L'ARAIGNÉE
Uir père était allé visiter les vignes avec son fils encore enfant. Le fils aperçut une abeille prise dans les filets d'une grosse araignée. Déjà l'araignée avait ouvert ses tenailles formidables pour étrangler sa proie; mais l'enfant vint ani secours de l'abeille^ la délivra y et détruisit la toile de l'animal vorace. Le père^ qui l'avait observé^ lui dit : ^ Gomment peuxta^ mon fils^ mépriser ainsi le talent et la sagacité de cet animal j et détruire d'un seul coup un trsivail fait avec tant d'art et de soin ? r^'admirais^u pas la délicatesse de la toile, la régularité et la symétrie ie tout l'ouvrage ? Gomment peux-tu être à la fois si compatissant et si dur 7 » Le fils répondit : «Là sagacité de l'araignée tourne en mal, et elle n'exerce son adresse que pour blesser ou détruire, tandis que Tabeille emploie la sienne à recueillir le miel et à préparer Ta cire j voilà pourquoi j'ai déliyré l'abeille, et détruit la toile de l'araignée. »
Le père admira le jugement de la simplicité naïve 9 qui condamne le talent brillant , lorsque, dirigé par la malice et l'égoïsme^ il ne tend qu'à blesser ou à nuire. « Mais, continua le père^ il se pourrait encore que tu eusses fait tort à Tarai gnée; tu vois qu'elle tend son tissu sur le raisin pendant qu'il mûrit , et qu'elle le met par là à l'abri des guêpes et des insectes* — Le fait-elle pour protéger le raisin, demanda l'enfant? ou ne serait-ce pas plutôt pour étancher sa soif sanguinaire? — Je crois, en effet , dit le père , qu'elle s'inquiète peu de nos raisins. — *Oh! dit l'enfant^ en ce cas elle fait le bien sans le vouloir, et alors elle n'a aucun mérite, puisque c'est laboune volonté seule qui fait la bonté et la beauté de l'action. — Cela est vrai, dit le pèrej c'est donc la nature qu'il faut remercier; elle^ qui sait tirer parti même de ce qui est mauvais et nuisible en soi , pour conserver ce qui est bon et utile. »
L'enfant demanda encore : « Pourquoi l'araignée vit-elle solitaire dans sa toile, ne travaillant que pour elle , tandis que les abeilles vivent en société et agissent eu commun? Les araignées ne pourraient-elles pas y en se réunissant , faire un filet tel* lement grand qu'il pût servir à toutes? — Cher enfant, répoi^dit le père , ce n'est que pour des fins bonnes et louables que l'association de la multitude peut avoir lieu. Une société d'êtres malfesants et égoïstes porte le germe de sa destruction en elletnéme , et ne peut durer. Aussi la sage nature ne tente- t-elle pas ce que les hommes essaient trop souvent pour leur malheur et leur perte ^ et ce qui ne peut jamais leur réussir. »
£n Tenicantk la maison , l'enfant dit à son père : « Ce vilain animal m'a cependant encore appris de
bonnes choses. —Pourquoi pas, rëpondit le père? l^a» nature a placé le bien à côté da mal , pour le foire ressortir par Toppôsilion; et c'est ainsi que le mal même sert à instruire et à perfectionner l'homme.»
Traductioa de Kruxàchkk.
LE CmÈN DE L^HOSPÎCE ET LE JEUNE
EISFÀNT.
• Il est un mont fameux , de frimas couronné ^ Où l'hiver, asseyant son éternel empire, Sauâ cesse fait la guerre à tout ce qui respire ^ Où le rude aquilon, sans cesse déchaîné, Soufflant ave* fureur tout autour de sa cime. De la neige glacée ébranle les amas.
Les fait tomber en bloc , et d^abime en abime Projette TavalancRe avec un long fracas.
Le père des saisons , poursuivant sa carrière , Vainement sur ce mont, de son char radieux, Lance ses traits; Fhiver oppose la barrière De ses vastes glaçons, tout brillants de lumière. Mais qu'il ne peut jamais pénétrer de ses feux. Que jamais en ces lieux nul mortel ne s^arréte; Que l'efiEroi du danger précipite ses pas ; Il marche environné de perfides frimas î ^ La mort est sous ses pieds , la mort est sur sa tête.
^ Là, des sapins, des mélèses épars , Tristes enfants d^une stérile terre.
Quelques aigles bravant celtcfroide atmosphè A , Du passant centriste frappent seuls les rej^ard». Cest là, c'est sur ce 'mont que, sentant en son àni^ De Vamour du prochain brûler la douce flamme ^ Saint Bernard, emporté d'un élan généreux^ Établit un asile ouvert au malheureux C'est là, depuis ce temps, pour secourir leurs frères, Qu'imitant ses vertus, prisonniers volontaires , Des hommes , dans les jours du passant redoutés , Quand la brunie ou la neige ôte au ciel ses clartés^
Ou hten quand par degrés le jour fiait place à Toiubre^ Explorent les chemin^pour diriger les pas Du pauvre voyageur , que maint et maint encombre Menace à chaque instant du plus affreux trépas. Mais, du génie humain précieuses ressources!
Des chiens dressés par eux les suivent dans leurs courses , Partagent leurs dangers^ secondent leurs travaux; Souvent même on a vu ces savants animaux Retenir un passant au bord du précipice.
Du mont SaintrBernard donc, sorti seul de Thospioe, Un de ces chiens suivait les sentiers périlleux^ Déployant en tout lieu sa rare intelligence, Il promenait partout des regards curieux^ Un objet éloigné s^est offert à ses yeux....
A cet aspect, promptèment il s^avance.
Qu^aperçoit-il ? à ciel ! un jeune enfant Dormant paisiblement sous une affreuse voûte De neige et de glaçons, «c En cet endroit, sans doute , La terrible avalanche a, dit-îl, en tombant, Dans Tabime emporté ta malheureuse mère.
Pauvre petit infortuné!
Tu me remplis le cœur d^une douleur amére; .
Mais, puisqu'à te sauver le ciel m^a destiné. Empressons-nous. » Il ditj prés de lui fait entendre
Un salutaire jappement,
L^agite par son vêtement.
L'enfant s'éveille, a peur; mais de Pair le plus tendre Sur lui fixant les yeux, le chien parle en ces mots : g
« Mon aspect t'a surpris, que ma voix te rassure;
Je ^^gage , je te conjure , ^ans tarder un instant, de monter sur mon dos. »
De l'enfant la crainte se passe ^
Enfin le chien si bien paria.
Que sur sa molle échine effourché le voilà ; * De ses petites mains doucement il embrasse Le cou de son coursier, qui, plein d'agilité, Et fier de son fardeau, remonte vers l'hospice. Par ce bon animal se sen'ant emporté^.
Le jeune écuyer dit : « D'un aussi grand service,^
De tant de peine et de bonté
Quelle sers li^réoempense?
Quel terme donnerab-je à ma reconnaissance ?
2e ne suis qu^an enfant j hélas ! je ne puis rien^
Mais, un jour , crois-moi , je Fespére
— Laisse-là ce souci) le plaisir de bien faire
Doit suffire aux bons ccsurs , » lui répondît le chien.
Il ajouta ces mots r « Seulement y lorsque Tàge * *
Aura multiplié le nookbre de tes ans ,
Songe à moi quelcpiefois^ n'imite point ces gens
Que Ton yoit prodiguer et les coups et Toutrage
A d'infbrtimés animaux, i<efl compagnons de Thomme, à ses ordres fidèles.
De ses mabons, de ses troupeaux
Incorruptibles- sentinelles.
Qui , partageant ses plaisirs et ses n^anx , . Qui , bravant pour Tingrat une main ennemie ,
Et» relevant son courage abattu, • *
-Quand un fer assassin vient menacer sa vie, Xjoà donnent si souvent dtB leçons de vertu. »
I^IOCHB.