut sortir de là par un vigoureux effort. Nous le sentons tous; travaillons-y. Procédons avec ordre ; simplifions ; écartons ce qui nous divise. Rien ne nous divise plus que la question re- ( ligieuse. Séparons l'Église de l'État; mais, en le faisant, prenons nos garanties, et fermons l'oreille aux sophistes. Nous sauverons l'État; peut-être sauverons-nous l'Église ; car l'Église a encore un moyen de se sauver : c'est de déclarer, en ache-
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vaut le tpiste conciliabule du Vatican, qu*il n'appartient qu'à elle de dire quand le pape a parlé ex cathedra. Elle retiendrait d'une main ce que la violence et la ruse lui ont arraché de l'autre.
Le pourra-t-elle ? Pourra-t-elle rompre le vaste réseau des influences ultramontaines qui l'enlacent et qui la dominent ? Non, si Dieu n'y met la main. Pour s'affranchir, il lui faudrait le concours des laïques, soumis eux-mêmes, par ambition ou calcul, à ces funestes influences. D'ailleurs quel crédit peut-elle garder? A quel titre cette grande école autrefois de respect, qui prise tout à coup de vertige, n'a ménagé ni ses traditions ni les nôtres, viendrait- elle encore nous prêcher l'obéissance et le respect? Les peuples s'éloigneront d'elle de plus en plus. Quand on a vu faire un dogme on est bien près de n'en plus croire aucun.
Et cependant la société ne peut vivre sans religion et sans morale !
Au milieu de tous nos désastres, nous voilà donc et ce n'est pas le moindre, obligés de ne
compter que sur nous-mêmes. Sachons-le bien et coaformons-y notre conduite. Nous ne pouvons prétendre à faire tout d'un coup cesser nos divisions, mais nous pouvons y travailler. On n'est pas loin de s'entendre quand on le veut fermement. Que chacun, au nom de la patrie en deuil et prenant Dieu à témoin de ses résolutions, s'arme de courage, se fasse un cœur nouveau, une àme nouvelle, et, n'ayant plus qu'un culte, qu'un amour, se mette à rechercher par-dessus tout la Justice et la Vérité. De l'union des volontés sortira bientôt l'accord des esprits, dans la mesure où il est possible et désirable, et la France sera sauvée.
LA
ET
Lfô discQssioDs reUgieuses voM renaître. Là proclamation de rinfaillibililé dn pape a rendu nécessaire, inéfvitable la séparation de rSgltse et de l'État. Il est iiiQ)ossihte qu'usi gouvernement raisonnable ^ durétien se roide solidaire de tourtes les imaginalions qui peuvent inonler au cerreau des solitaires de Aomey lesquels, ceoiriés dans ides ébides spéciales, monolidnes £t bornées, loin des ceoftnes inleUectuels^ sans émulation, sans pges, privés (ta conkftle de la pnesse,
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abritent derrière le pape, sous le manteau de la foi, leur haine de la société moderne et spécialement de U France.
Si faibles qu'elles fussent, les frontières que nous avions élevées contre ces jalousies séculaires sont tombées; il n'y H plus de concordat. En 1801, la France avait traité avec un pape « soumis aux canons », ou, comme il le disait lui-même en termes voilés dans Tarticle XVI du concordat, avec un pape qui « reconnaissait au premier consul les mêmes droits et prérogatives dont avait joui l'ancien gouvernement de la France », droits et prérogatives que nous nommions nos libertéSj non qu'elles nous fussent propres, car toute l'Europe les avait eues comme nous, mais parce que nous avions mieux su les fléfendre. Or, ce pape n'existe plus; en se proclamant, lui et sa cour, infaillible, il a détruit le contrat qui nous unissait. Nous ne larderons pas à nous en convaincre, malgré l'espèce de terreur mêlée de honte qui s'est emparée des auteurs de ce 2 décembre catholique. Jamais la France de saint Louis et de Philippe le Bel, de Richelieu et deBossuet ne déchirera de ses propres mains les traditions qui ont fait sa grandeur et sa force et ne subventionnera de ses deniers des doctrines qu'elle a constamment flétries et toujours repoussées. Non, nous ne verrons point ce scandale, et si nous ne concevons pas que, môrae un seul jour, depuis cet audacieux défi, le budget des cuites soit resté dans celui de l'État, nous comprenons
ET LA KUAISlE. 9
moins encore que, par honneur ou conscience, les évoques ne soient pas venus d'eux-mêmes rapporter les trente deniers, prix du contrat dont ils ont si profondément dénaturé les bases.
La séparation est donc inévitable. Ajoutons qu'elle est prévue, sinon préparée. Les laïques la demandent, le clergé régulier la désire, ne pouvant qu'y gagner, et le clergé séculier dominé, soumis, n'ose pas réclamer. Il aura sa portion congrue comme jadis; les grands biens iront aux grands Ordres, qui concentreront dans leurs mains, par fidéi-commis, la fortune mobilière ei immobilière de la France. Ils le savent. L'année dernière, lorsque M. le comte Daru, inquiet du coup d'État qu'on préparait à Rome, fit entrevoir les conséquences et les dangers de la séparation, la Civiltà eattolica lui répondit fort allègrement :- « Après tout, c'est un régime sous lequel on peut vivre » ; et Tannée précédente, au plus fort de la lutte électorale, M. Gochin, pressé de se prononcer, s'était engagé, on s'en souvient, à demander « la séparation comme en Améri" que », croyant sans doute trouver dans cette restriction le correctif de sa pensée. C'est donc de part et d'autre une question jugée.
Comment en est-on venu làî Nous le dirons en peu de mots, ou plutôt les faits le diront pour nous. Us diront qu'à rintérieur chaque explosion ultramontaine est immédiatement suivie d'une révolution, et qu'au dehors, à mesure que les nations protestantes s'élè-
vent, les nations catholiques s'abaissent. La France tombe la dernière parce qu'elle a moins qu'une airtre sucé le poison ultramontain. C*est manifeste, c'est mathématique ; il n'y a aucune loi dans aucune science qui soit mieux établie.
Dans tout État, surtout en France, dès que Tullramontanisme parait, il soulève la conscience publique, provoque la lutte, sème la défiance entre les hommes, le trouble dans les institutions ; l'anarchie devient générale; nous avons successivement la Ligue, la Régence, la Révolution. L'Europe voit tour à tour l'Espagne, ritalie, rAutriche, sans parler de la Pologne et de l'Irlande, prises du même mal : le fanatisme ; frappées de la même mort : l'anarchie. Et pour que rien ne manque à cette douloureuse démonstration, la Providence, en opposition à cette décadence des nations catholiques, nous montre PAllemagne, les États-Unis, d'Angleterre, toutes les nations protestantes animées d'une vigueur nouvelle et grandissant de jour en jour. Voilà l'histoire, voilà l'enseignement qu'elle nous offre depuis trois siècles ! Saurons-nous en profiter ?
Autrefois la France, par le merveilleux équilibre de ses forces et de ses idées, tenait le milieu entre Rome et Berlin, entre Tultramontanisme et le protestantisme, ayant toujours su, grâce à ses précieuses libert^y se préserver de l'un et de Fairtre . On disait Rome Paris; on dira dorénavant Rome et Berlin; le piétisme entre en scène pour écraser Tultramontanisrae dont nos
ET Lk FMàMOL. 11
discordes ont ménagé ravéneroent. Dieu le veut, c'est ialûida destin!
Nous fie prétaidons point tracer rbistoire de ces doctrines funestes qui, partout combattues, mais partout triûBif^haDteSy semant la déswiion dans les familles, la désaffection dans les États, substituant Thypocrisie à la foi, le fanatisme à la liberté, ont mis à mort en si pen [de temps les nations catholiques de l'Europe ; ce serait faire Tbistoire religieuse du monde depuis trois siècles. Nous ne voulons pas davantage raconter leur naissance, leurs luttes, leurs progrès en France; un tel travail fie s'adresserait qu'à des lecteurs déjà prévenus pour ou contre rultramôntanisme. Mais, prenant trois époques, sous trois régimes différents, nous voulons montrer aux politiques les rapports immédiats qui lient l'élévation de ces doctrines à rabais* sèment des États. Un peuple est bdea malade quand il les reçoit; il est perdu s'il les garde.
Le concordat de 1801^ qui défaisait et refaisait nos diocèses, qui disposait de provinces conquises et près-
IS u C013R DE noxe
crivail un nouveau serment, fut certes, comme on l'a dit avec raison, le plus grand acie d'autorité pontificale ou d'ultramontanisnie qu'on eût jamais vu, dans aucun ' temps, chez aucun peuple. Hais, pour être exact, il faut ajouter qu'il fut aussi le frein le plus puissant qu'on pût mettre au despotisme clérical, pnisqu'en reconnaissant au nouveau gouvernement < les droits et prérogatives dont avait joui l'ancien *, il autorisait formellement (on sait après quels terribles débats! ) la rédaction des articles organiques, contre plusieurs desquels la Cour de Rome a protesté, comme pour mieux consacrer tous les autres. Les concessions furent donc réciproques. Il y a, dans ce contrat, deuK parties qui se répondent et qu'il ne faut point séparer, comme le font les ultramontains.
De môme que Léon X et François I" s'étaient -donnd au grand profit de tous deux, ce qui ne leur appartenait point : l'un les annates, l'autre les élections; Pie VU et Napoléon, en vue de relever le trône et l'Église, s'adribuf'rent réciproqueinent un pouvoir qu'ils n'avaient point, sauf à le retourner l'un contre l'anlre pour le iimiior.
C'est doncà torique beaucoup d'écrivains, M.Lanfrey, par exemple, font au premier consul le singulier reproche d'avoir « relevé Vultramontanisme », et croient trouver dans le concordat les germes de celle funeste erreur. Non, nous n'en voyons pendant dix ans aucune trace, ellorsqu'enlSOSH. de Lamennais com-
ET LA FRANCB. 13
meoce à remuer les esprits pour obtenir un cundie, il peiat l'Ëglise de FraDce ■ parvenue à nm plut haut degré de splendeur », au svii* siècle, et il admire cette époque où, dit-il, ■ le grand Bossuet d'une maia terrassait l'hérésie, de l'autre distribuait aux rois le pain de la parole de vie... et oi'i Pascal déployait toute la force de son génie. > Ce n'était point là le langage d'un ami des jésuites, et certes le fougueux polémiste ne se serait point exprimé ainsi s'il avait vu autour de iuila moindre trace d'ultramontanisme.
Ce fut, comme toujours, la politique qui lé fit naître. Frappé d'excommunication. Napoléon voulut se venger. Il commit la faute de Louis XIV m prétendit, en 1810, rendre otlipû/otre renseigneiiicnt de 1CB21 C'était porter < la main à l'encensoir. » En ceci, l'Église de' France est intraitable. Plus elle tient à ses doctrines, plus elle tient k ce qu'elles soient siennes DU à les enseigner fièrement. Toute inlen'cntion des papes ou des rois lui est odieuse. On l'a vu aux lïlats très-gallicans de 1614, et sons l'autorité non moins ^-
ëallicane de Louis XIV qui dut, après di<i ans de luttes, rapporter ses ordonnances. Les uKramoniains en (riompbent, disant que la Déclaration fut réprouvée ; il n'en est rien. Ce n'est pas pour eux, c'est contre eux que l'Église défend son indépendwce, si bien que, quand Louis XIV eut retiré ses ordonnances, l'enseignement de la Déclaration devint général; l'État n'en connut jamais d'autre.
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En 1810, le mécontenlement fut sourd; la captivité dn pape €t des cardinaux le neniit unanime, malgré la tentative de c&ncile en 1811; et bientôt la coalition «oropéeBDe, Booée par ConsalvL, y fit entrer tout l'épiscopat opposml. Il est visible que les If ^moir^s exclusivement diplomatiques de Consalvi, pleins de rétioesices habiles et de révélations calculées, faisant entrevoir la possibilité de déposer le pape et de casser le concordat, furent écrits pour Taliier à la coalrtion et au Saint-Siège les trente-trois évoques ultra-gallicans royalistes réfugiés à Londres.
Fort de cet appoint, le parti royaliste s'organisa. La Congrégation prit naissance. Cachés sons le nom de Paccanaristes ou de Pères de la foi, un certain nombre de jésuites n'avaient jamais quitté Paris, oh ils formaient, avec leurs élèves et leurs «ini«, de petites affiliations religieuses. Mais la véritable Congrégation., la Congi'égation politique, ayant à sa tête le duc de Montcaorencf, plus tard MM. de Maistre, de Bonald, Lamennais, Chateaubriand et toute :1a 'Cmr, s'établit vers 1«13 oa 1814, alors que madame de Krudner, l'amie de r«npereur Alexandre, prêchait le piétvm^ «et proph^sait la Sainte-Alliance, M- de Frayssinous fnt cèligé d'en convenir en 1826, à la Chambre des députés- « Oui, Messieurs, dit-il, il existe depuis vingt-sept ouTingt-hait ans, aa sein de celle capitale, une réunion pieuse qui, depofe son origine, n'a pas cessé un seul jour d'exister... On prétend qwe, dans les jours^
ET LA FRAm}E. U
qui ont précédé ou suivi la Restauration, il se ferma nne association politique poor préparer le retour si âésiré des Bourbons el élever autour de leur trône un rempart de dévouements ; naais je n'en ai jamais connu , ussez ni reprit ni les moyens pour en parler. » Sous la réserve des mots, l'aveu est formel, et M. de Bo- . oald, tenu à moins de discrétion, avait déjà dit : « Ce qui manquait à TEurope et que les jésuites lui ont ionnéy c'est une miiice politique et religieuse tout à la fais, » M. de Montlosier, qui les connaissait ayant Été leur élève, ajoutait que ces nouveaux ligueurs ou mjurés, comme il les appelait, se liaient entre eux par un serment jusqu'à l'effusion du sang. En 1867, 2n effet, des documents authentiques constatent Texistetice et l'objet de ce serment. Il est doue établi que la Congrégation à la fois politique et religieuse signalée par M. de Bonald, avouée par M. de Frayssinous, et h laquelle on reprocbait la palitique secrète de la Res- ^ lauration, n*a jamais cessé d'exister. Mais sa conluite toujours pradaaite, souvent habile, Tarie suiv^int es temps et -les lieux et la dérobe ainsi aux recher- Shes.
L'alliance éimia du trôoe et de l'autel est le ^racère propre de la Restauration. A cette époque, l'opiîion et la foi se confondent ; dans l'esprit des vrais "oyalistes eU«s De font qu'un seul et même dogmft. ^«ssi, M. de Bonald disait-il que « la Chambre introuvable n'était royaliste que parce qu'elle était d>ré-
46 LA COUR DE roue:
tienne. » Cependant, Louis XVllI qui avait, non sain malice, baptisé cette première Chambre du nom d'/n< trouvablej et M. Decazes son ministre; que les ultr traitaient de jacobin, n'étaient pas sans inquiétudes s les conséquences de cette alliance trop intime. On le accusait de vouloir s'en affranchir. De là une lutte tantôt sourde, tantôt ouverte, qui partage la Restau ration en trois époques bien distinctes :
De 1815 à 1820, les royalistes et le clergé fon cause commune, unissant leurs armes, leurs forces leurs principes contre ce qu'ils appellent et détesten également : le jacobinisme.
De 1820 à 1828^ les deux partis, effrayés de la solil darilé qui pèse sur chacun, cherchent à se séparer. L Charte ne le leur permet point. En proclamant une re ligion d'État, elle fait de la politique ministérielle u dogme, et du dogme une politique officielle. Toute on position est un péché -, tout péché, une révolte. 01 reste uni, mais on lutte.
Celte mutuelle défiance s*accusc de plus en plus I partir de 1825, et finit avec la crise de 1828, par met tre au jour la doctrine de la séparation.
Il est curieux pour l'observateur de suivre Tultra montanisme, c'est-à-dire l'agent officiel de la Cou de Rome, dans ces trois phases de son existence. Es sentiellement sceptique, il n'a point de patrie, so cœur est à Rome ; il n'a point de parti, il lui fai l'empire. Rien ne l'arrête. « Je crois que la Charti
ET LA FRANCE. i7
oui, la Charte eile-mème, disait impudemment Lamen* Dais, serait menacée, qu'il n'en serait pas ému. » Loin d'être une force, il est donc pour tout gouvernement un obstacle. C'est une école toujours ouverte de scepticisme et d'oppositiQp, à moins que, selon un mot fameux de la Restauration, « le gouvernement ne se fasse jésuite pour que les jésuites ne se fassent pas gouvernement. » Hais jésuites ou non, les gouvernements qui le tolèrent en sont- infailliblement dévorés.
Jusqu'en 182o, rejeté par la Chambre, TultTamontanisme n'ose pas se montrer. Le livre Du Pape, en 1818, fait scandale, et celui de V Indifférence y en 1819, ne soulève qu'un débat doctrinal. On en est encore à discuter la Charte. Sur ce point, la France se partage en deux camps animés l'un contre l'autre d'une violence extrême. Les libéraux repoussent le principe d'une religion d'État, les royalistes en font un dogme. < Le trône de saint Louis sans la religion de saint
Louis, est une supposition absurde », s'écrie Chateaubriand.
En 1817, un protestant de Vauduse, M. Roman, refuse, pour la Fête-Dieu, de tafrisser sa maison. On le condamne, il appelle, et, de trij^unaux en tribunaux, finit par venir devant la Cour de cassation. M. Odilon Barrot le défend : « Oui, dit-il, la loi est athée, et elle doit l'être. » Ce mol soulève d'effroyables tempêtes dont il est impossible de se faire une idée aujourd'hui, et qui ne sont pas encore éteintes. A Rome, écrit M. de Lamennais, « on l'eut puni comme un crime. Ainsi, poursuit-il, il est reconnu que la loi est athée... que l'État doit tolérer toutes les morales ! Ainsi on a vu des magistrats déclarer Vabolitiou de la divinité et prononcer légalement le meurtre de Dieu, » Voilà bien la violence, Tinjustice de l'esprit de parti !
La guerre est vive. De politique, elle devient religieuse. Des troubles éclatent à Nîmes, à Brest, à Rennes, à Toulouse, partout. Toute attaque ou négligence contre le culte devient une révolte contre la Charte. Le protestantisme est menacé^ Tindifférence parait suspecte, car, selon le mot de M. de Châteavr hriand: ^LaiégUimUé politigme amène de force la légitimité reUgieuse. » Afin de soutenir cette doctrine, il fonde ^en 1818 le Conservateur, tandis que des missionnaires se lèvent de toutes «parts pour évangâiser la France. M. dePrenilly assuré qu'elle a cessé d'éire chrétienne. « £116 peut avoir, dit-il, une religion bré-
tée, des églises ouvertes, des cérémonies, des pré* s... mais rien qoi prodame la religion dans les iwses civiles^ la réprime dans les choses religieuses».. Din de se montrer dans les institutions, à la tête des irmées, des flottes, des hôpitaux, elle y est à peine olérée. i» Une autre fois, il attaque vivement le milistère en lui demandant « l'exécution du Concordat de 1817), rétablissement des missions, ce chef-d'œurre du christianisme, la création de vingt missionnaires lar département et la surveillance de tout l'enseigne- Dent par TÉglise > afin de rétablir solidement Taristotratie. Quant aux missions protestantes, car il y en ivait aussi, ce sont, au dire de M. de Lamennais, « des tussions d'anarchie religieuse » qu*il faut détruire au ilusvite. « La religion, dit-il, n'est pas seulement néessaire à la société, elle est la société elle-même. » M. de Bonald professe les mêmes doctrines. Chez ù, on sent de plus une inspiration impersonnelle, un ian prémédité. La Congrégation se trahit. Son action 3 connaît à deux signes : la lutte pour s'emparer de enseignement et la guerre contre les francs-maçons. !* de Bonald ne tarit pas d'articles sur ces deux Dints, Il âcalte les frères des écoles chrétienBes et ^aibat renseignement mutuel, qui devient une ques- )n politique. L'assassinat de KotzdHie lui fournit occasion de dénoncer « le fanaitisme révolutionnaire la libre pemée des collèges. » Il n'y a de salut, à s yeux, que dans renseignement con^éganiste. Son
plan de restauration est bien simple : donner les hauU
classes aux jésuites, le peuple aux. ignorantlns. Sui
tout « pas de coocessions à Yesprit du siècle, q
n*est que passions haineuses, impiété, bassesse. »
haine contre Yesprit du siècle est encore un signe
trahit sûrement l'influence de la Congrégation. Dans
loi sur la liberté de la presse, on avait omis de pari
de la religion, probablement, disait M. de Bona
« pour relever Vorthodoxie de la Chambre » en
fournissant Toccasion de réparer cet oubli. « C'est
nom de la tolérance, ajoutait-il, que nous réclamo
contre la plus intolérante et la plus sanguinaire d
sectes la légère répression que la loi ne soit pas robj
de ses outrages. » Cette omission n'ayant pas été co
blée, prouve, selon lui, « qu'on peut maintenant dii
tout ce qu'on voudra de la religion de nos pères. »
effet, comment y aurait-il « des crimes d'opinions!
ajoutait M. Fiévée, dans un pays qui n'a point dl
croyances? » Ainsi le gouvernement, au dire des ul*
iras, propageait le jacobinisme et l'anarchie, en n'ac
ceptant qu'avec réserve la dangereuse alliance qu'oi
lui offrait. Nous verrons, en 1829, ces accusations re
paraître avec une acrimonie singulière, et propage
rapidement l'idée de la séparation.
On la repoussait énergiquement en 1820. M. c Pradt ayant, en 1818, publié son livre des Quat\ concordats^ disait : « Voulez-vous finir tous les diff( rends sur les limites des deux puissances, il faut r
ourir à leur entière séparation. » C'était la première ws, depuis la Convention et le rapport d'André Ihénier, ou, plutôt, depuis la tentative du Directoire, onfirmée par une bulle de Pie VI, en 1796, que ce dot de séparation intervenait dans la polémique. Le Conservateur s'en empare et s'en irrite : « En réfutant [. de Pradt, dit-il, M. Bernardi se distingue par la pueté de ses doctrines et par la force de ses raisonnelents. M. de Barante le confond avec beaucoup de )rce et de clarté. » Rien n*est plus clair que la véritale doctrine, poursuit M. de Genoude : « Gomme l'Élise et l'État sont composés des mêmes personnes, ui sont en môme temps chrétiens et citoyens, il n*est as possible que ces deux puissances, qui doivent être bsolument indépendantes, exercent leur juridiction
i elles ne sont pas parfaitement d'accord Il est vi-
ible que l'État se rapporte et doit servir V Église
t qu'il doi t faire servir son autorité à l'observation des anciles... Nous demandons que les cultes soient lires et que le gouvernement mette ses lois en accord v^ec les principes de la religion... hâtons-nous de iltacher la société à cette ancre de salut. » Le culte itholique ne sera donc vraiment libre, selon le Con- ^f valeur, que quand il sera, comme le veut la Charte, Q tout et partout, le culte de l'État. Car, reprend M. de ^nald, « celte séparation prétendue de l'Église et de Éiat est la grande erreur de l'Europe et la lourde merise des gouvernements. Elle a été mise en pratique
lorsqu'on a refusé d'insérer le ndot de religion dans 1 loi qui punit les atteintes portées à Tordre public. > l M. de Lamennais, attaquant directement M. de Pradi dit, avec son intempérance habituelle : c 11 ne voit pa (]ue le changement qu'il appelle de ses vœux serait i destruction légale du fondement des droits et des àt voir s; il ne voit pas enfin qu'il conseille de dissoudn la société, car la société civile ne subsiste que paro qu'elle est, avant tout, société religieuse. » C'est aioi que paraîtront plus tard des hommes qui se diront c4 tholiques avant tout. Quant à Fiévée, il se conteott d'écrire « que les rois ne font pas les croyances, mai que leur premier devoir est de les faire respecter. »
Les doctrines du Conservateur sont donc nettes précises sur ce point ; il veut une religion d'État, ( pour justifier ce titre, il veut qu'elle pénètre parto dam la vie civile^ dans l'armée, les hôpitaux, Tad nistration, le gouvernement, la presse, et que parto elle domine seule. C'est ce qu'il appelle la liberté culte. Il demande même, par la voix du marquis Coriolis d'Espinousse « qu'on interdise les discouï civils aux enterrements, puisque la religion catholiqn est la religion de l'État. » Jamais le jacobinisme Q poussa plus loin ses exigences. «
Les missions n'étaient pas moins fanatiques que i presse. Elles avaient sous Paris, au mont Valérien leur montagne sainte oh se solennisait, tous les ans le 2 mai, par la fête et la neuvaine de rinvention d
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la Sainte-Croix, Tannivepsaire de la rentrée du roi. Des lettres d'invitation étaient adressées aux notables, fonctionnaires publics, magistrats, députés, et Ton no-> tait, comme on le fait encore aux communions de Notre-Dame, ceux qui se rendaient à ces fêtes. Plus tard, pour augmenter les ressources, on imagina d'établir un cimetière sur ee nouveau Sinaï, et d'en vendre les places à ceux qui voudraient s'assurer « un trésor de ferventes prières. » A Paris, ces entreprises inusitées causèrent encore plus d'étonnement que d'irritation. On avait mille moyens de s'y soustraire. Mais en province, oii les mêmes scènes rappelaient les tristes parodies et les montagnes de la déesse Raison, où Tembrigadement des fonctionnaires était à la fois plus facile et plus scandaleux, ce fut une consternation mêlée de rage, qui se traduisit en sociétés secrètes et m émeutes.
L'esprit public devint comme affolé. L'assassinat du duc de Berry en fut la suite. On en rendit le ministère responsable. « L'Europe, disait M. de Lamennais, estelle arrivée à ce degré de perversion qu'elle ne peut plus supporter le pouvoir? Le règne de Dieu est-il fini ? «^ Et M. de Castelbajac s'adressant à M. Decazes: « Vous avez gouverné depuis quatre ans, s'écriait-il, et depuis quatre ans la France se perd ; vous avez puni la vertu, flétri l'honneur, repoussé le [nom de Dieu, outragé ses ministres. Un assassin s'est montré ahl
reprenez-le, il vous appartient tout entier ! » Que sont
DOS démagogues à côté de ces conservateurs forceoés? Enfin, M. de Chateaubriand couronnant la guerre implacable qu'il n'avait cessé de faire à M. Decazes, disait dédaigneusement : < C'est du gouvernement même que descend la corruption... Ferons-nous quelque chose pour nous sauver ? Tout est possible sans un lïiinistre, tout est impossible avec lui. »
En février 1820, la censure fut rétablie, le Conservateur cessa de paraître. Le Défenseur lui succéda aussitôt avec MM. de Bonald, Lamennais, O'Mahony, Genoude, de Frénilly, toute l'ancienne rédaction, en un mot, moins Chateaubriand et Fiévée. La lutte recommence, mais la division se glisse entre les ultras des deux camps, royaliste et religieux, et cinq ans plus tard elle éclate par le coup de tonnerre de Montlosier. Cependant les doctrines du Défenseur ne diffèrent pas sensiblement de celles du Conservateur, sauf une teinte d'ultramontanisme plus prononcée. Dans quatre longs articles sur le livre Du Pape, M. de Lamennais, qui s'imprègne de tout ce qu'il touche, fait la guerre au gallicanisme, mais une guerre encore courtoise. Parlant de M. de Maistre : « Pénétré de respect et d'admiration, dit-il, pour l'Église- gallicane, il fait de cette illustre Église un éloge aussi juste que magnifique. » Une sorte de pudeur publique le retient et l'empêche de se livrer aux intempérances de langage qu'il commettra plus tard et dont il a laissé dans la presse religieuse le funeste exemple. D'ailleurs il a
ET LA FRANCE. iS
pour collaborateur le cardinal de la Luzerne, approbateur d'une brochure dont il suffit de citer le titre : c Nécessité de la religion dans les hommes en place », et auteur d*un article tendant à prouver que « le système représentatif est absolument faux et souverainement dangereux. » C'est donc toujours le régime de la monarchie absolue et de la religion d*État qui s'agite dans le Défenseur, transformé peu à peu en un recueil ecclésiastique hostile à VAmi de la religion qu'il trouve trop libéral et surtout trop gallican; il finit par s'absorber dans les innombrables et interminables polémiques de M. de Limennais contre les adversaires de son Essai sur Vindifférence. ^ous n'avons rien là de caractéristique à noter. Insensiblement les jésuites entrent en scène. Ce n'est plus le parti-prêtre en masse qu'on attaque ou qui se défend; on distingue sa cause de la cause ultramontaine ; et jusque dans les Conseils du roi, l'idée libérale se fait jour. Une satire de l'époque reproduite par le Défenseur, nous montre le duc deRicheheu, ministre d'État s'écriant :
Quoi, toujours ce Pasquierf Quoi ! ce caméléon souple comme un osier, Prêt à tout, propre à rien ; un second maître Jacque Dans ses discours diffus tout vide et tout opaque. Flattant tous les partis et glissant dans la main; Torlucux par système, insaisissable enfin; Mordu du chien hargneux de V anti- jésuitisme i Qui, de son parlement, n'a que le jansénisme ; Ministre inamovible et ministre à tout vent; Ah! détournez de pioi l'aspect d*» ce serpent!
Le libéralisme seul n'est plus un motif suffisant de réprobation ; on accumule sur Thomme que Ton veut perdre, tous les défauts, tous les vices. Nous voilà loin du fanatisme exclusivement royaliste de 1818.
Le Défenseur vécut comme le Conservateur, deux ans à peine. Il fut, après une interruption de près de trois ans, remplacé par le Mémorial catholique, recueil exclusivement religieux et lamennaisien, c'est-à-dire ouvertement et violemment uitramontain. Mais sur la question de Funion des deux pouvoirs il n'a pas encore changé. Il se prononce toujours pour une religion d'État, a II n'y a que deux partis à prendre, dit-ii ; il faut ou admettre toutes les conséquences du principe d'indifférence, c'est-à-dire isoler entièrement la religion de la société, ou bannir de la législation ce prin- •cipe même ... Si le législateur parle des religions, des ■eultes, si la loi s'applique kla religion et aux sectes... si, en punissant le sacrilège, elle n'ose pas nommer le
sacrement an^ste qui est le fondement essentiel du culte catholique, cette réticence est visiblement une concession... obtenir à ce prix quelques dispositions législatives utiles à la religion, ce serait les acheter par un trop grand sacrifice ; la foi l'interdit, et la religion indignée le repousserait... qu'on y prenne garde ! toute mesure qui composerait avec le désordre achèverait d'obscurcir les dernières lueurs de la raison publique. » Ce fier langage ne rappelle-t-il pas la fameuse réponse du général des jésuites : Sint ut sunt aut non sint, ou mieux la déclaration si souvent répétée de M. de Bonald : « Pas de concession à l'esprit du siècle qui n*est que passions haineuses, impiété, bassesse... > Évidemment en parlant ainsi, M. de Lamennais était inspiré ; toute la Compagnie s'exprimait par sa bouche. Nous trouvons en effet dans le môme Recueil, sous la
plume de M. le vicomte Henri de Bonald, une apologie outrée des jésuites disant : « Tous les hommes de bien ne sont peut-être pas encore leurs amis^ mais tous les méchants sont leurs ennemis. » Et M. de Lamennais pour compléter la pensée ajoutait : « La société se partage aujourd'hui en deux peuples : Tun croit tout ce que l'autre nie, aime tout ce que l'autre hait. » Il n'y a donc, selon lui, de salut pour la société que dans le catholicisme, et, pour le catholicisme, que ians Tultramontanisme. Car < rien n'égale le désordre Ses esprits si ce n'est la dépravation des cœurs, et... Tobéissance ne peut renaître dans Tordre politique
qu'autant qu'elle renaîtra dans Tordre religieux parla soumission complète des esprits à Tautorité spirituelle.»
Voilà bien Tultramontanisme dans son expression la plus pure. Or, que deinandait-il alors? L'alliance indissoluble deTÉglise et de l-État. C'est ce que nous voulions établir.
Son ambition ne s'arrélait point là. Il prétendait encore, M. de Donald nous l'apprend, reprendre les registres de l'état civil, restaurer les maîtrises et les corporations et rétablir les biens de main-morte. Quand le parti libéral reprochait aux royaliste» de « n'avoir rien oublié, rien appris », quand il accusait les ultras d'eniendre, sous le mot de Restauration, la restauration complète de l'ancien régime, ceux-ci criaient à la Cilomnic. Et pourtant les projets de la Congrégation n'étaient que trop manifestes. Rapporteur de la loi contre le divorceM. de Ronald raconte qu'à ce propos il fut assailli de lettres, de prophéties, et qu'on lui prédit, ajoute-l-il tristement, « que les registres de l'état civil ne seraient pas rendus au clergé. »0n songeait donc à les réclamer.
En 1821, le Défenseur cite et loue une pétition présentée à Louis XVIII, en 1817, par les marchands de la ville d3 Paris, sur la nécessité de rétablir « les corps de marchands et communautés d'arts et métiers », et M. de Montlosier lui-même ne cessait de dire qu'il fallait « rétablir dans Vorilve inférieur les rangs, la subordination du maître et du compagnon, du compagnon et de rapprenli, du maître et du valet, du proprié-
taire cl de l'ouvrier, relever dans la bourgeoisie des villes la hiérarchie municipale, dans la noblesse «nfin, où tout est confondu, sa hiérarchie particulière et ses rapports avec la cour. »
Quant aux biens de main-morte les documents abondent. Dès 1819 M. de Bonald formuleun vaste projet de dotation de l'Église en biens-fonds, et dans un rapport sur la loi relative à l'augmentation des sièges épiscopaux en 1821, il parle « d'une loi plus décisive et plus complète que la France espérait comme un bienfait et que TEurope attendait comme une garantie. j> Quelle était ^ette loi promise en quelque sorte à TEurope? M. de Frayssinous nous l'apprend en 1 825, lorsqu'il dit : « 11 s'agit de donner à notre Église plus de consistance et de dignité, » ou, comme ajoute M. de Frénilly, « de convertir un salaire insuffisant en une dotation qui élève l'Église du rang de soudoyée à celui de propriétaire. » M. de Lézardière formule la même proposition; le cardinal archevêque de Besançon l'énonce avec encore plus de force à la Chambre des pairs, oîi M. de Marcelluset dix autres membres s'empressent d'y adhérer. « Considérez, s'écrie aussitôt M. de Lamennais, qui ne trouve jamais une idée mais qui s'approprie avec une merveilleuse facilité celles qu'on lui présente, considérez le mode de dotation (précaire, an-* nuelle) du clergé... ayant d'avance son emploi marqué... le clergé ne dispose réellement d'aucun revenu, d 'où il suit qu'il ne fait pas corps... nous avons des
individus, des évoques, point d'épiscopal... TÉglise n'est rien dans l'État.... elle n'occupe aucunepiace... ona séparé systématiquement les deux lois.... on peut donc le prédire avec assurance : si les gouvernements ne s*unissent pas étroitement à r Église^ il ne restera pas en Europe un seul trône debout. » A cette époque, M. de Lamennais, organe de rultramontànisme et de la Congrégation, exigeait donc simultanément Talliance des deux pouvoirs et la dotation du clergé, tandis que M. de Bonald demandait i la restitution des registres de l'état civil », et, le Défenseur, la restauration des trois Ordres.
Est-ce par un vain désir de polémique ou pour la curiosité des oisifs que nous rappelons tous ces faits? Non. Ils expliquent, d'une part, ia persistance, l'énergie des revendications libérales, et d'autre part, ils montrent que la Congrégation n'a pas changé. A travers les ruines des trônes et des empires elle poursuit depuis soixante ans, avec une constance que rien n'ébranle et que le succès couronne lentement, mais sûrement, comme nous le montrerons plus tard, l'œuvre de restauration européenne par la restauration des trois Ordres, à laquelle elle s'est consacrée. Ce plan que nous voyons naître et se préciser, de 1820 à 182o, sous la plume de M. de Bonald et de M. de Lamennais, dont M. de Maistre lui-môme, nous le prouverons un jour, ne fut que le docile agent, reparaît en 1850, au lendemain de la fuite du pape à Gaëte, dans la Civiltà cat-
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tolica, et semble avoir conquis depuis lors, grâce à la directioû de renseignement, outre la noblesse de France, une bonne partie de la bourgeoisie. Il a créé parmi nous, nos Chambres en font foi, ce qu'on peut appeler le parti catholique féodal ou ultramontain. Gomment? par quelles voies ? et quelle situation ce parti nous fait-il ? L'histoire va nous le montrer.
La Restauration eut un tort : d'un conflit de doctrine ^ elle fit une guerre de personnes. Elle se déchaîna contre les jésuites qui n'étaient ni les seuls, ni les plus coupables, car dans tout le cours du dix-huitième siècle ils avaient enseigné dans leurs collèges la Déclaration de 1682. D'ailleurs, considéré comme opinion, l'ultramontanisme est, ou plutôt était, ainsi que le gallicanisme une doctrine libre, disons même nécessaire, puisque c'est en se portant tour à tour du côté du pape contre le roi ou du côté du roi contre le pape, que l'Église de France, dans le cours de sa longue et glo-
rieuse existence, est parvenue, seule en Europe, à maintenir cet heureux équilibre qui lui a permis de combattre à la fois le fanatisme et rhérésie,de repousser aussi bien Tinquisition d'Espagne que le schisme d'Angleterre, et de rester toujours orthodoxe et toujours patriote. C'est un spectacle qu'on n'admire pas assez dans l'histoire et qui, après avoir fait pendant dix siècles la grandeur incomparable de notre pays, sera un jour l'étonnement des savants et des peuples.
L'ultramontanisme en lui-même n'est donc pas uu danger ; il le devient lorsqu'il passe à l'état de secte et s'impose, lorsqu'un parti s'en empare pour en faire, soit un dogme religieux, soit une arme politique. C'est ce que M. de Montlosier reproche aux jésuites de 1823, et, peu à peu, à tout ce qu'il appelle le «parti-prêtre. » « Je dénonce quatre grands fléaux, dit-il, attentatoires à la religion, au roi et à la société ; ce sont : les congrégations répandues par toute la France, Taffilialion odieuse des jésuites, la profession patente d'ultramontanisme et les envahissements des prêtres. » Parlant de là, il accumule les faits, les griefs, les accusations, qui, hélas! ne manquaient point, contre la propagande religieuse et spécialement contre les missions auxquelles l'assassinat du duc de Berry avait donné depuis quatre ans un redoublement de fanatisme. Nous ne suivrons pas le polémiste sur ce terrain. Ses livres sont vifs, animés, mais décousus, sans ordre, et nous necherchons nullement à remuer des cendres mal éteintes. En 1823
parut son Mémoire à conmlter dont les avocats, quaranle-cinq la première fois, quarante la seconde, s'emparèrent. « Nos délibérations seront graves, profondes, et, je l'espère, sans passions, » lui écrivait Tnn d*eux. Ils conclurent, les plus grands noms du barreau en tête, à la condamnation de Tullmmontanisme et à la suppression des jésuites. Fort de cet appui, M. dcMontlosier fit alors, en 1826, sa Dénonciation aux cours royales, et, simultanément, sa Pétition à la Chambre (les pairs, qui fui renvoyée au Conseil.dcs ministres.
L'opinion publique l'exigeait* Les grands procès du Constitutionnel et du Courrier français avaient jeté dans le pays une agitation incroyable ; la lutte prenait des proportions inquiétantes pour les royalistes euxmêmes. On songeait à se faire des concessions. La Société de la morale chrétienne composée de catholiques et de protestants venait, à la suite d'un concours ouvert par elle, de couronner un mémoire de M. Vinet sur la liberté religieuse concluant à la séparation. La constitution américaine, disait l'auteur, n'a rien prévu; elle se tait. Hais Tun de ses articles additionnels porte que « le congrès ne fera aucune loi pour l'établissement de la religion, ni pour gêner son libre exercice. » Telle était la législation que recommandait le lauréat du concours et par conséquent la Société de la morale chrétienne elle-même. C'était, en propres termes, notre Constitution de Tan m que M. Vinet ne semblait pas avoir connue. M. Guizot, rapporteur du concours, lui
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décerna de grands éloges. Cependant la séparation qull proposait se bornait à la suppression du budget des cultes, puisque selon lui, le sacrilège restait punissable. Quelle que fut la vivacité des luttes, les doctrinaires n'allaient pas encore, comme ils le firent plus tard par ambition politique, jusqu'à la formule de M. Odilon Barrot, sorte de Proudhon de l'époque.
L'opinion publique hésitait entre les deux partis qui la sollicitaient également. Les libéraux lui rappelaient et se rappelaient volontiers le mot du comte Beugnot : € Alliance avec les jacobins le plus tard possible; avec les royalistes jamais. » Sûrs du triomphe, ils se montraient exclusifs. La France venait à eux, croyant sauver le trône en sacrifiant, non l'autel, mais les jésuites. H. de Montlosier déployait une activité infatigable. Peu à peu il engagea tout le monde dans sa cause. Dire ce qu'enfanta de brochures cette guerre pour et contre les jésuites, l'ardeur de la polémique, la violence qu'on déploya de part et d*autre, serait impossible. L'atmosphère était en feu. Les jésuites n'avaient pas comme aujourd'hui la sagesse de se cacher, la prudence de se taire. Ils alimentaient eux-mêmes la discussion. En 1827 un comité de propagande établi par eux à Louvain imprimait, pour les envoyer à Paris, entre beaucoup d*autres, les œuvres d'un nommé Bellemare, le Veuillot du temps, qui s'enlevaient par paquets. En dix jours, on vendit ou donna dix mille exemplaires de La fin des Jésuites et de bien d'autres. Les Troi^ procès dans un
seul s'écoulèrent à neuf mille exemplaires ; six mille du Conseiller des Jésuites et dix mille, en quatre mois, du Collège de mon fils.
Si la défense était vive, l'attaque ne Tétait pas moins, et c'est par vingtaines de mille que s'écoulaient les brochures libérales. On devine la surexcitation poliliqueet morale qui dut en résulter. Les deux partis rassemblaient leurs forces. Il le fallait ; leurs chances paraissaient égales. Si les uns avaient l'opinion publique avec eux, les autres avaient le roi, la cour, les ministres et peut-être les Chambres. Oncomptaiti20àl30 députés congréganistes ou dévoués à la congrégation dans la Chambre de 1825^ comme, au dire de Y Univers, on en comptait près de 200 dans la Chambre à jamais néfaste de 1869. Mais la France renversa l'une, tandisque l'autre renversa la France. Et l'on ose prétendre que Tultramoûtanisme n'a pas accès dans la politique 1
Nous n'aurions à tirer des ouvrages de M. de Mo&tlosier que des déclamations sans nombre et sans fin, s'il n'avait point relaté, au milieu de tout ce fatras, quelques faits nets, précis, recueillis et constatés par son expérience personnelle. EL ces faits sont d'autant plus curieux qu'ils prouvent qu'au dix-septième comme au dix-Beuvième siècle les jésuites procèdent touiours et partout de la même manière.
M. de Chateaubriand raconte dans son Voyage à Jérusalem que, quand ils arrivept dans une colonie
nouvelle, les Espagnols commencent par y bâtir une église, les Anglais une taverne, les Français un fort, c Pour les jésuites, dit M. de Montlosier, ils fondent tout d*abord un pelit séminaire ; c*est leur prise de possession; c'est le drapeau qu*ils plantent sur le rivage ; ils procèdent ensuite à Tenvahissement du pays ; ils ont débuté par là en France... Ce n'est pas sans motif ; leurs collèges leur fournissent le vivre et la couvert ; ils s'y recrutent de tous les jeunes gens chez qui ils trouvent des moyens et de l'argent... ils y vivent dans une sécurité profonde ; et comme personne 'n'inspecte ce qu'ils font, les lois deviennent entièrement nulles pour eux dans l'enceinte de leurs murailles. Ils y établissent des écoles de théotogie, ce qui leur est expressément défendu... » Ne croirait-on pas lire une page du seizième siècle, un épisode de l'introduction clandestine et sournoise des jésuites dans TUniversité de Paris ? Et pourtant M. de Montlosier raconte ce qu'il a vu en 1820, comme nous pourrions, dans les mêmes termes, rapporter ce qui s'est passé sous nos yeux en 1870. Poursuivons : .
a Les petits séminaires dispersés sur la surface de la France, continue M. de Montlosier, y versent tous les ans plusieurs milliers de jeunes gens (c'est par centaines de mille qu'il faudrait dire aujourd'hui) endoctrinés, enrégimentés, ayant devant ^ux quanmteou cinquante ans de vie, et dressés avec soin à faire pendant tout ce temps le plus de mal possible à leurs concitoyens. Ces
jeunes gens ne sont pas individuellement obscurs et sans influence, comme les boursiers; ils ne rempliront point un jour les fonctions de clercs de village. Divisés en deux classes, les uns ont de la fortune, de la naiss ance cl figureront tôt ou tard dans les hautes charges de la magistrature et de V armée ou dans nosassemblées législatives ; les autres, pauvres, tirés de la classe populaire, fourniront à l'Église des prêtres nourris du pain et des maximes des jésuites.,.. Ces derniers portaient à Saint-Acheul le nom générique d'abbés, qui veut dire élevés gratis pour le sacerdoce, pour surveiller clandestinement tous les élèves... » De là, ce nombre prodigieux de prêtres ultramonlains, inféodés aux jésuites. Ici, encore, on croirait lire une page du Testament de Richelieu disant: « On ne saurait, commettre rentière éducation des jeunes gens aux jésuites, sans s'exposer à leur donner une puissance d'autant plus suspecte aux États, que toutes les charges et les grades qui en donnent le maniement seraient enfin remplis de leurs disciples, et que ceux qui de bonne heure ont pris un ascendant sur les csprils le retiennent quelquefois toute leur vie. » Qui ne se rappelle la satisfaction triomphante avec laquelle, en 1869, l'Univers nous parlait des charges et grades de la magistrature et de V armée, dans lesquels, disait-il, ses amis .entraient tous les ans dans la proportion de trente ou de quarante pour cent? C'est une leçon qu'on ne doit pas oublier, elle nous coûte assez cher.
En 1827 OQ comptait à Saint-Acbeul, plus de douze cent cinquante élèves. Et combien d'établissements semblables? Combien depuis lors? Ils ne suffisent plus aux demandes. C*est qu'en effet les élèves des jésuites ne sont pas, en sortant de leurs mains, abandonnés, délaissés. On ne les perd jamais de vue. Slls sont dociles, c'est pour eux une carrière qui commence en quelque sorte au berceau. On les protége^on les pousse: quô non ascendam ? De là les instances des familles, pour placer leurs enfants dans ces établissements. Elles attendent ou retiennent des places à Tavance, et Taffluence des solliciteurs est telle qu'il faut toujours en écarter un grand nombre. Les jeunes gens formeni là des groupes, ou comme on disait en 1563, des solidarités qui se perpétuent plus tard dans le monde. C'est le noviciat de la Congrégation. Les Règles générales en parlent. « Les confrères doivent se confesser et communier au moins une fois tous les mois dans la chapelle de la Congrégation... et prendre un confesseur des mains du père directeur. » Moyennant cda ils peuvent aller partout et trouver partout assistance, c Si quelqu'un d'eux est obligé de voyager, il le peut &ire et avoir accès dans toutes les autres congrégations. »
La franc-maçonnerie, on le voit, n'est qu'une contrefaçon de l'institut de Loyola. Car les jésuites non contents de pousser leurs élèves, ou comme dit M. de Bonald, leurs amis^ dans les places et charges de
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l'État, les soutiennent^ les enrichissent, les marient, de manière à tenir un jour les enfants comme ils ont tenu les pères. C'est ainsi, pour prendre un exemple fameux par le scandale qu'il souleva, qu'en 1826, M. Récamier, qtfon appelait un « recruteur de dévots » parce qu'il était toujours en prières entouré de nombreux disciples, futnommé contre toute attente et en dépit de la Faculté, médecin du duc de Bordeaux. Peu connu la veille, il fut célèbre le lendemain et fit souche de jésuites. Que de familles ainsi nées sous leurs auspices, en 1825, et dont les enfants, devenus hommes, sont encore dirigés par eux aujourd'hui ! De là ces fortunes subites dont on ne s'explique ni l'origine ni la persistance sous tous les régimes. La société officielle est doublée d'une société secrète qui n'est certes pas la moins influente et contre laquelle se dresse maintenant Y Internationale.
Tandis que Hontlosier cherchait à se séparer et à séparer la cause royaliste de celle du parti-prêtre,
celui-ci à son tour, représenté par M. de Lamennais, répudiait, en partie du moins, la cause royaliste. La rupture s'accomplissait de part ei d'autre. Les hommes d'État et la grande majorité du clergé, resté gallican, tenaient la balance entre les deux. Mais la Dénonciation aux cours royales et surtout la violente polémique des journaux, l'agitation inquiète de l'esprit public, l'altitude réservée de l'épiscopat qu'indisposait le fanatisme naissant des ultramontains, tout annonçait et préparait une crise. On avaiîpu l'éviter sous Louis XVIII, prince habile, qui, pour dégager sa parole signait un nouveau concordat avec la Cour de Rome, puis le faisait rejeter par SCS Chambres. Mais avec Charles X, soumis à h Congrégation, il fallait prendre un parti ou l'armer luiniême contre sa propre faiblesse. « Chaque siècle a sa maladie, disait à la tribune Tévêquc de Beauvais, Mgr Feulricr, le nôtre paraît atteint d'une espèce de terreur. » Il avait la terreur des jésuites. « C'est un fait, ajoute M. Hyde de Neuville, que dans le clergé il existe des hommes qui travaillent à mettre en circulation une doctrine impie, sacrilège, hérétique, qui tend à ébranler les trônes... Il faut supprimer la Charte ou les jésuites. »
Ces paroles, dafls la bouche d'un royaliste comme M. Hyde de Neuville, étaient significatives ; les jésuites furent sacrifiés. La loi du 18 juin 1828 leur enleva la direction des petits séminaires. La colère fut grande, implacable dans le parti ullramontain, qui, dès îors,
SOUS le prétexte de € persécution contre V Église, d'attentat contre la liberté des vocations, mots qui reviennent rans cesse dans les brochures qu'il inspire, attaqua sans trêve ni merci la monarchie légitime. « Le voilà donc enfin, s'écrie M. Laurentie, ce grand dcnoùment de tant d'intrigues et de fureurs, de tant d'outrages, de tant de haines ! Deux ministres (Portalis et Feutricr) font faire à la monarchie légitime bien plus que la révolution n'a osé demander à Bonaparte... tous deux rivalisent de zèle pour exterminer le sacerdoce dans sa racine et pour compléter ainsi Tœuvre sanglante de la Révolution . . . Applaudissez, race d*impies tt de sacrilèges; écrivains factieux^ applaudissez!.. Vous vouliez que i'épiscopat fût enchaîné; on fait plus, on Timmole! que demanderait-on de plus à l'athéisme ? > Plus loin, parlant < de son indignation et de son mépris contre le ministère », il fait des vœux, bien vite exaucés, pour le renversemenl du trône. « Les trônes tombent, dit-il, les empires changent... Imprudents l demain vous ne serez plusf.. » M. Laurentie n'a pas trop de toute sa vie pour expier cette imprécation. La discussion amenait naturellement la question de la liberté d*enseignement. « Si l'État est athée, dit-il, il faut bien que le catholicisme revendique pour lui la liberté de tout le monde. Que si l'État n'est point athée, s'il a une religion, il faut bien qu'il la professe telle que l'enseigne l'autorité souveraine qui en règle la croyance. »
M. O'Mahony n'envisage pas encore l'hypothèse de la séparation. Il recevait sans doute moins promptement que M. Laurentie^ les instructions du parti. Peutêtre aussi le Mémorial catholique se trouvait-il trop engagé dans la cause de la religion d*État pour changer brusquement de doctrine. Toujours est-il qu'en juillet et août 1828, M. O'Mahony s'écriait : « L'Église c'est la société... Donc, hors de l'Église point de salât; non, point de salut pour les rois, point de salut pour les peuples, point de salut pour la nature humaine...» N'est-ce pas le style, la fougue de M. de Lamennais? Se serait-il caché sous le manteau de son ami ? Qaoi qu'il en soit, le Mémorial catholique de cette époque reste dévoué à l'alliance des deux pouvoirs. <r La société, dit-il, est une réunion de créatures intelligentes gouvernées par une loi divine dont toutes les autra lois dérivent. . • A cette loi, la Révolution a substitué l'athéisme légal, que la Restauration a reconnu et confirmé.. . Dès lors, plus de société, plus de lois... » A l'exemple de M. Laurentie, il fait des vœux pour la chute du gouvernement; l 'inspiration est la même; on sent que tous deux Font puisée aux mêmes sources. « On soumet tout, avait dit la Quotidienne, mèm la royauté, à la Révolution... Il n'est pas de sacrifice qu'on ne lui ait fait depuis quatorze ans. » M. O'Mahonj répète : € La Restauration ne fut pas autre chose, sous une forme nouvelle, qu'une suite à peine interrompue de la Révolution ...» Selon lui, « c'est la Révolution
qui a dicté les deux ordonnances de persécution... Mais la foi s'est réveillée et la Révolution s*est trou- Uée... Il ne fallait rien moins qu'un attentat aussi prodi^eux pour nous arracher à notre trop long engourdissement... C'est ainsi qu'en blessant la conscience dans ce qu'elle a de plus intime, la liberté des vocations^ la Révolution a cimenté entre le ciel et la terrecomme une Sainte-Alliance de douleurs... » Évidemment une telle image n'appartient qu'à M. de Lamennais. 11 est probable qu'ayant à vêtir de sa prose le thème fourni par la Congrégation, il n'a pas voulu y mettre son nom. Une autre image trabit sa main. Il compare les évoques muets, consternés, aux premiers témoins de la Passion, « et, pour que rien ne manque à la ressemblance, ajoute-t-il, l'apôtre qui, pour trente deniers, devait le trahir par un baiser, Judas (Feuirier), était aussi avec eux. » Enfin, il interpelle les évoques, et, d'un ton menaçant, les somme d'avoir à refuser leur concours au gouvernement, t Gardiens de l'aiitorilé spirituelle dont ils ne doivent compte qu'à Dieu, dit-il, ils ne peuvent coopérer à des actes humiliants pour la religion, durs pour le sacerdoce. Que si les princes sont quelquefois intervenus, ce n'est que parleur protection... L'Église accepte leurs faveurs, elle peut prendre des engagements avec eux, mais alors elle se les impose et ne les reçoit pas; elle les remplit, mais en cela elle n'obéit qu*à elle-même... » On voit que Pascal n'a pas calonmié les jésuites 1
4i LA COUa DE ROME
Vindicalif, irascible, plein d'amertume et de dépit contre l'ÉUU, comme il le sera plus tard contre TÉglise, M, de Lamennais change tout à coup d'opinion et retourne ses batteries. Dans son livre des Progrh de la Révolution (la Révolution représentée par MM. Portails et Feutrier!) publié en 1829, il résume ainsi les devoirs du prêtre : « Abandonner à elle-mêinc la société politique qui se dissout en repoussant toute influence divine, et ne prendre aucune part à la guerre des souverainetés et du libéralisme. » Sortez donc, leur crie-t-il, « sortez de la maison de servitude, brisez les fers qui vous dégradent et vous empêchent de remplir votre céleste vocation... »
Une fois entré dans celte nouvelle voie, M. de Lamennais la parcourt avec la même fougue, la même intempérance qu'il a mise à parcourir la voie opposée. L'exemple de la Belgique se préparant à secouer les chaînes de la Hollande, le transporte d'enthousiasme et d'admiration. Comme il a été royaliste outré, il devient libéral ardent, t II n'y a plus de gouvernement, dit-il, puisqu'il obéit au lieu décommander... C'est un grand interrègne de l'ordre... Dans l'état présent de TEurope et particulièrement de la France, le salut de l'Église dépend surtout de la résistajice active que les catholiques opposeront à la force envahissante des gouvernements. Il faut reconquérir la liberté... Il est également nécessaire de lier, dans le même faisceau, toutes les libertés ensemble, la liberté religieuse, la
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liberté de Téducation^ les libertés civiles, politiques et administratives, car alors on ne saurait en attaquer une seule sans que les diverses classes d'hommes se réunissent... Ce grand changement préparé, sollicité par l'opinion universelle, prêtera au Saint-Siège un point
d'appui contre les résistances du despotisme C'est
ce que Ton fait en Belgique Catholiques et libéraux
l'ont compris par l'alliance activede loutesles libertés. » C'est en janvier d 830 que &I. de Lamennais écrivait ces lignes curieuses dans le Mémorial catholique ; il fondait en même temps et à côté, sous le nom àe Revue catholique, un autre recueil plus spécialement consacré à la polémique, à la lutte. Le prospectus, après avoir montré que la société moderne se partage en deux peuples qui se détestent, disait : « Entre ces deux partis destructeurs, l'un du pouvoir, l'autre de la liberté, tout ce qu'on peut faire pour préparer la régénération sociale, c'est de travailler à dissoudre ces deux partis à la fois, pour en former un troisième... c'est au clergé qu'il appartient de constituer ce parti régénérateur... » Donc plus d'alliance avec les royalistes.C'est k tort,ajoute-t-il, que < la plupart des journaux religieux ont lié la cause de la religion à celle du royalisme tel qu'ils le concevaient, c'est-à-dire du despotisme. » Séparation des partis, séparation de TËtat. « Nous conseillons au gouvernement français, continue la Revue catholique, de ne plus salarier personne, les ministres protestants et les prêtres catholiques pas plus
que les rabbins, mais de se libérer de toute obligation en restituant à l'Église de France les biens dont on Ta dépouillée. »
Quant au gallicanisme, inspirateur des ordonnances de 1828, et cause de l'interdiction des jésuites, M. de Lamennais n'a pas assez de colères ni d'injures contre lui. a Apprenez aux peuples, dit-il, que le catholicisme gallican n'est qu'un catholicisme bâtard; que l'Église réprouve comme un attentat cette odieuse doctrine,.. Ce sont des hommes de malheur qui voudraient éterniser parmi nous le gallicanisme. Ils prennent dans les doctrines des deux partis qui divisent la société, précisément ce qu'elles contiennent d'absurde et de destructif ; ils en composent une doctrine hideuse qui n'a de nom dans aucune langue, et, pour convertir les peuples, ils leur disent que ce monstre est le catholicisme... que serait-il arrivé des Belges si leur noble! caractère eût été empoisonné, flétri par ce christianisme idiot et servilê^. Le gallicanisme esta leurs yeux | un fléau social... Catholiques français ! il est temps de répondre au signal qui vous est donné I » C'est par ces paroles enflammées que M. de Lamennais appelait à lui tout ce qu'il y avait d'ardeur et de jeunesse, mais aussi d'inexpérience, parmi les ecclésiastiques et les laïques. On sent chez lui la colère, la passion, la rancune de i 828. Que devait dire TÉglise de France en présence de cette accumulation de soufflets et d'injures? Elle se vengera plus tard.
La Révolution s'approche; elle éclate. M. de Lamennais la salue presque comme son œuvre. < Nous n'avons rien à changer, rien à renier, dit la Revue catholique du 31 juillet 1830. Ce qui arrive, nous Tavons annoncé... Imbu des serviles doctrines du gallicanisme, le parti qui prétendait défendre la royauté s'est mis en opposition avec cet énergique besoin de liberté qui est rame de la nation chrétienne. Ces doctrines révoltaient notre foi et notre conscience; nous nous en sommes séparés de bonne heure... nous avons sollicité la séparation de l'Église et de TÉtat, condition nécessaire de la liberté de l'Église... Nous défendrons avec la môme persévérance le catholicisme et la liberté. »
C'est à la faveur de ce mot magique de liberté dont tous les esprits s'enivraient déjà, que M. de Lamennais glissa le poison de ses doctrines philosophiques et religieuses dans les belles âmes de Lacordaire, de Gerbet, de Salinis, et surtout de Montalembert, qui leur dut de magnifiques effets d'éloquence, mais dont elles empoisonnèrent les derniers moments.
Au mois d'août 1830, le Mémorial et la Revu^e ca^ tholique cessent ie paraître, l'Avenir leur succède.* Le jeune libéralisme qui grandit et qui finira par étouffer l'autre, disait le prospectus, se borne, en ce qui concerne la religion, à réclamer la séparation de l'Église et de rÉtat, séparation nécessaire pour la liberté de
l^Èglise et que tous les catholiques éclairés désirent
également. » Quant à ia Restauration qu*on avait servi avec tant d'ardeur, voici le jugement qu'on en portait en rempruntant à M. de Pradt : « La Restauration a créé rhypocrisie; elle en a fait une loi, un masque... Elle a placé la religion dans les missionnaires, les ignorantins et fmalément les jésuites, elle a dégradé le clergé en le poussant h une exagération de bigoterie, d'intolérance, d'inimitié ouverte et déclarée contre l'esprit humain et ses progrès... Elle s'est ainsi rendue une compiraiion permanente contre le catholicisme. » Idr xxm^X Univers^ passé maître dans Part des volte-face, n'a chanté plus haut la palinodie. C'est le péché mignon des ultramontains. Pendant quinze ans ils ont prêché sur tous les tons, réclamé de toutes manières Falliance étroite du trône et del'aulel. A partirde 1830, un seul but, une seule idée les domine : la séparation. V Avenir en donne le programme dans son introduction du 16 octobre : « Nous demandons premièrement, dit-il, la liberté de conscience ou la liberté de religion, pleine, universelle, sans distinction comme sans privilège : et par conséiquent, en ce qui nous touche, nous catholiques, la totale séparation deTËglise et de TÉtat, séparation écrite dans la Charte et que TÉglise et l'État doivent également désirer... Cette séparation nécessaire et sans laquelle il n'existerait pour les catholiques nulle liberté religieuse, impli(|ue, d'une part, la suppression du budget ecclésiastique, et, d'autre part, l'indépendance absolue du clergé dans l'ordre
spirituel, le prêtre restant d'ailleurs soumis aux lois du pays, >
Pourquoi : soumis aux lois du pays ? Les rédacteurs de r Avenir reculent devant leur propre pensée. La Révolution est trop récente, le souvenir des missions trop vif, les colères soulevées par la Restauration sont encore trop brûlantes dans le peuple qui médite déjàla fermeture des églises et le sac de Tarchevêché, pour qu on ose ouvertement braver Topinion. On affecte de respecter les lois et de vouloir que le prêtre les respecte. Peut-être même est-on sincère ! Mais avec les ultramontains, où s'arrête le pouvoir législatif du pays ? Qu'entendent-ils par respecter la loi ? Et quelle loi ? Toute la question se cache dans cette phrase incidente qui semble jetée là négligemment. Si la loi s'oppose au développement indéfini des ordres religieux, à l'existence collective ou corporative des jésuites, à leur prétention illimitée d'acquérir et de posséder, à l'indépendance absolue de l'enseignement qu'ils réclament, les ultramontains se soumettront-ils h la loi ? Non, puisque c'est précisément contre ces restrictions qu'ils s'élèvent. La lutte ne cessera donc point et vous serez désarmés pour la faire. Entre les ultramontains qui professent la suprématie absolue du pape, seul législateur des peuples, et le libéralisme qui croit à la souveraineté des nations, il y a une contradiction radicale; quand ils prononcent le même terme de liberté, ils entendent des choses diamétralc-
ment opposées. Pourquoi toujours se payer de mots ?
« 11 faut que chaque culte, dira plus tard M. Odilon Barrot, puisse s'administrer lui-même sans entraves, sous la réserve expresse du respect des lois. » C'est à merveille. Mais dites-nous, de grâce, ce que vous entendez par « ce respect des lois. » Est-ce faire ou ne pas faire des processions, des missions? Est-ce prêcher pour ou contre l'égalité civile, la liberté des cultes ou le concordat? Est-ce, dans des écrits, déclamer contre lap^5tilence exécrable de la presse, réclamer le droit de tester ou propager la doctrine de la souveraineté absolue des papes ? En un mot, qu'est-ce que la loi ? La Constitution de l'an III avait accompli la séparation, et cependant un décret de l'an V condamna les prêtres à la déportation comme perturbateurs du repos public, parce qu'ils sonnaient les cloches et sortaient en soutane. Pouvaient-ils, devaient-îls respecter cette loi? Il faut donc dire, avant tout, jusqu'où s'étend le pouvoir législatif de VÉtat, Toute la difficulté gît dans ce mot. Pour les ultramontains ce pouvoir est subordonné à celui de la Cour de Rome, ou plutôt il n'est qu'une délégation du pouvoir papal. Pour toute la France libérale ■et sensée, ce pouvoir est absolu et n'a d'autre limite que la raison. Comment accorder ces deux prétentions qui s'excluent et d'où sortent toutes nos révolutions ?
En effet, qu'arrive-t-il dans la pratique? C'est que les ultramontains et spécialement les jésuites peuvent, en fermant la porte de leurs collèges, se soustraire an
re&pect des lois et prêcher leurs doctrines. Tel était le péril que M. de Vâtimesnil faisait entrevoir en 1830, dans un rapport intitulé : Réponses du comité français au comité anglais sur le système général de l'instruction publique en France, t Le clergé catholique de France, écrivait-il, parait craindre la publicité de renseignement et des épreuves. On attribue assez généralement cette disposition, à la tendance ultramontaine par laquelle il est entraîné. On croit que pour suivre plus librement cette tendance, il aime mieux renfermer rensej»gnement théologique dans l'enceinte des séminaires que de l'exposer au grand jour. Il est certain du moins que chaque fois que le gouvernement a voulu ouvrir des concours à l'effet de pourvoir aux places de professeur» vacantes dans les facultés de théologie, il a rencontré des obstacles de toute nature de la part des évêques. » M. de Vâtimesnil n'était certes pas un adversaire de renseignement catholique. Loin de là. Ancien ministre, magistrat, jurisconsulte, il se trouvait par son expérience et ses lumières, parfaitement en mesure de peser la valeur de son témoignage. D'où venait donc le mystère dont les évéques enveloppaient l'enseignement de leure séminaires et pourquoi refusaient-ils d'appeler sur l'ultramontanisme le contrôle de la publicité, la surveillance de TÉtat? C'était évidemment parce qu'ils le savaient en contradiction avec les lois du pays. L'expérience ne nous l'a que trop prouvé. Sans toucher aux questions purement dogmatiques, comme
5â LA COUR DE ROME
l*infaillibilité du pape, qui se lie cependant d'une manière étroite h la constitution de l'Église et à son rôle dans la société, il est facile de faire voir comment cet enseignement clandestin peut saper et sape en effet toutes nos lois. Ainsi, d'après un droit, ou, si Ton veut une maxime reçue de toute ancienneté en France, les bulles ou brefs de la chancellerie pontificale n'étaient obligatoires en conscience qu'après avoir été promulgués par les évoques. Pendant le cours de la Révolution et la dispersion du clergé, les relations officielles avec la cour de Rome devenant impossibles, il fallut bien se départir de celle sage tradition. On suivit la coutume ultramontaine ; les bulles furent exécutoires après leur publication au Champ de Flore, sans autre garantie d'authenticité. Peu à peu le fait devint loi et passa dans l'enseignement clandestin des séminaires. Qu'en résulta-t-il ? En apparence, il ne franchissait pas le domaine de la foi ; en réalité, il frappait le Concordat de déchéance, attendu que les brefs et rescrits pontificaux n'étant plus astreints à la promulgation des évoques, purent impunément propager Tultraniontanisme. C'est par cette brèche, en effet, qu'il nous est venu, et que, envahissant peu à peu la presse, le clergé et le monde, il nous a fait ce que nous sommes, créant deux nations dans la nation, et semant l'hostilité dans toutes les classes. Depuis lors nous nous trouvons toujours à la veille et au lendemain d'une révolution. II ne se passe jamais dix ans que nous n'ayons, soit une prise d'armes
pour la liberté d'enseignement, soit un assaut pour la liberté de tester, soit une campagne contre le libéralisme et les francs-maçons; car le fanatisme est remuant ; faisant des âmes inquiètes, il agite et s*agitc sans cesse.
Il recherche les petits Étals : la Suisse, la Belgique, la Bavière. SVn emparant, il les façonne , puis, quand il en est le maître, il rayonne de là chez les voims, surtout en France, oii nous l'avons vu s'introduiîf , en i828, par la Belgique ; par l:i Bavière et la Suisse en 1845. Fribourg est encore aujourd'hui la grande pépinière de la féodalité européenne et la France décentralisée sera nécessairement h ses ordres. Voilà pourquoi son cri de guerre a été depuis 1830 : la liberté comme en Belgique,
M. de Pradt qui s'y connaissait et qui connaissait son époque, appelait la Révolution belge « de l'eau bénite en ébullition. » La Congrégation en était l'âme. Pour se soustraire aux tribunaux de son pays, un
ardent ami des jésuites, M. de Poiter, vint en 1829 à Paris soumettre à M. de Lamennais le nouveau programme de Tagitation religieuse : liberté des cultes, séparation de l'Église et de TÉtat. M. de Lamennais^ s'y rallia sur-le-champ. Il fut convenu qu'on réclamerait par toutes voies, de toutes manières la séparation. V Avenir s'y consacra entièrement. Nous ne raconterons point ses luttes, ses succès, ses revers. On a vu comment il traitait les grandes doctrines de l'Église de France. Au nom de la liberté, il déchirait une à une les pages les plus glorieuses de notre histoire, préludant à ce dénigrement systématique de la France, lequel, poursuivi par tous les partis et spécialement par les ultramontains avec une sorte de folie furieuse, ne s'est plus arrêté depuis lors et devait aboutir à notre double défaite à Rome et à Berlin.
L'épiscopat, fraîchement rallié à la monarchie de Juillet, eut encore assez de force cependant pour se défendre. V Avenir dut rendre compte de sa conduite. On l'appuyait secrètement à Rome ; on n'osa pas publiquement le soutenir. Il fut condamné et cessa de paraître. Montalembert et Lacordaire se soumirent ; mais M. de Lamennais, plein de dépit et de rage contre la Cour de Rome, comme il l'avait été contre la Cour de France, se vengea en publiant les Paroles d'un Croyant qui le placèrent d'emblée à la tête du parti révolutionnaire.
L'ultramontanisme militant se trouva désarmé ; les
cadres seuls subsistèrent. Dès la fin de 1830, M. de Lamennais avait fondé à Paris une Agence générale pour la défense de la liberté religieuse. Douze cents souscripteurs eu supportaient le^ charges. Des ramifications s'étaient établies dans toutes les villes de la province et de Tétranger. On avait divisé la France ou plat6t le monde en trois provinces ayant MM. Ducoux, Lacordaire et Montalembert pour correspondants. Les lettres affluaient de toutes parts. U Agence avait pour but de soutenir ou de réclamer par toutes voies légales oa illégales la liberté de la religion, de la presse, de renseignement et des Congrégations. C'était une entreprise d'émeutes religieuses. Y avait-il une manifestation à faire, on la faisait ; uu procès à soutenir, on le soutenait. Le 29 avril 1831, V Agence ajinonçait solennellement qu'elle allait ouvrir une école libre, rue Saint-André-des-Arts, et quelques jours après,, elle l'ouvrait, en effet. Ses agents, à son exemple, en faisaient autant sur divers points de la France. Luttes, saisies, fermetures, procès, V Agence pourvoyait à tout. Elle poursuivit elle-même les magistrats municipaux de Nîmes qui n'avaient pu, dans un soulèvement populaire comme celui de l'archevêché de Paris, s'opposer à la destruction des croix ou signes extérieurs du culte. En peu de mois, 379 pétitions, portant 18,480 signatures, furent recueillies par ses soins pour la liberté de renseignement. Ne sont-ce pas les mêmes pétitions, sinon les mêmes signatures que nous avons vues deux
fois renaître en 1845 et en 1866? V Agence ne s'en tint pas là et c'est ici qu'apparaît sa puissante et savante organisation. L'abbé Guillon ayant été nommé évoque (le Beauvais et « sa conduite auprès de Grégoire (l'ancien évoque constitutionnel de Blois) nous inspirant des craintes, dit V Agence, nous avons encoiirayé Vénergique résistance du diocèse, qui s'est manifestée par les actes les plus courageux comme les plus publics. Le clergé a promulgué le vœu de voir bientôt venir le jour oii les catholiques pourront librement choisir leurs chefs dans l'ordre spirituel et les présenter directement au souverain pontife. » Rien n'échappait à l'action de cette nouvelle Congrégation laïque. Non contente de réclamer sa liberté, elle prétendait l'imposer par la force, et, au besoin par l'émeute, à l'épiscopat, au gouvernement, au Saint-Siège. On voit que VUnivers n*a rien inventé ; il n'a fait que suivre les traditions de ses maîtres. Sous le masque hypocrite de la liberté, il a mis la menace dans l'Église, la terreur dans le sanctuaire pour aboutir au coup d'État du Concile.
En vue de seconder VAgetice, V Avenir, comme le Mémorial catholique et plus lard la Correspondance de Rome ou YVnxvers, ouvrait ses colonnes à tous les prêtres qui voulaient dénoncer leurs évéques, soit sous le rapport de la doctrine, soit sous celui de la discipline ou de Tadministration. Ce procédé est infaillible; les ultramontains n'en ont pas d'autre ; ils tiennent par là
les évêqucs sous 11 menace. C'est ainsi que l:i presse ultramonlaine, en France, en Italie, en Espagne et en Autriche, est devenue, dans la main de quelqaes affiliés des jésuites, un instrument de compression cl d'iriiimidalion. Un candidat comme M. Fournier de Nantes, n'est-il pas assez docile, on l'attaque, on le dénonje jusqu'à ce qu'il ait fait sa soumission ; un évéque, comme W. Lecourtier,déplaîi-il, on soulèvje la ville contre lui ; un clergé^ comme celui de Lyon, fait-il entendre une plainte unanime, on Télouffe. Le gouvernement de l'Église n'est plus au Vatican ; il est à Rome dans un bureau d'esprit public qu'enveloppe le plus profond mystère, dirigeant de là ses honiines et ses coups dans toute la presse religieuse des deux continents ; car en 1867, pour couronner celte œuvre d'asservissement, on relie dans un vaste système de surveillance, sous le nom de bénédictions papales ou d'indulgences privilégiées, les deux cents recueils, revues ou journaux voués à la défense des idées catholiques dans le monde.
Ce puissant moyen de compression, qui produit l'unité de vues dans l'unité d'esclavage, ne s'est pas établi sans de vives résistances. Mais les hommes changent, les évoques passent : la Congrégation subsiste. Son esprit plane sur la société, guettant la moindre occasion d'agir. Chaque révolution lui apporte de nouvelles forces. A la faveur de nos dissensions, il se faufile ; les partis l'invoquent. Tout gouvernement
nouveau est faible et craint les conflits ; il a besoin, soit de la Cour de Rome, comme en 1830, pour contenir le clergé, soit du clergé, comme en 18i6,pour contenir la Cour de Rome. Dans les deux cas, Tultramonlanisme en proflte ; on ferme les yeux sur ses agissements. En 1831, V Avenir concourut, par ses violences, à rallier répiscopat au gouvernement nouveau. Humiliés de cette contrainte, les évéques sollicitèrent sa condamnation à Paris, sa suppression à Rome. En 1848, nouvelle révolution ; nouvelle immixtion de la presse religieuse ; nouvelles condamnations et suppressions. Mais répiscopat, divisé, épuisa là ses dernières forces. Après le coup d'État du 2 décembre, l'ultramontanisme envahit tout. Il avait assez grandi pour être maître.
On a vu qu'il trahissait sa présence en attaquant les francs-maçons et TUniversité. C'est par là qu'il rouvrit la campagne en 1843. Depuis quelques années, les provinces Rhénanes et la Belgique étaient agitées. La Congrégation sondait le terrain pour s'introduire en France. Il fut jugé propice ; la guerre commença. Elle éclata à Lyon. C'était à un de Ronald, en effet, « envers qui, non plus qu'envers son oncle, la Congrégation n'avait pas été ingrate, » que revenait l'honneur de donner le signal. Le Monopole universitaire parut, déchaînant une nouvelle tempête contre l'Université. Plus de cinquante évêques la dénoncèrent dans leurs mandements. Il y eut des appels comme d'abus et des condamnations. L'abbé Combalot passa en police cor-
reclionnelle. La chaire, la presse, la tribune tonnèrent sans interruption. En moins de deux ans, secrètement attisée par la Cour de Rome, d'une part, par le gouvernement de l'autre, dans un but politique qui n'est pas encore éclairci, car on pouvait d'un mot éteindre l'incendie au début, la guerre prit un caractère de violence qui fit oublier celle de 1828. Il faut descendre vingt ans plus tard, à la question de Rome, pour retrouver la même explosion de colères et de haines.
Les cadres de V Agence pour la liberté religieuse n'avaient pas été détruits ; ils se rejoignirent. Outre VUnivers et VUnion tout dévoués aux jésuites, elle fonda le Bien public, écho de l'Avenir, qu'il fallut condamner. Un comité de propagande couvrit la France de ses agents; le parti catholique se constitua. La conséquence fut de provoquer, dans l'autre camp, un comité libéral; la propagande réformiste s'organisa.Le gouvernement resta neutre. Ces deux forces se liguèrent. La liberté fut leur drapeau; la séparation, leur mot d'ordre. Sur ce point M. Guizot, contre qui se faisait cette campagne, offrait prise à l'attaque. En 1836, préludant à cette coalition immorale et fameuse qui devait, en 1839, renverser le ministère Mole, il avait posé dans la Revue française, le programme de la séparation de l'Église et de l'État. On le retournait contre lui. C'est ainsi que M. de Lamartine, d'un côté,. M. de Montalembert de l'autre, c'est-à-dire les deux plus émouvants orateurs des Chambres et de la France^
furent amenés à faire, l'un, son discours au banquet de Maçon, l'autre ses répliques h la Chambre des pairs sur la liberté religieuse et la séparation.
Celte brusque conversion de rullramonianisme qui, d'ardent unioniste en 1825, se fît ardent séparatiste en 1845, ne fut nullement fortuite, mais le résultat d'un plan longuement médité, suivi avec persévérance. M., de Lamennais en avait esquissé les premières lignes ; la Congrégation l'exécutait. Ce n'est donc pas aux grandes individualités de l'époque que nous en demanderons les principaux détails ; nous interrogerons les agents; et, de même que nous avons saisi entre Laurentie et O'Mahony des infiltrations qui attestaient Texistence d'une source commune et d'une commune inspiration, nous trouverons entre le marquis de Régnon, le duc de Valmy et vingt autres, des analogies frappantes qui attestent leur commune descendance : à leur ton, à leur langage, on sent qu*il y a un lieu ou un Dieu qui les inspire on même temps.
Lemarqais de Régnon parait avoir été le principal
agent de cette vaste agitation religieuse. Dès 184â il écrit aux évèques pour les sommer d'avoir, au nom de la charte^ à réclamer la séparation. En 1843, il rend public son appel à Tépiscopat et commence ses attaques contre VUnivers religievx^ trop peu ultraraontain, selon lui, fondé en 4833 pour prêcher la concorde en se plaçant sur le terrain du Concordat, mais f tombé, dit-il, dans les mains serviles et mercenaires de deux agents de M. Guizot (Venillot et Christian). » En 184i, il fait paraître, à Nantes, la Liberté comme en Belgique^ et l'année suivante, à Paris, la Liberté, journal de la Séparation. Puis viennent un Mémoire au Pape et un volume sur les Catholiques de France dans lequel les évéques de Langres et de Lyon sont accusés dc^tiédeur ou de lâcheté. Selon le fougueux marquis, « les catholiques doivent être libres dans leur religion sans que le pouvoir puisse y intervenir ni directement ni indirectement. » Avec H. de Bonald il répète : Haine à Vesprit du siècle ! pas de compromis, pas de concessions. Bellarmin lui-même est dépassé. Il veut sans atténuations, sans réserves « les pures doctrines ro-maines.i^
Cependant M. de Régnon n*est pas aveugle dans son adoration du Saint-Siège ; loin de là. Il dresse, en termes hautains et menaçants, Taccusation de Grégoire XVI, faible, hésitant, dit-il, et plein de duplicité, i Rome retire d*une main ce qu'elle donne de Tautre ; elle agit à la fois dans deux systèmes opposés ; Rome
reconnaît la Charte et autorise la séparation ; Rome repousse la Charte et maintient le Concordat, b Ces accusations reviennent constamment sous sa plume. Il parle haut et de haut. Peu s'en faut qu'il ne rappelle au vacillant pontife l'exemple et le sort de Clément XIV. Il est ardent comme la Congrégation, hautain comme un jésuite. Sa doctrine est que, « en supprimant toute religion d'État, la Cliarte a proclamé la séparation. Si le pouvoir né en 4830, dit-il, que tout catholique sincère doit taxer d'impiété et d'immoralité et qui se présente sous les couleurs hideuses de V athéisme » a cru perdre TÉglise, il se trompe ; il Ta sauvée, car le bon sens enseigne que « c'est Vunion de l'Église avec un pouvoir athée qui crée l'athéisme, comme c'est la séparation de l'Église d'avec ce pouvoir qui peut le forcer à respecter la liberté. » Chez ce terrible Vendéen, la haine politique vient doubler la hrane religieuse : ni roi, ni pape I Et Ton s'étonne que nous ayons perdu tout respect !
Poursuivant sa double vengeance, le marquis de Régnon reproche à la Cour de Rome : 1® d'avoir autorisé le serment d'obéissance à un pouvoir athée, ce qui enlève aux catholiques le droit de se dire les parias de la société ; 2" d'avoir toléré depuis seize ans l'exécution du Concordat, ce qui jette le trouble dans les esprits et déshonore le clergé, car « si le Concordat est exécuté, dit-il, la Charte ne l'est pas et ne peut pas l'être ; » 3* enfin d'avoir par la création à'xmprimicier de Saint-
ET IJi FRANGE. 63
Denis, consommé la sujétion des évoques en resserrant au lieu de la rompre, l'union de l'Église avec un État omniculte ou athée. Les conséquences de cette conduite tortueuse^ ajoute-t-il, ont été de placer les catholiques en dehors de tout droit, de toute loi, sans guides, sans principes et sans foi. Donc il n'y a qu'un moyen de salut : revenir à la Charte, c'est-à-dire à la séparation: « La feligion, séparée du contact impur d'un pouvoir qui se fait centre de tous les cultes et qui professe un odieux panthéisme, devient donc plus pure en recourant son indépendance. » Dans la bouche du noble marquis, Vm la Charte, veut donc dire : à bas le roi ! Plus de régime constitutionnel ! Plus de pétitions ! La séparation a pour conséquence la liberté la plus absolue. «Nousn'attendons rien des Chambres, ditM.deRégnon. ta ne reconnaissons pas Vomnipotence parlemen- ^ire, genre d'autocratie la plus funeste ; nous ne la sanctionnerons jamais par des actes. » Prise à la lettre, cette déclaration serait la démission en masse du parti féodal. Mais des principes à Tapplication, il y a loin. S'il s'abstient comme sujet, il agit comme fidèle. « Les principes et les doctrines de l'Église romaine, continue M. de Régnon, sont absolument les nôtres, et dans la felinction des deux puissances existantes, nous condamnons le principe de leur double indépendance telle îu'on l'enseigne en France. Nous croyons au contraire, î^e la puissance de l'Église est seule au-dessus de tout, s^ttk souveraine, seule suprême, seule indépendante,
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et qu'en conséquence elle fixe elle-même les limites de son droit dans ce inonde. » Osa-t-on jamais dans aucun temps, dans aucun lieu, formuler un pareil programme d'ultramontanisme ? Voilh ce que la noblesse, car les d'Harcourl, de Ségur, Séguier, de Fréville, de Barthélémy, de Mérode, dé Riancey et mille autres pensaient ainsi, voilà ce que celle classe, autrefois gardienne de l'indépendance de l'Église et de TÉtat, professait en 4846 ! Voilà ce qu'elle est devenue entre les mains des jésuites I N'est-il pas visible qu'elle a perdu la conscience de sa mission? Déchue, au lieu d'être une force, elle est un danger.
Député de Toulouse, anobli de TEmpire, M. le due de Valmy n'a pas contre « l'autocratie parlementaire » le dédain du marquis do Régnon. Non. Il la respecte, et, comme M. de Montalcmbert, il se lient sur le terrain légal : la Charte, mais la Charte interprétée par les jésuites, tf Ce que la Chambre doit vouloir avant tout et par-dessus tout, dit-il, c'est que la Charte soit exécutée. » MM. de Régnon, de Laborde, de Riancey récemment affilié aux jésuites, ne disent pas autre chose : la Charte, rien que la Charte, C'est le mot de la Congrégation, le nouveau masque dont elle se couvre. El voici comment le duc de Valmy, délégué par le parti pour diriger la lutte au Correspondant, ainsi que Riancey à VUnion, Veuillot à YUniverSy développe^ ce nouveau thème. « Le principe fondamental de l'Église catholique, c'est l'unité, et celte unité repose sur l'auto-
rilé inviolable du pape. Toute tentative pour empiéter sur cetle autorité est donc une violation du principe fondamental de TÉglise... Elle pro\X)queune lutte dans ^MQWeVÈ^lise ne peut jamais céder,., Lb piélé des rois et la modération des papes ont atténué les conflits inévitables avec les souverains prolecteurs ou chefs de l'Église gallicane.,. Mais s'il existe un État oîi le régime de la religion établie puisse se concilier avec le principe de Tunité catholique, ce n*est que TÉtat ro-
in; partout ailleurs le seul régime vraiment compaavec la constitution de l'Église catholique, c'est
i de la liberté, celui de Vindépendance réciproque. C'est ainsi qu'aux Étals-Unis, les différents cultes suivent en toute liberté leurs pratiques et leur foi... La logique voulait que Texemple des États-Unis fût suivi en France. On devait espérer que la séparation de t ^lise et de VEtat ne permettrait plus le retour de conflits qui avaient affligé FÉglise... »
Qui ne souscrirait à ces paroles ? Nous en verrons bientôt les conséquences. Quant à présent il est donc avéré querultramontaûisme de 4846, a demandé, voulu, réclama la séparation. M. de Valmy parlait-il en son propre et privé nom ? Voyons les faits. M. de Valmy était député ; Il avait besoin de se concilier ses électeurs; il venait de Toulouse, comme M. de Potier de Bruxelles, comme M. de Régnon de Nantes, c'est-àfe de contrées possédées par les jésuites. Il était leur organe, ainsi que le prouvent les notes confidentielles
dont il se sert. Mais M. de Valmy avait des traditions à respecter, c On ne pouvait rompre brusquement avec le passé, dit-il ; le Concordat fut une transaction équitable... Nous avons donc eu trois époques : l'ancienne monarchie avec la religion d'État; l'Empire, époque neutre avec la liberté des cultes, et enfin la Charte... Dans cette troisième époque, l'Église n'a pas gagné sur le terrain des faits, mais elle a gagné beaucoup sur le terrain des principes, car ie pouvoir ne peut s'en affranchir aussi facilement que le premier consul. » Rien de plus vrai. Sous un pouvoir absolu, les jésuites n'ont qu'à s'emparer du prince ou de la cour, comme ils l'ont fait sous le second Empire, pour dominer toute la société. Avec un pouvoir constitutionnel, au contraire, c'est à Rome même qu'ils doivent porter leur centre d'action. Voilà pourquoi la transformation de TEmpire autoritaire en Empire libéral a rendu nécessaire à leurs yeux la proclamation de l'infaillibilité. 11 leur a paru que l'ultramontanisme, sous peine de déchoir, devait devenir, comme il est devenu en effet, t<)ute l'Église. M. de VaUny le sentait bien lorsqu'il disait en 1846 : « Soumise sous l'ancienne monarchie, neutre sous TEmpire, l'Église est aujourd'hui en droit de conquérir la liberté que vingt constitutions lui ont pFomise et de repousser les arrêts surannés que Ton veut rajeunir sous le nom de libertés gallicanes... Les lois de l'Empire, de la République et de l'ancienne monarchie, sous quelque nom qu'on les présente, seraient
tODjoars incompatibles avec le principe de l'unilé catholique... La question est désormais entre le Saint* Siège ei TÉglise gallicane. C'est sur ce terrain seulement qu'il convient d'accepter le combat aujourd'hui et nous engageons les amis de la liberté à ne jamais le quitter. » En effet, pour livrer l'Église de France aux j Qltran3ontains,il fallait lui ôter tout appui en la séparant ' del'État. « La paix et l'unité, ajoutait-il, ne peuvent se trouver que dans une application sincère de la liberté des cultes » dans la séparation.
Mais, non plus que celle de 1828, la loi projetée de 1844, que les uns appelaient pour^ les autres contre la liberté de l'enseignement, n'admettait les jésuites dans les séminaires diocésains. Ils réclamèrent; l'agitation futà son comble. Les cours de MM. Micheletet Quinet soulevaient chaque jour des tempêtes; on craignait des émeutes. M. le duc de Valmy n'hésite pas à faire sppelau bras séculier ; il veut à la fois la séparation et la protection, comme le demandent encore effrontément les ultramontains. Tant il est vrai que celle s^aration,loin de supprimer les conflits, ne fait qu'aggraver les froissements, inhérents à la liberté de l'homme et à la nature des choses. Quand l'État cesse d'intervenir, le peuple se fait justice lui-même, comme en Amérique, et la police doit réprimer les désordres que la loi n'a pas su ou n'a pas voulu prévenir. « On a parlé d'émeutes, dit fièrement le duc de Valmy ; qu'on nous laisse croire que les fortifications de Paris ne sont pas
exclusivement destinées h foudroyer Ténieute politique et antl-d ynaslique ! » Ainsi, n'osant pas se montrer en 1826, rultramontanisme, en 1846, réclamait la proteclion de h loi. Vingt ans plus tard, en 1866, il voudra dominer.
On nie son action dans h politique, et nous la rencontrons à chique pas. M. de Valmy nous en apporte un décisif exemple, dans le récit qu'il fait, sur des notes évidemment confidentielles, de la négociation de M. Rossi à Rome pour la dispersion des jésuites. 11 y loue, sans aucune retenue, la résistance obstinée du Saint-Siège qui ne peut jamais cédei\ et l.i défaite de notre diplomatie. Chaque déconvenue de la France le comble de joie. Et pourtant qu'était chargé de demander M. Rossi? «Que le saint-père voulût bien interposer son autorité et ordonner aux jésuites de dissoudre leurs maisons et leurs noviciats, j» Selon les ultramontains, les gouvernements n'ont pas le droit de faire une pareille demande; c'est une atteinte à la liberté des vocationsy c'est une usurpation. « La note de M. Rossi, dit le duc de Valmy, blessait les principes catholiques aussi bien que ceux de la Charte; elle attentait à la liberté de conscience et à la pratique des vocations religieuses. » Le Saint-Siège ne répondit pas. « Ce silence, ajoute M. de Valmy, était « un refus implicite. » M. Rossi pressa, insista. Fidèle à ses traditions, la Cour de Rome, pour se tirer d'embarras sans avoir la responsabilité d'un refus, assembla le 12 juin une con-
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; grégation qui, par privilège très-exceptionnel, ne fut pas ou ne se crut pas astreinte au secret. Son avis, pu- I blié par les journaux, fut que le Saint-Siego ne pou- ! vait « ni punir des innocents, ni se mettre en opposition avec les évoques. » En présence de celle réponse et sans en attendre les effets, la France demanda à retirer sa note, ce qui lui fut aussitôt accordé. Cependant le7juilIet,leM(;m7^Mr annonçait Theureuse issue de la mission de M. Rossi. Que s'était-il passé? Le Saint- Siège n'avait fait aucune concession, dit fièrement le duc de Valmy; il n'avait donné aucun ordre, aucun conseil, protestant même de la manière la plus énergique qu'il était resté «complètement étranger aux décisions particulières des jésuites. » Et, de fait, ce n'élail pas le Saint-Siège, mais le pape qui avait agi. En ce sens, le Moniteur méritait bien le démenti qu'on lui infligea de Rome. Dès le 14 juin, en effet, le Père général, « bénissant le Seigneur, » avait écrit aux Provinciaux de France que « la Providence inàposaît k la Société elle-njôrae le devoir de faire quelque chose pour calmer l'irritation et d*un sacrifice volontaire pour mver le tout. » En conséquence, les noviciats les plus signalés, et notamment Saint-Acheul devaient être dispersés ou diminués. Loin d*y perdre, la Compagnie y trouvait l'avantage de s'établir dans des villes où elle n'avait jamais pénétré. C'est ainsi qu'elle couvrit la France de foyers ultramontains auxquels la révolution de 48 donna, deux ans plus lard, toute licence. M. de
7d LA GOUB DE ROBIE
Yalmy s*égaye beaucoup du prétendu succès diplomatique de M. Rossi ; quant à nous, nous ne savons ce que nous devons le plus admirer de la finesse du diplomate, de la souplesse des jésuites ou de rhypocrisie, du noble duc.