‹ La cour de Rome et la FranceChapitre 8 sur 8 · PIÈGES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈGES JUSTIFICATIVES

Enrôlement et surveillance de la presse.

On lisait dans la Correspondance de Rome du 21 décembre 1867:

a Pie IX n^a pas pias de mereenaires à sa dévotion parmi les journalistes que parmi ses soldats; tous jouissent de ce noble don que nous a fait le christianisme et que les Papes nous ont conservé, en dépit des révolutionnaires de tous les temps, le don de la liberté, de la liberté du bien, de la liberté de la foi et de l'honneur.

« Loin d^acheter les journaux, le Saint-Père en reçoit des secours qui grandissent tous les jours avec les nécessités de TEglise, des secours d'intelligence, de sang, de prières et d*or ; et son cœur, nous pouvons le dire, est profondément épris de reconnaissance et d'affection paternelle pour les publicistes dévoués à sa cause.

a On comprendra que, sachant ces sentiments de Pie IX ei étant dans 1 usage de demander à Sa Sainteté des bénédictions pour nous-mêmes et pour les feuilles, la plupart religieuses,

avec lesquelles la Correspondance dé Rome est en relation^ nous ayons, à la fin de cette année, osé implorer un témoignage pins marqué et plus étendu de la bienveillance pontificale. Agenouillés aux pieds de l'auguste Pontife, nous lui ayons présenté, avec une Adresse concernant l'œuvre de nos lettres autographiées, le» listas des jearnan» qai», à aotre connaCssaoce, détendent l» Saint-Siège* Et le Pape a daigné aceoeillif œs listes et écrire de sa main au bas de l'Adresse ces paroles qui, certainement, récompenseront et conforteront les hommes de dévouement auxquels elles sont envoyées :

« Die 10 Dec. 1867.

« Dominus vos benedicat, et dirigat corda et verbâ vestra « ad majorem Dei gloriam et boaum animarum.

« Plus PP. IX. »

Voici la reproduction des listes de journaux présentés à Sa Sainteté :

PII7II.US PVMUffT BKUGISfïSKS.

Semaine religieuse, Paris. Rosier de Marie j Varis, Semaine reliaieusot Nevers. Chronique religieuse, Toulouse. Revue catholique, Alh^'. Semaine catholique^ Alençon. Semaine religitus», Angers. Semaine reiigieugê, fiayevx. Semaine r^^gieiue, Rennes. Semaine religieuse, Limoges. Semaine r^ipeust^ Cambrai. Semaine religieuse, Lyon. Semaine religieuse. Sens. Revue religieuse. Rodez. Echo de F ourvièr es, Lyon, Semai^u religieuse, Bordeaux. Cour d*honneur de Marie, Tarascon. Sematne religieuse^ AugouXêoie. Semaine reliaieme, Arras. Revm des Ribliothèques, A\ignon. Semaine religieuse, Moulins. Prém historiques, Bruxelles. Semaine champenoise, Châlons. Voix de Notre Dame, Chartres. Semaine religieuse, Coutances. Cfwo nique religieuse,. Dijon. Semaine religieuse, Fréjus. Semaine religieuse^ Langres. Revv£ catholiquey Louvain. Semaine du fidèle^ Le Mans. Semaine lituraique, Marseille. Semaine relt- ^euse de la Lorraine, Nancy. Semaine religieuse, Nantes. Semadne religieuse ^yimei. Annales religieuses, Orléans. Semaine religieuse, Périgueux. Semaine liturgique, Poitiers, BuUetin reiitfteuo;, La Rochelle. Revue catholique d' Alsace, Sirasbaurg. Setnaine catholique, Toulouse, Semaine religieuse, Tournay. Semaine religieuse. Tours. Revue catholique,. Troyea. Les Nou-

vettet, Troyes. La Famtile chrétienne. Valence. Bulletin religieux, Versailles. Bulletin, Reims. BeviAB catholique^ Con- UDces.

JOURNAUX ET RirVOfiS POLITIQUES.

Le Monde, Paris. VUwvert, Paris. L'Union, Pans. Le Journal de» Villes et Campagnes, Paris. Courrier de Lyon, Lyon. Gazette du Midi^ MarseiUei. Journal de Rennes, Rennes. Espérance du Peuple, Nantes. Union frcme-comtoise, Besançon. Espérance, Nancy. Mémorial^ Âmieus. Courrier des Alpes, Ctrâmiïéry. Ordre et Liberté, Caen. France centrale, Blois. Journal de VAin, Bourg. Journal de Vannes, Vannés. Journal de Bruxelles, Bruxene?. Bien public, Gand. Ami de VOrare, NamiKT. Pairie^ Bruges. Journal d* Anvers, Anvers. Gazette de Liéf^e^ Liège. Journal de Courtray, Conrtray. Courrier de V Escaut, ToviTna.y. Journal d'Ypres, Ypres. net Hanàeiblad,kiiv&t%, Gazettede Louvain, Loavain.iT^t Vaterland, Loavain. Niewsblad van Yperen, Ypres. Union, Cbarleroi. De Katholyke Belg, Termonde. De Denderbod, AlosU Vaterland, Yienne. El Pensamiento espagnol, Madrid. Westphalische Mercur, Muoster. Kœnisehe Btœtter, Cologne. Augsburger Post Zeitung, Augsbourg. Mainzer Journal, Mnyence. Volksbote, Honieh. Masrkische Kcktholisehe Kirchenhlatty Berlin. Kulmische Kirchenhlatt,- Kulm, Ost Preussen. Katholische Kirckeuhïatt, Lucerne. Tiroler Bote, Insbruck. Volksfreund,, Hagùenau. Gazette jurassienne, Porreotruy. Gazette catholiqî*e, Lucerne. Foyer breton, Vannes, i^mancipa^eur, Cambrai. Ami au Peuple, Romont. Le Hainaut, Mons. La Dyîe, Maline?., Landbouwer, Roulers. Land van Aelst, Alost. Impartial, Soiiroles. Gazette van Diest, Diest. Journal d'Aih, Ath. Nouvelliste, Verviers. Ware Volksfriend, Maliaes. De Onafha helyke, Hasselt. Courrier de Huy, Huy. Ware^Vosken, Oudenarde. /)e Eclooner, Eclo. Gazette de Nivelles, Nivelles. Het Regt, Saint- Trond. Moniteur, Louvain. Het Kempeuland, Herenlhal. Tygodnick KatoHki, Posen. Ugnao Catolica, Braga. VObservatore cattolico. Milan. L'Armonia, Florence. Venelo cattolico, Venise. Libéria cattolica, Naples. Tyel, Amsterdam. Unitâ cat^ tolica, Turin. La Zeaîiad, Madrid II diritto cattolico, Modène. Il conciliatore, Naples. LApologista, Turin. // Giardinetto di Maria, Bologne. La Perseverancia, Saragosse. Stendardo cattolico, Gênes. Westminster Gazette, Londres. Tablet, Londres. 5aenzaeFede, Naples. Archivio delV Eccl€siàstico,¥\orence. Le Nouveau-Monde, Montréal. Le Catholic Mirror, Baltimore.

224 LA coun de rome.

A cette liste qui s'accroît tous les ans, il faut ajouter les grands journaux politiques dont la Ligue ultramontaine s'assure le concours ou tout au moins la neutralité, soit au moyen de subventions et d'abonnements, soit en leur donnant des directeurs ou des rédacteurs de son choix. Tout le monde sait que M. Veuillot, l'ami et l'émule de M. de Villemessant, actionnaire du Figaro, a donne à ce journal M. Francis Magnard et que M. Vrignault est un ancien rédacteur de llJnivers. Le Gaulois, le Paris-Journal, la Presse, le Constitutionnel, le Pays, le Moniteur, la France, le Bien public, la Patrie, la Liberté môme, sont ainsi plus ou moins engagés dans la cause ultramontaine par des liens au'il serait îafue de faire connaître. Le Correspondant, longtemps hostile à l'infaillibilité, a dû la subir, malgré les belles déclarations de M. Daru au Sénat. Le Français a fait de môme. Ses rédacteurs : Beslay fils, Récamier fils^ Thureau-Dangin fils, dociles agents des Jésuites, ont soutenu avec ardeur, en novembre 1868, la nécessité de la séparation, et avec non moins d'ardeur, en janvier 1870, la nécessit('î du concordat. Des catholiques honnêtes, vraiment libéraux, moitié de gré, moitié de force, subventionnent ces impudentes palinodies pour ne pas se séparer de leurs amis» Dans tout cela, où est l'honneur, où est la foi ? Et l'on s'étonne des progrès, des colères de la révolution I L'opinion est frelatée ; la France s'ignore ; on la croit, elle se croit ultramontaine ; il n'en est rien. Mais ce système de pieux rnensonges, praticable sous un pouvoir absolu ou complaisant, ne saurait durer avec un régime sincère de liberté et de suffrage universel. Les malentendus tomberont ; le réveil sera terrible.

Le Syllabus Caterini.

« Hier, disait Y Univers du 25 juillet 1867, un mois et demi après l'existence etPenvoi du document qa'îJ annonçait, nous avons trouvé dans le Bien public^ qui le donne d'après la correspondance du Journal de Rome, un résumé du Syllabus. Le texte môme de cette pièce et de la lettre du cardinal Caterini nous a été envoyé de -Rome ; mais nous n^a- ^ons pas cru yu'il fût convenable de le publier. Nous croyons pouvoir le faire aujourd'hui ; l'analyse donnée par les feuilles belges a rendu, sinon nécessaire, du moins bonne et utUe, la publication des pièces et de lalettre. »

Ainsi V Univers lui-môme n'avait pas osé publier cet ironique et impertinent document, plus humiliant encore pour nos évoques, si c'est possible, que la manière dont on les a fait voter ^t marcher au. Concile. La môme pudeur avait retenu le Monde et V Union, et quelques mois après, lorsque nous voulûmes communiquer ce document que la presse et le gouvernement avaient laissé passer sans le voir, il nous fut impossible de nous le procurer auprès des journaux qui l'avaient publié. La même impossibilité se rencontra pour le Nouveau tribut à saint Pierre que nous reprodmsons plus loin sous le n» IV,

Lettre de S. Em. le Cardinal-Préfet de la Sacrée Congrégation du Concile, a NN. SS. les Eyêques.

Illustrissime et révérendissime Seigneur,

Notre Très-Saint Père le Pape Pie IX a été donné de Dieu à la maison d'Israël et placé au faîte du ministère apostolique pour veiller à tout ce qui la regarde. C'est pourquoi, dès qu'une occasion opportune se présente de travailler à la vraie félicité du peuple chrétien, ou de constater soit les maux- dont il subit déjà les atteintes, soit ceux dont il n'est encore que menacé, le Saint-Père s'empresse de la saisir,' afin de pourvoir atout avec zèle et dévouement par sa prévoyance et son autorité, et d'appliquer avec ardeur les remèdes les plus efficaces.

Jugeant que, dans les temps si durs où nous vivons, c'est par une grâce particulière de Dieu qu'il lui est donné, à l'occasion de la prochaine solennité du Centenaire célébré en mémoire du glorieux martyre des saints apôtres Pierre et Paul, et accompagné de la canonisation d'un si grand nombre de héros de la religion chrétienne > de voir réunis autour de son trône ' non-seulement les cardinaux de la sainte Eglise romaine, mais encore tant de révér^ndissimes évéques venus de toutes les parties de la terre, le Saint Père a résolu ^ dans sa sagesse, de mettre à profit leur présence, qui lui est si douce, et leur coopération. En conséquence, lia ordonné que certaines questions relatives à dès points plus particulièrement graves de la discipline ecclésiastique fussent proposés aux évéques présents à Rome, afin qu'une fois informé avec certitude du véritable état des choses eji ce qui touche ces questions, il puisse prendr en temps opportun les mesures qu'il jugera conirenable selon Dieu,

Les points de discipline sur lesquels, par ordre de Sa Sainteté, cette Sacrée Congrégation du Concile demande à Votre Grandeur un rapport et un avis en ce qui touche votre diocèse, sont clairement exposés dajo&le Si^labus que nous joignons à cette lettre.

S'il y avait encore quelque autre chose qui ressente l'a-

ET LA FRAINCE. 3^7

bus ou qui amène: de graves difâcultés dans Texécution rigoureuse des sacrés canons, vous seriez entièrement libre de Teîcposer et de le déclarer ; car, sans aucun doute, le Saint-Siège, après un mûr examen, s'empressera d'y pourvoir autant que le permettront la nature des choses et les circonstances des temps.

Pour que Votre Grandeur ait tout le temps nécessaire pour faire ce rapport avec soin et d'une manière complète, iî vous est accordé trois et même quatre mois, s'il estjiécessaire, à partir de la date de cette lettre. Vous aurez soin, d'ailleurs, d'envoyer ce rapport ou à Sa Sainteté' elle^ même, ou à cette Sacrée Congrégation.

En attendant, j'exprime du fond du cœur à Votre Grandeur mes sentiments dévoués, et demande pour elle au Seigneur tout ce qu'elle peut souhaiter d'heureux et de salutaire.

De Votre Grandeur, etc.

Donné à Rome, à la Sacrée Congrégation du Concile, le 6~juin 1867.

Votre frère,

P. Caed. Caterini, préfet.

Questions proposées aux E-veques par le Siège

Apostolique.

- 1. — Les prescriptions canoniques qui interdisent absolument d'admettre des hérétiques ou des schismatiques à rempUr la fonction de parrain dans l'administration du baptême sont-elles observées soigneusement?

2. — Dans quelle forme et par quelles garanties est prouvée la liberté d'état pour contracter mariage ? Le jugement touchant la liberté d'état de chaque contractant est-il réservé à l'évêque ou à sa cour épiscopale ? Enfin que conviendrait-il de prescrire encore sur ce point, en se re-

mettanl sous les yeux l'instruction du 21 août 1670, promulguée par l'autorité de Clément X de sainte mémoire 1

3, — Qijcls remèdes pourraient être appliaués pour empêcher les maux provenant de ce qu'on appelle le mariage civil ?

4. — Dans plusieurs lieux où les hérésies se propagent impunément, les mariages mixtes sont permis parfois en vertu de dispenses du Souverain Pontife, mais sous la condition expresse que les garanties nécessaires et opportunes, celles surtout qui sont requises pour de telles unions par le droit naturel et divin, seront préalablement données. Il n'est pas permis de douter que les Ordinaires des lieux ne détournent et ne dissuadent les fidèles de contracter de telles unions, et qu'en appliquant, s'il y a de graves motifs, la permission apostolique de donner dispense de l'empêchement de religion mixte, ils ne veillent avec le plus de soin et de sollicitude possible à ce que les conditions qu'elle impose soient, comme il est juste, sûrement garanties ; mais, cependant, après qu'elles ont été promises, s"nt-elles habituellement remplies saintement et soigneusement, et quels remèdes pourrait-on prendre pour que personne ne s'affranchisse témérairement de l'accomplissement des promesses faites ?

'5. — Comment arriver à ce que, dans la prédication de la parole de Dieu, les discours sacrés aient toujours une telle gravité qu'ils se gardent purs de tout esprit de vanité et de nouveauté ; et à ce que tout eijseignement donné aux fidèles soit en réalité contenu * dans la parole de Dieu, eV par conséquent tiré, comme il convient, de TEcriture et de la tradition.

6. — Il est souverainement regrettable que les écoles populaires, ouvertes à tous les enmnts de toutes les classes du peuple, ainsi que les institutions publiques destinées à l'enseignement plus élevé des lettres et des sciences et à l'éducation de la jeunesse, soient généralement soustraites en beaucoup de lieux à l'autorité modératrice de l'Eglise, à son action et à son influence ; qu'elles demeurent absolument soumises à l'arbitraire de 1 autorité civile et politique, au bon plaisir de ceux qui gouvernent, et que tout s'y règle d'après les opinions communément reçues de nos jours. Que pourrait-on faire pour apporter un remède convenable à un

ET LA FRAJNCE. 229

si grand mal et assurer aux fidèles du Christ le secours dune instruction et d'une éducation catholiques ?

7. — 11 est très-important que les jeunes clercs soient instruits convenablement dans les lettres et les sciences. Que pourrait-on prescrire pour/ développer de plus en plus l'instruction du clergé, et surtout pour que l'étude des lettres latines, d'une philosophie rationnelle exempte de tout péril d'erreur, de la sainte théologie et du droit canon, devienne la plus Qorissante qu'il est possible, surtout dans les séminaires diocésains.

8. — Par quels moyens pourrait-on exciter les clercs, surtout ceux qui sont déjà prêtres, à ne pas cesser de s'appliquer avec soin, leurs études scolaires terminées, à l'étude de la théorie et du droit canon ?

Que faudrait-il d'ailleurs faire et statuer pour que ceux qui ont déjà élé promus aux Ordres sacrés, et qui, doués de plus de moyens, se sont le plus distingués dans le cours de leurs études philosophiques et théologiques, pussent être plus profondément instruits dans toutes les sciences divines et sacrées, et principalement dans celles des divines Ecritures, des Saints Pères, de l'histoire ecclésiastique et du droit sacré ?

9. — Conformément à ce qui est prescrit par le Concile de Trente (C. X., vers. 23, de Reform.), quiconque est ordonné prêtre doit être fixé à l'Edise ou au lieu pieux pour les besoins ou l'utilité desquels il est destiné, et y remplir ses fonctions de telle sorte qu'on ne le voie pas courir à l'aventure d'un endroit^ un autre ; et s'il abandonne sans l'avis de TEvèque le lieu qui lui est assigné, l'exercice des fonctions sacrées lui est interdit. Mais ces prescriptions ne sont pas pleinement ni partout observées. Comment les compléter, et que pourrait-on statuer pour que les clercs ne cessent jamais de faire leur service dans leur propre diocèse e^de rendre à leur propre prélat le respect et l'obéissance qu'ils lui doivent ?

10. — Il s'est formé et il se forme tous les jours un grand nombre de congrégations et d'instituts d'hommes et de femmes qui, liés par des vœux simples, s'adonnent à la pratique de diverses œuvres pieuses. Vaut-il mieux que les congrégations approuvées par le Siège apostolique s'augmentent et s'étendent, plutôt que de voir s'en former ainsi

et s'en constituer de nouvelles qui ont à. peu près le même but?

11. — Le siège épîscopal venant à vaquer par la mortr la démission ou la translation de TEvêque, 1^ (chapitre de l'Eglise cathédrale jouit-îl ^'une entière liberté pour le choix du Vicaire capilulaire 7

12. — En quelle formé est indiqué et se fait le concours qui doit avoir lieu pour la provision des ^lises paroissiales, conformément au décret du Concile de Irente (session 24, àe Reform., ch. XVIII), et à la constitution de Benoit XIV, de sainte mémoire, du 14 décembre 1742, commençant par ces mots : Cum ilîud,

13. — Conviendrait-il d'augmenter le nombre des causes pour lesquelles les curés peuyent être, conformément au droit, privés de leurs églises? de quelle manière faudrait-il le faire ? et quelle forme plus large de procédure pourraiton établir pour arriver à rendre ces mesures^ plus faciles, sans blesser la justice ?

H. — Comment dans la pratique est exécuté ce que le Concile de Trente a décrété sur les suspenses appelées es informata consciencia (C. I. sess. 14, De /?e/brm.)> et y a-t-il quelque chose â décider sur le sens et l'application de ce décret?

15. — Comment les Evoques exercent-ils le pouvoir judiciaire dont ils sont revêtus en ce qui concerne les causes ecclésiastiques, surtout les causes matrimoniales ; et quelle marche sUivent-ils, soit dans ces causes, soit pour ces appels ?

16. — Quels maux proviennent du service que remplissent dans certaines familles catholiques ^ en qualité de domestiques, des personnes appartenant soit à des associations condamnées, soit à l'hérésie, ou même des personnes non baptisées, et quel remède emcace pourrait-on apporter à ces maux ?

17. — Qu'y a-t-il à remarquer touchant les cimetières sacrés ; quels abus se sont introduits en cette matière et comment pourrait-on les faire disparaître ?

Le Pape est Roi de toute la terre.

La Civiltà Cattolica du 7 décembre 4857 contenait un article intitulé : Nouvelle leçon à V adresse des révolutionnair.es au sujet de Rome, ayant pour but de démontrer combien il est inconvenant d'appeler étrangers à la Ville- Etemelle et à l'Etat pontifical les fidèles de toute langue et de toute nation, le Pape étant à la fois Prince et Père de toutes les nations catholiques :

ce Les révolutionnaires, disait-elle, ont appelé une monstruosité l'armée do Pape, parce qu'elle est composée de toutes les nations du monde. Mais celle prétendue monstruosité est au contraire un trait de beauté incomparable. Quel spectacle plus délicieux que celui de tous ces hommes si divers par le langage, par le caractère, par les habitudes, rassemblés sous un même drapeau, dans Tunité d'une même idée, d'un même pacte, d'un même amour, se. considérant les uns les autres comme frères, et, plus qu'oriffinaires d'une même patrie, originaires d'une même famille I Telle est Tarmée qui représente au vif l'Eglise, et que l'Eglise seule peut avoir. Une par la loi, une par le gouvernement d'un seul Chef, une parla pratique d'une seule morale, l'Eglise est cependant composée de tous les chrétiens. Ne s'ensuit-il pas que tous les chrétiens trouvent leur convenance

iSi LA COUR DE ROME

à constituer la force qui la doit défendre, la force armée qui doit venger les outrages faits à ses droits sacro-saints? Et peut-on admettre cette calomnie que répètent ses stupides ennemis, que cotte force est composée d éirangerSy comme s'il n'était pas ridicule et insensé d'appeler des enfants etrangeri à leur mère f L'erreur de ceux qui déraisonnent de la sorte consiste à appliquer an Pape-Roi la mesure des souverains sécaliers, et à faire descendre Rome de la hauteur où la place sa primauté universelle à la condition de toute autre capitale purement 4)oliti(iue. Certes, ti le Pape n^élait roi que de son petit Etat et que Rome n'en fût que la capitale, let divers peuples seraient étrangers au Pape et à Rome. Mais le Pape est à la fois Prince et père de Vetitière société chrétienne^ et comme tel il est roi dans cette ville de Rome, laquelle est elle-même le centre et la cité reine de celte société chrétienne. Rome est la métropole du catholicisme, et c'est précisément par ce que Dieu l'a élevée à ce rang sublime qu'elle ne peut è're capitale que de l'Etat où règne le Pape. Iroù il suit que tous les peuples baptisés ne sont pas étrangers au peuple romain, mais ses frères ; frères non pas dans le sens matériel d'une même origine ou d'une même langue, mais dans le sens spirituel d'une même adoption en Jésus-Christ dont le Pape est ici-bas le représentant. Fraternité d'autant plus intime et élevée que l'âme est au-dessus du corps, crue la paternité divine est au-dessus de la paternité humaine. Les peuples chrétiens aiment et saluent dans le peuple rumain leur frère aîné; mais, quand au Père commun, ils lui sonc unis par les mêmes liens, par les mêmes devoir» : aussi s'estiment-ils justement tenus d'accourir, quels qu'ils soient, à la défense de ses droits contre l'audace sacrilège d'un agresseur quel qu'il soit.

« Elle est la preuve de la folle méchancnté de ces journaux révolutionnaires qui vont disant et répétant que le « gouverne- » ment pontifical est- incapable de se soutenir avec ses propres » forces. » Quelles sont les propres forces d'un père ? Celles de tous ses fils. Les forces du Pape sont donc celles de tous les fidèles, et les armes de la catholicité sont les armes du Chef de V Eglise catholique. »

Un nouveau tribut à Saint-Pierre.

l'infaillibilité du pape.

« La doctrine de l'infaillibilité du Pape, disait V Univers du 25 juin 1867, est universellement professée dans l'Eglise catholique ; en droit et en fait, Thistoire l'atteste, cqlte doctrine a toujours été non-seulement enseignée par les docteurs, mais encore pratiquée par les fidèles. (La nécessité des conciles prouve précisément le contraire). Lorsque le Pajpe parle ex-cathedrâ, toute l'Eglise se soumet à sa parole, comme à la parole même de Dieu, et ceux qui la rejettent sont eux-mêmes rejetés hors de l'Eglise. La vérité de cette doctrine est donc certaine, et, dés lors, le dernier des fidèles a le droit (que devient l'autorité de l'Evoque ?)

de s'obliger par le lien sacré du vœu à la défendre envers ei contre tous, et d'engager ses frères à prendre le même engagement. Toutefois, on comprend qu'une proposition de cette nature, surtout dans les circonstances présentes, ne pouvait être faite publiquement par les feuilles catholiques dont le devoir est d'attendre en ces matières la direction de Yautorité ecclésiastique. (La Civiltà Cattôlica est donc plus qu'une feuille catnolique ; les Jésuites, qui la dirigent, sont 1 autorité, l'Eglise !) Nous sommes autorisés à croire que la Civiltà cattôlica^ dont tout le monde connaît la haute situation à Rome, ne la fait et n'engage la presse catholique à la reproduire qu'avec une pleme et entière certitude d'être approuvée. (Par qui? qui oserait la blâmer ?) Déjà beaucoup de journaux en Italie, en France, en Belgique et dans les autres parties de l'Europe, ont donné à leurs lecteurs l'artide de la revue romaine. Pour notre part, nous répondrons, autant qu'il est en nous, à son appel. L'accomplissement de ce devoir nous sera facile : par la grâce de Dieu, V Univers fut toujours fidèle à saint Pierre ; toujours il a défendu les prérogatives divines du vicaire de Jésus-Christ.

Du Lac.

Voici in extenso l'article de la Civiltà cattôlica r

La guerre déclarée par les impies à l'Eglise catholique semble consister tout entière, aujouid^hai, en assauts contre la Papauté, aussi bien contre ses prérogatives spirituelles que contre ses prérogatives temporelles. (Non. La guerre se fait surtout contre Dieu et la société, dont on sd préoccupe fort peu à Rome.) Nous ponrons nous eo réjouir au Hea^ de nous en alarmer, pmsqu'iei précisément s'élève la pterra inébranlable basée sur les promesses du divin fondatear de l'figlîSe. Et comme l'intérêt $upréme des Galholiques se porte sur le centre de TEglise universelle (ne devrait-t-il pas se porter avant tout sur la morale, qu'on oublie, sur la foi, qui s'eteintr et sur la constitution de rËglise, dont la ruine est la cause de tons nos désordres ?\ leur devoir suprême est aussi de se serrer autant que possible autour de centre. Cet accord universel dms Funité de la foi, de Tespérance et de la piété pour la défense da siège de saint Pierna, doit être le salut et la gloire de toute la catholicité.

ET LA FRAKCË. 233

Vu instinct surnaturel a déjà faâi pressentir ce devoir el inspiré cette confiance aux peuples catholiques. Sans prendre garde aux meoaces ni aux sopbismes, agissant an dehors de toute raison diplomatique, financière et stralégiaue, mais par le seul élan de teur dévouement au Chef de l'Ëgiise, ils ont organisé et développent, pour soulei^ir les droits du Pape, deux tributs : TiU) d^ argent ^ que payent les fidèles par des offrandes axi Denier de Saiut-Pierre ; l'autre de ianq^. que payent les voloniaires héroïques qui viennent s'enrôler sous le drapeau du Saint- Siège.

Ces deux tributs, sans doute^ sont un secours puissant dans les circonstances présentes et un éclatant témoignage des sentiments de foi et de dévouement des Catholiques de toutes Les nations pour la chaire de Pierre ; mais ne semble-t-il pas que ces mêmes sentiments pour cette chaire de vérité et pour le chef sur qui reposent toutes les espérances éternelles rie la famille humaine, pourraient se manifester plus pleinement par un troisième tribut^non plus d*argent,. non plus de sang, mais de l'intelligence, et par un héroïque engagement de toute Vâme ?

Avant d'expliquer ce que nous eniendons par ce nouveau tribut, nous placerons sous les yeux de nos lecteurs un exemple célèbre dans les fastes de l'Eglise.

Dans les siècles qui précédèrent la définition dogmatique de rimmaculée-Gonception de Marie, malgré la multiplicité des moyens donnés à la piété des fidèles de se répandre en témoignages de vénération et d*amour pour la Vierge mère de Dieu,, on vit les âmes d'élite, les plus élevées, les plus pures, les plus ardentes à montrer leur dévotion à la Reine des cieux, ne. pas se contenter du devoir - commun, mais s'appliquer avec zèle à célébrer, à bénir la doctrine non encore définie comme dogme de foi, de l'Immaculée Conception, et s'engager par- des serments et par des vœux à la défendre usque ad effusionem «anguinis, et cela parce que le Saint-Siège se montrait en toute occasion et de toutes manières favorable à cette pieuse croyance.

Or, en ce qui touche la dévotion pour le Saint-Siège et pour les successeurs de saint Pierre, on peut établir, bien que dans une toute autre proportion, une distinction analogue entre le strict devoir que personne ne peut transgresser sans devenir hérétique, et cette disposition généreuse de l'esprit et du cœur, par suite de laquelle un vrai catholique peut pousser à une plus haute perfection son culte pour L'autorité du Chef suprême de l'Eglise, en se soumettant â cette autorité sur un point Légitime, mais qui n'oblige pas au point de lui faire perdre le don de la foi s'il s'y refnsaiL

Certes, faire profession, de tenir pour vérité divine tout ce QU^enseigne V Eglise unie au Pape, de reconnaître dans le Pape une primauté d'honneur et de juridiction sur toute VEglise, de regarder comme une obligation de conscience d'être

et de ie maintenir en communion avec le Pape pour Vêtre avec l Eglise et avec Jésus-Christj est le strict devoir de tout Catholique, et ce devoir est d'un ordre si élevé, si sublime, qu'il ne s'accomplit que' par la vertu d'une foi vivante et de TEsprit- Saint. Le remplir comme le font aujourd'hui tant d'hommes instruits dans leurs écrits, tant de simples, fidèles par leurs offrandes, tant de pieux pèlerins qui accourent au centenaire de Saint-Pierre, c'est déjà une premicremanière de payer ce tribut de l'esprit et du coeur dû au suprême Maître de la vérité aue Jésus- Christ nous a donné, et, si pour demeurer fidèle à ce aevoir, on pour l'avoir proclamé par une manifestation non obligatoire, quelqu'un recevait la mort, très-certainement il aurait la couronne de martyr.

Mais, en dehors de la doctrine dogmatique et de commun devoir sur les droits de saint Pierre et de cnacun de ses successeurs, il existe une doctrine qui n'a pas encore été rangée parmi les dogmes explicites, bien quelle soit communément reçue et que l'universalité des docteurs Vappuie des plus fortet preuves: la doctrine de V infaillibilité du Pape^ définissant ex cathedra. Et nous croyons pouvoir provoquer, non pas toute âme pieuse, mais les âmes d'élite le^ plus éclairées, les plus généreuses, à se signaler par un acte de soumission et de vertu virile an-dessus du commun, en s'en^ageant par le lien sacré du vœu à soutenir cette doctrine, objet spécial et logitime de leur dévotion, comme s'engageaient autrefois les plus savants et les plus zélés serviteurs de Marie à défendre son Immaculée Conception.

Voici la formule rigoureuse de cette doctrine : elle consiste à affirmer que la parole du Pape, lorsqu'il prononce en vertu de sa charge de Maître universel de la foi et des mœurs, est une règle infaillible de foi à laquelle on doit plein assentiment, avant même que soit manifesté le commun assentiment de l'Eglise.

Nous n'avons pas besoin d'exposer les preuves de cette doctrine ; quelle que soit la voie poursuivie par les docteurs pour démontrer l'infaillibilité du Pape comme liée par une étroite connexion avec la règle de foi et avec toute l'histoire de l'Eglise, il nous suffit, à nous et à tous, de constater qu'en fait elle est admise dans l'Eglise, soutenue d'une manière irréfutable par presque toutes les écoles, et singulièrement propre à honorer la chaire de saint Pierre. Ce seul fait établi, qui ne voit que s'obliger par un vœu spécial à régler sur elle ses paroles est chose non-seulement permise, mais encore extrêmement louable ? c'est là tout ce qui importe pour le but que nous nous proposons, et nous pouvons faire abstraction du degré auquel cntte doctrine proxima fideiy cdmme la qualifie*) t généralement les docteurs les

Ï)lus autorisés, oblige par elle-même, soit en théorie, soit dans a pratique.

Cela entendu, il nous semble que, dans les circonstances présentes, la seule pensée qu'un tel engagement est licite, qu'il est digne de louange, qu'il est saint, doit dilater le cœur d'un grand nombre de catholiques, et que s'attacher par un vœu à la doctrine de l'infaiiiibilité du Pape sera pour eux une douce et noble consolation. Que de pieux clercs, que d'excellents prêtres, que de fervents religieux, et même que de bons laïques, se sentant dévorés d'un zèle impuissant, en présence des afflictions du Saint-Père, se sentiront apaisés en songeant qu'ils peuvent, eux aussi, offrir un tribut à saint Pierre. Ils se diront : l'obole que jo puis donner pour avoir part au mérite du tribut d'argent est bien peu de chose, et si je ne puis pas prendre les armes pour payer le tribut de mon sang, je puis offrir en tribut au Pape et à saint Pierre l'hommage de mon intelligence et de mon cœur, en m'obligeant par vœu à tenir pour infaillible la parole du Maître suprême lorsqu'il définit, du haut de la chaire de vérité, en matière de foi ou de morale.

Mais est-il vrai que ce tribut soit de telle nature qu'on ne puisse l'attendre que des pauvres et des faibles? qu'il, ne puisse être payé que par ceux qui n'ont pas autre chose ? Oh 1 non. Lorsque, pauvre et désarmé, l'homme d'Eglise ou le simple fidèle, ne pouvant offrir ni son or ni son sang, se retire humblement au pied de l'autel, et dit à saint Pierre . « Agréez du moins l'engagement de ma dévotion envers votre chaire et la parole de vos successeurs, » cette modestie est admirable ; mais est-ce une raison de croire que ce tribut soit le moindre, le dernier des tributs que le catholique puisse offrir dans les jours où nous sommes pour le soutien de l'Eglise? Loin de là: quel tribut peur mieux convenir au Maître de la vérité que la soumission de rintelligence ?

La vraie force, la vraie richesse de l'Eglise de Jésus-Christ n'est-elle pas dans la foi, dans le courage, dans l'ardeur du zèle à rendre, s'il le faut, et même au prix de la vie, témoignage de ses droits?

Disons-le donc, ce tribut des esprits dociles et dévoués à la parole de Pierre est le plus digne de lui, le plus salutaire à l'Eglise, le plus noble pour une âme aux sentiments élevés et généreux.

Ces considérations seront accueillies par ces modestes zélateurs de l'honneur de la jpapauté, qui déjà se sont spontané^ ment engagés par vœu a soutenir Tinfaillibilit^; mais nous voudrions les recommander aussi à la piété, à la sagesse, au zèle de ceux qui par leur charge ont mission de diriger la dé- Totion des simples, l'éducation du clergé, et de veiller aux intérêts du peuple chrétien .

Entre toutes les tribulations qui pèsent sur l'Eglise catholique, par suite de la situation faite présentement au Saint-Siège, l'une des plus déplorables et des plus funestes est la défection de ces

hommes aaî, voyant la Chaire de saint Pierre assaillie d'ennemis dont I astuce cherche tantôt à la sédnire par l'appât des espérances mondaines, tantôt à l'épouvanter par des menaces d'opprobre et de spoliation, se sont inclinés devant les idées nouvelles. Et plût à Dieu qu'ils n'eussent fait que se déshonorer «t se perdre eax-mêmesf Le bon sens du peuple chrétien eût suffi pour frapper ces misérables de l'anathème qu'ils ont mérité. Mais éprouvant le besoin de se justifier, s'appiiquant à çagocrr la faveur des puissants, jetant l'antation dans les espnts, ils s'efforcent par leurs écrits et par leurs manœuvres de donner consistance au plusbonteux des schismes, à un. schisme non seulement maudit par le Pontife, qu'il plonge dans raffliction, et détesté des peuples, qu'il indigne, mais encore tourné en dérision par ceux-là même pour le service desquels ils ont entrepris de l'établir.

Faut-il en venir à ime polémique avec de tels hommes? Seroni-ils déconcertés par les censures fulminées contre eux? Le véritable moyen de^leur enlever la possibilité de nuire, de les réduire à néant, c'est celui que Ton emploie dans les incendies: les isoler et les laisser se consumer eux-mêmes. Cela toutefois ne suffit pas. 11 faut encore que, dans U partie saine du peuple et du clergé, se fortifie l'étude de la )}ure doctrine des écoles sincèrement catholiqu's touchant l'infaillibilité du Pape ; il faut ffue cette doctrine devienne l'objet d'un engagement spécial et d'une dévotion particulière, pour servir de soutien et de règle à quiconque a de Tintelli^^ence et du cœur.

Lorsqu'on étudie l'histoire des hérésies et des schismes contre lesquels l'Eglise a eu toujours à combattre et qu'elle a toujours vaincus, il est aisé de constater que Terreur apparaissait toujours comme une nouveauté el le schisme comme une révolte. L'ensemble des vérités néees^^aires au salut n'était pas oubHé, et l'on n'ignorait pas les droits de l'autorité. En réalité, aucune hérésie ne fut jamais réfutée que par le simple exposé de la tradition et delà possession antérieure; aucun schismene fat jamais condamné qu'en vertu des droits en vigueur, déjà reconnus. Et cependant les controverses, les conciles n'ont en aucun temps mis fin à la propagation des hérésies ou des schismes. Pourquoi cela ? parce que de semblables pestes se répandaient et trouvaient accès cfacz les nations chrétiennes, à la faveur de la mollesse résultant soit de leur ignorance, soit d'uni piété attiédie, soit des mœurs,8oit des passions mondaines.

Mais lorsque, affaiblies, malades ou en danger prochain de !• devenir, les nations et les Eglises particulières revenaient à la vie de la fsi et de la morale catholique, comment s'opérait eetts guérison? C'est un fait constant de l^lnsfoire ecclésiastique, fW datKS ces occurrences, pendant -que les controverses, les anatnémes et les canons eeeléstastiqaes contrilmaient à mettre en IQ* mière, mè^e pour les aveugles voltMitaires, la vérité de fa doe-

ET LA FUA:yCE. 239

trine et la légîtimilé des droits de l'Eglise (mais souyeat aviuc trop pea d'e^cacité pour gui>rir ces aveugles, ces malades, tes hammes prêts à perdre pour toujours le trésor de la vérité et do ia grâce vivifiante)^ une Jlamm« de TEsprit-Saint, desçeodue do ciel dans quelques cœurs par ia miséricorde divitie, les péoétrait d'une ferveur de vertu extraordinaire, d'une mervcillease générosité, de zèle pour l'honneur de Dieu et pour le sâlut de FËglise; en un mot, quelque noble e\era»le était donné qui, attirant les âmes, excitait une ardeur semluable dao^i le peuple et dans le clergé. Dans tous Iqs temps, pour relever la cause dâ la vérité et du droit, l'énergie de la vertu, Théroïsme de la foi et dn courage ont plus fait que la science et l'autorité.

En «orte qa^on ne saurait retracer l'hisloire des hérésies sans avoir à enregistrer â côtê de chacune dVIles, au moment même de ses triomphes et en opposition avec ses vices >ies plu» Lulimes, et comme principe ou occasion de sa défaite, l'origine smt d'un ordre religieux, soit d'une pieuse institution ecciésiastigue, soit d'une dévotion populaire née pour répandre l'esprit de piété, (îe pénitence, de. zèle pour les œuvres de miséricorde, souvent h'immolation de glorieux martyrs, et toujours le nom de quel- (jue saint devenu le prédicateur autorisé de la vérité, parce qu'il s'était voué à toutes sortes de sacrifices-

On ne réussira pas aujourd'hui par d'autres moyens. La généreuse ferveur d'un groupe d'hommes, même en très-petit nombre, qui se consacrent sincèrement par amour de Dieu et par un vœu spontané à soutenir les droits du Saint-Siège, jusqu'aux dernières limiies que marque la saine théologie, tel est, Don pas certainement le seul, mais l'un des plus puissants se-i cours que le Saint-Esprit semble vooloir donner en ce temps aux ' peuples et à l'Eglise romaine.

Et que ne peut le moindre germe de foi, fût-il aussi petit qu'un grain de sénevé ? Dieu se plaît tellement à gloriiier sa puissance par les moyens en apparence les plus disproportionnés, que, sans être prophètes, en considérant seulement combien petite, combien ignorée et timide sera d'abord cette milice dévouée de saint Pierre, il nous semble qu'on doit en atteodive ; des prodiges. Mais sans aucun prodige, voici un premier effet I de ce dessin que nous pouvons prévoir. Beaucoup de personnes voudront revoir cette partie de la tb&ologie qui établit les fondements dp la doctrine de l'infaîllibilité du Pape, et ce sera un double ;ain de science et de foi. D'autres, pus empressés de se voner au service de saint Pierre et de l'mfaiilibilit^^ de ses successeurs, çt bien que sachant seuls par quel vœu ils sont liés, seront désormais plus attentif et j^lus prudents, soit en ' lisant^ soit en écoutant les sophismes qui ont cours en favenr ; des doctrines schismatîques, ^us courageux et plus habiles à ! confondre les adversaires du daint-Siége, plus zélés à instruira Its peuples de la soutnissîon qu'ils doivent an Pasteur suprême.

D'autres sauront mettre à profit leurs amitiés, les influences dont ils jouissent et tant d occasions qui se présentent dans l'exercice ries de\oirs de chaque état, pour insinuer et propager la même dévotion parmi les âmes généreuses ; et tons, par le mérite surnaturel cTun acte héroïque tel que ce vœu, élevés à un plus haut degré de grâce, plus 'éclairés dans les choses de Dieu et du salut du monde, plus forts et plus ardents dans l'accomplissement de leurs devoirs, en un mot, devenus meilleurs en eux-mêmes, meilleurs d'esprit et de cœur, seront d'un exemple plus éclatant, donneront plus d'appui et procureront plus d'honneur à l'Eglise.

Attendant avec impatience le temps où de tels avantages pourront se faire sentir et se répandre pour la plus grande gloire de l'autorité apostolique et l'obéissance catholique, quelqu'un pourra se demander s'il serait préférable de donoer à cette dévotion une forme extérieure d'association par des confiéries organisées en divers lieux, on s'il ne vaudrait pas mieux la restreindre à la prati(iue privée des cœurs de bonne volonté.

Le mieux, à notre avis, c'est de ne pas même penser à cet(e question ; le mieux ne consiste pas dans telle ou telle forme, mais dans la latitude laissée à l'une ou à l'autre ; de telle sorte que le bon esprit ait toute liberté de pénétrer et d'opérer daos les âmes, suivant les dispositions de chacun ou les circonstances extérieures, et surtout suivant la direction que peuvent vouloir donner à cette dévotion les Evèqueci, soit dans les séminaires, soit au dehors, dans le clergé et dans le peuple. C'est ainsi qu'a procédé la dévotion pour la Vierge Immaculée. Ici, elle excitait les peuples et le clergé à former des congrégations qui professaient publiquement la pieuse croyance favorisée par le Sainl-Siége ; ailleurs, elle déterminait les Universités à s'obliger sous serment à la défendre ; partout elle inspirait aux âmes les plus rares et les plus sublimes de se consacrer par des vœux purement personnels à la soutenir, même s'il lemllait en donnant leur vie, pour honorer Marie dans ce mystère objet de leur amour.

Laissons donc le bon esprit de foi et de soumission souffler où il veut et comme il veut, et se manifester par toutes sortes d'effets salutaires. Certes, à cette heure même, sans aucune forme d'association où l'on puisse compter les noms des noa- Teaux champions de saint Pierre, chaque fidèle peut se donner la consolation de penser que déjà il trest pas seul; qu'au contraire, de toutes parts, un grand nombre d'âmes sont unies avec lui en une même intention, et que les mérites et les efforts de chacun pour la défense du Saint-Siège forment déjà un trésor devenu commun à tous les membres de cette sainte milice.

Mais ne pourra-t-il y avoir, comme signe du lien commun qui unit tous les dévots à saint Pierre, une commune foroauld du vœu proposé? Nous n'avons pas autorité pour prescrire une

lelle formuje ; toutefois, nous croyons pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs celle que nous suggère en ce moment notre dévotion. Elle serait conçue en ces termes :

Bienlieureux prince des Apôtres, saint Pierre^

Moi {N. N,)f animé du désir de Vous offrir, et en Vous à vos successeurs dans la 'Chaire apostolique, Un tribut particulier de dévotion qui puisse, d'une part, compenser pour Vous et pour V Eglise les outrages faits au Siège romain, et gui, d'autre part, m'oblige à le mieux honorer, je fais vœu de tenir et professer en toute occasion, même au prix de mon sang, la doctrine dèjù la plus communément reçue parmi les Catholic^ues, d'après laquelle « le Pape, définissant 'par son

I autorite, en qualité de Maître universel et, comme ^ on dit, EX CATHEDRA, ce que l'on doit erovre en matière de foi ou de mœurs, est infaillible, et qu'ainsi ses décrets dogmatiques sont irréformables et obligent en conscience, même avant d'être suivis de l'assentiment de l'Eglise. »

Qu'il vous plaise, ô très-glorieux saint Pierre, offrir en mon nom ce vœu au divin fondateur de l'Eglise, de qui vous tenez, vous et vos successeurs, toutes les prérogatives du Souverain Pontificat et du suprême Magistère. Obtenez^moi d'être désormais si attaché à votre Chaire, et si docile à l'autorité de vos successeurs, qu'une constante fermeté dans la foi ' me fasse participer au souverain bien de n'errer jamais dans

* la voie du salut. a

Chacun comprend que le préambule et la conclusion de cette formule peuvent s'exprimer de diverses façons; mais ce qui doit être dit en termes précis, c'est l'exposé de la doctrine que nous avons" mis entre guillemets. Cet exposé même peut encore être ramené à une forme plus concise.

Plusieurs trouveront peut-être que l'objet "et la matière du vœu sont trop restreints, attendu que le devoir et la dévotion envers le Saint-Siège s'étendent beaucoup au delà. Mais comme il s'agit d'un vœu, cela, au moins quant à présent, peut paraître suffisant.

Les indications qui précèdent pourront être une consolation, nous en avons l'espérance, pour un grand nombre de Catholiques, des plus généreux et des plus pieux. Ils se sentiront remplis de joie à celte proposition d'un nouveau tribut à offrir à saint Pierre: tribut spirituel et de dévotion, le plus précieux de tous, et qui n'excède en rien les ressources de tant de fidèles qui, ayant tout ce qu'il faut pour servir la cause de l'Eglise par le talent et par le courage, se trouvent cependant dans Fim-

Mi LA COUR l>E ROMI^

possibilité, soit de soutenir ses finances par de larges offrandes, eoit de porter les armes pour elle.

Il nous semble que, pour proposer le projet que nous venons d'exposer, il ne pouvait se rencontrer de moment plus opportun que celui de la fôte du Centenaire de saint Pierre, puisque nous avons ainsi l'occasion xi'offrir au grand Apôtre, précisément en cette solennité célébrée en son honneur, un tel témoignage d'amour et de dévotion spéciale. 11 aura, nous n'en doutons pas un seul instant, l'approbation de tous les zélateurs de la gloire de saint Pierre, et principalement de tous nos confrères de la presse catholique.

Les Prélats, les grands du monde et les humbles fidèles, accourus en si grand nombre de& cent villes de l'Italie et de mille autres villes de toutes les contrées de la terre, dans la Cité sainte, sentiront leurs yeux ravis au spectacle des pompes sacrées, pendant lesquelles sera versé le nouveau tribut de l'or offert à l'occasion de cette grande solennité. Leurs regards se porteront aussi avec une sympathie singulière sur cette petite et incomparable milice de héros prêts à verser le tribut de leur sang ;' mais dans la contemplation de cette fête grandiose, ils ne verront pas jusqu'à quel point nous pourrons avoir contribué à en accroître l'éclat par fa proposition d'un vœu qui est le tribut des intelligences soumises et inébranlables dans leur résolution à l'infaillibilité pontificale. Ils ne verront rien de cet autre spectacle non moins sublime, parce que ce tribut est tout spirituel ; parce que le nombre de ceux qui, avant ce jour ou eu cejour même, auront prononcé le vœu, pourra être petit, et parce que, quel que soit leur nombre, persoiVne ne pourra les reconnaître ni les compter.

Mais l'apôtre saint Pierre, du haul de son trône céleste, contemplera avec une complaisance singulière cette troupe de nouveaux champions; il discernera chacun d'eux et les bénira par cette affectueuse parole de père qu'il voudrait pouvoir a'dresser à chacun des fidèles : Quasi filii obedientiœ^ mais qui s'appliquera d'une manièie toute spéciale à ceux qui lui offrent ce vœu d'héroïque soumission. Et il sera beau de le lui offrir en ce jour solennel de sa fête séculaire.

Du reste, la gloire de cette dévote milice ne sera pas seulement toute spirituelle ; elte ne sera pas absolument ignorée de no« compatriotes ni des étrangers. Nous avons la confiance qu'après cet humble appel, d'autres, en grand nombre, et |>Im« i?uissants que' nous, se feront dans toute l'Italie les échos de notre faible voix. On saura qu'au jour solennel du Centenaire, inconnus les uns des autres, ne portant aucune devise particulière, ne se trouvant réunis en aucun groupe distinct, autour de la Chaire ou de la confession de saint Pierre, des prêtres et des docteurs à tête blanche et vénérable sont venus s'incliner, offrant l'hommage de l'intelligence à l'infaillible parole du Vicaire du

Christ; que des cœurs ardents, de jeunes lévites Sont venus prendre l'engagement de mourir pour la défense de cette prérogative du Pape: Tinfaillibilité ; que des laïques illustres et aussi des âmes simples, mais ayant reçu des dons sublimes, avec la sagesse qui s'attache au seul Maître qui ne peut errer, sont venus offrir leur vie pour la défense de sa Chaire.

On le saura, et il est impossible qu'on n'en parle pas : on en parlera surtout avec empressement aux étrangers.

Plusieurs des nobles pèlerins accourus pour honorer la commémoration séculaire de saint Pierre, remporteront dans leur patrie, comme une belle et précieuse récompense, il nous est doux, de l'espérer, l'idée de ce tribut que nous proposons, et du vœu dans lequel il consiste, de l'établissement d'une phalange sacrée qui en puisse assumer et glorifier la profession. Ce dessein sera fécond dans leur cœur, et leur donnera le moyen de répandre autour d'eux, en beaucoup d'autres âmjs, un principe de force qui se développera' surtout dans les centres divers d'éducation, d'éludé, de piété exemplaire et généreuse, établis en si grand nombre dans les pays catholiques. Puisse-t-il ei être, ainsi, pour l'honneur et la gloire de Notre-Seigneur Jésus- Christ et de Celui qui, pour nous, le représente sur la terre \-

Préface i

Action générale de la Cour de Rome depuis trois siècles. — Chute des nations catholiques; élévation des nations protestantes 7

La Cour de Rome et la France. — Naissance de la Congrégation en 1813.^— BonaJd et Frayssinous. — Union de l'Église et de l'État 11

Restauration. Première époque : 1815 à 1820. — Le Conservateur. — Le Défenseur. — Ronald et Chateaubriand. — Lo trône et l'autel ne font qu'un. — Les ultramoutains condamnent toutes libertés 17

Restauration. DeDxièmè époque : 1820 à 1825. — Le Mémorial catholique. -^ Lamennais et Montlosier. — Le trône et l'autel se séparent. — Malédictions et impréca- ' tiens des nltramontains 26

Restauration. Troisième époque : 1825 à 1830. — Lutte du trône et de Tauiel ; les Jésuites, les conflits. — Dénonciation aux Cours royales par Montlosier. — Saint- Acheul. — La Congrégation s'organise .-"... : 31

Restauration. Suite de la lutte. Agitation religieuse. — Loi de 1828. — Dispersion des Jésuites. — Vœux coupables, de M. Laurentie. — Brusque conversion de M. de La mennais. — Programme libéral de revenir. —^Importani témoignage de M. de Vatimesnil 39

Monarchie de Juillet: 1831. — Agence. générale pour la défense de la liberté religieuse. — Lamennais, Lacordaire, Montalembert. — Écoles libres. — Les ultramontains réclament toutes les liÏDertés et la Séparation de l'Église et de l'État * 53

Monarchie de Juillet : 18^. — Nouvelle agitation religieuse contre l'Université. — Le marquis de Régnon et le duc de Valmy. — Les nltramontains redemandent la Séparation. — Négociations de M. Rossi à Rome. — Les Jésuites obligés de so disperser 60

TABLE DES MATIÈUES'. %1

Empire. Loi &e 18^ qui livre l'enseignement aux Jésuites. — Le coup d'État les introduit partout, au conseil d'État, au barreau," dans l'armée. — Ils veulent détruire TUniversité. — Audacieuse apologie de l'Inquisition. — Soulèvement de la conscience publique 70

Empire : 1860. —Campagne d'Italie. — L'union libérale se forme. — La question romaine. — Violente agitation religieuse. — Guerre du Mexique. — Politique implacable des ultramontains ~. 80

Empire. Convention de septembre. — Reprise de l'agitation religieuse. — Le gouvernement soulève les ultramontains contre les catholiques libéraux. — Le Syllabus est reçu en France. — L'infaillibilité est proclamée. — La guerre éclate. — Prévisions 86

L'altramontanisme d'après les documents officiels et ses actes. — Concordat autrichien. — Droit de proscrire la vérité. — Galilée. — Jurisprudence des Congrégations romaines. — La prêtrise donne la noblesse. — Droit de déposer les rois. — L'Église a le pouvoir coercitif. — Politique constante de la Cour de Rome d'après -Pâllavicini. — Conclusion 91

Un collège de Jésuites 119

Une PÉTitiON AU Sénat 135

Il n-t a plus de Concordat 195

pièces justificatives.

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