FIN
Ken lui ayant de nouveau proposé de recevoir les sacrements, selon le rite anglican, « — J'ai fait ma paix avec Dieu, » répondit Charles, en l'écartant d'un geste courtois de la main (i).
La soirée était très avancée. On conduisit au chevet du mourant ses enfants naturels : les ducs de Crafton, de Southampton et de Northumberland, fils de la duchesse de Cleveland, le duc de Saint-Albans, fils d'Eléonore Gwynn et le duc de Richmond, fils de la duchesse de Portsmouth. Il leur donna à tous sa bénédiction, mais parla au duc de Richmond avec une tendresse particulière. Vers deux heures du matin, Charles qui souffrait beaucoup et se plaignait de sentir intérieurement un feu brûlant, eut quelques instants d'entretien avec son frère. Il l'assura de son affection très tendre, l'appela le meilleur des frères et des amis et lui dit que c'était avec joie qu'il lui remettait tout. Il lui recommanda la duchesse de Portsmouth, disant qu'il l'avait toujours aimée et qu'il l'aimait jusqu'au dernier soupir, et qu'il la recommandait aux bontés de son frère, ainsi que son fils. Il lui demanda aussi de prendre soin de ses autres enfants. Il s'abstint seulement de parler du duc de Monmouth qu'il avait dû exiler pour conspiration contre lui (2). a Ne laissez pas mourir de faim la pauvre Nelly! » dit- il encore.
Quand les premières lueurs du matin commencèrent à percer les fenêtres de Whitehall, il demanda qu'on les ouvrît. « Je veux voir encore le soleil », dit-il. Il fit des ex-
(1) Comtesse de Gourson. La Persécution des catholiques en Angleterre, p. 299.
(2) Le duc de Monmouth s'était associé au complot whig avec Essex, Sidney et Russel, au moment où la conjuration de Rye-House se proposait comme but, non plus de soulever la nation contre le gouvernement, mais d'assassiner le roi et son frère.
Dès cette époque, le duc de Monmouth fut, pour les Anglais du parti protestant, un Téritable martyr de la bonne cause. Ils avaient tous, pour lui, les yeux pleins d'admiration de Dryden qui en trace un si beau portrait dans son Absalon et Achitophel : « Quoi qu'il fit, il le faisait avec tant d'aisance, qu'en lui seul le don de plaire était un don de la nature. La grâce accompagnait tous ses mouvements et le Paradis se révélait sur sa figure. >
FIN DE REGNE
Reine et à Monseigneur le
Gaxette
Dauphin, (font elles furent fort bien reçues.
de France, novembru 1G73. (Biblioth. Nationale. Estampes. Coll. Hennin.)
cuses à ceux qui l'avaient entouré toute la nuit de l'embarras qu'il leur causait. « Il avait mis à mourir un temps déraisonnable, mais il espérait qu'ils voudraient bien lui pardonner. » Ainsi, il mourait en gentilhomme, avec cette parfaite courtoisie qui faisait de lui, chez les Anglais, comme de son modèle, Louis XIV chez les Français, le plus poli des seigneurs de son royaume. (Cependant, il s'affaiblissait rapidement. Vers huit heures, il perdit la parole; avant dix heures, il n'avait plus sa connaissance, et vers midi, le 6 février i685, après un règne de vingtcinq ans, il rendit doucement le dernier soupir.