IX
L'ultramonlanisme n'a qu*un but : dominer; c'est ce qu'il appelle conquérir la liberté du bien. Pour y atteindre, toute politique lui est bonne.
En 1825, il réclame d'un ton menaçant Vunion de l'Église et de rÉtat.
En 1845, il demande avec non moins d'arrogance la séparation.
Tels sont les deux points que nous voulions établir et que nous avons, croyons-nous, préremptoirement démontrés.
Aujourd'hui, l'ultramontanisme est souverain; il règne, il gouverne. Il a fait de sa cause la cause de l'Église elle-même ; les pouvoirs sont à ses pieds; il
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s'en sert s*iis soot doeiles; il les brise s'ils résistent. Qu'importe, à présent, Tilliance ou la séparation? Avant la proclamation de l'infaillibilité papale, il Faceepte « comme un régime sous lequel on peut vivre. » Après cette consécration du despotisme clérical, il la repousse, pour revenir, s'il peut, aux religions d*État, ou pour obtenir, si la séparation se fait, des conditions meilleures. Les deux thèses lui sont également favorables. L'importanr, pour lui, est de rester maître du clergé, et par le clergé, du pays. « Si nous perdons des âmes, dît la Civiltà cattoHca, celles qui nous resteront seront toutes dévouées et compenseront bien au delà la diminution momentanée de nos forces. » L'Église se resserrera de plus en plus. Elle tiendra toute, avant peu, dans un oratoire du Gesù. Quant aux troubles qui peuvent en résulter, quant aux progrès de l'impiété et du libertinage, au renversement des trônes et des empires, quant aux déchirements pleins d'angoisses qui doivent naturellement se produire dans les consciences jetées comme des épaves sur les rivages désolés du doute, n'ayant plus ni symbole, ni foi, ni Église qui puisse les recueillir, qu'est-ce que cela au prix du glorieux triompïc de la Gongrégation ? « S'arrête-t-on, dit-elle dédaigneusement, aux cris des chiens qui aboient? >
Après 1840, nous voyons, sous l'impulsion de la Cour de Rome, MM. de Monlalembert et Lamartine, de Falloux et Ledrn-Rollin, les catholiques et les
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réformistes marcher de concert à l'assaut du gouvernement de Juillet. En huit ans ils en viennent à bout. La révolution éclate; ils se partagent la victoire. On proclaaîe le suffrage universel et le clergé bénit les arbres de la liberté. Quant à la séparation on n'en parle plus. C'était une arme, elle rentre au dépôt. Mais l'union dure peu. Les journées de Juin mettent le parti conservateur et le parti révolutionnaire en hostilité Tun contre l'autre. L'expédition de Rome aggrave cette hostilité. Les jésuites reparaissent avec rélernelle question do la liberté d'enseignement. On la résout dans la loi de 1850 qui satisfait les ultramontains ea laissant subsister les corporations. Voilii les jésuites chargés de renseignement, maîtres de Tavenir de la France. Qu'en font-ils en vingt ans? Ils la conduisent à Rome et à Sedan !
Ils la mènent, honteuse, muette, humiliée, au concile de 1870, véritable Convention anti-française, qui,^ régnant par la terreur, fait le 93 de TÉglise et le 21 janvier de la papauté. Il n'y a plus d'Église, il n'y a plus| de pape. Des pouvoirs anonymes lui succèdent, un comité de Salut Public le remplace. C'est ainsi que la Cour de Rome, depuis trois siècles, copie à distance toutes nos révolutions. Elle centralise à outrance quand il faudrait faire la part de la liberté, et les mêmes hommes qui secondent Ik-bas cette unité violen ic travaillent ici à désorganiser tous les pouvoirs. Tout se fait de part et d'autre à contre-sens, mais les analogies
[ sont frappantes. La fuite h Gaête, c'est la fuite à Ya«* rennes. Pie IX libéral devient, comme Louis ^\l con-
, sdtutionnel, un instrument dans la main des ultras. On l'oblige à renier son passé, à condamner Rosmini, Il fait appel à TËurope ; TÏIspagne lui dicte son manifeste de Brunswick. En 1851 les jacobins, c'est-à-dire les jésuites, s'emparent de la société. Us ont leur club,
f h Civilià cattolica, qui formule son plan de restaura-
- tion européenne par la restauration des trois ordres : elergé, noblesse et tiers état, à laquelle ils travaillent en Prusse, en Italie, en Autriche, en France même avec une fiévreuse activité. Sous le nom de liberté de tester,
fils demandent le retour au droit d'aînesse qui doit
tchever de diviser la famille, de pulvériser la société, n faisant du frère le déshérité du frère et de tous deux les ennemis de leur père. M. Leplay se charge de préparer les esprits à ces étranges restaurations, et le f ouvemement est à la veille d'y donner les mains si la Cour de Rome consent à le sacrer.
I Nous sommes au début de l'Empire. Contestera-t-on flaction des ultramontains ? Niera-t-on la part qu'ils prirent au coup d'État ? Le 2 décembre, M. Veuillot est obligé d*enfermer M. de Montalembert dans son eabinet, pour qu'il ne donne pas au monde « le scandale de sa joie », et lui-même célèbre le nouveau pouvoir, qu'il appelle le Réparateur, le Messie, le Sauveur, en termes qui sont restés dans la conscience indignée des honnêtes gens. C'est une orgie de joies bruyantes,
H LA COUR DE AOlft
ie génuflexions, d*aduIâtions qu'an n'accorderait pas à Dieu Eoéœe.
Qui payera cet encens ? Les jésuites ne font pas crédit. Immédiatement rOniversité est menacée; on veut la détruire. La liberté ne suffit plus ; il faut aux ultramontains la domination. Un décret, tous le nom ridicule de bifurcation, lui enlève les hautes humanités qui sont la spécialité des jésuites. Les vûilà maîtres des classes supérieures, naturellement vouées aux charges de la politique, de la magistrature et du gouvernement. Pour la marine et l'armée, ils ont des écoles spéciales, et, glissât leurs affldés dans les conomissioDS d*examen ils peuplenttouteslescarrières de leurs élèves-
Le succès engendre le succès. On les recherche, m les courtise ; être leur ami devient une profession ; leur adversaire, un péril, l^es administrations soni pleines de leurs créatures, qui vous surveillent el TOUS dénoncent si vous n'êtes pas ultramonlain on sceptique, insignifiant ou dévoué. 11 faut compter avei ^ui. Prendre un coiifesseur jésuite est le meilleur dei •examens. Je plus sûr des concours. Il n'y a point d< «MiMstre libéral qu'on ne double d'un secrétaire jésuite point de chef de division libre-penseur qu'on n'escorti 4'un chef de bureau fanatique. Par ce moyen les ia flnences se contrôlent, les forces se neutralisent-, Tadi ministratioo est paralysée. Sauf les élections, qui son lé;grand marché des influences ultramontaines, rien m se &it. La politique est Fart d'ajourner les questions. Ëi
quatre ^ssions, use pétition n'est pas rapportée. Les coulages les plus éoergiques s'usent à cette lutte quotidjeune, se brisent contre un ensemble de forces occuites qui tiennent la société en échec. S'ils persistent, ils deyiennent excentriques et bientôt ridicules. Vouloir le bien est un danger. Les bons s'arrêtent, les mauvais s'avancent; l'indifTérence est partout, le dé- Touement nulle part. Viennent les jours sombres, la trâbison éclate, Thypocrisie capitula.
Mais jusque-là que de misères, que de hontes! Dans cet abaissement général quelques esprits se révoltent; les scandales se multiplient. On a des banquets d*atbéisme ; des sénateurs se font solidaires : les corps savants se peuplent d'impies. Un matérialisme bête tue toute idée morale et patriotique dans le peuple ; plus d'élan, plus d'enthousiasme, rien qu'une multitude abjecte qui cherche dans les crimes du passé la justification des forfaits qu'elle médite et des convoitises qui l'enSamment. Que respecterait-elle ? La religion ! C'est un moyen de parvenir en ce monde et dans l'autre? La famille ? C'est le gage de la confession ! Les pUis grosses dots vont aux plus bigots. Celui-ci chante un miracle apcrypbe, on lui donne une riche héritière ; celui-là se montre docile et sûr, fermant les yeux sur des détoursements de fonds charitables, on le fait ministre; ici, c'est one promesse de neutralité qu'on récompense d'une place; là c'est une charge de magistrature qu'on échange contre une femme. Quelles fa-
milles ! Si l'œuvre des « Unions catholiques » est Tune des plus considérables et des plus importantes de la compagnie de Jésus, elle est aussi, en dépit de ses intentions, Tune des plus corruptrices de la société, car elle fait des âmes serviles et basses pour les placer à rentrée de toutes les carrières.
La fortune qui nait de ces sources impures peut-elle être civilisatrice? Fastueuse et sordide, le peuple la prend en haine. Il Ta vu naître; il a vu de quelles louches transactions sont capables ceux qui la recherchent à tout prix. Pour le him on fonde des banques, des comptoirs ; on se jette dans les entreprises industrielles en commandite. Afin d'éluder la morale et la loi^ les spéculations financières à Taide de capitaux anonymes sont innombrables. Que de sommes provenant des Congrégations, des curés, des évoques ont été ainsi englouties ! Que de millions dans la seule affaire des paquebots transatlantiques si chère au P. Félix? On voit renaître toutes les pieuses industries du P. de la Valette au dix-huitième siècle. Le 1\osier de Marie recueille des millions pour les faire fructifier. L'autel devient un comptoir sinon pis. Et Ton veut que le peuple, témoin de pareils scandales, conserve le moin* dre sentiment de respect ou de foi I
Gomment nous-même pourrions-nous croire à toutes ces misères si nous ne les avions vues sous nos yeux? Quand nous les lisons dans les pamphlets du seizième siècle, nous les prenons pour des calomnie^. Et pour-
tant nous les voyons constamment produire les mêmes résultats. Sous Henri III comme aujourd'hui, elles font enmoiusdevingt ans, la Ligue. Richelieu et Louis XIV en préservent la France; mais la Régence et le cardinal Dubois les rappellent; une explosion d*impiété en est la suite. La Restauration les ramène, la société se fait révolutionnaire. Le second Empire les couvre d'un silence indulgent; il va, par une suite de fatalités et de fautes qui resteront un mystère, s'anéantir à Sedan !
En présence de ces faits, comment nier le rapport entre la cause et l'effet, entre la corruption des mœurs et Tultramontanisme? On se plaint de l'esprit démagogique, mais qui le provoque? N'est-ce pas Dubois qui enfante Voltaire? N'est-ce pas Veuillot qui produit Rochefort? Avant les orgies de l'ultramontanisme, avions-nous les orgies du libertinage et de l'impiété qui ont désolé les derniers temps de l'Empire? Sortons de France. C'est en 1856 que François-Joseph donne son empire aux jésuites ; c'est en 1866 qu'il s'effondre à Sadowa et qu'il nous entraine dans sa ruine!
Autrefois la cour de Rome, forte, éclairée, puissante, entourée de nations qui veillaient sur elle et qui la fortifiaient au besoin contre la domination des jésuites, savait et pouvait faire respecter son indépendance. Mais depuis la fin soudaine de Clément XIV, depuis surtout la malheureuse tentative de Pie IX en 1847, que les ultras des deux camps firent échouer de concert, le Saint-Siège n'a plus été qu'une fiction, la rai-
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son sociale du sacré Collège, organe Ini-méme des jésnites qui le comblent de sinécures. Tonte œuvre pie doit avoir à Rome un cardinal Protecteur généreusement rétribué. Sous le nom de Pie IX ce sont donc les jésuites qui gouvernent, et l'ullramontanisme se fait universel. Il embrasse toute l'Europe catholique, la Belgique, la Bavière et TAutriche. Quant à l'Espagne, il y a longtemps qu'il en a fait «ne ruine et qu'il a démoralisé l'Italie. Partout les clergés et les peuples sont sous sa dépendance; il y répand cet esprit inquiet, excessif qu'il porte avec lui et qui donne à la révolution le caractère permanent qu'elle a pris. Le désordre est dans les âmes, non ailleurs; les lois ne le corrigeront point.
Triomphant à Rome et à Parisf en 18S0, Fultraraontanisme s'empressa d'organiser sa victoire. Rien ne le retient, rien ne Tarrête : il sait ce qu'il veut, oh il va. Il a son plan, son but : la domination. Quatre étapes doivent l'y conduire. Il lui faut : 4" constater sa puissance ; 2^ concentrer le clergé; 3» étouffer le libéralisme; iP réunir les deux glaives; jf/arfitim glaàio copulemus. Tel est son programme. Il le proclame, il l'affiche et se met à le remplir, sans jamais hésiter ni broncher.
Après avoir confisqué l'enseignement, il veut détruire l'université, bâillonner la presse, rétablir la censure. La bifurcation, les avertissements, le colportage l'y conduisent. Cela fait, il tourne ses regards vers l'Église. En 1854, il proclame, episcopis adstantibus
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sed non judicantibus, l'Immacalée Conception, dogme spéculatif qui atteste son omnipotence et discipline le clergé. Nul évoque ne dit mot. « Saint-Père, s'écrie Tarchevêque de Malines, vous venez de proclamer deux dogmes en même temps. > En 4858 tout signe d'indé* pendance doit tomber. La campagne liturgique est menée tambour battant, et l'Église, qui ne vit que de traditions, se met à déchirer toutes ses traditions. C'est uAe nouvelle nuit du 4 août; la discipline est implacable, c Et moi aussiy s'écrie bientôt Mgr de Bonnechose, i'ai un régiment à faire marcher et il marche. > 11 faut se hâter. Pie IX, enivré de lui même, fait des miracles; il se croit infailliblement infaillible. On na pas toujours un pontife aussi docile. Fn 1863, sous prétexte âe glorifier des martyrs japonais, mais en réalité pour confondre les adversaires des jésuites, on essaye de &ire du pouvoir temporel un dogme et l'on prépare contre le libéralisme le Syllabm de 1864. Enfin, en 1870, après avoir trié les Congrégations, divisé les évéques, étouffé par la menace ou la prison les voix opposantes, on proclame l'Infaillibilité. Cansummatum est, tout est fini, Tœuvre est conr sommée. Le ciel se déchire. Dieu parle, il va se venger et. nous venger de ces scandaleuses prévari* cations !
80 LA COUR Dt ROME
Tels furent les empiétements de la Cour de Rome, les progrès visibles de rullramontanisme sous l'Ennpire. Voyons ceux de la Révolution qui viennent fatalement à la suite.
La tentative de Fortoul pour détruire l'université fut un scandale et une faute qui jeta dans la presse militante un grand nombre de plumes habiles et lettrées. L'opposition prit naissance. Presque aussitôt la guerre contre les classiques fut rouverte, et ces deux entreprises, blâmées par les évêques, forcèrent les catholiques libéraux, MM. de Montalembert, Dupanloup, de Falloux, à rentrer en campagne. La lutte fut vive. Religieusement, elle divisa les calholiques; politiqr.cment, die provoqua la défiance des classes moyennes contre le gouvernement et souleva Topposition systématique de l'Union libérale. Les ultramon tains durent multiplier leurs moyens de défense. 'Ih organisèrent, rue du Bac, une vaste police du clergé, (Mgr de Ségur) dénonçant à Rome les prêtres, les évêques
modérés. La guerre s'envenima. L'opinion publique s'en émut; Tartufe et Giboyer Tamusèrent; chacun dot prendre parti. Pour tout chrétien sensé, il devint impossible de rester plus longtemps dupe des doctrines nltramontaines ou complice du pouvoir qui s'en faisait mi jeu. L'agitation religieuse recommença.
L'histoire est le champ-clos des partis. C'est là qu'ils préparent leurs armes et qu'ils rassemblent leurs troupes. Maître de l'Eglise et de la société, Pultramonta- Disme voulait, par des institutious, assurer son empire. II se mit à glorifier l'Inquisition, non la première, dirigée contre les Juifs et les Sarrazins, mais llnquisilion politique, qui, depuis la fin du xv» siècle (1478) couvrit l'Espagne de trahisons et d'apostasies, de larmes et de sang, détruisit la royauté en la rendant odieuse, et qui, chargée de la malédiction des peuples, reste dans l'histoire la honte de l'humanité. En 1858, dans une série de lettrés adressées à V Univers, M.TabbéMorel l'appelle un c vrai miracle > et ce pieux journal en admire c la justice sublime. » Jusqu'alors, n'osant pas en rendre la Cour de Rome responsable, les plus fougueux ultramontains, comme le docteur Héfelé, la nommaient une institution royale « constam ment blâmée, combattue, malgré sa forme ecclésiastique, par les papes et les évéques. » Cette pudeur de l'histoire indigne l'abbé Morel. Il faut en finir, dit-il, avec toutes ces lâchetés, bien dignes des catholiques libéraux; mais hélas! ajoute-il tristement, les catholi-
qties romains eux-mêmes, quoique mieux inspirés, « ne sont pas assez en garde contre les préjugés qu^fls ont respiré dans l'air et ils n'ont pas toujours l'énergie suffisante pour réagir... Eux aussi, ils sont offusqués de quelques institutions du moyen âge et ils aiment mieux regarder superficiellement les pages de ITiistoire, afin de croire que c'était tout le monde plutôt que l'Église qui était l'inventeur ou le coupable ou le complice de ces institutions ma/ rw^s du xix» siècle..... Pour ces diverses classes de timides, le pouvoir coercitifde r Église enseignante est la pierre d'achoppement. Les uns sont soupçonnés de le nier intégralement, comme le P. Lacordaire... les autres (le P. Gratry) auraient voulu que la démolition du droit coercitif, l'abolition des privilèges, dans la nuit do 4 août, eût eu pour auteurs des chrétiens seulement... Ceux-ci admettent bien les salutaires effets de l'Inquisition romaine et universelle, ce qui est déjà brave, mais ils n'en veulent pas d'autre; tel est fe cas de H. Albert du Boys... Ceux-là ne refusent pas leur admiration au peuple espagnol, mais ils ne veulent à aucun prix que l'Eglise ait été solidaire de la magistrature protectionniste ie ^^ foi... Des ultras, qui sont encore des arriérés, consentiraient bien à s'avancer au point de défendre le grand cardinal Ximénès, mais ils frissonnent au nom de la torture préventive,,. » Arrêtons-nous; le dégoût nous saisit. Sans doute, on peut croire que ces cruautéf cyniques sont un jeu pour
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causer du scandale et appeler l'attention. Hais que penser d'un parti qui emploie de telles armes ou d'un pays qui les supporte ? Et comment s'étonner, après cela, des fureurs révolutionnaires?
M. l'abbé Morel, ou plutôt V Univers qui publie cette audacieuse apologie, établit par de nombreuses preuves que les inquisiteurs c recevaient Tlnstilution apostolique, ]» et qu'ainsi l'Inquisition, dont les timides-vou'draient faire une œuvre royale, n'était et ne pouvait être qu'une application légitime des doctrines de la Cour de Rome ou du Saint-Siège. « Vous admettez bien avec moi^ écrit-il, que l'Inquisitiou d'Espagne n'a jamais été plus sanguinaire, au dire des libres penseurs, plus effrayante à défendre aux yeux des chrétiens peureux... qu'il partir de sun organisation, en i480, jusqu'à la tin du siècle suivant... Les grandes exécutions des Marranas avaient eu lieu ; les Morisques eux-mêmes avaient été poursuivis; le code inquisitorial avait été aggravé à l'occasion de la Réforme... Le procès gigantesque du Primat d'Espagne... avait divisé le clergé pendant trente ans. Elle était donc bien connue, elle avait fonctionné longuement, on l'avait \ue à l'œuvre... La cause était entendue ; le Sain l-Siége pouvait juger l'Inquisition avec la plénitude de la connaissance humaine et de l'assistance divine. Eh bien, il l'a fait, nous avons sa sentence. Quelle est solennelle !... La constitution Sixtine, qu*on pourrait appeler la Grande Charte de la Cour de Rome, assigne au Saint-
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Office de rinquisition romaine et universelle la pre* mière place... » G*est pourquoi « la préfecture de l'Inquisition n*est pas déléguée à un cardinal, elle reste dans les mains du Souverain Pontife... » Cependant, ce génie centralisateur par excellence fait une exception... c Notre intention, dit Sixle-Quint, est qu*il ne soit rien changé sans I*aveu de nous ou de nos successeurs dans l'Office de la Sainte-Inquisition telle qu'elle a été instituée nutrefois par Tautorité du siège apostolique dans les royaumes cl domaines des E^pngnc^, h cause de la fertilité de ses fruits, tels que nous les voyons mûrir de jour en jour dans le champ du Soigneur... » Le texte latin n'est pas aussi explicite, mais la traduction de M. Tabbé Morel y supplée. « Voilà, dit-il à M. Veuillot, qu'il range parmi les timides ! voilà un certificat dont vous ne contesterez pas Fimportance. » Il en fournit beaucoup d'autres, si bien qu'après Tavoir lu, on reste convaincu que la Cour de Rome a réellement voulu, dirigé rinquisition d'Espagne, et qu'elle n'attend qu*une occasion pour la rétablir. On ne peut douter, dans tous les cas, que ce r:e fût la pensée des gens qui inspiraient ou subventionnaient M. l'abbé Morel et auxquels l'arrivée inopinée d'une Espagnole sur le trône de France inspirait les visions les plus fanatiques. N'oublions pas que la Bavière et l'Autriche venaient de se livrer pieds et poings liés à la Cour de Rome, en lui abandonnant la surveillance exclusive de l'enseignement, la réprimande pu-
bliquc des 6dèles et la censure effective des livres. On espérait obtenir de la France les mêmes concessions. Chaque matin VUnivers glorifiait la catholique Espagne, assurant que d'elle seule et de ses institutions pouvait nous venir le. salut. Ce grossier encens, répété tous les jours, enivra Tlrapératrice. Par elle, les ultramtâins nous enlevèrent à ritalie pour nous conduire au Mexique, et de là, grâce aux malversations des in* leDdances et h la rivalité des généraux incapables, à Wissembonrg et à Sedan.
Ayant restitué à la Cour de Rome l'inspiration et la direction de l'Inquisition d'Espagne, M. l'abbé Morel en célèbre les bienfaits et les venus. 11 ne nous dit point avec LIprente, qu'elle fit 340,921 victimes, dont 34,638 brûlées vives, 18,049 en effigie, et 288,214 envoyées aux galères ou dans les prisons. Ces chiffres bi paraîtraient insuffisants ; ils diminueraient à ses yeux la grandeur de Tœuvre qu'il nomme avec emphase f le vrai tribunal de Dieu, » dont le principal inériie fui d'organiser chez nous ce que M. Tabbé Davin appelle t les jours glorieux de la Sainte-Ligue, » el d'avoir,au rapport de l'abbé Morel, par la victoire de I^épante, < rendu facile la victoire de Navarin ! » Malgré ces nombreux mérites de l'Inquisition, M. l'abbé Morel n*en demande pas le retour. Et pourquoi ? « Par ^ que, dit-il, je juge mon siècle aussi indigne du Saint- Oliice de Tlnquisition qu'il en est incapable. Supposez ine tout le monde ne croie pas, ne communie pas, ne
se confesse pas et ne confesse pas son prochain... supposez que Thérétique n'inspire pas à tous cette horreur qui se manifeste jusque dans les soldats que Vélasquez a peints sur les toiles de ses auto-da-fé quand ils sont obligés de toucher aux relaxés pour les maintenir dans Fordre.*. rinquisition est impossible... Tout peuple qui viendra h Jésus-Christ et qui nehaira pas à cause de ce nom, qui est au-dessus de tous les noms, son père, sa mère, son épouse, son frère, sa sœur, son fils et par-dessus tout lui-même, celui-là n'est pas capable de rinquisition parce qu'il n'en est pas digne. »
Est-ce Torquemada qui parle ? Est-ce le journal de rÉglise qui défend ses croyances ?
Le châtiment ne se fit pas attendre.
Chaque jour VUnivers revenait avec une obstination visible sur ces inlîmes doctrines. La consternation fut grande, la stupeur générale. Tenant la presse dans ses
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mains, le gouTernement n'était-il pas complice de ces folies ? Dans quel but ? que méditait-il ? On savait qu'il ayait admis, au moins comme étude, le projet de réta* blir^ avec le droit d'ainesse, les titres et les privilèges nobiliaires. Le Sénat s'en occupait. Tout est possible sons un pouvoir sans contrôle. On eut peur. L*Union libérale poussa ses premiers cris, la presse indépen-- (tante s'enflamma. On reprocha amèrement au pouvoir (ont ce qu'il n'empêchait pas. La polémique devint haineuse; Toppositon des cinq, irréconciliable. Quelle satisfaction lui donner ? Dieu protège la France. L'imprévu nous sauva. Orsini rappela l'ancien conspirateur de la Jeune-Italie à ses engagements d'autrefois ; les passions du dedans furent déversées au dehors. Au rai- Ben du ciel le plus pur, du temps te plus calme, à la surprise indignée de l'Europe, la guerre d'Italie éclata. Dne implacable fatalité s'appesantit dès lors sur l'Empire. Entraîné d'abîme en abîme, il dut faire pour la réaction ce qu'il avait été contraint de faire pour la Résolution. L'Italie le conduisit au Mexique, qui le mit impuissant devant Sadowa et prépara Sedan. D'étapes en étapes, il courut à sa perte d'une vitesse accélérée par le boulet de la Question Romaine.
Avec le temps, ce conflit pouvait et devait s'apaiser. l^es partis ne le permirent point; les uUramontains en frent la source d'une effroyable agitation et d'inextri- ^Wes embarras. Nous ne rappellerons point les quatre- ^ïJgts mandements, les deux cents brochures repré^
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sentant le pape pleurant nuit et jour sur les malheurs du temps. Les protestants, les philosophes, les incrédules eux-mêmes prirent la défense du Saint-Siège, afin d'avoir un prétexte de se montrer favorables à TEglise et de reconstituer le grand parti conservateur. La polémique des journaux prit un caractère de violence inouïe ; il fallut sévir ; il y eut des avertissements, des condamnations, des suppressions. On réclama les libertés nécessaires. Vivement émue, Topinion, comprimée depuis dix ans, et la presse qu'il avait fallu rendre libre pour y chercher un appui, s'agitèrent dans une surexcitation fébrile ; les catholiques ne cessèrent de se plaindre, les ordres religieux de réveiller les consciences. Les Maristes, les Passionisles, les Rédemptoristes, les Liguoristes, expédiés de Rome et de Bruxelles pour surveiller le clergé, furent dénoncés, quelques-uns même expulsés. La société de Saint- Vincent-de-Paul, qui étendait ses rameaux sur toute la France, uniquement préoccupée jusque-là de faire le bien, reçut de la main du Pape un cardinal-protecteur, tint conseil sous la présidence de l'un de ses fondateurs et fut accusée de stimuler, par eotrainement politique, le zèle des évoques. On la frappa dans ses chefs. Les catholiques modérés s'écartèrent de l'Empire, laissant les ultramontains plus libres de s'en rapprocher.
Ils saisirent avec empressement cette occasion. L'archevêque de Mexico, le fougueux et implacable Mgr de la Garza, qui enseignait publiquement dans ses
manderaents « les pures doctrines romaines », c*esl-àdire, outre rinfaillibililé, la suprématie absolue du Pape, et qui, malgré Tétat déplorable de son pays tombé dans les mains du clergé, s*étalt, en vertu de ses principes uUramontains, constamment refuséà laisser établir aucun impôt sur le demi-milliard de biens d'Eglise, trouvant accès auprès de Tlmpératrice et concours chez M. de Morny, fit décider cette folle et funeste aventure, destinée, disait-on, à relever les races latines du nouveau monde, à calmer les inquiétudes religieuses de l'ancien, à fonder un empire catholique pour contenir la république protestante de Washington, et à donner, sous le couvert de l'empereur Maximilien, one compensation de la Vénétie à TAutriche. L'Impératrice appelait cette entreprise « la plus grande idée politique du règne. > On en connaît Tissue; on sait la jalousie qui éclata dès le début entre Prim et Bazaine, et suscita plus tard, en guise de vengeance, la candidature du prince Hohenzollern et la guerre de la Prusse. Après trois années d'inutiles sacrifices, il fallut, devant le (lot menaçant de l'indignation publique, renoncer à cette folle aventure dont les fruits furent f our nous : la corruption de l'esprit militaire, la désorganisation de tous les services, Tépuisement des arsenaux et des magasins, l'escompte à l'avance des budgets et des ressources du pays, car il. fallait à tout prix se tirer d'affaire sans le concours des chambres ; enfin cet ensemble de fautes sans précédents et sans
exemples qui, après noas avoir ruinés au dedans, annulés au dehors, rendant nécessaire le rétablissement du régime constitutionnel avec un suffrage universel frelaté et une chambre corrompue, nous a livrés sans contrepoids à une presse effromtée, cynique, et jetés fatalement dans la Révolution. Telle fut l'œuvre des influences ultramoniaines auxquelles s'abandonnait rimpératrice.
Qu'on lise les Rapports de la Cour de Rome avec l'empereur Maximilien. Rien de plus instructif que cette série de pièces officielles. Là éclate le caractère implacable de la réaction ultramontaine, qui, plutôt que d'abandonner une seule de ses folles exigences, laissa fusiller Tempereur Maximilien et frappa de dé*» mence l'impératrice Charlotte ! Pie IX avait promis aux époux, venus avant de monter sur le trône implorer sa bénédiction, de faire trancher promptement les conflits religieux d'après les bases des concordats modernes. Quoi de plus juste? Mais qu'est-ce que Pie IX au Vatican ? A peine les époux furent-ils partis, que la Cour de Rome se ravisant envoya à Mexico un nonce apostolique pour exiger avant toute transaction « l'abolition des lois libérales, le rétablissement de l'ancien régime et des tribunaux d'exception, la restitution des temples et couvents avec leurs biens meubles et immeubles, la restauration des Ordres et le droit absolu d'acquérir. » On obligeait, en un mot, le gouvernement né de la révolution, à remettre les choses en Vé-
tat, et h rendre au clergé ce pouvoir coerdUf que le» uftramontains n*abaadonnent jamais.
En vain Tinfortuné Maximilien adressa-t-il les lettres (es plus suppliantes au Pape, au cardinal Antonelli, au nonce ; en vain Timpératrice Charlotte vint-elle se jeter tout en larmes et foUe de douleur aux pieds du Saint- Père ; on ne put vaincre la résistance ultramontaine qui laissa tout périr plutôt que de rien céder : sint ^it mnt aut non sint. Et c'était pour soutenir cette impla* cable politique que nous allions au Mexique verser notre or et notre sang ! C'était, disait-on, pour rendre à l'Église d'un côté ce qu'elle avait perdu de l'autre, et mettre fin aux réclamations cléricales.
L'agitation ne s'arrêtait pas. Sans attendre l'issue de l'avanture mexicaine, on voulut calmer les esprits. La convention de septembre intervmt. Les ultramontains y poisèrmiruQ redoublement de finreur; les libéraux, sans FjKlmettre, y trouvèrent un nouveau motif d*e^ger
des garanties parlementaires, et comme l*opiDion pd blique était avec eux, ils formèrent un parti redoutabl^ 11 fallut les disperser. Le gouvernement se rap procha de Rome ou plutôt des jésuites, et le catholij cisme libéral devint le point de mire de la réaction reli gieuse. Connu des chancelleries depuis deux ans, l Syllabus éclata comme la foudre, à la fin de 1864, sa ceux qui croyaient encore à Talliance de TËglise et d la liberté. Sous une forme oblique, prêtant aux inter prétations, aux disputes, afin de mieux diviser lei esprits, il semblait condamner en soixante et une proi positions tous les principes de la société moderne : l'indépendance des deux glaives, la liberté des consciences et des cultes, la séparation, le mariage civil, etc., etc. Peu s'en fallut qu'il ne fit du pouvoir temporel un dogme et de la liberté politique un crime. La joie des libres penseurs n'eut pas de bornes; les discussions se rouvrirent dans la presse, dans les salons, dans les livres. Des mandements furent publiés, les uns pour outrer, les autres pour atténuer les maximes de la Cour de Rome, qui approuva les uns et les autres. C'était le moindre de ses soucis.
Méditant un coup décisif, elle voulait, comme en 1826, comme en 1844, grâce à la complicité du gouvernement, jeter la sonde et tâter Topinion. Oîi en étions-nous de nos fameuses libertés gallicanes? Le 1" janvier 1865, M. Baroche, ou plutôt le conseil des ministres assemblé, prétendit interdire la promulgation
^Q SyUabus. Quatre-vingt-trois évAqnes lai répondirent : trois en se soumettant ; cinq en se réservant ; soixante-quinze en déclarant que les bulles papales, étant obligatoires par elles-mêmes, ils les enverraient sous enveloppe à leurs prêtres et s'en remettraient à eux du soin de les faire observer. Voilà oii en était l'Église de France après ce fameux Syllabus qu'on avait demandé contre les libéraux, mais qui allait surtout enchatner le gouvernement. Cependant, pour la forme, il y eut deux appels comme d'abus. Le cardinal arche- TSqne de Besançon, sénateur, s'étant dévoué, dit-il, comme an chef dC armée afin d'assumer sur lui seul la traie et la peine, fut réprimandé pour avoir promulgué le SyUabus. Il s'en glorifia devant le sénat, lui demandant, sinon son approbation, du moins son estime, et legouvernement ne dit mot. L'ultramontanisme pouvait lever la tête ; il venait de renverser toute entrave. Sa reconnaissance officielle était faite ; il n'avait plus qu'à dogmatiser.
Les catholiques libéraux s'agitèrent. Puisque le gou- Ternement s'était fait de l'ultramontanisme une arme pour les battre, ils voulurent se faire du SyUabus une arme pour battre le gouvernement. Mais comment intéresser un pays sceptique, ignorant, léger, à de pareilles discussions ? La position était inégale. Ils songèrent à reprendre l'agitation libérale. Le congrès de Malines fut décidé. On croyait retrouver en Belgique les vieux levains de 1830. « À Malines, écrivait le préfet de police
dans une note confidentielle à FEcûpereur, dominent i tes adversaires de r Empire qui critiquent amèrement sa politique vis-à-vis de Rome, et qui qualifient de tyrannique sa défense de publier VEncyclique. Et pourtant la pensée du congrès AeMalines n'est qu'une protestation contre rEncydiquc. » Dans Fignorance absolue où il était de ces quesUons, comme tout le; gouvernement du reste, M. Piétri ne comprenait pas, qu'on pût se montrer hostile au SyUabus et à FEmpirej tout ensemble. C'était ce qui arrivait à Malines oùj M. de Montalembert reprenait avec une nouvelle ardeur la formule de sa jeunesse reproduite par M* de Cavour: c VÉglise libre dans VÉtat libre.^ Mais les temps étaient bien changés. Mandements, lettres, journaux rassail-j firent et le condamnèrent à Penvi. Il dut corriger sinop rétracter sa pensée ; le grand athlfeLe était vaincu. Pou* prix de ce signalé service, les ultramontains exigèrent l'année suivante et arrachèrent de M. Rouber le fa^ meux jamais qui le frappa à son tour et frappa irrévocablement l'Empire. Décidément les jésuites étaient
nos maîtres. \
the 6 juin 1867, un nouveau Syllabus fut adressa confidentiellement aux évêques pour aviser aux moyen^ 1« de corriger le scandale des mariages civils, contre lesquels la presse religieuse se déchaîna aussitôt^ 2» de surveiller les mariages mixtes, causes incessantes de conflits dans nos provinces de l'est ; 3*» de réclamer 1^ liberté du haut enseignement, comme le fit la pétition
ET LÀ FKkM&. 9S
Giraud ; 4» d'interdire les prédications réputées libérales, telles que celles du P. Hyacinthe ; 5® de réduire le nombre des ordres religieux et de défendre aux familles catholiques l'emploi des domestiques francs-maçons.
Une lettre du cardinal Caterini ajoutait que les évéques avaient trois mois pour résoudre ces questions, après quoi le pape ferait « quand il le trouverait bon, ce qu*il jugerait convenable. » C'était la première fois qu'on tenait à des évêques de France un pareil langage. Il scandalisa; les journaux les plus ultramontains, YUni^rs et YUnion, restèrent un mois sans oser publier ce document. Loin de s'en émouvoir, la Cour de Rome résolut de sanctionner l'année suivante toutes ses entreprises par la célébration d'un concile.
Pour préparer ce coup décisif, la ligue ultramontaine se bâta de rassembler ses forces. Elle demanda, elle exigea comme nouveau tribut à Saint-Pisrre que tous les catholiques s'engageassent par serment, à défendre, jusqu^à r effusion du sang ^ la doctrine de Tinfaillibilité papale. C'était le vœu qui, depuis longtemps déjà, reliait secrètement les conjurés. La Civiltà cattolica en fit l'areu, ajoutant. que la ligue qui avait si bien réusn pour le triomphe de llmmaculée Conception, aurait certainement le même succès pour celui de Tinfaillibilité* I On s'engageait donc à l'avance, sous la direction des jésuites, à mourir au besoin pour une doctrine dont l'Église n'avait pas encore fait un dogme, et l'on couivrait ainsi la France de conjurés^ de sectaires prêts à
faire appel aux armes pour triompher des scrupules ou des hésitations des évéqiies. Le gouvernement, témoin de celte Ligne, h favorisait, en lui donnant à la cour les plus hauts patronages. Et parce que sa conduite à Rome restait pleine d'obscurités, il perdait la confiance des catholiques sans gagner celle des libres-penseurs. Tous les partis le suspectaient également.
La Cour de Rome s'empressa d'organiser le Concile. On sait ce qu'il fut. Des commissions préparatoires ayant été nommées, on tria avec soin les théologiens appelés h en faire partie. Ils reçurent en outre un programme cl des instructions détaillées. Un contrôle sévère, des notes fréquentes, des indications multipliées servirent à diriger leurs travaux. Quand tout fut prêt, les évêques purent venir. On leur ôla le soin de s'organiser eux-mêmes, de se partager Texamen des questions selon leurs aptitudes spéciales, de nommer leurs présidents, leurs rapporteurs, leurs bureaux, d'assurer Tordre et la liberté des discussions, de suspendre ou d'ajourner les débats. La prévoyance du Saint-Siège alla même jusqu'à rédiger à l'avance le texte des nouveaux dogmes qu'on voulait acclamer. De vives récla- .mations se produisirent, on n'en tint aucun compte. Enfin, malgré les efforts persévérants d'une minorité opposante, la raison succomba devant le nombre : le 18 juin l'infaillibilité fut proclamée. I^a guerre éclata le 15 juillet.
Humainement on ne saisit aucun rapport entre l'in-
faillibilité et la guerre; divinement, Tune est In cause de l'autre. Sans .être prophète on pouvait le prévoir.
Dès le 87 octobre 1868 nous écrivions ;
« De trois choses Tune : ou Pie IX ne verra pas la proclamation de Tinfaillibilité, ou le concile ne la votera pas, ou elle ne sera pas canoniquement promulguée. » En fait, elle n*a pas été canoniquement promulguée, . et le concile ou plutôt le conciliabule du Vatican ne sera point ratifié par TÉglise. Nous avions sur ce point une foi si profonde que, faisant appel aux incrédules, nous leur disions : « Nous ne savons quand, comment, par quels agents, mais nous sommes sûrs que Dieu viendra au secours de son Église. Humainement tout est perdu, la secte règne et gouverne, son pouvoir est absolu, son empire est sans conteste, nul ne peut rien contre elle ; et pourtant elle ne vaincra pas : veritas mnia vincity omniaprœvalet. Que ceux qui ne croient pas à la Providence, c'est-à-dire à l'action immanente et permanente de Dieu dans le monde, que les incrédules se lèvent et regardent : ils seront témoins de grandes choses. »
Et plus tard, le 18 janvier 4870, le jour même où M. le comte Daru essayait de faire voir à Rome les dangers de Tinfaillibilité, nous écrivions au principal agent de la Ligue : « Vous travaillez avec le fanatisme fébrile et sincère de l'ignorance au renversement du pouvoir temporel du pape, dont nul plus que vous n'aura hâté la chute, maintenant imminente. Le jour
98 Lk COUR DE BOMB
ob rinfaillibilité du Pontife sera proclamée, le pouvoir du souverain aura cessé d*étre. La révolution pourra entrer à Rome et nul prince n'osera, auK yeux de ses peuples étonnés» prendre la défense du pape divinisé pat des hommes. Vous vous agiterez ; mais croyez* vous qu'un pouvoir que vous avez exclu du Concile et qui, pour ce nK>tif, se fait gloire d'ignorer vos doctrines^ puisse ou veuille sérieusement s'armer pour la défense de vos nouveaux dogmes ? Vous serez des perturbateurs et traités comme tels. On vous appliquera le droit, commun : Vexelusion. Le peuple, qui devine à d«mi-mot, exécutera la sentence.
c lofais, dites-vous, il ne s*agit que de la doctrine et des mœurs ! Et de quoi voulez-vous doue qu*il s^agisse, quand vous avez pris te pensée et la volonté pour les soumettre à vos décisions arfailraires! Vous eo&fîsquez tout t homme et vous dites : Ce n'est rien ; et les diplomates^ vos complices., vont répétant partout : Ce n'est rien»
c N'estrce pas ainsi que voos-méme, il y a seize aiiSy entraîné, comme le malheureux François-Joseph, à cântracler, dans un élan de ferveur mystique, des vœux imprudeMs, vous êtes devenu, pmnd^ ac eadmer, le Mton et ragent des jésuites ? Dites si vous êtes libre, si vous avez uner seule opinion qui vous soit propre? Ëi, près de vous, une âme plus fanatique encore vous surveille et vous mène! Voilà devant quelle secrète association, se courbent nos évê.]ues depuis quinze ans !
SaD^ll& libres, sont-ils la voix de l'Église ï Et comme le dit admirablement le P. Gratry, car h la fin les plus dûox se réToltent : « UÉglise a-i-elle besoin de vos mensonges? »
ff N(Hk, non, tos intrigues ne préTandront pas. IHeu va y mettre la main ; attendons^nom à de grands ivinements ; mais n'oubliez pas, mwsieur, que c'est vous, vous seul qui les aurez provoqués. »
C'est le .18 janvier 1870 que nous imprimions ces lignes! V Univers trouve-t-il que les maux qu'ont engendrés ses folies sont assez grands ?
L'infaillibilité est une opinion dont les jésuites viennent de faire un dogme. Il consacre leur suprématie ; rien ne saurait maintenant leur résister. Longtemps proscrit, toujours détesté, le parti ultramontain s'impose à l'Église, et, par l'Église, il va s'imposer à TËtat. Sa conduite dans le passé tracesa marche dans l'avenir : il fera secte. Qu'on maintienne le budget des cultes ou qu'on prononce la séparation, il n'importe;
SOUS tous les régimes, il s'emparera de l'enseignement, et, par \h, des consciences. II aura des petils séminaires pour les enfants, des maisons de hautes études pour les hautes classes, et partout des écoles spéciales qui peupleront l'administration, Tarmée, la marine, les tribunaux, les corps politiques, les Chambres, de ses créatures.
Est-il un danger? Voyez ce qu'il a fait de la Pologne, de TEspagne, de ritalie, de TAutriche. — - Mais peut-être sauvera-l-il la France? — Oui, si la France veut se donner à lui tout entière; non, si elle entend rester libérale, car « les libertés modernes, dit Grégoire XVI, sont d'odieuses el haïssables pestilences. » De toutes manières, il créera deux Frances dans la France, deux États dans l'Étar, faisant ici des âmes féodales, inquiètes, mécontentes de tout et d'elles-mêmes; là, par voie de réaction, soulevant la conscience publique et provoquant la révolution. Il établira la guerre en permanence. Et pourquoi î
C'est que Tultramontanisme ne se croit rien s'il n'est tout, s'il n*a tout envahi, tout soumis aux congrégations romaines. Il ne veut pas seulement la police des lois et des mœurs, il lui faut la police des livres et des rues. « Tous les maîtres d'école, ditTarlicle 8 du concordat autrichien, seront soumis à Tinspection ecclésiastique; les livres, les journaux, les théâtres, à la censure des évêques. En matière de mariages, le juge ecclésiastique en connaîtra (art. 10). Les évêques au-
ET LA FRAWÇE.-.- -:'/ - .- •.iM-- - -
ront le droit d'infliger des peines aux clercs, des censures aux fidèles (art. H). L'empereur prêtera un secours efficace pour faire exécuter les sentences des tribunaux ecclésiastiques; il ordonnera aux magistrats de rendre aux évêques et aux clercs le respect et Thonneurqui leur sont dus (art. 16). Enfin (art. 29) TÉglisc jouira du droit qui lui appartient d'acquérir librement. » Voilà la Charte, non pas définitive, mais encore appropriée aux malheurs des temps, que la Cour de Rome impose aux États. La France racceple-t-elle, c'est la paix ; la repousse-t-elle, c'est la guerre. Daus l'un ou l'autre cas, c'est l'anarchie. C'est ainsi que l'Autriche, divisée, terrifiée, a été conduite sur le champ de bataille de Sadowâ, et la Bavière jetée pantelante dans les bras de la Prusse*
Nous n'exagérons rien. Le droit d'interdire les opinions et même la vérité^ que réclament les ultramontains,est affirmé d'une manière cynique par f Univers et par M. l'abbé Morel. « La papauté, selon ce dernier, ne redoute rien tant que le libre échange des idées. » Ou bien encore : « L'Église est une société parfaite. Elle n'a pas seulement le droit de promulguer les dogmes, elle a aussi la police des opinions, et c'est à elle d'indiquer celles qui sont prématurées ou inopportun nés, » — Il parle, dira-t-on, d'opinions théologiques. — Nullement; c'est au sujet de Galilée que l'auteur formule ces doctrines. « Il ne s'agissait point, dit-il, d'une définition dogmatique; il fallait arrêter le cours
lôSt ^' ^i^ COCR BE ROME
d'une flpinîon dangereuse. » — Mais celte opinion était la vérité, t — Eh ! que m'importe la vérité, s'écrie le foDgnenx abbé, si elle me donne la peste? » •— Tout commentaire est inutile. On voit ce que devient la vérité, et par conséquent la société, entre les mains de ces terribles guides . Mais il faut rapporter le passage en entier; car, comme ledit si bien M. Tabbé Morel : € Tout le procès de Galilée se trouve dans le Syllabus. » De récentes investigations ont fait découvrir qu'au bas des deux décrets, rendus à vingt ans de distance pour condamner Galilée, la signature du Pape a été omise ou a disparu, c Grande merveille! s'écrie M. Tabbé Bonix. C'est un miracle qui prouve llnfailliMIitédu Pape. » Non, répond M. l'abbé Morel, rien de plus simple ni de plus conforme aux pures doctri^ nés romaines, t Le Pape n*esl pas libre-édiangiste ; il est invinciblement protectionniste des idées. » Que pouvait-il faire ? « Si Galilée eût été un bon religieux^ quelcpie cardinal de réputation l'aurait mandé et lui aurait feiît part de la résolution prise par le Pape de suspendre jusqu'à nouvel ordre le mouvement des universités italiennes.' H aurait exprimé la discrétion qu'il exigeait de lui pour ne plus parlerde ce sujet ou pour en parier de manière à apaiser la curiosité publique. . . Les supérieurs du jésuite astronome eussent été avertis à leur tour, et la cour romaine en apprenant les bons effets de ses instructions confidentielles eût laissé le professeur continuer son cours. >
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Ce récit est certainement fort cuneux par lai-méme, mais la simplicité ayec laquelle M. Tabbé Morel nous le donne oomme la chose la plus naturelle du monde, est certes plus curieuse encore. On trouverait peu d'exemples d'une immoralité aussi naïve. En 1834, le P. Félix, inconnu, débutant dans la grande chaire de Notre-Dame, avait pris pour texte le Progrès, et, tout nourri des lectures qu'il venait de faire, se montrait animé de sentiments très-libéraux, presque révota- Jîonnaires. On sentait, qu'il y mettait sa pensée, son âme. Les jésuites de France, M. de Ravignan, le P. Chaste!, luttaient alors contre ceux de Rome qui les traitaient de jacobins. Deux ans plus tard, un changement radical s'était opéré dans la personne comme dans la prédication du P. Félix. Il n'était plus que le porte-voix d'une pensée anonyme, impersonnelle, un riiéteur disert. Plus docile, plus discret que Galilée, il s'était soumis sans mot dire. C'est de droit, dira-t-on, ne faut-il pas que l'Église surveille ses prédicateurs î le ne le nie point ; mais qui est juge de l'opportunité? Est-ce Rome ou Paris, le Pape ou Févêque? Je constate en outre que dans le cas du P. Félix, il s'agit d'opinions libres, et que dans celui de Galilée, c'est la vérité môme p'on ajourne sciemment. L'abbé Morel ne recule pas devant cette conséquence. Il approuve fort que fonvrage exclusivement scientifique de Copernic ne pîit circuler en Italie qu'avec des cartons modifiant la pensée de l'auleur; et il ajoute: « Si Galilée eût eu des
lOi LA COUR W ROSE
mœurs pures^ une pratique chrétienne édiftante, tout se serait passé à Tainiable; on lui aurait découvef^t le fin mot de la politique protectionniste de la papauté... On lui aurait dit : Si vous avez tort ou raison, Tavenir le dira, mais aujourd'hui il faut se taire,.. »
N'est-ce pas effrayant de cynisme? Et cette papauté qui s'écrie comme Pjlate : t Qu'est-^e que la vérité ? » Voilà Tultramontanisme pris sur le vif. C'est donc Galilée qui a eu tort. Pour ne laisser aucune objection sans réponse^ M. l'abbé More! ajoute : < La torture a été usitée partout comme nécessaire à la défense de l'ordre public. » Torturer la vérité peut donc être une question d'ordre public !
Dans ce cas, il faut revenir au bras séculier. En effet, Grégoire XVI et Pie IX répètent comme saint Léon aux monarques : c Vous devez remarquer avec grand soin que la suprême puissance vous a été conférée (sous-entendu par nous) non pas seulement pour gouverner le monde, mmis surtout pour protéger l'Église. » Et M. Tabbé Morel, en guise de commentaire, ajoute : € Liberté de presse, liberté des cultes, liberté d'enseignement, liberté d'association, liberté du suffrage universel ou restreint sans condition confessionnelle y égalité devant la loi des hérétiques et des infidèles, et droit commun substitué aux immuni^^s ecclésiastiques... «. c'est leurrer les pauvres catholiques que de leur proposer de pareilles billevesées... que de faire croire à la jeunesse qu'il y a deux manières d'expliquer le Sylla-
ET' U FRANCE. lOS
bm et les Encycliqnes de GMgmre XVI et de Pie IX. » Aio&i, quand on disait en 1830 et en 1845 qu'il fallait « réclamer toutes les libertés », ce n'était qu'une manœuvre de parti; aujourd'hui qu'on se croit vainqueur et maltrCy on démasque les véritables principes et Ton poursuit sans trêve ni merci Tasservissement de TÉtat allié ou séparé de TÉglise. De là l'implacable guerre que l'ultramonlanisme d'accord avec le despotisme n'a cessé de faire depuis dix ans aux catholiques libéraui. c Au fond de toutes ces controverses, dit notre auteur, il y a une grande erreur et un grand orgueil, à savoir : que si l'union de l'Église et de l'État, comme l'entendaient Grégoire VII, Innocent 111 et saint Pie V (qui avait délié les Anglais de leur serment de fidélité) était l'idéal de la société baptisée pour le moyen âge, il y a aujourd'hui une autre union à inventer, à régler. C'est cette maudite pierre pbilosophale que cherchent de malheureux alchimistes... Il n'y a de possible pour l'Europe que la théorie catholique (ultramontaine) et c'est perdre le temps et diviser les foixes que d'en chercher une autre. » Il n'y a donc qu'un idéal : « celui de Grégoire VII... Plus on s'en rapproche, plus il y a progrès... » Revenir au moyen âge, aux immunités de TÉglise, aux distinctions confessionnelles, tel est, d'après l'abbé Horel et rUnivers, le devoir ou le salut de la société moderne.
Sont-celàdes opinions individuelles? Nullement; c'est la pratique constante de la Cour de Rome dès
t06 LA Gi9im BE ROME
qu'elle peut mettre ses actes (Paccord avec ses principes. On le vcttt, en 4886, par les concordats de Bavière et d'Autriche ; en 1863, par son implacable résistance au Mexiqite; enfin, clieznous^ômes, par la rétractation Insolente qu'elle fit signer à Lacordarre et sons le poids de laquelle nilustre dominicain, comme son ami Montatonbert, resta jusqu'à sa mort écrasé.
En 1850, dans une brûlante improvisation au Cercle catholique de Paris, il avaitparu nier le pouvoir coercitif de l'Église, le droit de torture ou de prison. La police ultramontaine le^lénonça aussitôt. Il fut mandé, réprimandé 9i Rome ; on l'obligea à se rétracter au plus vite. € Quant à ce point, raconte avec bonheur le P. Jandel, le P. Lacordaire déclara nettement, sincèrement reconnaître à la sainte Église le pouvoir que lui a confié f ésus-Christ, non-seulement d'avertir et de corriger ses enfants coupahles, mais encore de châtier et de punir les contumaces avec les censures et les peines afflictives et corporelles conformément aux saints canons... H ajouta qull se conformait pleinement en ce point au bref de Benoît XIV adressé en 175S aux primat, archevêques et évêques de Pologne... » bref qui, pour le dire en passant, jeta le désordre dans ce malheureux pays déjà si divisé et le conduisit au partage de 1772, c'est-à-dire à la ruine. Ce fut, par une ironie manifeste, le douloureux exemple sur lequel lé P. Butlaoni força le pauvre Lacordaire à fixer constamment les yeux. Un libéral, un poëte ne devait-il pas en mourir ?
ET LA TRAMCE. 407
La Cour de Rome n^abandonne donc nullement ses prétentions on comme elle dit ses droits ^upouvoir coercitif, non^seoleraent pour faire respecter les vœux, enfermer les relaps, juger les questions de mariage ou de séparation et suspendre les opinions dangereuses, mais aussi, comme s'exprime d'un seul mot le concordat autrichien, « pour amener les gouv^nements à prêter un secours efficace à l'exécution des sentences rendues par les tribunaux ecclésiastiques. » Or les premiers de ces tribunaux sont évidemment ces trop fameuses congrégations romaines qu'un décret du 23 mai 4846 déclare investies de la même autorité et par conséquent infaillibilité que le Pape [eamdem habent auctoritatem) dont la juridiction universelle s'étend sur toute la chrétienté, comme le veut la Bulle d'institution de Sixte-Quint, et qui, en l'absence de nos officialités diocésaines, attirent à elles toutes les causes des prêtres rebelles ou scandaleux qui se déclarent lésés par leurs évoques, déniant aussi bien Tautorité de nos tribunaux civils que la juridiction contentieuse de notre conseil d'État. Qui ne se rappelle le conflit plein de turpitudes soulevé par l'abbé Roy, curé de Neuilly, condamné à Paris, amnistié à Rome et qu'il fallut expulser par la force? On en dterait mille autres. L'autorité faiblît, les mœurs se relâdienl, un mépris sourd frappe le clergé.
Les congrégations romaines nous donnent évidemment l'expression légale des < pures doctrines
romaines. » De 1848 à 1852, elles ont eu pour organe officiel la Correspondance de Rorne. G*est dans ce répertoire, réimprimé à Liège, qu'on trouve leur jurisprudence ou l'application journalière de leurs principes. Eh bien ! qu*y lisons-nous? « Que les clercs ne sont pas sujets des princes temporels (décret du 10 juin 1848), et que, même pour ce que nous appelons crimes ou délits de droit commun, ils doivent être soustraits :\ la juridiction des tribunaux laïcs; que les duellistes et leurs con:plices étant excommuniés doivent être, comme tous les pécheurs publics, les ci uiédieiis, les usuriers, les impies, publiquement privés de la sépulture ecclésiastique ; que l'Église, seule, a le pouvoir de constater la liberté d'état pour contracter et par conséquent pour valider les mariages, comme seule, au nom des mœurs, elle peut et doit contraiudrc les époux à la cohabitation ou à là séparation; qu'aux évoques appartient de droit commun l'administraiion des hôpitaux ; que les biens d'Église sont au Pape^ et que l'usure ou le gain illicite étant condamnés par bonnes lois comme les bannes mœurs, c'est aux tribunaux ecclésiastiques à en poursuivre h restitution ; que les décisions de l'Index frappant non-seulement les livres et leurs auteurs, mais aussi leurs libraires, imprimeurs ou détenteurs, les contrats de ces derniers doivent être annulés et leurs établissements fermés ; enfin, car il faut s'arrêter dans cette nomenclature qui pourrait s'étendre à tous les actes de la vie publique
OU privée, que nul ne peut se dispenser de TobservatioD du dimanche, ni porter atteinte à la liberté extérieure du culte ou à la police des rues; etc., etc. > C'est le retour universel à ces principes, c'est TapplicatioD juridique de ces maximes dans tous les pays que Tultramontanisme prépare et poursuit lorsqu'il parle des € pures doctrines romaines » et du pouvoir coercitifi^ l'Église. Le fondateur de la Conespondance de Komcy Monseigneur Ghaillot, va plus loin encore et nous donne, en 1866, dans un ouvrage intitulé les Prinlégesdu clergé, le « fin mot » des prétentions ultra- QH)otaines. Selon lui, ou plutôt selon les canonistes les pins autorisés et conformément au droit commun de la Cour de Rome, c l'ordination confère la noblesse; le prêtre est noble, ayant la préséance sur les princes ; non-seulement il n'est pas justiciable des tribunaux laïcs, mais ses biens, son héritage, ne sont ni impensables, ni saisissables » ; il jouit, en un mot, de tous les privilèges que donne la naissance dans les pays P'OD appelle à Rome civilisés, c'est-à-dire féodaux. Est-ce assez clair ? Voit-on où nous mène Tultrainontanisme que tous les partis ont encouragé, les uns pour en finir avec TÉglise, les autres pour en finir avec l'État et les idées libérales î Ce n'est pas tout. « J'étonnerai grandement, s'écrie M. l'abbé Davin, en disant 4u'il est de toute certitude que le pape peut déposer les rois... Cela est certain parce que toute l'Église, tes papes, les conciles Pont affirmé et pratiqué ouvertement.
110 LA €OCR »E ROME
parce que Bonîface VIII Fa décrété dogmaliquemenl... n est plus défini qne le pape a ce pouvoir, qu'il n*est défini qu'il est infaillible. » Et M. Tabbé Granddaude, réfutant un à un les principes de 89, ajoute : « L'homme fCa aucun droit à la libre manifestation de ses croyances lorsqu'elles sont erronées... L'État est aitreint à rendre (et à faire rendre) à Dieu le vrai culte... Il faut que le pouvoir coercitif vienne dompter, même par la force, les volontés rebelles... et le pouvoir souverain dans l'Église est à la fois législatif, judiciaire et coercitif, ne pouvant se dépouiller de l'un de ces attributs sans cesser d'exister. » Voilà « les pures doctrines romaines » telles qu'on les enseigne aujourd'hui dans toutes les écoles ecclésiastiques ! Quelles générations, quelles luttes ne nous préparent-elle pas, si, par un vigoureux acte d'autorité, nos évoques n'y mettent ordre ? Et comment le pourront-ils si l'opinion ne les y contraint?
Avant de terminer, redisons encore que ces doctrines ne sont, ainsi que la fatuité française se plaît à le croire, ni l'expression de quelques imaginations excentriques, ni le rêve de théoriciens sans crédit. Elles sont rame et la vie de la Cour de Rome, la règle invariaWe de sa poBtique, qui les propage selon ses besoins, afi» d'agiter les peuples et de tenir les pouvoirs sous sa donanation ou sous sa menace. Nous les avons vues à l'œuvre. Ce sont elles qui ont provoqué l'agitatioD religieuse de 1828, la guerre de 1843 contre rUniver-i
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site et, ptas tard, l'effirojable tempête de la question romaîDe. Ces armes, secrètement forgées dans les écoles, soigneusement entretenues par les ordres religieux, tantftt sommeillent dans les arsenaux ultra- DiOQtams , tant&t en sortent avec fracas pour appuyer les prétentions insatiables de la Cour de Rome. 11 suffit de les approprier aux circonstances. « Eh ! pi, s'écriait un magistrat de la Restauration, vous De voulez pas que des pécheurs publics et scandaleux puissent être repris du haut de la chaire apostolique, malgré le précepte qu'en a fait l'Apôtre ? » C'est ainsi que la loi du sacrilège fut imaginée, que plus tard ia municipalité de Nîmes fut poursuivie, l'administration des hôpitaux inquiétée, l'observation dn dimanche imposée, le mariage civil condamné, et ÎQ'hier encore, nous avons vu solliciter la suppression de rUnivecsité. Rien n'est durable en France, aucune loi, aucun pouvoir ne parviennent à s'établir, avec un parti destructeur qui fait sans cesse appel à la révolution pour renverser l'État et détruire ce qu'il appelle le lakisme, en opposition à son rêve, la théocratie .
La séparation tranchera, dit-on, toutes ces difficultés et terminera tous les conflits. Soit ! faisons-la, mais faisons-la vite. Laissons l'Église acquérir, les congrégations se répandre, renseignement de l'ultra- BiOBianisme gagner toutes les classes, car, je vous le répète, tant qu'il restera une idée libérale en France, nous aurons la guerre et l'anarchie. Que si, dans Tin-
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térét de l'Église elle-même, voas croyez à propos d mettre dans le décret de séparation des réserves a droit absolu d'acquérir que réclament les ultramon tains, de retenir la surveillance des catéchismes, de séminaires et des prédications, que devient la doctrin de la liberté et le principe de la séparation? Vous n*aure fait que supprimer le budget des cultes pour place l'Église sous un régime sans garanties, sans centrale Les conflits renaîtront chaque jour et vous serez, tou comme vos pères, traités de persécuteurs. Le terrai de la lutte aura chaugé, voilà tout. Mais pour le peuples, c*est déjà un remède que de déplacer leu mal, puisque c*est le rejeter d*une génération sur um autre.
Les diplomates prennent un autre biais. « Pourquoi disent-ils, vous inquiéter de la Cour de Rome Qu'est-ce que tout cela vous fait ? Laissez-la donc pro mulguer ses bulles, brefs, rescrits, décrets, syllaks encycliques, et les enfermer ensuite dans ses cartons Pratiquemenl, il n'en sort rien. » — L'histoire attesl l'incroyable aveuglement de cette insouciance qui n es qu'ignorance ou lâcheté. Tous les faits la réfntent Autant vaut dire qu'il n'y a rien à faire et que tout es bien : que l'agitation religieuse de 1828 n'a pas alTai bli la Restauration, que la révolution belge n'a pas et cléricale, que l'attaque de l'Université en 1843 et le cours du collège de France n'ont pas réveillé les idée révolutionnaires, que l'Autriche n'a pas été dupe *
son concordat, le Mexique victime des jésuites, et que la question romaine n'a pas été la pierre d'achoppement de l'Empire. Nier ces faits c'est nier l'évidence. Sans doute, nous y avons tous aidé; maisnuln*y a plas concouru que le parti ultramontain qui n'a rien laissé s*établir en France depuis cinquante îms. On vient à bout de la révolution, mais on ne vient pas à bout d'un parti qui prend tous les masques, tient toutes les places, s'impose à tous les régimes, en criant tour à loup Vive la charte ou Vive l'empire ; qui demandait hier la liberté sans limites et veut aujourd'hui la domination absolue. Charles X a été pour, et il est tombé ; Louis- Philippe a été contre et il est tombé ; TEmpire a été pour et contre, pour au dedans, contre au dehors, et il est tombé également ; et tous trois sont tombés frappés du même mal : la jalousie entre les chefs et l'anarchie dans les pouvoirs. Seulement les progrès du mal sont Daanifestes. S'il entrait pour un vingtième dans Tensemble des. causes qui ont renversé la Restauration, il ^t pour un dixième dans celles qui ont sapé la monarchie de Juillet et pour un cinquième dans l'effondréttient mystérieux de l'Empire. Aussi la crise sera-t-elle plus terrible. Gn va voir la révolution marcher sur ses iraces au nom de la liberté du bien ou du salut public. Lultramontanisme, comme le jacobinisme, fait des âmes sombres, exclusives, inquiètes, qui ne sont jamais satisfaites, parce que jamais leur idéal n'est et ne peut être atteint; mais tandis que les autres partis
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altcndeni ou poursuivent avec sérénité la réalisation de leur rêve, l'ultratnontain qui «n fait une croyance d'où dépend son salot, y apporte, sous Téperon des congrégations romaines, la violence et Tâpreté des passions religieuses. Sa politique est un dogme ; pour lui, tout abus est une persécution, toute révolte de sa part, un acte de foi. Le citoyen s'évanouit, le fidèle devient un ligueur.
Tel est Vultramontain ; il n'y pas à le changer. L'ultramontanisme ne se scinde pas ; il est ou il n*est point. Croyez-vous k la domination exclusive du Pape? Vous êtes avec lui. Faîtes-yous des distinctions, des réserves? Vous êtes contre lui et îl-est douteux maintenant que vous soyez catholique. Car, telle est la gravité du nouyeau dogme : il n'y a plus deux manières d'être dans TÉglise, il tf y a plus d*opinim libres dans son sein. Cest *la fin de la France ; c'est son passé condamné, son histoire insultée, son Église flétrie, déshonorée, ses grands hommes traînés dans la boue ; c'est la plus grande perturbation morale, la plus saisissante prédication de scepticisme qui pût être jetée parmi nous ; et les évêques qui Font permise ne méritent que le mépris de leurs contemporains et la malédiction des siècles. Les conséquences en seront foudroyantes. A l'avenir, toute réaction se fera pour l«s jésuites', tout retour à l'ordre deviendra un désordre, ou le désaveu de notre histoire ! Cest la perversion même de la morale et de la polilique. Ainsi,
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èréDavam, tout catholique sera tenu de croire que le ifape, infaillible comme docteur, est Tunique arbitre m peuples et des empires, le souverain maître du jBonde. « a le Pape, dit la Civiltà cattolioa, n'était T(n que de son petit État, et que Rome n'en fût que la capitale, les divers peuples seraient étrangers au Pape et à Rome. Mais le Pape est à la fois prince et père de fmitre société chrétienne. » Il est donc Tunique monarque de la terre. Et nous devrons, nous, Français, nous hommes d'ordre et conservateurs, croire et professer ces monstrueuses doctrines contre lesquelles îos pères ont tant combattu ! Et quel usage la Cour ieRome veut-elle faire de cette absolue souveraineté? l'encycfique de Grégoire XVI nous le dît. Il est maintont de foi que « de Tindifférentisme, cette source îDfecte, puditissima fonte, découle cette maxime absurde et erronée ou plutôt ce délire, deliramentum, îû'il faut assurer et garantir à chacun la liberté de coQscience. » Ainsi parle Grégoire XVI ex cathedra, ' Là se rapporte, ajoute-t-îl, cette liberté funeste et «ont on ne peut avoir assez d'horreur, deteétabilis et ^^cranda libertas, la liberté de la librairie pour Pttblier (pielque écrit que ce soit... » Et pour mieux *^r«H5r le pouvoir coercitif de TÉglise, Grégoire XVI ^^^ «t rappeBe la bulle 4t son glorieux prédécesseur, ^^Daent xm, qui ordonne qu'on « arrache les mau- U^ livres des mains des fidèles et qu'on les livre aux "^KHJs. » Telles «ont les doctrines, léBes sont les
croyances que nous devrons restaurer, chaque fois qi nous tenterons de restaurer un ordre régulier parn nous ! N'est-ce pas nous jeter à jamais dans les fureq de la révolution ? Ah l que Ton comprend bien apr cela la passion ultramontaine de monseigneur Manoir contre Bossuet et la France, et la complaisance avi laquelle les évéques catholiques de Prusse, après u moment de vive opposition, ont laissé proclami Tinfaillibilité papale I
Si les ultramontains, ou plutôt si la cour de Bon entend la liberté de la presse et des cultes dans I sens qu'on vient de lire, il est facile de deviner Tusaj qu'elle fera de la liberté d'enseignement, dès qui devenue maltresse des hautes classes de la sociétj elle exigera Tapplication intégrale de ses doctrines Et parce qu'elle n'est pas « libre échangiste des idée^ parce que. la vérité même est parfois inopportune à s^ yeux, on voit dans quel abime de ténèbres peut u| jour s'engloutir TEurope. C'est la décadence, Tassofl pissement, la mort. Sans doute un pareil désastr n'arrivera point. Mais à quel prix, au prix de quelle luttes ? Et après l'effroyable catastrophe, plus invrai semblable mille fois, qui vient de nous frapper, toa n'ést-il pas à craindre? U faut donc veiller toujours veiller sans cesse et ne jamais perdre de vue l'idéal 4 la Cour de Rome : « L'unique règle du gouvernemen politique de l'Église, dit le cardinal Pallavicini, (fi^ ses fondions et ses travaux avaient oûs en position à
lonnaître le secret de la politique romaine, est sa félijité sous Tautorité toute^puissante d'un roi, seul
(marque de tout l'univers, dont tous les rois et les retiens, sont les tributaires et les sujets^ dont le ntrimoine est composé des richesses de toutes les ptions. » r/est à la fois le communisme et la théofralie.
I Devant cette folle prétention on a coutume de sou- ^e dédaigneusement en F'rance, et l'on ne voit pas De si, malgré les progrès immenses qu'elle a faits }nni nous, la réalisation de cette chimère est en effet npossible, elle n'en crée pas moins un parti violent, srbe, avec lequel tous les gouvernements sont obli^
de compter, que Ton retrouve à la tête de toutes 9s agitations depuis cinquante ans, dans nos écoles,
)s nos journaux, dans nos Chambres, et qui, depuis ors, en rallumant les passions éteintes, les ambitions iichues, n'a cessé d'être la cause de l'anarchie morale, Nitiqne et religieuse qui nous déchire et qui nous tue.