LA MÉTAMORPHOSE D'OPALE
A M. Karl Boèi.
Je veux 3onner des vers suivant le mode antique. Muses ! Soutenez mon audace Ijrique, Et divulguez comment, devenu pierre un jour.
Le Satyre expia son criminel amour.
Opale était aoD nom. Droit sur ses pieds de chèvre, ha. barbe commentait à lui poindre à la lèvre ; Sa faee au front cornu s'éclairait da grands yeux pareils & ceux des chats, naïfs et curieux ;
Cuite et recuite k l'air, sa poitrine dorée, En deux ^ands médailloas de bronze séparée.
Par son relief heureux, attestait la videur Du sang impétueux qui bouillonne en son cœur. Il avait pris, par force, un sentiment sauvage Des forêts où s'était écoulé son jeune âge.
Les arbres nourriciers bornaient son horizon. Sa seule histoire était la marche des saisons. Les crocs luisants, la cuisse âpre et velue, en somi: Il tenait à la fois de la Bête et de l'Homme, Le jour, il se mêlait aux jeux des animaux.
Broutant l'herbe et la jeune écorce des rameaux, Mais la nuit étoilée, épurant sa nature.
Eveillait dans son âme une harmonie obscure.
Le dieu Pan qui remue un 0ocoq mentonnier, Silène que ballotte un âne coutumier, Marsjas, l'escadron chevelu des centaures Faisant desquatre pieds feu sur le g:rès sonore,
Piiape, qui dacftdro ftux feuillages voisins
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Son museau barbouillé de lie et de raisias, Ud vieux père accablé sous le fardeau de l'âge, Formaieat ce qu'il voyait d'ordinaires visages. La Beauté n'avait pas, quand revient le printemps. Jeté le trouble encore en ses esprits flottants ; Sur les vents parfumés, dans les nuits provocantes, Sans rinstruire, passaient les rires des Baccbantes ; Un sommeil innocent le laissait reposer, Et sa lèvre inutile ignorait le baiser.
O trop heureux vraiment si, d'une impure image. Celui qui mieux s'emploie k nous faire dommage, Glissant la Perfidie au fond de ses présents, L'Amour I n'avait trouvé le chemin de ses sens I
L'Oréade Sylvie habite les montagnes,
Et Diane la compte au rang de ses compagnes ;
Mais loin du bruit des cors et des trompes, elle est
I^ seule qui rechigne à tendre le filet,
A gagner de vitesse une meute à la course,
A faire »S&9t r»rc, b cDugir l'esu des tovne»,
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A poursuivre longtemps, pour la mettre aux abois,
La biche mouchetée au plus épais des bois.
Ses sœurs se fatig-uaient & lui redire : Applique
Ton loisir à la chasse; arme-toi de la pique!
Prends la trousse garnie et, d'un pied courageux,
Viens forcer, avec nous, les sommets orageux;
Evite qu'à le perdre à l'écart, ta ne tires
Dommage an beau matin des rases duSatyrel
Mais Sylvie est têtue et, prévenae eu valu,
N'a pris l'arc ni la pique et ni la trousse en main.
Aux avertisse m euts sa pensée échappée
D'un songe nonchalant reste toute occupée.
Elle no tente point les sommets orageux.
Les dieux l'ont façonnée encline k d'autres jeux :
En tunique ilottante, au long de la prairie.
Elle laisse au hasard flotter sa rêverie;
Tantôt, pour les retordre ensuite en mille nœuds.
Elle sépare en deux le flot de ses cheveux ;
Tantôt elle rehausse, avec des fleurs nouvelles
Jointes en chapelet, ses grâces naturelles ;
Tantôt sa voix se môle au concert des oiseaux ;
Tantât elle se mire au cristal des ruisseaux;
Tantôt elle s'y baigne, et de ses flancs d'ivoire,
A la façon d'un cjgne, elle en froisse la raoirç
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Emue et tranaparenle, et même il se trouva Qu'elle sortait de l'eau quand le Faune arriva.
Sitôt que le garçon, se dressant sur les hanches, L'aperçoit par un trou ménagé dans les branches, Son iguorouce tombe. Une brusque rougeur L'avertit du secret changement de son cœur; Dans son âme étonnée où l'Amour se révèle, Il sent croître en vibrant une Force nouvelle. Semblable au chien d'arrôt braqué sur le gibier. Contre un Saule qui ploie, il tombe agenouillé. Pour ne point se trahir à la rive prochaine, Il retient à la fois son geste et son haleine; Tant son ravissement est troublé do la peur De voir s'évanouir cette image en vapeur.
Sylvie est un prinleraps ({ui marche. Elle est orciSe
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De jeunesse et sa lète est de fleurs couroaaée. Plus que tout antre sûr estimant cet eodroit, L'IoDocentc se Se k la g&rde du bois.
AucuD bruit du dehors ne force cet asile.
Le silence écarté, le feuillage immobile D'où s'entendre une nuit plus douce que le jour. Un rideau d'alisiers, l'eau paisible en son cours, Tout semble repousser l'embûche criminelle.
Et lui dire : Pour loi, nous faisons sentinelle/
Opale stupéfait la dévore des yeux,
Dans soD âme elle passe inscrite aux traits de feu.
Il admire l'éclat de cette chevelure
Déroulée en anneaux, cette frêle ceinture,
Cette poitrine enflée en deux globes jumeaux,
Cette hanche élargie en forme de cerceau.
Cette chair palpitante où frémit quelque chose
De plus blanc que les lys, de plus doux que les roses.
Et cet attrait divin, ce mystère enchanté
gui flçtt? en auréole autour de 1* Beauté,
Elle semble une rose où perle, après la pluie, Un feu de diamants. Tandis qu'elle s'essuie Lentement, de ses bras, elle fait, sous l'effort, Onduler en tous sens les ligues de son corps, De sorte que des Biens qu'elle tient de naissance, Chacun, à tour de râle, est mis en évidence; Et comme on voit gri^ndir ua cercle de frissons. Quand le vent ride l'onde ou courbe les moissons. L'effort répercuta, de la même manière.
Court le long de ses Oancs en vagues de lumière.
Elle vient ver» sa robe étendue, et sa main La redemande au saule oblig:eant quand...
Soudain !
Amour ! 6 forcené I est-il une torture Que tft Malice épargne aux pauvres créatures?
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ig4 !■* Cl'UnONKI DES JOURS
PoursuivBDt tes forfaits d'un courage odieux, Tu souffles chez Opale un feu séditieux ; D'un fiel empoisonné tu lui brouilles le foie, Et lui rends t'appétit d'une bête de proie, Démontrant h nouveau combien est vrai le cri Qu'une ti^resse, en Thrace, autrefois, t'a nourri
Sylvie avait à peine engagé sa chemise. Que du Faune impudique elle se sentit prise.
Laisse la splendeur nue éclater aux regards/ Qae vaut an vêlement, trop fragile rempart.
Que même te vaudrait le secours d'une armure. Dît-il, contre l'ardeur dont Je sens la pointure f Sois mienne/ oa bien la force h défaut de douceur Saura de tes refus déjouer la rigueur/ Elle, alors, révoltée: O ciel/.., de cet outrage... Go fut tout. Sa vois reste étranglée au passage. Ni regards suppliants, ni larmes, rien ne vaut Contre une brute en proie aux fureurs de l'assaut. Il redouble de force et quelque résistance Qu'elle essaye, il lui plante, usant de violence,
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Des baisers forcenés. Sa bouche toute en feu
La presse, l'enveloppe, importune ses yeux
Et sa joue et sa bouche et la crible d'atteintes.
En vain elle s'efforce à sortir de l'étreinte.
Il la tient empêtrée et resserre ses nœuds
Comme un lierre aux cents bras s'applique au tronc noueux,
Comme au flanc du marin uue pieuvre jalouse
S'ancre avec les crochets de ses mille ventouses,
Ou comme le serpent, de ses replis épars,
Se colle à l'ennemi surpris de toutes parts.
Mais la Forât, d'un bruit de feuilles remuées,
A dénoncé le crime et le porte aux nuées.
L'onde, au loin, s'est émue. Une immense clameur
De la rive indignée atteste la douleur,
Et Diane accourue, étincelante d'ire,
Vient à point réparer l'honneur de son Empire...
Mais son contentement reste encore imparfait
De n'avoir qu'à moitié suspendu le forfait.
Quoi, dit-elle, il n'est plus assez d'une Amaikonle !
Mefaudra-t-il encore endurer à ma honte,
Au lieu même oà je règne incontestablement,
L'Amour, son Jeu cynique etses égarements?
Ne pais-je à la Padear assurer un asile ?
L'encens que fon m'adresse est-il donc inutile,
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Qu'an Faune ose souiller le jour de mes Etats? Ah/ Périsse fauteur d'un si noir attentat, Périsse aussi la Nymphe, à ses sœurs infidèle^ Qui le rendit possible en se séparant d'Elleal Elle dit. Son arc sonne et te coup part si droit Qu'il embroche la nymphe et le faune à la fois. Ils tombent enlacés, et la chaleur humaine Les quitte, re&uant soudain de veine en veine. Pour se disjoindre ils font d'inutiles efforts, Un froid de pierre aig'u leur rampe au long' du corps. Le muscle se roidit d'un mouvement farouche.
Puis la moelle se prend. La mort ^lace leur bouche; Et bientôt, à leur place, ou voit, parmi les fleurs, Pétiller un caillou de diverses couleurs, Où chacun a laissé un peu de sa fortune Et de ses sentiments, dans la fonte commune.
Belle Emilie ! ainsi prit naissance, autrefois, L'ornement bigarré que je passe à ton doîgt.
Je n'entends point parler de l'opale fatale
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Dont Iris empierra la rive orientale,
Jadis, pour obéir aux ordres de Junon,
Et qui d'opale noble a reçu le surnom;
Ni de celle enfantée aux roches du Mexique,
Tantât comme un rubis faite de pourpre unique,
Tantôt noire, tantôt rougeûtre à reflets verts,
Tellement elle prend de visages divers.
Celle que j'ai chantée est celle que charrie
Un Ëlon sablonneux aux versants d'illyrie,
Et qui, perse ou lilas, selon que tu la vois,
D'un beau vert azuré brasille par endroits.
N'écoute pas le bruit de cette Renommée
Populaire par qui l'opale est diSFamée.
Certesl du Prince injuste elle abaisse l'orgueil,
Elle oppose à la Fraude une suite d'écueils,
Sur llmpie, elle fait éclater le tonnerre.
Et dénonce les Feux de la Femme adultère,
Mais toujours profitable aux gens de bonnes mœurs,
Elle épure leur sang, corrige leurs humeurs,
Elle enrichit le sage au fond de sa retraite,
Elle chasse l'Ennui de l'Ame du Poète,
Elle nourrit sa verve et, de liens cachés.
Lui garde obstinément ceux qu'il aime attachés.