DU BON EMPLOI DU TEMPS
Article extrait de V Essai sw Fèmploi du Temps ^ par M. A'. jfjLtiEif,, de Paris; 3« édition^ pubUée à Paris, en 18147 par MM. DoNDST-DuBivé.
Le bon emploi du temps , et la meilleure méthode pom* bien diriger l'administration de Ig vie , offrent sans doute à la méditation l'une des questions philosophiques et morales qui intéressent Je plus tous les hommes ; dans toutes le» conditions et
dans tous les âges. Le temps, a dit Franklin (0 , est Tétoffe dont la vie est faite ; et la vie elle-même est un bien fugitif et fragile qui nous échappe sans cesse. Bizarre inconséquence du cœur humain! fious nous plaignons de la courte durée de la vie , et nous contribuons nous-mêmes à l'abréger et à la perdre^ par une dilapidation déplorable de tous nos instants. Conibien peu de personnes savent apprécier la valeur des heures, et en régler les divers emplois ^ avec une sage et sévère économie! On parle souvent du prix du temps, let tuer le temps est la grande occupation d'un grand nombre d'hommes. Nos visites d'étiquette , nos petits devoirs de société , nos 4ables de jeu , nos théâtres , si peu propres en général ik élever les âmes et à réformer les mœurs , même une partie de nos lectures, si frivoles et quelquefois si dangereuses, sont ctèa ressources pour se délivrer de ce superflu de la viV, dont -les gens du monde ne savent que faire.
Et cependant, pour l'homme qui veut ménager les moindres parcelles de cette substance précieuse, trop souvent dissipée comme mne vile poussière , chaque jour, intervalle de temps marqué par la nature, peut donner un résultat bon et utile; chaque homme, placé dans la sphère de ses relations, peut devenir un sujet d'observations, un moyen d'instruction ou d'action ; chaque fait particulier , susceptible d'être remarqué et recueilli , peut conduire et'se rattacher à un principe général , et fournir une
(x) FrankliiT) né à Bostou en 1706, se distingua par son activité et son esprit, et fonda des établissements très-utiles. Il fut envoyé en ambassade à Paris. On lai doit la découverte du paratonnerre. ,
( 19 ) leçon salutaire ; chaque circonstance* fugitive et momentanée yà'mi a^rtain intérêt ^ peut laisser des traces et un profit durables. Les inconvénients même, les obstacles , les miUhevrs que Voh roneontre à chaque pas dans là- vie , peuvent étr# ciumgés , par une volontéforte, intelligente et active^ en étém^nt» de succès et eh moyens 'de bonheur. Ainsi , la vie entière est un cours continuel d*éducation et d'expérienceSy et une école de morale pratique, Aûiii., nos enfants peuvent devenir, comme ik doivent l'être, la continuation perfecttonnëede leurs parents, au lieu d'en être la répétition monotone et stérile. C'est surtout pour les jeunes gens qui voient s'ouvrir devant eux une vaste carrière, qui , dans l'ordre de la nature, sont appelés à disposer d'un plus grand nombre d'années, que ces vérités seraient d'une haute importance, s'ils savaient et voulaient les appliquer. Des habitudes d'ordre et d'économie, données à la jeunesse , et pratiquées de bonne heure dans la vie journalière, laisseraient des semences profondes dans les esprits et dans les cœurs ^ elles exerceraient une influence continue et nécessaire qui rendrait insensiblement les hommes meilleurs et
plus' heureux,
JuLLiEK, dé Paris.