‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 24 sur 39 · T.LK SOUS LOUIS XV · texte numérisé non relu

T.LK SOUS LOUIS XV

Elle se mit en haie à cinq ou six pas de moi du côlc par où le roi devait sortir. Sa Majesté entra, ayant M. de Richelieu à son côté, et il se mit à lorgner la prétendue Mme Querini. Elle ne lui plut pas sans doute, car, tout en continuant à marcher, il dit à son ami ces paroles remarquables que Juliette dut entendre : « Nous en avons ici de plus belles. »

L'après-dîner, j'allai chez l'ambassadeur de Venise. Je le trouvai au dessert en grande compagnie, ayant à sa droite Mme Ouerini qui me dit les choses les plus flatteuses et les plus amicales : chose extraordinaire dans une évaporée qui n'avait aucun sujet de m'aimer, car elle savait que je la connaissais à fond et que j'avais su la mener; mais, comprenant la raison de tout son manège, je me résolus à ne point la désobhger, et même à lui rendre, par une noble vengeance, tous les bons offices en mon pouvoir.

Étant venue à parler de M. Ouerini, l'ambassadeur lui fit compliment sur ce qu'il lui avait rendu justice en l'épousant.

« C'est, ajouta-l-il, ce que je ne savais pas.

— il y a cependant plus de deux ans, dit Juliette. C'est un fait, dis-je à mon tour; car il y a deux ans que le général Spada l'a présentée sous le nom et avec le titre de Son Excellence Mme Querini à toute la noblesse de Césène où j'avais l'honneur de me trouver.

— Je n'en doute pas, dit l'ambassadeur en me fixant, puisque Querini lui-même me l'écrit. »

Quelques instants après, comme je me disposais à partir, l'ambassadeur, prétextant quelques lettres dont il voulait me communiquer le contenu, me pria de passer avec iui dans son cabinet, et là il me demanda ce qu'on disait à Venise de ce mariage.

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« Personne n'en sait rien, et on dit même que l'aîné de la maison des Ouerini allait épouser une Grimani : mais j'écrirai cette nouvelle à Venise.

— Quelle nouvelle ?

— Que Juliette est vraiment Querini, puisque Votre Excellence la présentera pour telle à Louis XV.

— Qui vous l'a dit ?

— BUle-même.

— Il se peut qu'elle ait changé d'avis. »

Je lui rapportai alors les paroles que le roi avait dites à M. de Richelieu à son sujet.

— Cela, dit Son Excellence, me fait deviner pourquoi Juliette ne désire plus de lui être présentée. »

J'ai su plus tard que M. de Saint-Quintin, ministre secret des volontés particulières de Louis, était allé après la messe dire à la belle Vénitienne qu'il fallait que le roi de France eût bien mauvais goût, puisqu'il ne l'avait pas trouvée plus belle que plusieurs autres dames qui étaient à sa cour. Juliette partit de Fontainebleau le lendemain.

Je la revis chez l'ambassadeur à Paris, et elle me dit en riant qu'elle avait plaisanté en se disant Mme Querini, et que je lui ferais plaisir de ne la nommer à l'avenir que par son vrai nom de comtesse Preati. Elle me pria d'aller la voir à l'hôteîde Luxembourg où elle logeait. J'y allai souvent pour m'amuser de ses intrigues ; mais j'eus le bon esprit de ne jamais m'en mêler.

Elle passa quatre mois à Paris, et elle eut le talent de rendre fou M. Zanchi, secrétaire de l'ambassade de Venise, homme aimable, noble et lettré. Elle le rendit si amoureux qu'il était résolu de l'épouser ; mais par un caprice dont peut-être elle se repentit plus tard, elle le maltraita, et le sot en mourut de chagrin. Le comte de Kaunitz,

ambassadeur de Marie-Thérèse, eut du goût pour elle, aiîij^i que le comte Zinzendorf . Le médiateur de ces amours passagères était un certain abbé Guasco, peu favorisé des dons de Plutus et qui, laid par-dessus tout, ne pouvait espérer quelques faveurs que par ses complaisances. Mais riiomme sur lequel elle avait jeté un dévolu et dont elle voulait devenir la femme, élait le comte de Saint-Simon. Ce comte l'aurait épousée, si elle ne lui avait pas donné de fausses adresses pour qu'il s'informât de' sa naissanci^. La famille Preati de Vérone la renia, comme de juste, et M. Saint-Simon, qui malgré son amour avait conservé du bon sens, eut la force de la quitter. Enfin Paris ne fut pas ï Eldorado ^ouv ma. heWe compatriote; car elle fut obligée d'y laisser ses diamants en gage. De retour à Venise, elle y épousa le fils de ce même Uccelli qui, seize ans plus tôt, l'avait tirée de la misère. Elle est moi^te il y a dix ans.

J'allais toujours prendre mes leçons de français chez mon bon vieux Crébillon ; malgré cela mon langage rempli d'italianismes me faisait souvent dire en compagnie l'opposé de ma pensée ; mais il résultait presque toujours de mes quiproquos des plaisanteries curieuses qui faisaientfortune, et ce qu'il y avait de bon, c'est que mon jargon ne me préjudiciait pas sous le rapport de l'esprit ; il me procurait au contraire de belles connaissances.

Plusieurs dames comme iî faut me prièrent d'aller leur enseigner l'italien, pour se procurer, disaient-elles, le plaisir de m'apprendre le français : dans cet, échange, je gagnais plus qu'elles.

MmePréodot, qui était une de mes élèves, me reçut un jour dans son lit en me disant qu'elle n'avait pas envie de preodre sa leçon parce qu'elle avait pris médecine le soir.

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Traduisant alors sottement une phrase italienne, je lui demande avec le ton de Imtéièt le plus marqué si elle avait bien déchargé.

« Monsieur, que me demandez-vous donc ! Vous êtes insoutenable. »

Je renouvelle la question; nouvelle explosion de sa part.

« Ne prononcez jamais ce mot affreux,

— Vous avez beau vous fâcher, c'est le mot propre.

— Très sale, au contraire, monsieui- ; mais brisons, Voulez-vous déjeuner?

— Non, c'est fait; j'ai pris un ca/e avec deux sayor/a/v/s.

— Ah ! bon Dieu ! je suis perdue. -, quel furieux déjeuner \ Expliquez-vous.

— .J'ai pris un café et j'ai mangé deux savoyards trempés dedans, ainsi que je le fais tous les matins.

— Mais c'est bête, mon ami ; un café, c'est la boutique où on . le vend, et ce qu'on prend, c'est une tasse de café.

— Bon 1 est-ce que vous buvez la tasse? Nous disons en Italie un café, et nous avons l'esprit de ne pas croire que c'est la boutique.

— Il veut avoir raison 1 Et les deux savoyards, comment les avez-vous avalés ?

— Trempés dedans, car ils n'étaient pas plus gros que ceux que vous avez sur votre table.

— Et vous appelez cela des savoyards ! Dites des biscuits.

— En Italie nous les appelons savoyards, parce que c'est en Savoie qu'on les a inventés, et ce n'est pas ma iaùle si vous avez pensé que j'avais avalé deux commissionnaires du coin, gros gaillards que vous nommez Sa-

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voyards à Paris, et qui bien souvent n'ont jamais été en Savoie. »

Voilà son mari qui entre, et elle de lui raconter tout notre entretien. Il en rit beaucoup, mais il me donna raison. Sa nièce vient dans ces entrefaites. C'était une jeune personne de quatorze ans, sage, modeste et pleine d'esprit. Je lui avais donné cinq ou six leçons, et comme elle aimait beaucoup la langue et qu'elle s'y appliquait sans relâche, elle commençait à parler. Voulant me faire un compliment en italien :

« Signore, me dit-elle, sono incantata di vi vedere in buona salute.

— Je vous remercie, mademoiselle ; mais pour traduire je suis charmée, il faut dire ho piacere, et pour rendre de vous voir il faut dire di vedervi.

— Je croyais, monsieur, qu'il fallait mettre le m devant.

— Non, mademoiselle, nous le mettons derrière. » Voilà monsieur et madame qui se pâment de rire, la

demoiselle confuse et moi interdit et désespéré d'avoir dit une bêtise de cette force : mais c'était fait. Je prends un livre en boudant dans l'espoir de faire cesser leur rire : il dura une semaine. Cette équivoque grossière courut tout Paris et me donna une sorte de célébrité, qui ne diminua que lorsque je vins à mieux connaître la force de la langue. Crébillon rit beaucoup de ma balourdise, et me dit qu'une autre fois il fallait dire après et non pas derrière. Mais pourquoi toutes les langues n'ont-elles pas le même génie ? Au reste, si les Français se divertissaient des fautes que je faisais dans leur langue, je ne prenais pas mal ma revanche en relevant certains usages ridicules.

« Monsieur, dis-je à quelqu'un, comment se porte Mme votre épouse ?

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— Vous lui faites bien de l'honneur.

— Eh ! de grâce, monsieur, de quel honneur peut-il s'agir quand on ne parle que de santé ? »

Je vois au bois de Boulogne un jeune homme qui fait caracoler son cheval dont il n'est pas le maître et qui finit par le jeter par terre. J'arrête le cheval, je cours au secours du jeune homme que j'aide à se relever.

« Monsieur s'est-il fait du mal ?

— Oh ! merci, monsieur ; au contraire !

— Comment, diable, au contraire ! vous vous êtes donc fait du bien. Recommencez, monsieur ! »

Et mille contresens pareils. Mais c'est l'esprit de la langue !

Je me trouvais un jour pour la première fois chez Mme la présidente de N..., quand son neveu, brillant colifichet, arriva : elle me présenta en lui disant mon nom et ma patrie.

« Gomment donc, monsieur, vous êtes Italien ? Par ma foi, vous vous présentez si bien que j'aurais gagé que vous étiez Français.

— Monsieur, en vous voyant, j'ai couru le même risque : j'aurais juré que vous étiez Italien. »

J'étais à dîner chez lady Lambert avec nombreuse et brillante compagnie. On vint à observer une cornaline que j'avais au doigt, sur laquelle était gravée avec beaucoup d'art la tête de Louis XV. Ma bague fait le tour de la table et chacun trouva la ressemblance frappante.

Une jeune marquise qui passait pour pétiller d'esprit, me dit de l'air le plus sérieux :

« Est-ce vraiment un antique ?

— La pierre, madame, sans doute. »

Tout le monde rit, excepté l'aimable étourdie qui n'y fit pas attention.

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Au dessert on parla du rhinocéros quon montrait pour vinj^t-quatre sous à la foire Saint-Germain. « Allons le voir, allons le voir. » Nous montons en voiture et nous arrivons. Nous faisons plusieurs tours pour trouver l'endroit. J'étais le seul cavalier, je protégeais deux dames contre la foule, et la spirituelle marquise nous précédait. Au bout de l'allée où Ton nous avait dit que se trouvait ranimai, il y avait un homme assis pour recevoir l'argent. Il est vrai que cet homme, velu à. l'africaine, était basané et d'une grosseur énoirae ; mais néanmoins il avait forme humaine et très masculine, et la belle marquise n'aurait pas <lù s'y méprendre. Cependant l'étourdie va droit à lui, et :

« Est-ce vous monsieur, le rhinocéros ?

— Entrez, madame, entrez. »

Nous étouffions de rire, et la marquise, en voyant l'animal, se crut obligée de faire des excuses au maître en l'assurant que de sa vie elle n'avait vu de rhinocéros et que par conséquent il ne devait pas s'offenser si elle s'était trompée.

Un jour, étant au foyer de la Comédie-Italienne, où pendant les entr'actes les plus grands seigneurs viennent pour causer et s'amuser avec les actrices qui s'y tiennent assises en attendant leur tour dans les rôles qu'elles jouent, j'étais assis près de Camille, sœur de Coraline, que je faisais rire en lui contant fleurelleo. Un jeune conseiller qui trouvait mauvais que je l'occupasse, suffisant dans ses propos, m'attaqua sur une idée que j'exprimais d'une pièce italienne, et se permit de montrer sa mauvaise humeur en critiquant ma nation, je lui répondais de bricole en regardant Camille qui riait et la compagnie qui faisait cercle, attentive à l'assaut qui, jusque-là n'étant que d'esprit, n'avait rien de désagréable. Mais il parut vouloir devenir

sérieux lorsque le peliL-maîlre, faisant tourner le discours sur la police de la ville, dit que depuis quelque temps il était dangereux daller à pied la nuit dans les rues de Paris.

« Dans le courant du mois passé, ajouta-t-il, la place de Grève a vu sept pendus parmi lesquels il y avait cinq Italiens. C'est étonnant.

— Rien d'étonnant à cela, repris-je, car les honnêtes gens vont se faire pendre loin de leur pays ; et pour preuve de cela, soixante Français furent pendus dans le courant de l'année dernière entre Naples, Rome et Venise. Ainsi, cinq fois douze font soixante et vous voyez que ce n'est qu'un troc. »

Les rieurs furent pour moi, et le bon conseiller partit un peu confus. Un des assistants qui trouva ma réplique bonne, s'approcha de Camille et lui demanda à l'oreille qui j'étais. Voilà la connaissance faite. C'était M. de Marigny, que je fus enchanté de connaître à cause de mon frère que j'attendais de jour en jour. M. de Marigny était surintendant des bâtiments du roi, et l'Académie de peinture dépendait de lui (i). Je lui en parlai, et il me promit gracieusement de le protéger.

Mon frère arriva à Paris au printemps de ijÔi et vint loger avec moi chez Mme Quinson. 11 commença à travailler avec succès pour des particuliers ; mais, sa prin-

(1) Le frère de Mme de Pompadour, marquis de Vandières, (d'avant-hier, disaient ses ennemis), lut nommé marquis de Marigny en 1751. Il avait, au dire de d'Argenson, « la plus étrange capacité qui ait jamais été pour l'intelligence, le travail et l'activité ». Il est vrai que le même chroniqueur le traite quelques mois plut» tard, à la suite sans doute de quelque refus, de « très stupide et grand libertin ». Et ces deux jugements, en somme, peuvent s'expliquer.

cipale idée étant de faire un tableau pour le livrer au jugement de l'Académie, je le présentai à M. de Marigny, qui l'accueillit avec distinction et l'encouragea en lui promettant sa protection. En conséquence, il se mit à l'étude, qu'il suivit avec beaucoup de soin.

M. de Morosini, ayant teimiiié son ambassade, était retourné à Venise, et M . de Mocenigo était venu le remplacer. Je lui étais recommandé par M. de Bragadin, et il m'ouvrit sa maison ainsi qu'à mon frère, se trouvant intéressé à le protéger en qualité de Vénitien et de jeune artiste qui cherchait à faire fortune par le moyen de son talent.

M. de Mocenigo était d'un caractère fort doux ; il aimait le jeu et il perdait toujours ; il aimait les femmes et il était malheureux parce qu'il ne savait pas s'y prendre. Deux ans après son arrivée à Paris, il devint amoureux de Mme de Colan<le, et n'ayant pu s'en faire aimer il se tua.

Madame la Dauphine accoucha du duc de Bourgogne, et les réjouissances qui eurent lieu à cette occasion me paraissent incroyables aujourd'hui en voyant ce que cette même nation fait contre son roi. La nation veut se rendre libre ; son ambition est noble, car l'homme n'est pas l'ait pour être esclave de la volonté d'un autre homme ; mais chez une nation populeuse, grande, spirituelle et légère, que deviendra cette révolution? c'est au temps à nous l'apprendre.

Le duc de Matalone me lit faire connaissance avec les princes don Marc-Antoine et don Joan-Baptiste Borghèse, Romains, qui se divertissaient à Paris où ils vivaient sans faste. J'eus occasion de remarquer que lorsque ces princes romains étaient présentés à la cour de France, on ne leur donnait que le titre de marquis, On refusait <ie même le

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titre de prince aux princes russes qui 3e faisaient présenter à la cour : on les appelait knees, et cela leur était égal, puisque ce mot veut dire prince. La cour de France fut toujours sottement minutieuse sur l'article des titres. On était avare et on l'est encore du simple titre de monsieur, qui d'ailleurs court les rues : on disait sieur a toute personne qui n'était pas titrée. J'ai observé que le roi n'appelait ses évéques que par le nom d'abbé, quoique ces messieurs tiennent fort à leurs titres. Il affectait aussi de ne connaître aucun seigneur de son royaume lorsque son nom n'était pas inscrit au nombre de ceux qui le servaient.

La hauteur de Louis XV cependant n'était que celle qu'on lui avait inculquée dans son éducation ; elle ne lui était pas naturelle. Lorsqu'un ambassadeur lui présentait quelqu'un, le présenté se retirait avec la certitude que le roi l'avait vu; mais c'était tout. Du reste, le roi était fort poli et surtout envers les dames, même vis-à-vis de ses maîtresses en public. Il disgraciait quiconque osait leur manquer le moins du monde, et personne ne possédait mieux que lui la grande vertu royale qu'on nomme dissimulation. Gardien fidèle d'un secret, il était enchanté quand il se croyait sûr que personne que lui ne le savait.

Le chevalier d'Éon en est un petit exemple; car le roi seul savait et avait toujours su que c'était une femme, et loutela querelle que ce faux chevalier eut avec le bureau des affaires étrangères fut une comédie que le roi laissa aller jusqu'à sa fin pour s'en divertir.

Louis XV était grand en tout, et il aurait été sans défauts si la flatterie ne l'eût forcé d'en avoir. Mais comment aurait-il pu s'en reconnaître quand on lui répétait chaque jour qu'il était le meilleur des rois? Or, roi, dans l'idée qu'on lui avait donnée de lui-même, était quelque chose

(l'une nature trop au-dessus de la simple humanité pour qu'il ne fui pas aulorisé à se croire une espèce de dieu. Triste destinée des rois ! de vils flatteurs font conslammcut tout ce qu'il faut pour les réduire au-dessous de la condition d'homme.

La princesse d'Ardore accoucha dans ce temps-là d'un jeune prince. Son mari, qui était ambassadeur de Naples, désira que Louis XV en ffit le parrain, et le roi y consentit. Il fit cadeau à son filleul d'un régiment; mais la mère, qui n'aimait pas le militaire, n'en voulut point. M. le maréchal de Richelieu m'a dit qu'il n'avait jamais vu le roi rire de si bon cœur en apprenant ce singulier refus.

Je connus chez la duchesse de Fulvie Mlle Gaussin, qu'on appelait Lolotte. Elle était maîtresse de lord Albemarle, ambassadeur d'Angleterre, homme d'esprit, très noble et très généreux. 11 se plaignit un soir à son amie de ce qu'elle louait la beauté des étoiles qui brillaient au firmament, tandis qu'elle savait qu'il ne pouvait pas lui en faire présent. Si milord Albemarle avait été ministre en France lors de la rupture entre la France et l'Angleterre, il aurait tout accommodé, et la malheureuse guerre qui fit perdre à la France tout le Canada n'aurait pas eu lieu. II n'est pas douteux que la bonne harmonie entre deux nations ne dépende le plus souvent des ministres respectifs qu'elles tiennent auprès des cours qui sont dans le cas ou dans le danger de se brouiller.

Quant à la maîtresse de ce noble lord, il n'y avait qu'un sentiment sur son compte. Elle avait toutes les qualités pour devenir sa femme, et les premières maisons de France n'ont pas trouvé que le titre "de milady Albemarle lui fût nécessaire pour l'accueillir avec distinction, et aucune dame c'était choauée de la voir assise h son côté, quoi-

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qu'on sût qu'elle n'avait point d'autre tilre que celui de maîtresse du lord. Elle était passée des bras de sa mère dans ceux de lord Albemarle à l'âge de treize ans, et sa conduite fut toujours respectable. Elle eut des enfants que milord reconnut, et elle mourut comtesse d'Érouville.

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