‹ La cour et le regne de Paul Ier;Chapitre 26 sur 54 · D AVARAY · texte numérisé non relu

D AVARAY

Pendant longtemps et notamment pendant son séjour à Vérone, le roi Louis XVIII accordait toute sa confiance au comte d'Avaray, son capitaine des gardes, Il avait disposé avec intelligence des relais lorsque son prince se sauva de la France et le roi, heureux d'un prétexte qui justifiait à ses yeux une faveur, d'ailleurs sans excuse, affectait de répéter qu'il lui devait la vie. Il lui permit à cette occasion de prendre les armes de France au milieu des siennes, des armes de la famille de Béziade ! et d'y ajouter, au lieu de devise, la date du jour où ils avaient franchi ensemble les frontières du royaume. Je pris la liberté de demander ce qu'eût fait de plus le roi Louis XVI en faveur du marquis de Bouille, si le voyage de Varennes eût réussi. Mais l'aveuglement du maître ne pouvait être égalé que par l'insolence du petit homme, qui le traitait souvent de manière à embarrasser les assistants et, se mêlant de

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tout avec une assurance extrême, faisait le plus grand tort à ses affaires.

Un jour, au moment où l'on pouvait le moins s'en flatter, arriva, au risque de sa vie, ayant traversé toute la France, un aide de camp de confiance de M. de Charette, chef de la Vendée. Il apportait des nouvelles et des propositions de la plus haute importance et des plans aussi sages que ceux du conseil de Vérone Tétaient peu. A peine ce brave eùt-il été introduit dans le cabinet du roi, que M. d'Avaray y entra par la porte du fond et sans autre façon fut se jeter dans un fauteuil. «Sire! quiestdonccethomme-là? ditle Vendéen stupéfait. — C'est, répondit le roi fort embarrassé de l'insolence du favori et de l'indigne question du guerrier, c'est le comte d'Avaray, qui m'a sauvé la vie et qui me ramènera en France. — Il est bien singulier, Sire, que nous ne l'ayons jamais entendu nommer. Un homme aussi digne de vos bontés devrait être envoyé à M. de Gharette. " La conversation devint embarrassante et, pour comble de maladresse, le favori voulant, comme on dit, rompre les chiens, tira sa montre et comme si le roi n'y était pas, dit : « Il est six heures, je vais vous conduire à l'Opéra. » — « Il y a six ans que les bons Français n'y vont plus, » et le Vendéen, après avoir jeté sur le petit homme un regard de mépris, sortit du cabinet sans attendre les ordres du roi et de Vérone sans lui en faire demander. Il nous dit, au comte d'Antraigues et à moi : « Avertissez le roi, que si jamais il nous amenait de telsb... dans la Vendée, nous commencerions par les faire brancher (pendre) . »

Gomme j'avais dans mes instructions d'être aux ordres des princes français autant que je le jugerais

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