‹ La cour galante de Charles II [microform], d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 18 sur 22 · M^^N^V^^'^V^^'^^^^^^^^^^^AA · texte numérisé non relu

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(1) Forneron. Louise de Keroualle, 173.

(2) Sidney. Diary, t. I, 232.

(3) Jesse. Memoirs, t. III, p. 377.

(4) Sidney. Diary, t. I, 226.

FIN DE REGNE

elle est reçue à Saint-Cloud par le roi et comblée de présents, ainsi que son fils. Un jour de grande fête qu'elle va aux Capucins de la rue Saint-Honoré, les pauvres religieux sortent en procession pour la recevoir. N'est-elle pas la protectrice des catholiques anglais persécutés et n'est-ce pas à elle qu'ils doivent le peu de répit qui leur est laissé? Aussi, lorsqu'en i683, à la suite du voyage en Angleterre du grand prieur de Vendôme, elle s'éprend d'une belle passion pour ce petit-fils d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, Barillon intervient pour mettre fin à cette galanterie en faisant partir le galant. Charles II, que les tête-à-tête de Vendôme ont tiré de son indolence et de son indifférence ordinaires, n'a vu dans le grand prieur qu'un indiscret et sa conduite envers la duchesse, à cette époque, témoigne d'un redoublement d'affection et de confiance. On lui a sauvé la mise (i). On fait mieux. On la réconcilie avec le duc d'York, qui s'engage à assurer le sort de la duchesse, en plaçant sur la tête du duc de Richmond un capital qui la rende indépendante. Pour ses services, la pension qui lui est comptée est bien peu. Si elle est pensionnée par la France, tout le monde l'est comme elle. Les dépêches de Barillon constatent que lord Arlington, lady Shrewsbury, lady Hollis, lord Saint Albans, Montagne et jusqu'à lord Sunderland, malgré les injures de sa femme à la duchesse de Portsmouth, sont également des pensionnaires de Louis XIV (2).

C'est encore un pensionnaire de la France que le roi Charles. Témoin cette pièce : « J'ai reçu du Roi Très Chrétien, par les mains de M. Courtin, la somme de cent mille écus, monnaie de France, pour le second quartier qui est échu le dernier jour de juin en déduction des quatre cent mille écus payables à la fin de l'année (3). » Quoi

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(1) Jameson. Memoirg, 288.

(2) Jameson. Memoirs ^ 284.

(3) Archives des Affaires étrangères : Angleterre, vol. 121. 25 septembre 1676.

d'étonnant ! Lorsque quelques années avant, Fouquet a fait proposer à Clarendon un pot de vin de dix mille livres sterling et autant tous les ans, s'il faisait aboutir un projet d'alliance, et que Clarendon a décliné la proposition, la première parole du roi et du duc d'York n'a-t-elle pas été pour l'engager à accepter cette offre (i).

Les nationalistes anglais se répandent en menaces. Un jour, on affiche dans Londres un placard sommant le roi de renvoyer la Portsmouth (2). Son beau-frère, le comte de Penbroke, qui est en querelle avec elle, lui répond crûment que si elle ose porter contre lui ses plaintes du roi, il la placera au milieu du carrefour le plus fréquenté de Londres, la tête en bas, les jambes en l'air, afin que le peuple puisse voir à son aise ce qui cause la ruine de l'Angleterre (3). Au-dessous de son portrait, on trouve un jour inscrits les vers suivants : « Qui pourrait jeter les yeux sur ce portrait sans se demander, au comble de l'étonnement, comment une créature aussi platement niaise a pu réduire un roi au rôle de mendiant, faire verser des pleurs à trois heureuses nations, changer en crainte leur ancienne amitié, ruiner les grands et élever les petits, et néanmoins les trahir tous, les uns après les autres? Naissance basse, éducation vulgaire, malgré cela, elle commande à cette nation, car la moitié de Whitehall lui fait la cour, si l'autre moitié s'en fait un but de raillerie. C'est elle qui apprivoisa Monmouth, qui protégea Jeffrey. Ennemie de l'Angleterre, espion de la France, trompeuse et sale, fière et effrontée, laide ainsi que vous le pouvez voir et vieille (4). » Puis, c'est Marwell qui l'insulte. « Cette Carwell, cette incestueuse

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(1) Burnet. Histoire d'Angleterre, p. 333.

(2) Misson. Memoirn^ 204.

(3) Walpole. -4/iec<fo^e5 of painting^ 464.

f4) Jesse. Memoirs^ t. III, p. 201. — Un poète contemporain écrit : « Cette fi^re d'enfant que voilà, ces yeax noirs, à mon avis, ne devraient point surprendre l'amour d'un héros. Nul homme ayant des yeux ne vit jamais dans cette face à la française un tel degré de beauté, d'élégance et de charme gracieux.

FIN DE RÈGNE 17

catin enivra notre très sacré souverain et, quand il fut ivre, se fit donner le baiser que le royaume doit maudire encore

aujourd'hui (i). »

Ces cris de colère nont rien changé à la Cour. On y mène toujours joyeuse vie, sans se préoccuper du qu'en dira-t-on. La seule chose qui tranche sur la vie quotidienne, ce sont les coups du malin Cupidon. Il y a parmi les filles d'honneur de la duchesse d'York un laideron s'il en fut. C'est Arabella Churchill, la sœur de ce jeune Churchill qui prélude à ses victoires en mettant à rançon M™« Castlemaine.

Arabella monte mal à cheval.

Un jour que l'on court au lévrier, le duc est

près d'elle et lui fait des reproches sur sa mauvaise tenue. Son cheval, qu'elle tient mal en main, se met au galop, s'échauffe et part enfin à toutes jambes. MUe Churchill chancelle, pousse quelques cris et tombe. Mais sa chute est si adroite, si indiscrète qu'elle découvre ce que les bienséances font couvrir d'habitude. Le duc, qui a mis

Lady Susan Bellasys.

Portrait par Huysmans, gravé par Thomas Wright.

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(1) Jesse. Mémoire^ III, 199.

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d*étonnant ! Lorsque quelques années avant, Fouquet a fait proposer à Glarendon un pot de vin de dix mille livres sterling et autant tous les ans, s'il faisait aboutir un projet d'alliance, et que Glarendon a décliné la proposition, la première parole du roi et du duc d'York n'a-t-elle pas été pour l'engager à accepter cette offre (i).

Les nationalistes anglais se répandent en menaces. Un jour, on affiche dans Londres un placard sommant le roi de renvoyer la Portsmouth (2). Son beau-frère, le comte de Penbroke, qui est en querelle avec elle, lui répond crûment que si elle ose porter contre lui ses plaintes du roi, il la placera au milieu du carrefour le plus fréquenté de Londres, la tête en bas, les jambes en l'air, afin que le peuple puisse voir à son aise ce qui cause la ruine de l'Angleterre (3). Au-dessous de son portrait, on trouve un jour inscrits les vers suivants : « Qui pourrait jeter les yeux sur ce portrait sans se demander, au comble de l'étonnement, comment une créature aussi platement niaise a pu réduire un roi au rôle de mendiant, faire verser des pleurs à trois heureuses nations, changer en crainte leur ancienne amitié, ruiner les grands et élever les petits, et néanmoins les trahir tous, les uns après les autres? Naissance basse, éducation vulgaire, malgré cela, elle commande à cette nation, car la moitié de Whitehall lui fait la cour, si l'autre moitié s'en fait un but de raillerie. C'est elle qui apprivoisa Monmouth, qui protégea Jeffrey. Ennemie de l'Angleterre, espion de la France, trompeuse et sale, fière et effrontée, laide ainsi que vous le pouvez voir et vieille (4). » Puis, c'est Marwelî qui l'insulte. « Cette Carwell, cette incestueuse

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(1) Burnet. Histoire d'Angleterre^ p. 333.

(2) Misson. Memoirs, 204.

(3) Vf alpole. Anecdotes of painting^ 464.

(4) Jesse. Memoirsy t. III, p. 201. — Un poète contemporain écrit : « Cette fi^re d'enfant que voilà, ces yeux noirs, à mon avis, ne devraient point surprendre l'amour d'un héros. Nul homme ayant des yeux ne vit jamais dans cette face à la française un tel degré de beauté, d'élégance et de charme gracieux.

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catin enivra notre très sacré souverain et, quand il fut ivre, se fit donner le baiser que le royaume doit maudire encore

aujourd'hui (i). »

Ces cris de colère n ont rien changé à la Cour. On y

mène toujours joyeuse vie, sans se préoccuper du qu'en

dira-t-on. La

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Un jour que l'on court au lévrier, le duc est

près d'elle et lui fait des reproches sur sa mauvaise tenue. Son cheval, qu'elle tient mal en main, se met au galop, s'échauffe et part enfin à toutes jambes. M^e Churchill chancelle, pousse quelques cris et tombe. Mais sa chute est si adroite, si indiscrète qu'elle découvre ce que les bienséances font couvrir d'habitude. Le duc, qui a mis

(1) Jesse. MemoirSf III, 199.

Lady Susan Bellasys.

Portrait par Huysmans, gravé par Thomas Wright.

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pied à terre pour la secourir, est ébloui de la beauté d'un corps qu'annonçait si peu la figure. Bref, sur la fin de l'hiver qui suivit cet automne, on s'aperçoit qu'elle n'a point tenu le prince à distance et c'est de cette mésaventure de chasse que résultent les Fitz-James et le maréchal de Berwick (i). La duchesse d'York est inquiétée par d'autres qu'Arabella Churchill. Celle qui règne sur James, d'un empire aussi persistant que la Castlemaine sur Charles II, c'est Catherine Sedley qui est sa maîtresse avant son accession au trône et qu'un de ses premiers actes souverains sera de faire baronne de Darlington et comtesse de Dorchester. Elle n'est pas belle et elle le sait. « Je ne sais quelle qualité porte Jacques à choisir ses maîtresses ; aucune de nous n'est jolie et si nous avons de l'esprit il n'en a pas assez pour s'en apercevoir (2) », dit-elle.

Malgré son existence de plaisirs, Jacques s'est converti au catholicisme dès 1669 et a fait son abjuration entre les mains d'un jésuite, le père Emmanuel Lobb (3). Sa femme, Anne Hyde, est au courant de sa conversion. Malade depuis des années, elle mène une vie retirée et pieuse, mais soudain, elle cesse de participer aux sacrements de l'Église anglicane. Enfin, quelques mois avant sa mort, survenue en 1671, elle abjure à son tour entre les mains d'un franciscain (4). Deux ans plus tard, le duc d'York songe à se remarier. Un moment, il s'est proposé d'épouser lady Bellasys dont il est épris. Charles II s'est opposé au mariage. « Il suffit, dit-il, de faire une folie dans sa vie. » Jacques alors veut épouser une catholique. La princesse, dont il a fait choix, est Marie-Béatrice-Eléonore d'Esté, fille du duc de Modène et le mariage est célébré à la fois sous la forme

(1) Uamillon. Mémoires de Grammontj ch. XIII. — Jesse. Memoirs, III, p. 510.

(2) Jesse. Memoirs, III, 504-506.

(3) Comtesse de Courson. La Persécution des catholiques en Angleterre, p. 36.

(4) Comtesse de Courson. La Persécution des catholiques en Angleterre, p. 35.

catholique et selon le rite anglican. Ce nouveau mariage a encore accru l'impopularité de Jacques d'York. Elle devient universelle, quand, au moment du Test-Act, il refuse son adhésion à une formule qu'il juge blasphématoire et s'avoue nettement catholique (i).

Les catholiques sont devenus la bête noire du peuple anglais (2). Quand un incendie dévore une immense partie de la ville de Londres, l'homme arrêté et qui s'est déclaré coupable, n'est pas un catholique mais un huguenot français (3), ce qui n'empêche pas que pour tout bon Londonien, les auteurs de l'incendie sont les catholiques. Arrive l'histoire de Titus Oates qui révèle un prétendu complot contre le roi, ourdi par les Jésuites. Immédiatement toute l'Angleterre anglicane prend feu ; les pairs catholiques sont exclus de la Chambre Haute, et partout se dressent des échafauds où l'on traîne jésuites, bénédictins, franciscains, prêtres séculiers. Lord Peter, lord Stafford perdent la tête sur le billot. Charles II, qui s'est engagé par le traité secret de 1670 à embrasser le catholicisme, s'excuse comme il peut près de Louis XIV. « Ma douleur, dit-il une fois à Barillon, est fort grande de voir répandre tant de sang innocent, mais je ne puis m'y opposer, sans tout hasarder (4). » Il laisse donc faire et, s'il s'intéresse en particulier à quelque catholique, il lui fait passer en secret l'avis d'aller voyager outre-mer, ou le loge dans quelque poste de la maison de la reine qui, à ses yeux, possède droit d'asile. Chose étrange en effet, ce roi, que rien n'attache à Catherine de Bragance, se fait toujours le protecteur des prérogatives de

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(1) Comtesse de Courson. La Persécution des catholiques en Angleterre, p. 36.

(2) Je ne voudrais pas, dit un noble lord, lorsqu'on vota le test, qu'il restât ici un homme ni une femme papiste; pas un chien papiste, ni une chienne ; pas un chat papiste pour miauler ou sauter autour du roi (Hume. Histoire d'Angleterre, VII, p. 165).

(3) An account of the burning of the City of London, p. 16. — Le récit de l'enquête, dans le Journal de Pepys, est particufièrement intéressant.

(4) Forneron. Louise de Keroualle, p. 174.

la reine et se dresse résolument entre elle et ceux qui veu- , lent lui nuire. Quand, en avril 1670, on s'est mis en tête de, le faire divorcer pour lui faire épouser, soit la sœur du roi de Danemark, soit «une vertueuse protestante d'Angle-, terre », il désavoue ceux qui veulent le jeter dans cette, voie (i). Ce prince, qui fait si bon marché de ses promesses et de ses engagements, maintient intact ce qu'il a promis au moment de son mariage : le droit de Catherine à exercer librement sa religion.

Est- il en secret catholique? L'était- il quand il se faisait envoyer un scapulaire par sa sœur la duchesse d'Orléans? L'était-il quand, après mars 1672, il a fait demander à Paris un bon théologien pour s'instruire dans la foi catholique (2)? Tout semble démontrer le contraire. Évidemment il n'avait jamais été athée. Comme il le disait un jour à Bumet, il ne croyait pas que Dieu voulût rendre un homme malheureux pour avoir seulement pris quelques petits plaisirs à l'écart. Ce voluptueux était indifférent à tout ce qui n'était pas volupté. Ce qui est certain, c'est que vieillissant, se sentant s'affaiblir, au cours des dernières années de son règne, il s'est intéressé aux choses religieuses, qu'il s'en est entretenu avec le duc d'York, rappelé près de lui après une disgrâce qui lui a été imposée par ses conseillers anglicans et qu'il en est même arrivé à fixer ses idées en écrivant sur des sujets de controverse. Dans ses conversations, d'ailleurs, dans ses écrits, il n'a rien abdiqué des idées anglicanes et sa conversion jusque-là paraît bien latente (3). Mais à la fin de 1684, une légère attaque de goutte a servi d'avertissement à ceux qui s'intéressent à sa santé. Il a renoncé à se lever de bon matin et à passer trois ou quatre heures par jour en plein air, jouant avec ses épagneuls et jetant. du pain aux canards du parc de Saint- James (4). Dans les pre-

(1) Jetse. AfemoiV*, I(, 24.

(2) Jesse.' Memotr», III, 503.

(3) Mémoires de Jacques 11^ 567.

(4) Macaulay. Histoire d'Angleterre depuis fafènement de Jacques II f 1. 1,470.

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la reine et se dresse résolument entre elle et ceux qui veulent lui nuire. Quand, en avril 1670, on s'est mis en tête de le faire divorcer pour lui faire épouser, soit la sœur du roi de Danemark, soit « une vertueuse protestante d'Angleterre », il désavoue ceux qui veulent le jeter dans cette voie (i). Ce prince, qui fait si bon marché de ses promesses et de ses engagements, maintient intact ce qu'il a promis au moment de son mariage ; le droit de Catherine à exercer librement sa religion.

Est-il en secret catholique? L'était-il quand il se faisait envoyer un scapulaire par sa sœur la duchesse d'Orléans? L'était-il quand, après mars 1672, il a fait demander à Paris un bon théologien pour s'instruire dans la foi catholique (2)? Tout semble démontrer le contraire. Évidemment il n'avait jamais été athée. Comme il le disait un jour à Burnet, il ne croyait pas que Dieu voulût rendre un homme malheureux pour avoir seulement pris quelques petits plaisirs à l'écart. Ce voluptueux était indifférent à tout ce qui n'était pas volupté. Ce qui est certain, c'est que vieillissant, se sentant s'affaiblir, au cours des dernières années de son règne, il s'est intéressé aux choses religieuses, qu'il s'en est entretenu avec le duc d'York, rappelé près de lui après une disgrâce qui lui a été imposée par ses conseillers anglicans et qu'il en est même arrivé à fixer ses idées en écrivant sur des sujets de controverse. Dans ses conversations, d'ailleurs, dans ses écrits, il n'a rien abdiqué des idées anglicanes et sa conversion jusque-là paraît bien latente (3). Mais à la fin de 1684, une légère attaque de goutte a servi d'avertissement à ceux qui s'intéressent à sa santé. Il a renoncé à se lever de bon matin et à passer trois ou quatre heures par jour en plein air, jouant avec ses épagneuls et jetant du pain aux canards du parc de Saint-James (4). Dans les pre-

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(1) Je»se. iVtfmoi>5, H, 24.

(2) Jesse. MemoiV», III, 503.

(3) Mémoires de Jacques II, 567.

(4) Macaulay. Histoire d'Angleterre depuis Vavènement de Jacques II, t. I, 470.

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miers jours de i685, ceux qui rapprochent à tous les instants de sa vie, Thomas Bruce, fils du comte d'Ailesburry, son dévoué serviteur, notamment, constatent en lui un grand changement d'allures.

Depuis le 26 janvier, pour la première fois de sa vie, un incident banal, une petite plaie au talon, lui a interdit de se livrer à son exercice quotidien de la matinée. Cependant il a conservé son robuste appétit. Le i^r février, un dimanche soir, après le souper, il se rend comme de coutume, chez la duchesse de Portsmouth. Il y a là joyeuse société. Les trois duchesses, Louise, Cleveland, de Mazarin, l'entourent et badinent avec lui. Il est de belle humeur. Quand la conversation s'arrête, quand les propos se ralentissent, on écoute un petit musicien français qui chante des vers d'amour. Au fond du salon, vingt personnages, appartenant à la plus haute aristocratie, jouent à la bassette autour d'une table sur laquelle s'étalent plus de 20000 livres sterling (i). La nuit s'avance. Le roi se lève; appuyé sur le bras de Bruce qui le soutient et l'éclairé, il se fait conduire dans sa chambre à coucher. A l'entrée de la chambre, déjà éclairée, Bruce remet la chandelle au page de l'escalier de service et sans qu'on ait soufflé sur elle, elle s'éteint brusquement « bien que ce fut une très grosse chandelle de cire et qu'il ne fit pas le moindre vent (2). » Bruce a remarqué tous ces incidents, car dans la domesticité du palais, le bruit courait que la vie du prince était en danger pendant toute cette période. On avait vu d'un mauvais œil l'accident de son talon, et quand la chandelle s'éteignit, Bruce et le page échangèrent des regards inquiets et des hochements de tête. Le roi seul ne parut rien remarquer. Il se déshabilla et se mit au lit dans les meilleures dispositions du monde. Quand il était couché, il aimait à causer avec Bruce. Ce soir-là, il l'entretint du palais qu'il

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(1) Evelyn. Journal.

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(2) Tout le récit de Thomas Bruce a été analysé dans le Charles II de M.

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FIN DE REGNE

faisait bâtir à Winchester. « Cette semaine, dit-il, j'aurai la joie de voir ma maison couverte en plomb. » Bruce ferma ensuite la porte à l'aide du bouton de cuivre, avec lequel on l'assujettissait en dedans.

« Plusieurs circonstances, dit-il, rendaient ce logement peu agréable. La grande grille était garnie de charbon d'Ecosse qui brûlait toute la nuit. Une douzaine de chiens qui venaient auprès de notre lit et plusieurs pendules qui sonnaient les demi-quarts et qui ne marchaient pas d'accord, faisaient un carillon perpétuel. Le roi s'y était accoutumé. Je dormis mal et je remarquai que le roi se retourna de temps en temps, contrairement à son habitude. » Le matin, à son réveil, Charles II appelait Bruce qui s'approchait alors de son lit et causait librement avec lui. Ce jour-là, il n'y eut point de conversation. Bruce enleva le bouton de la porte ; les feutiers vinrent faire le feu et Bruce se retira dans la chambre pour s'habiller, laissant le médecin et les chirurgiens qui attendaient pour examiner le talon du roi. Comme il rentrait dans la chambre royale, un page de la chambre fit alors observer à Bruce que durant son lever, le roi n'avait pas parlé, qu'il était très pâle et qu'il s'était retiré dans sa garde-robe. Il faisait un froid très aigre. Bruce, pensant que Charles II n'était vêtu que d'une robe de nuit, pria Chiffinch, premier page de l'escalier, de dire au roi de revenir dans sa chambre. Charles II ne répondit pas et ne tint aucun compte de l'avis. Chiffinch était le seul qui eût, de par sa charge, la liberté de lui parler dans sa garderobe. Bruce l'envoya derechef. Cette fois, Charles II parut, pâle, défait, n'ayant plus la langue libre, si bien que le comte de Craven, colonel des gardes à pied, étant venu prendre le mot d'ordre, il lui montra le papier où les jours du mois étaient marqués avec les consignes.

C'était le jour où on rasait le roi. Le barbier le prévint que tout était prêt. Charles II ne répondit pas. Il s'était assis, les genoux tournés contre la fenêtre. Le barbier attacha la serviette du côté droit, puis passa derrière la chaise pour en faire autant du côté gauche. Bruce était près de la

chaise. Il vit à ce moment Charles II perdre Véquilibre, et il le reçut dans ses bras. Les médecins et les chirurgiens s'étaient retirés, mais le docteur King, chargé de veiller sur les cornues et les creusets du laboratoire royal, était à Ventrée de la chambre. « Avez-vous des lancettes ? demanda Bruce qui conservait tout son sang-froid. — Oui, » répondit King qui avait été chirurgien. Alors Bruce lui ordonna de saigner le roi et il le fit sur-le-champ. En emportant la cuvette où Von avait recueilli le sang, Bruce alla chercher le duc d'York. Jacques vint avec tant de hâte qu'il avait un soulier à un pied et une pantoufle à Vautre.

Quand Bruce entra dans la chambre du roi avec le duc d'York, Charles II était couché. « Il avait une fort bonne figure et en regardant du côté opposé à celui du duc, il m'aperçut et me prit par la main en me disant : « Je vois que vous m'aimez à la vie et à la mort. » Et il me remercia vivement pour Vordre donné au docteur King (qui fut fait chevalier pour ce service) de le saigner, et aussi pour avoir envoyé M. Chifpnch afin de le persuader de quitter le ^ cabinet. Il me dit qu'il ne se trouvait pas bien et qu'il allait prendre quelques-unes de ces gouttes, communément appelées les gouttes du roi, qu'il allait marcher dans l'idée que cela lui ferait du bien; mais, sur mes sollicitations, il y renonça, car il y avait trois ou quatre marches pour sortir du cabinet, et il me dit que, quand il se penchait j en avant, la tête lui tournait et qu'il risquait de tomber ( i ). »

La reine Catherine de Bragance et le duc d'York ne quittèrent plus le chevet du roi. La duchesse de Portsmouth, retirée dans ses splendides appartements, y sanglotait sans vouloir rien entendre, sans accepter aucune consolation (2). On avait fermé les portes extérieures de

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(1) Ce récit de Bruce est d'autant plus important qu'il détruit les allégations d'empoisonnement dont les éléments ont été recueillis par Hume [Histoire d'Angleterre^ t. VIII, p. 61.)

(2) Bruce nie absolument que la duchesse de Portsmouth ait été présente au lit du roi et l'ait soigp[ié, comme une femme soigne son mari, ainsi que l'a affirmé Burnet, et, après lui, Macaulay.

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Quand Bruce entra dans la chambre du roi avec le duc d'York, Charles II était couché. « Il avait une fort bonne figure et en regardant du côté opposé à celui du duc, il m'aperçut et me prit par la main en me disant : « Je vois que vous m'aimez à la vie et à la mort. » Et il me remercia r^ vivement pour l'ordre donné au docteur King (qui fut fait chevalier pour ce service) de le saigner, et aussi pour avoir envoyé M. Chiffinch afin de le persuader de quitter le cabinet. Il me dit qu'il ne se trouvait pas bien et qu'il allait prendre quelques-unes de ces gouttes, communément appelées les gouttes du roi, qu'il allait marcher dans l'idée que cela lui ferait du bien; mais, sur mes sollicitations, il y renonça, car il y avait trois ou quatre marches pour sortir du cabinet, et il me dit que, quand il se penchait \ en avant, la tête lui tournait et qu'il risquait de tomber (i). »

La reine Catherine de Bragance et le duc d'York ne quittèrent plus le chevet du roi. La duchesse de Portsmouth, retirée dans ses splendides appartements, y sanglotait sans vouloir rien entendre, sans accepter aucune consolation (2). On avait fermé les portes extérieures de

(1) Ce récit de Bruce est d'autant plus important qu'il détruit les allégations d'empoisonnement dont les éléments ont été recueillis par Hume [Histoire d'Angleterre, t. VIII, p. 61.)

(2) Bruce nie absolument que la duchesse de Portsmouth aît été présente au lit du roi et l'ait soigné, comme une femme soigne son mari, ainsi que l'a affirmé Burnet, et, après lui, Macaulay.

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Whitehall, mais les antichambres et les galeries regorgeaient de visiteurs. Les pairs, les conseillers privés, les ministres étrangers, le haut clergé de l'église anglicane, étaient seuls admis dans la chambre du roi. Il était aux mains des médecins. Arrêtée par la saignée du docteur King, la congestion n'était pas conjurée. Le malade fut largement saigné. On lui appliqua tous les secours que connaissait la médecine du temps et, pendant trois jours on pensa enrayer le mal. Sitôt que le bruit de l'accident survenu au roi s'était répandu dans Londres, la nouvelle avait rempli la capitale d'émotion et de douleur. Les églises étaient ouvertes et fréquentées par une foule anxieuse. Sur le soir du 4 février, on annonça que les médecins considéraient le roi comme hors de danger. Alors, les cloches des églises sonnèrent à toute volée, partout des feux de joie furent allumés, mais ces espoirs n'eurent point de lendemain. A peine le 3 au matin, la Ga&ette de Londres annonçait-elle l'amélioration survenue, qu'une rechute assurait les médecins qu'il fallait abandonner tout espoir.

Pendant ces journées, les évêques anglicans s'étaient relayés dans la chambre du malade. Sancroft, archevêque de Ganterbury, crut devoir, le 5 au matin, l'état s'étant aggravé, prévenir le roi qu'il allait comparaître devant un juge qui n'a pas égard aux titres des personnes. Le roi ne répondit pas à Sancroft. Un peu après, Thomas Ken, archevêque de Bath, celui-là même, qui avait jadis refusé de laisser loger Eleonor Gwynn dans la maison dont il était prébendier, s'approcha du lit royal. Sa voix, disent les contemporains, était semblable à celle d'un rossignol, tant elle était douce. Mais vainement il épandit, dans une exhortation pathétique, les flots de son éloquence, Charles, quand il lui demanda s'il voulait participer aux sacrements, fidèle à cette habitude d'éluder poliment qui lui avait rendu de si fréquents services dans sa vie, le remercia et répondit qu'il y réfléchirait. Ainsi s'écoula la plus grosse partie de la journée.

FIN DE REGN&'

Cependant, ' les nouvelles- 'du ■ jpoi- étaient fréquemment apportées de sa chambre dans les appartements, ornés de buffets et de tapisseries rappelant Versailles, de la duchesse de Portsmouth. Barillon, ambassadeur de France, qu'elle avait fait appeler, fut entraîné par elle dans une chambre secrète et elle lui ouvrit son cœur. « Je vous dirai, lui dit-elle, le plus grand secret du monde. Ma tête serait en danger s'il était connu. Au fond de son cœur le roi est catholique. Mais voici qu'il va mourir sans s'êti'e réconcilié avec l'Église. Il est entouré d'évêques anglicans. Personne ne lui fait connaître son état. Personne ne lui parle' de Dieu. Je ne puis pénétrer chez lui sans causer du scandale. Maintenant, le duc d'York est le seul maître. Parlez-lui. Rappelez-lui que l'âme de son frère est en péril. Lui seul peut faire évacuer la chambre,. allez-y immédiatement ou il sera trop tard. » Barillon courut à la chambre du .^ roi et transmit au duc d'York le message de la favorite (i). Charles II venait de repousser un nouvel assaut des évêques anglicans. On avait inutilement placé près de son chevet une table où étaient posés le pain et le vin sacrementels. « Rien n'est pressé, » avait-il répliqué (2). Alors, Jacques s'approcha du lit, commanda aux assistants de se retirer à l'écart comme s'il avait à entretenir le roi des secrets d'État. Se penchant, il lui demanda, dans un chuchotement, s'il désirait qu'il lui envoyât chercher un 1 prêtre catholique. — « Oui, oui, de tout mon cœur, je vous \ en prie, mon frère, et ne perdez pas de temps. » Puis il ajouta : « Mais cela ne vous expose-t-il pas tropi' — Sire, répondit le duc d'York, dùt-il m'en coûter la vie, je vous en ramènerai un. » Ni dans la chambre du roi, ni dans la chambre attenante, Jacques n'aperçut un catholique anglais. Alors il pria le comte de Castel Melhor, noble portugais réfugié en Angleterre, de se mettre en quête d'un

(1) Lingard. Histoire d'Angleterre, X, 53.

(2) Macaulay. Histoire d'Angleterre depuis l'avènement de Jacques II, %. I, p. 476.

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prêtre. Le hasard voulut que les chapelains de la reine, ne comprenant assez bien ni l'anglais ni le français pour confesser le roi, on introduisit par un escalier dérobé, Dom John Huddleston, qui avait pansé les pieds du roi au château de Moseley, après la bataille de Worcester (i). Le bénédictin, depuis le Test Act, avait reçu asile dans la maison de la reine. Le duc d'York alors avertit le roi, qui ordonna que tout le monde se retirât, excepté son frère. Mais le duc, pour assurer deux témoins à l'abjuration, retint Louis de Duras, comte de Feversham, neveu de Turenne et chambellan de la reine et le comte de Bath, gentilhomme de chambre de service. Tous deux étaient protestants, mais le duc d'York estimait qu'il pouvait compter sur leur fidélité. Dès qu'ils furent sortis, la porte dérobée, que Chiffinch avait tant de fois ouverte à des visiteurs d'un autre genre, donna passage au père Huddleston. « Sire, dit le duc d'York, je vous présente celui qui vous a jadis sauvé la vie du corps, il vient maintenant sauver votre âme. — Qu'il soit le bienvenu! » répondit Charles II, et sans perdre de temps, il dit au père Huddleston qu'il désirait mourir dans la foi et dans la confession de l'Église catholique, qu'il était sincèrement affligé des péchés de sa vie passée et particulièrement d'avoir différé si longtemps sa conversion. Il espérait néanmoins dans les mérites du Christ, il était en paix avec tout le monde, pardonnait à ses ennemis et demandait pardon à ceux qu'il pouvait avoir offensés et s'il plaisait à Dieu de lui rendre la santé, il était résolu, par son secours, à changer de vie. Puis il commença sa confession qui dura environ une heure. « Ayant désiré recevoir les secours destinés aux mourants, il continua à faire de pieuses éjaculations, levant fréquemment les mains au ciel (2)

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(1) Mémoires de Jacques II, 567.

(2) Mémoires de Jacques II, 567, — Le récit de Jacques II est corroboré par celui de Bruce qui termine son récit par ces mots : ■ C'est la vérité littérale, foi de chrétien. J'ai ma manière de voir, mais je déteste le mensonge et l'imposture. »

FIN DEiRÈGNE

et s'écriant : « Miséricorde, mon doux Jésus! > «Le père Huddleston n'avait pas sur lui le saint viatique. Un prêtre portugais attaché à la chapelle privée de la reine l'apporta (i). Le roi fut communié. Il éprouva tant de difficulté à avaler l'hostie qu'on fut obligé d'ouvrir la porte et d'aller chercher un verre d'eau.

Puis, après une courte exhortation, le père Huddleston se retira par le passage secret, comme il était entré.

On fit alors ouvrir la porte qui donnait sur la salle voisine.

Tout le monde rentra dans la chambre, et le roi exprima publiquement pour le duc tout ce qu'il est possible de tendresse et d'amitié, lui demandant pardon des rigoureux

traitements par lesquels il avait si longtemps exercé sa patience. On pleurait tout autour du lit du roi. Il parla aussi à la reine avec beaucoup de tendresse, implorant le pardon des grands torts qu'il avait eus à son égard.

Marie Béatrice de Modène^ duchesse d'York, Portrait par Peter Lely.

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(1) Macaulay, qui n'a rien compris à l'intervention du prêtre portugais, a imaginé qu'Huddleston « était si illettré qu'il ne savait pas ce qu'il devait dire au roi dans dételles circonstances ».

FIN DE^REGNE

prêtre. Le hasard voulut que les chapelains de la reine, ne comprenant assez bien ni l'anglais ni le français pour confesser le roi, on introduisit par un escalier dérobé, Dom John Huddleston, qui avait pansé les pieds du roi au château de Moseley, après la bataille de Worcester (i). Le bénédictin, depuis le Test Ad, avait reçu asile dans la maison de la reine. Le duc d'York alors avertit le roi, qui ordonna que tout le monde se retirât, excepté son frère. Mais le duc, pour assurer deux témoins à l'abjuration, retint Louis de Duras, comte de Feversham, neveu de Turenne et chambellan de la reine et le comte de Bath, gentilhomme de chambre de service. Tous deux étaient protestants, mais le duc d'York estimait qu'il pouvait compter sur leur fidélité. Dès qu'ils furent sortis, la porte dérobée, que Chiffinch avait tant de fois ouverte à des visiteurs d'un autre genre, donna passage au père Huddleston. « Sire, dit le duc d'York, je vous présente celui qui vous a jadis sauvé la vie du corps, il vient maintenant sauver votre âme. — Qu'il soit le bienvenu! » répondit (Charles II, et sans perdre de temps, il dit au père Huddleston qu'il désirait mourir dans la foi et dans la confession de l'Eglise catholique, qu'il était sincèrement affligé des péchés de sa vie passée et particulièrement d'avoir différé si longtemps sa conversion. Il espérait néanmoins dans les mérites du Christ, il était en paix avec tout le monde, pardonnait à ses ennemis et demandait pardon à ceux qu'il pouvait avoir offensés et s'il plaisait à Dieu de lui rendre la santé, il était résolu, par son secours, à changer de vie. Puis il commença sa confession qui dura environ une heure. « Ayant désiré recevoir les secours destinés aux mourants, il continua à faire de pieuses éjaculations, levant fréquemment les mains au ciel (2)

(1) Mémoires de Jacques II, 567.

(2) Mémoires de Jacques II, 567. — Le récit de Jacques II est corroboré par celui de Bruce qui termine son récit par ces mots : « C'est la vérité littérale, foi de chrétien. J'ai ma manière de voir, mais je déteste le mensonge et l'imposture. »

et s'écriant : « Miséricorde, mon doux Jésus! % ILe père Huddleston n'avait pas sur lui le saint viatique. Un prêtre portugais attaché à la chapelle privée de la reine l'apporta (i). Le roi fut communié. Il éprouva tant de difficulté à avaler l'hostie qu'on fut obligé d'ouvrir la porte et d'aller chercher un verre d'eau.

Puis, après une courte exhortation, le père Huddleston se retira par le passage secret, comme il était entré.

On fit alors ouvrir la porte qui donnait sur la salle voisine.

Tout le monde rentra dans la chambre, et le roi exprima publiquement pour le duc tout ce qu'il est possible de tendresse et d'amitié, lui demandant pardon des rigoureux

traitements par lesquels il avait si longtemps exercé sa patience. On pleurait tout autour du lit du roi. Il parla aussi à la reine avec beaucoup de tendresse, implorant le pardon des grands torts qu'il avait eus à son égard.

Marie Béatrice de ModènCt duchesse d'York. Portrait par Peter Lely.

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(1) Macaulay, qui n'a rien compris à l'intervention du prêtre portugais, a imaginé qu' Huddleston « était si illettré qu'il ne savait pas ce qu'il devait dire au roi dans dételles circonstances •.

Ken lui ayant de nouveau proposé de recevoir les sacrements, selon le rite anglican, « — J'ai fait ma paix avec Dieu, » répondit Charles, en Técartant d'un geste courtois de la main (i).

La soirée était très avancée. On conduisit au chevet du mourant ses enfants naturels : les ducs de Crafton, de Southampton et de Northumberland, fils de la duchesse de Cleveland, le duc de Saint-Albans, fils d'Éléonore Gwynn et le duc de Richmond, fils de la duchesse de Portsmouth. Il leur donna à tous sa bénédiction, mais parla au duc de Richmond avec une tendresse particulière. Vers deux heures du matin, Charles qui souffrait beaucoup et se plaignait de sentir intérieurement un feu brûlant, eut quelques instants d'entretien avec son frère. Il l'assura de son affection très tendre, l'appela le meilleur des frères et des amis et lui dit que c'était avec joie qu'il lui remettait tout. Il lui recommanda la duchesse de Portsmouth, disant qu'il l'avait toujours aimée et qu'il l'aimait jusqu'au dernier soupir, et qu'il la recommandait aux bontés de son frère, ainsi que son fils. Il lui demanda aussi de prendre soin de ses autres enfants. Il s'abstint seulement de parler du duc de Monmouth qu'il avait dû exiler pour conspiration contre lui (2). « Ne laissez pas mourir de faim la pauvre Nelly! » dit-il encore.

Quand les premières lueurs du matin commencèrent à percer les fenêtres de Whitehall, il demanda qu'on les ouvrît. « Je veux voir encore le soleil », dit-il. Il fit des ex-

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(1) Comtesse de Courson. La Persécution des catholiques en AngleterrCf p. 299.

(2) Le dac de Monmouth s'était associé au complot whig avec Essex, Sidney et Russel, au moment où la conjuration de Rye-House se proposait comme but, non plus de soulever la nation contre le gouvernement, mais d'assassiner le roi et son frère.

Dès cette époque, le duc de Monmouth fut, pour les Anglais du parti protestant, un véritable martyr de la bonne cause. Ils avaient tous, pour lui, les yeux pleins d'admiration de Dryden qui en trace un si beau portrait dans son Absalon et Achitophel : « Quoi qu'il fit, il le faisait avec tant d'aisance, qu'en lui seul le don de plaire était un don de la nature. La grâce accompagnait tous ses mouvements et le Paradis se révélait sur sa figure. »

FIN D£ REGNE

Gazette

Le 5, ladite duchesse d'York et la duchesse de Modène, sa mère, allèrent à Versailles rendre leurs devoirs à la Heine et à Monseigneur le Dauphin, dont elles furent fort bien reçues.

de France, novembre 1673. (Biblioth. Nationale. Estampes. Coll. Hennin.)

cuses à ceux qui l'avaient entouré toute la nuit de l'embarras qu'il leur causait. < Il avait mis à mourir un temps déraisonnable, mais il espérait qu'ils voudraient bien lui pardonner. » Ainsi, il mourait en gentilhomme, avec cette parfaite courtoisie qui faisait de lui, chez les Anglais, comme de son modèle, Louis XIV chez les Français, le plus poli des seigneurs de son royaume. Cependant, il s'affaiblissait rapidement. Vers huit heures, il perdit la parole; avant dix heures, il n'avait plus sa connaissance, et vers midi, le 6 février i685, après un règne de vingtcinq ans, il rendit doucement le dernier soupir.

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