DELA
PAB
W. PLEIJTE.
Tiré dn vol. II des Travaux de la 6e session du Congrès international des Orientalistes à Leide.
LEYDB. - E. J. BRILL.
Un choc fit tressaillir le monde, lorsqu'on 1881 au mois de Juillet , Emile Brugsch annonça au directeur Maspéro qu'il avait vaincu en ruse les frères arabes Abd-Er-Rasoul , et qu'une caverne, contenant les dépouilles de plusieurs rois et reines de la période la plus remarquable et la plus florissante de l'histoire avait été découverte et qu'on avait remarqué, parmi les débris, la momie du vainqueur de l'Asie , Thutmosis, du grand Sésostris, des Pharaons, de Joseph , de Moïse etc. etc.
Quel bonheur pour les journalistes! cent mille fois imprimée et reimprimée, la grande nouvelle fit le tour du monde. Le simple bourgeois, aussi bien que les gens du rang le plus élevé, l'ignorant et le savant, tous étaient curieux de savoir ce qui en était. Emile Brugsch, habile photographe, sut reproduire les trésors découverts; ils furent publiés dans les journaux illustrés et discutés dans les revues.
Maspéro faisait un rapport oflciel , Miss Amelia B. Edwards plaçait une notice dans le Harpers Monthly Magazine, Villiers Stuart publiait un volume remarquable contenant des planches, Sir Eramus Wilson une brochure, et cela ne cessera pas; nous surtout attendons avec impatience la publication de Schweinflirth au sujet des fleurs et restes des plantes trouvés dans cette ancienne cachette , surtout après la lecture d'un article de lui, traduit dans la „Nature" du 31 Mai passé.
Moi aussi, je me suis remis à l'étude des plantes et fleurs des couronnes des momies du musée de Leide,
dont j'avais parlé il y a six ans, et au sujet desquelles j'avais correspondu avec mon ami le professeur Paul Ascherson de Berlin, spécialité pour la botanique égyptienne. Les résultats obtenus forent communiqués dans les séances de diverses sociétés savantes à Berlin en 1877, et moi-même j'en donnai un résumé dans une séance de notre Société de physique.
La découverte de Deir-el-Bahari m'a encouragé à réviser ce chapitre et j'en ai fait l'objet d'une communication dans notre Société de botanique, sous le titre de ^Plantes et fleurs de l'Egypte ancienne conservées au musée de Leide."
Dans cet article j'ai effleuré la question que je voudrais traiter devant vous, ou plutôt, dont je voudrais traiter spécialement une partie ; il s'agit d'expliquer ce que la couronne de la justification signifiait pour les Egyptiens, d'où elle a tiré son origine et quelle en était la composition.
Plusieurs momies portent une couronne composée de feuilles et de fleurs.
, Le premier qui, à ce que je sache, a décrit ces couronnes, est le chevalier di San Quintino, dans ses leçons archéologiques sur quelques monuments du musée royal de Turin en 1824. n a distingué exactement toutes les formes des couronnes que nous connaissons, mais il ne les avait vues que sur des momies de Grecs.
n dit des momies de Turin qu'elles ^portent généralement des couronnes, mais que l'usage du couronnement est plus fréquent à des époques plus récentes. C'est un caractère auquel on pourra reconnaître les momies des Grecs. Les momies portent aussi parfois des guirlandes tressées de feuilles de diverses espèces et cousues ensemble.
„Les feuilles sont repliées plusieurs fois sur elles mêmes, puis cousues l'une sur l'autre, sur une jande de fe uilles^ nabnier . / mince comme un fil , liées enfin dans un cercle et posées dans les caisses des cadavres embaumés, pas toujours sur la tête.
,,Ces couronnes ne servent nullement à distinguer les sexes
'^sm'^^^r^^^ii^P'^^B^^^smmsnÊmmmmmm^Êmm^mi^smesBmm9mm^BmmeBS'^atBiaKmM^masssss:s3a:9B
OU âges." Sur la poitrine d'une de ces momies il a encore trouvé un bouquet de fleurs et d'herbes différentes.
H n'existe plus rien de tout cela. Mon ami le professeur Rossi m'écrivit le 28 Avril 1877 qu'il pouvait me donner l'assurance, que dans le musée de Turin il n'existait plus de couronnes de feuilles sèches; il s'y trouvait bien quelques végétaux; mais pas de restes de couronnes. Je ne me rappelle pas avoir lu autre chose à ce sujet. Seulement dans la description que Reuvens donne dans un journal hollandais du 7 Juin 1824, W. 36 (Letterbode) , il dit qu'il paraît que la momie achetée à de l'Escluse a été posée sur une natte dont encore quelques feuilles sont restées.
Ces fragments ont été conservés et lorsque les autres momies ont été acquises pour notre musée, le directeur M. le Dr. C. Leemans, mit dans une boîte les débris des couronnes trouvés dans les caisses des momies et, sous le N^. ïï. 41, p. 85 de son catalogue , il les nomme „feuilles et fleurs ayant été tressées pour un ornement de momie."
Le seul morceau de couronne que je sache exister dans un autre musée de l'Europe, est le N®. 7 027 d u musée Britanique; ce morceau de couronne est en feuilles de Mimusops kummel tressé.
Le musée de Leide possède deux momies sur lesquelles se
^— ' " ii.^
trouvent encore des r estes de cou ronnes; le Dr. Leemans dit au sujet du N". 23, de la collection de Rottiers; „autour de la tête les restes d'une couronne de feuilles tressées," au sujet de l'autre collection d'Anastasy, N^. 83: „un collier de feuilles tressées se trouve encore autour du cou."
Les débris de feuilles mentionnés plus haut n'appartiennent pas tous à ces deux momies , certainement pas à la momie N^. 23. Toutefois les momies auxquelles ils ont appartenu existent encore ; on lit dans l'inventaire d'Anastasy que les momies 4 et 79 du Cat. Leemans, et dans les descriptions des momies de de l'Escluse, que les N**, 47 et 67 , ont porté des couronnes.
D s'ensuit que les débris de couronnes appartiennent aux momies d'hommes W. M . 4, 23, 46 et de femmes 67, 82. Les 2 premières antérieures à la XXV^*™» ou à la XXVIî^mc dynastie, les autres postérieures. '' ^
Les feuilles n'étaient pas toutes de la même espèce; on y remarque des feuilles d'olivier et d'une espèce de laurier. Or les feuilles d'olivier étaient en petit nombre et paraissent provenir toutes d'une même couronne.
J'en conclus donc que, puisque le N®. 23 porte une couronne d'olivier, il est bien possible que les restes de cette autre couronne d'olivier ont appartenu à la momie W. 4, qui l'a possédée et à laquelle elle manque à présent. Ainsi donc les momies 4 et 23 furent couronnées de feuilles d'olivier, les autres de feuilles de laurier.
Longtemps ava nt la su prématie des Grrecs, même probablement à dater de la XIX» ou de la XX© dynastie, on a donc eu la coutume de couronner les momies, premièrement avec les feuill es de l'd ivier, ensuite avec celles d e lauri er.
Du temps des Grecs et des Romains on avait la coutume, comme on le sait, de des siner en couleur ou à^rençaustique les portraits du.déftint sur les bandages des momies, ou sur des planchettes; notre musée en possède un "spêSmen, le Louvre en possède plusieurs, et au musée britanique j'ai vu un porta git de jeune fille portant une couron ne à feuilles dorées. Aussi mon ami Rossi m'a écrit que l'on avait la coutume de faire des co uronnes imitée s avec ce qu'on appelle d u cart on; le carto n est dor é et les feuilles sont dessinées en noir. Voy. la planche L
Miss. Amelia B. Edwards a publié un article sur les fleurs et les feuilles tressées en couronnes que l'on a trouvées à Deir-el-Bahari, dans l'Academy de Septembre 1882;elley donne une description de ces restes intéressants, tels qu'ils sont exposés au musée de Boulac; elle dit qu'ils sont en feuilles de saule ou de mimusops kumm'el repliées; on
avait insinué dans les plis des feuilles le calice ou les pétales de fleurs de différentes espèces.
Maspéro dit au sujet de la momie d'Amosis, XVIIIo dynastie: „ entourée de guirlandes de fleurs selon l'usage constant des Egyptiens de l'époque thébaine" et plus loin encore: „la momie d'Aménophis I, encore enveloppée de fleurs."
Toutes ces fleurs, ces feuilles, ces couronnes trouvées en môme temps que les momies ne paraissent donc pas dater de l'ensevelisement , mais peut-être avoir été déposées sur les momies à l'époque de la XXn® dynastie, lorsqu'on les a transférées dans le puits de Deir-el-bahari.
Cela nous amène à demander ce que signifie cette couronne, et nous entrons ainsi sur le domaine de l'archéologie égyptienne. Le livre des morts est seul à nous donner une réponse; on la trouve au chapitre 19, qui n'est, comme le chapitre 20, qu'une nouvelle rédaction du chapitre 18; ce dernier chapitre est ancien, il date au moins de l'époque thébaine. On ne peut pas en dire autant des chapitres i9 et 20. La vignette , qui représente une personne devant Atum, recevant la couronne du macheru, du justifié, ou de la justification, se rencontre pour la première fois dans un texte de notre musée du temps des Psamétiques. Le texte est probablement de beaucoup postérieur; en tous cas je ne l'ai rencontré que dans les Uvres de l'époque des G recs et des P tolémées. Yoy. la planche n. /
Les ré3aS9Eïons que je connais se trouvent dans le Todtenbuch, le Rituel de Rougé, le papyrus flinéraire de Leide 16, et le papyrus 74 ; 65—43 de la description de l'Egypte. MM. Birch et Pierrot en ont donné des traductions; De Rougé a traduit le titre comme suit: „chapitre de la couronne de justification." Voy. la planche III.
Le chapitre 18 commence par une invocation à Thot, pour aider le défunt à défendre sa moralité et sa vie religieuse , devant le juge Osiris, contre ses ennemis, qui l'ont accusé de toutes sortes de fraudes et de péchés,
i^^rfiî^
^^^ „I1 dit: Thot! toi qui as justifié Osiris devast ses enne- ' y ^ mis, justifie aussi l'individu Osiris devant ses ennemis, de
^^^^""•"^^ môme que tu as justifié Osiris devant ses ennemis, en pré-
sence des grands Seigneurs qui accompagnent le dieu Ra, ^^ devant les grands Seigneurs qui accompagnent Osiris, devant les grands Seigneurs, qui habitent ïïéliopolis etc." Le déftint se défend devant toutes ces divinités, qui sont les juges parèdres d'Osiris, dont le chififre va jusqu'à 42 dans les manuscrits de l'époque thébaine. Enfin il est proclamé juste et il reçoit la couronne de la justice, ou de la justification.
Le chapitre 19 a rapport à cette couronne de la justification. Le texte continue. „Ton père Tum a tressé pour toi cette belle couronne de la justice."
„Ce fronteau vivant, aimé de tous les dieux."
„Tu vis pour l'éternité."
„Osiris, résident de l'ouest, a proclamé ta parole comme vérité, contre tes ennemis."
„Ton père Seb t'a départi son domaine, qu'il y ait pour toi une salutation comme justifié."
„0 toi Horsiesis fils d'Osiris sur le trône de ton père Ra."
„Toi qui fais tomber tes ennemis."
„I1 t'a départi les deux parties du monde , très parfaitement ordonnées."
„ C'est aussi l'ordonnance d'Atum, c'est une répétition faite par le cercle des dieux, du bel acte de la justification de Horsiesis, le fils d'Osiris, pour l'éternité, pour toujours, en faveur d'Osiris le défunt (pour l'éternité et pour toujours.)"
„ Osiris, résident de l'ouest, a réuni les dieux du monde inférieur et supérieur, chaque dieu, chaque déesse, soit qu'il réside dans le ciel, soit qu'il réside sur la terre, pour proclamer juste Horsiesis devant ses ennemis, en présence d'Osiris le résident de l'Ouest, et aussi pour proclamer juste Osiris le défunt, devant ses ennemis, en présence d'Osiris le résident de l'Ouest, l'être bon , le fils de . Nout , à ce jour où il est proclamé juste
devant Set et ses alliés, en présence des grand chefs, qui habitent Héliopolis, dans cette nuit du combat , lorsque (Horus) faisait tomber les impies, en présence des grands chefs qui habitent Abydos, dans cette nuit de la justification d'Osiris contre ses ennemis, etc."
„Ce chapitre se lit, ou se recite" selon la clausule finale , „sur une couronne sacrée, à placer sur la tête de l'individu. Ensuite tu mettras de l'encens sur le feu pour Osiris le défunt, justifié contre ses ennemis , dans la mort comme dans la vie." „Lui , il sera parmi les serviteurs d'Osiris, à lui seront donnés des boissons et des aUments en présence de ce dieu. Tu chanteras ce chapitre le ma^in deux fois , c'est une grande corroboration dans le vêtement de la justice, pour des millions.de fois." (1.) La couronne de la justice se donnait au défunt, à l'entrée de l'enfer ou de l'occident, n y avait là un sycomore, dans lequel résidait la déesse du ciel, Nout, qui donnait à boire à l'individu, l'humectait et le résusacitait au moyen de ces eaux célestes. Le défunt figure comme tel sur les stèles funéraires depuis la XXn® dynastie et aussi dans le livre des morts au chapitre 59.
H recevait la couronne sous ce sycomore, ainsi qu'on le lit au chapitre 97 en ces termes : „ Je suis une personne bien conformée au milieu de vous, dieux!" (II.) „Car je suis le grand, le fils du très grand." „ Je ne me suis pas- livré à ces péchés que vous avez dans la bouche."
„Le produit de son terrain est pour toi."
„J'ai été purifié dans le bassin de la pacification,"
„Mis en équilibre par la divine couronne s ous le^ sycomore."
La couronne est donc pour le défunt le signe qu'il a été
proclamé juste après la confession. On sait que l'individu
défunt se déclare 42 fois libre de péchés, devant le même
nombre de juges. Cette confession négative n'est cependant
pas suffisante pour obtenif le bonheur suprême ; elle doit être
suivie d'une autre toute positive, chapitre 125. ,,11 s'est concilié dieu par son amour, il a donné du pain à celui qui avait faim, de l'eau à celui qui avait soif, des vêtements à celui qui était nu, il a donné sa barque au voyageur."
On voit à ce sujet une inscription intéressante sur le pourtour de la caisse de momie N^. 10 du musée de Leide.
C'est une allocution, une hynme à Osiris et à d'autrëslElieux de l'enfer: voici la traduction du texte:
„Ces dieux donnent à ton âme de regarder le soleil." (11) „Sa splendeur luit sur ton cadavre, elle t'enlève toute souillure." „ C'est le gardien de tes pieds, lorsqu'il est dans la barque, (12) au jour de la fôte du labourage de la terre." (13) „Ils louent ton nom." (14.)
„ Après que tu as été oint, (15) ta tête a été couronnée," (16)
^ Il I
comme justifié.
jjTu'' entres par les pylônes." (17) „Tu illumines (18) les deux côtés de l'enfer." (19) „Tu montes (20) sur la balance (21) et ton pied reste en équilibre."
„I1 n'y a pas d'outrage dans ta demeure de l'adoration." „Etant mort tu as été oint de choses sacrées." „Tu as ét é couron né d'un bandeau de fleurs (22) du champ de l'embaumement, du champ de couronnement."
H résulterait de ce passage que les fleurs et les plan tes destinées aux couronnes des momies étaient l' objet d' une culture spéciale. Je crois que c'était réellement le cas, nous y reviendrons tantôt.
On plaçait aussi des guirland es autour du cou des momies, et ceci est exprimé dans le texte suivant de la même caisse: „Lorsque l'offrande est élevée vers le crépuscule du jour, tu entres au séjour sacré. L'aiguille de la balance est immobile, on ne trouve pas (de souillures) au jour où tu montes sur la balance de la justification, toutes sortes' de fleurs blan-
ches sont autour de ton cou." (23)
Cette vieille coutume de couronner les morts c'est continuée jusqu'à maintenant. Comme à l'époque des Grecs et des Romains, la couronne se donne à celui qui excelle soit dans les sciences, soit dans les arts, soit à la guerre, soit dans les occupations de la vie pratique. La coutume de couronner les morts a été aussî pratiquée depuis des siècles. Il faut étudier de volumineux écrits pour connaître toutes les occasions dans lesquelles on les décernait, et de quelle manière on les faisait; depuis le livre de Caroli Paschalis sur les couronnes, publié à Paris en 1610, jusqu'à nos jours, se sont succédées de nombreuses publications, plus ou moins étendues sur ce sujet.
Clément d'Alexandrie dit que les morts s'ensevelissaient enveloppés de pourpre et couronnés de feuilles et dé fleurs. Le législateur grec Lycurgue, qui vivait au neuvième siècle avant notre ère, modifia un grand nombre de coutumes des Spartiates, mais il maintint l'ensevelissement dans le pourpre et la couronne de feuilles d'olivier. Le Lacédémonien Cléomène
enveloppa de pourpre le cadavre de Lydiada et lui déposa une couronne sur la tête.
Périclès couronne Paralus après sa mort et Pélopidas reçut un trophée de couronnes, lorsqu'il était tombé dans le combat.
Les Romains suivaient le même usage: la loi des XII tables, lex duodecim tabularum, le permettait. Lucien décrit la manière dont on s'y prenait, et c'est à cause de cette coutume que l'on appelait les morts coronati. ^Hien enfin assure que Lycurgue a introduit l'emploi de^l'olivier , mais que plus tard on l'avait changé en laurier.
Si l'on examine les objets qui ont été exhumés , on voit que ce que les auteurs racontent est vrai ; ce n'est pas seulement le cas pour les Egyptiens , mais aussi pour les Grecs ; ce sont les cadavres ainsi que les statues et les statuettes trouvées p. e. dans l'île de Chypre, qui fournissent la preuve. PI. XIV.
Nous possédons au musée un morceau de couronne qui
imite un rameau de laurier. Sur une tige d e bois sont fixées des feuilles en bronze, autour desquelles est pliée une feuille d'or , des grains d e pâte dorée soni fixés alternativement entre les Quilles. "^ "^
Le colonel Rottiers a trouvé ce fragment en 1820, en a fait don au colonel Coertsen , et celui-ci Ta offert au professeur Reuvens. Voy. la pi. XIH.
Une quantité de belles couronnes se sont conservées en Crimée, et il y en a d'autres encore dont on peut voir de beaux dessins, sous le mot caelatura, dans le magnifique dictionnaire des antiquités de MM. Daremberg et Saglio. Dans cet article Mr. Saglio dit que le musée du Louvre, celui de l'hermitage à Saint Pétersbourg, le musée Etrusque du Vatican, d'autres encore, renferment un assez grand nombre de ces couronnes qui imitent en feuilles d'or d'une extrême ténuité le feuillage de l'olivier, du laurier, du lierre , de la fève , de la vigne, de l'ache.
Après avoir examiné attentivement la publication des antiquités du Bosphore, planches in à V, je ne saurais admettre que les savants auteurs aient raison de voir dans la plupart des couronnes des imitations de feuilles d'ache. Je sais bien et admets volontiers tout ce qu'on a dit dans ces études au sujet de Ijaçhe, l'ag^ium, le céleri, mais je crois que la signification de la feuille qu'on indique comme feuille d'ache est différente. ^
Je crois que sont trois feuilles d'olivier com binées. Le dessin V, 4 nous fait voir très distinctement 3 feuilles, et si nous le comparons avec la belle couronne en bronze repoussé trouvée à Nymègue, pi. XIX, et conservée dans notre musée, nous voyons là aussi que ce sont trois feuilles liées ensemble qui forment la couronne, destinée à un chef d'armée, ou à quelqu' autre militaire, qui s'est distingué dans la guerre. Je crois pour cette raison qu'on a voulu imiter dans les III , N^ 1, 4; IV, N^ 1; V, N^ 4 des couronnes de feuilles
•^-a^mmmt^'^m'
d'olivie r , dans le IV, N^. 2, 3; V, N^ 2, 3 des couronnes de feuilles dg laurie r, et dans le N^ Y, 1, une corona graminea obsidionalis, co mposée d'herbes et de fleurs sauvages. Yoy. la pi. XV— XIX. Quoi qu'il en soit , il est certain , même s'il n'y avait , comme l'auteur des antiquités du Bosphore l'assure, qu'une seule couronne d'olivier parmi les restes de l'ancien monde grec ou romain, que d'après les auteurs classiques l'olivier a été employé bien souvent, qu'il a précédé le laurier et qu'il sym bolise le triomp he.
Artémidore dit que la c ouron n e d'oliv ier se décernait aux morts, parce qu'ils avaient vaincu dans la lutte de la vie.
L'olivier figure dans un mythe comme symbole du triomphe. Athénéet Poséidon devaient fonder une ville après le déluge, lorsque la terre commençait à reparaître. Celui qui ferait le don le plus excellent devait avoir le droit de fonder cette ville ; Zeus fut pris pour Juge. Poséidon donna un port avec des vaisseaux, Athéné fit pousser mi olivier: celle-ci fut déclarée victorieuse, reçut une couronne faite du feuillage de l'olivier, et la ville qu'elle fonda reçut le nom d'Athènes.
L'introduction de l'ohvier était donc due à la sagesse hellénique ou à la déesse de la science et de la sagesse. Certes rien de plus vrai, car c'est en Grèce une plante de culture et qui n'est pas indigène, mais qui a été importée de l'Asie.
Mais si l'olivier n'est pas une plante indigène de la Grèce, il ne l'est pas non plus de l'Egypte, et s'il est vrai qu'il ne figure pas dans le grand nombre de fleurs, de feuilles et de couronnes qui ornent maintenant le musée de Boulaq , il n'en est- que plus remarquable que nous en possédion s deux cou ronnes , dont une même se trouve encore intacte , cachée sous sa bandelette sur la tête de sa momie.
Si les momies qui les portent appartiennent à la XX^ jusqu'à la XXV® dynastie , nous pouvons déduire de là , comme date de l'introduction de l'ohvier en Egypte , à peu près] la XIXe dynastie, l'époque des grandes guerres avec l'Asie, de
la rencontre des peuples de l'Asie, de la Méditerranée et^de l'Afrique, et je ne vois rien d'étonnant à ce que l'Egypte ait emprunté de l'Asie la coutume du couronnement des momies avec les feuilles de l'olivier en même temps qu'elle en a reçu l'olivier, car cet arbre n'est pas, que je sache, mentionné dans les inscriptions égyptiennes.
L'olivier a existé en Palestine déjà dans des temps très reculés; c'est le symbole de la victoire et de la paix.
Dans le livre d'Osée il est dit que l'on exporte en Egypte de l'huile d'olivier. En Egypte cette huile s'appelle peut-être matset, La première mention qui en soit connue se trouve sur la stèle du roi Ai, Rathotis conservée à Berlin, plus tard dans les listes des recettes publiées par J. Dûmichen. Dans le Papyrus Ebers on la rencontre avec l'addition du mot kennt, graisse; la combinaison peut se traduire par huile graisse, ou huile qui est devenue de la graisse.
Parmi les noms propres de l'ancienne Egypte , feu de Rougé cite le nom d'un certain Tsau, nom qu'il lit Tsaabu; mais dans ce nom, l'arbre peut-être déterminatif; associé à ce nom est celui d'une femme appelée nekebt; c'est le mot hébreu qui signifie femme ; il se pourrait que sous le premier nom se cachât l'olive, mais c'est douteux.
On trouve sous le N*^. 11 de l'ouvrage de Delile l'olea europaea, en arabe zeytoun, désigné comme plante égyptienne. Théophraste assure qu'il croît à Thèbes; il
dit : dans un grand bois de Thèbes on rencontre les
chênes, les persées en grand nombre, et les oliviers. L'huile de cet arbre , dit Théophraste , est aussi bonne que la nôtre et le bois est fort dur et a la couleur de l'arbre lotus.
Les Egyptiens observaient donc la coutume des Grecs des anciens temps, de couronner les morts de feuilles d'olivier, comme symbole de la victoire dans la lutte de la vie. Coutume probablement empruntée à l'Asie après le grand choc des peuples qui a eu lieu XV siècles avant notre ère.
Mais le mimusops, non plus, n'est point une plante indigène , elle a été importée de l'Ethiopie ; c'est le cas , pour les trois variétés, mimusops Elengi, Kummel et Schimperi; M. Paul Ascherson a déterminé les feuilles de nos couronnes comme appartenant au mimusops Kummel. M. Sch weinftirth , celles de Boulaq comme du mimusops Schimperi; en tous cas la différence est légère. Si Ton compare entre eux les spécimens que j'ai ici à ma disposition, certainement ceux de M. Ascherson sont plus épais. Si le mimusops est la persea, comme M. Schweinfurth le croit, U se pourrait que Théophraste l'eût vu à Thèbes, mais ce n'est pas le même arbre que le nehet de la déesse Isis, comme croit le même savant. Cet arbre est certainement le sycomore.
Le mimusops Kummel diffère en ceci du mimusops Schimperi, „A longer and especially a slenderer, weaker pétiole and a more acute, less abrupty accuminate blade" et quant à Tanatomie de la plante: M. Schimper et Elengi „have a double layer of epidermal cells, a character they possess in common with the leaves from ancient tombs, whereas in the leaves of M. Kummel is only a single epidermal layer of cells."
Cette plante a donc été cultivée en Egjrpte et, depuis la XX Ve dynastie au moins, on y couronnait les morts avec ses feuilles. Un texte intéressant à ce sujet se rencontre Dûmichen Tempelinschriften 75. On voit par ce texte que les feuilles pour les couronnes venaient de Pount et de Tanuter. Un des Ptolemées présente une couronne et des feuilles à la divinité. Le texte dit que ce sont des échantillons coupés .
sur le domaine de Pount et des pièces coupées dans l'île de / ' /> / , 'i u Socotera. (23.) PI. XX-XXIL ' '
Serait-ce peut-être parce qu'elle avait de la ressemblance avec le laurier et qu'on allait imiter la coutume grecque?
En Grèce, il paraît que l'on préféra plus tard le laurier.
Le laurier a remplacé l'olivier , probablement parce que l'arbre d'Appollon, avec toutes ses qualités utiles et médicales, finit peu à peu par jouer parmi les plantes un rôle proéminent dans la vie des Grecs.
Cette plante était honorée [et peut-être adorée en public et en particulier. On en portait des bâtons comme sauvegarde, ou l'on en mâchait les feuilles comme préservatif.
H se peut pourtant aussi que le mimusops ait eu une signification funérahre, mais puisque il n'est certainement identique ni à l'arbre d'Isis, ni à celui d'Osiris mentionnés dans le hvre des morts, cette explication me paraît peu probable.
Outre ces deux espèces de plantes, nous savons que la momie de Ramses portait une couronne de mimusops Schimperi, dans laquelle il y a des pétales de la nymphaea caerulea entrelacés. La nymphaea lotus, comme je l'ai démontré dans une étude spéciale sur cette plante, ne se rencontre que très rarement sur les monuments et probablement l'ancienne Egypte l'avait en mince estime; il en est de même pour l'Arabe de nos jours, qui dit que la première espèce est pour les Arabes, mais la seconde pour les cochons.
Le cadavre de Ramses II portait des fleurs de la Nymphaea caerulaea fixées à -des bâtons, longs de 30 centimètres, cachés sous les bandelettes qui enveloppent la momie.
Le corps d'Amenhotep I portait les mêmes feuilles et fleurs, mais en outre celles de l'acacia nilotica, du carthamus tinctorius, de l'alcea ficifolia, et du salix s a f s a f. Les deux premières espèces se trouvent aussi à Leide, mais les deux autres y manquent.
Un chimiste nommé Thomson dit avoir démontré que le rouge des bandelettes de momies serait tiré du C.arthamus.
Je n'ose dire ce que le saule peut signifier dans les couronnes , il ressemble à l'oUvier , et quant au dessin de Schweinfiirth, l'auteur dit lui-même que les dentelures en sont trop aiguës (A separate leaf of the salix, the teeth represented too sharp).
L'ai ce a fi ci fol i a n'aura pas en d'autre destination que celle de servir à orner la couronne ; cette plante vient de la Syrie et du Liban.
Les momies d'Amenhotep 1 et d'Aahmes sont couronnées de salix, celle d'Aahmes portait aussi des fleurs de d^elphinium orientale et de sesbania aegyptiaca, enfin il s'y trouvait du citrullus vulgaris, espèce de coloquint , et du par me lia furfuracêaV lichen importé de Grèce en Egypte. Les Arabes d'aujour-d'hui le mêlent à leur pain pour en rehausser le goût. On en a trouvé, tout un panier mis à part dans le tombeau de Deir el Bahari. Schweinfurth en conclut qu'il y a eu, à une époque fort reculée, 1000 ans avant notre-ère , des relations commerciales entre l'Egypte et la Grèce. Yoy. la pi. XXIIL Enfin il a découvert aussi parmi ces restes de plantes une petite botte d'herbes h alfa, leptq cbloa bypinnata, l'evragrostis cynosaroides. Nos couronnes de Leide sont composées de la même manière que celles de Boulaq; les mieux tressées sont les couronnes d'olivier.
Voici comment on les fait:
On coupe dans une feuille de palmier doum, pi. XXIY,
une petite bande , d'environ 3 millimètres de largem* , que l'on | /
fait aussi longue que possible, fig. 1; on prend ensuite une
feuille d'olivier ou de mimusops fig. 2, 3, que l'on plie en
deux, environ par la moitié, fig. 4; on prend ensuite un
pétale de nymphaea, fig. 5, ou une fleur d'acacia, fig.
6, 8, de chrysanthémum, fig. 9, ou de centaurea,
:fig. 7 , 1 1 , et on la pose dessus ; enfin on y applique la bande
W. 1 et on plie la feuille avec les ornements, fig. 7. On prend
ensuite deux fils très minces, découpés dans une feuille de
palmier doum, et l'on s'en sert pour coudre les feuilles
ensemble, comme fig. 7, 12, 15.
Lorisque la bande est assez longue , on en réunit les extrémités
au moyen d'un bouton ou d'un nœud; parfois on tresse
un fil ou cordon , composé de plusieurs fils minces , on en fait une fbande en le tordant , et en passant autour un fil qui contient [les fils tordus, XXV. 6. Quand ce cercle est achevé on y ajuste, au moyen d'un fil, la couronne de feuilles. La couronne avait parfois au bouton ou au noeud une fleur de nymphaea caerulea, comme on le voit sur les dessins ; cette fleur tombait alors sur le front de la momie, comme c'est le cas pour 3 fleurs de nymphaea qui se voient sur le couvercle d'une caisse, N^. 2, à Leide. Les caisses de momie du musée de Leide , qui ne remontent pas au de là de la X Ville ou XIX® dynastie, présentent des couronnes presque toujours fort simples; ce sont des feuilles vertes juxtaposées, d'où pendent des pétales de la mymphaea caerulea.
J'ai expliqué de mon mieux la signification, l'origine et la structure de la couronne des momies. C'est la couronne qu'on accordait après une vie de justice et d'amour envers les dieux et le prochain , l'idéal de l'Israélite et du Chrétien. Vous vous rappelez la scène de l'église dans le Faust quand l'orgue fait entendre la musique du „Judex ergo qum sedebit, quidquid latet adparebit, nil inultum remanebit" et la pauvre Marguerite perd connaissance. C'est l'expression de la croyance dans la justice éternelle aussi vieille que la civilisation égyptienne.
Cette croyance en eflét est naturelle à l'homme: Comme qu'on appelle le juge suprême , Osiris , Jéhova , le Seigneur , la conscience individuelle, ou la conscience publique, partout l'homme est obligé d'en tenir compte. Qui de nous oserait dire de lui-même avec l'auteur de la seconde épitre à Timothée (4,8): „Au reste la couronne de justice m'est réservée , et le Seigneur juste juge me la donnera en ce jour-là."
Pour tous „ce jour-là" , revient chaque jour. Tous les jours sous une forme ou sous un autre , la couronne se décerne ou se refase. Notre vie de travail n'a sans doute pas pour but de remporter cette récompense, mais qui refuserait de la recevoir.
L'usage si naturel , si rationel, si rempli de hautes pensées et de poésie, de couronner les vainqueurs, ne sera pas aboli. Nous ne saurions mieux exprimer d'une manière visible notre amour et. notre vénération, que par ce simple symbole, pour la possession duquel on luttait jusqu'à la mort dans le monde antique, et que les hommes éclairés XIXe siècle ne méprisent nullement.
Traduction du Chapitre XIX.
De Rougé.
Birch.
The chapter of the crown of justification.
Pierrot.