LA RENCONTRE DES EAUX
Il n'y a pas dans ce monde immense une vallée si délicieuse, que l^qi val}4ée dans le sein de laquelle les eaux brillantes se réunissent. Oh! les derniers rayons du sentiment et de la vie s'effaceront de mon cœur avant qu'il perde le souvenir de cette conti'ée fleurie !
Cependant ce n'était pas parce que la nature avait répandu avec profusion sous ses frais ombrages son cristal le plus pur et sa verdure la plus brillante^ ce n'était pas la douce magie des eaux ou des collines; oh ! non , c'était quelque chose encore plus ravissant !
C'étaientles amis, les bien-aimés de mon ame, qui, près de moi , me rendaient plus chers ces lieux enchanteurs 5 c'étaient eux qui me fesaient sentir combien les plus beaux charmes de la nature gagnent à être réfléchis par les regards de ce qu'on ainfb.
Douce vallée d'Ovoca! combien j'aimerais à reposer dans ton sein ombragé avec les amis que je chéris le plus, lorsque cesseront les tempêtes qui nous assiègent dans ce monde glacé^ et que nos cœurs, comme tes eaux, se confondront dans le repos. Traduit de Th. Moobe, par M. Sw. B.
LE RXnSSEAU.
Un villageois était assis un jour au bord d'un ruisseau qui coulait le long de sa prairie , et il regardait paître ses troupeaux. Mais cette vue ne réjouissait point son ame ^ car il voyait que l'herbe était maigre et clairsemée , et ne suffirait pas pour nourrir son bétail la moitié de l'été.
Son voisin vint à lui^ et, remarquant son air soucieux^ il lui demanda la cause de son chagrin. Alors le villageois se mit à parler de ses craintes et du chétif produit de son pré ; le voisin lui dit : « Fais comme moi-même j'ai fait avec ma prairie; elle se trouve au bord du même ruisseau , et autrefois elle était avare et stérile comme la tienne. J'y ai conduit le ruisseau^ et l'herbe est devenue épaisse et grasse, et elle monte jusqu'au ventre des taureaux.»
Le villageois, charmé du bon conseil, se mit aussitôt à l'ouvrage avec ses gens , et ils coupèrent le ruisseau.
Le ruisseau se déchargeant sur la prairie , l'inonda tellement qu'elle ressemblait à un lac , et il la couvrit de sable et de gravier. Alors le malheureux villageois courut désespéré chez son voisin , lui reprochant avec colère le conseil qu'il lui avait donné.
Mais celui-ci lui dit : « Mon ami , pourquoi es-ta irrité qpntre moi, et me reproches-tu un conseil que je t'ai donné avec un cœur droit et bienveillant; c'est contre toi , contre ton propre cgeur et son impatience , que tu devrais te fâcher. 11 fallait conduire les eaux grasses du ruisseau par des canaux à travers ta prairie : si tu l'inondes subitement par la violence des eaux, le ruisseau dépose le gravier et
le sable , et entraîne avec lui et son limon et la bonne terre du pré.
Traduction de KRVMMiCHER.
Discours de M. Ackertiiann sur la mort de Fré-^ déric Bourgeois, prononcé à V institut Pesta-lozzi le jour des funérailles de ce jeune homme, et peu de temps après la mort de M"^ Pesta*
lozzi,
kv jardin terrestre s^ëlevaît une plante majesineuse, qui, depuis nombre d'étés, en fesaitrornement; ses fleurs en avaient effacé beaucoup d'autres par Téclat de leurs couleurs , et son parfum remplis* sait le jardin long- temps après qu'elle fut défleurie.
Mais un hiver rigoureux survint; la noble plante, avide de l'éternel printemps, pencha sa tête appesantie par les semences précieuses auxquelles oa meilleur sol devenait nécessaire.
Alors l'éternel jardinier , à qui les fleurs do tou^ les jardins et de tous les mondes adressent leurs vœux, envoya un ange pour recueillir les semences inestimables destinées à de plus doux climats, tandis que la tige flétrie retomberait sur la terre, k qui elle devait sa naissance.
L'envoyé céleste emmena , comme il lé fait près* que toujours , trois de ses frères avec lui , l'Espérance, la Foi et la Charité. Ces trois anges entourèrent tendrement la fleur, pendant que le premier, d'une inain délicate , enlevait la semence divine, et couchait doucemçnt le reste sur la terre , afin que chacune de ses parties fdt rendue à sa destination.
Les messagers divins s'envolèrent alors précipi-
( 54 ) tamment ^ apportant à leur maître la semence de
vie Oh ! avec quel éclat ne doit-elle point
germer et fleurir maintenant!
Mais les autres fleurs envièrent le sort de celleci; car il fallait qu'elles demeurassent encore dans ces lieux où l'hiver règne Souvent : comment des fleurs pourraient-elles ne pas désirer le printemps! Tout auprès de la plante arrachée^ il s'en trouvait une autre si remarquable, qu'on aurait pu croire qu'elle n'appartenait point proprement à ce jardin; elle n'avait vu que peu d*étés^ le temps de sa floraison n'était pas encore venu; mais elle renfermait une si faible chaleur de vie^ qu'à peine semblait - elle tenir à la terre.
Ses nombreux boutons , trop précoces , brillaient d'un éclat céleste, et exhalaient un parfum suave qu'enviaient les fleurs d'alentour; quelques -unes même pensaient qu'une plante terrestre n'était pas
faite pour prendre un tel essor En effet, tandis
que ses fleurs prématurées s'efforçaient de s'épanouir , ses racines ne pouvaient plus la retenir au sol, et sa tige affaiblie succombait sous le poids de sa tête.
Alors le Créateur, jetant sur elle un regard d'amour, ordonna à l'un de ses messagers de recueillir les riches et pesants boutons destinés à fleurir dans un plus beau printemps. Cette fois encore le bon | ange fut accompagné de trois de ses frères, l'Amour , fraternel, l'Amour paternel , et le plus doux de tous . les anges, l'Amour maternel.
Tous trois environnèrent la fleur bien-aimée, et, fixant sur elle leurs tristes et tendres regards, ils ne les en détournèrent que lorsque sa dernière douleur eut fait place au sourire de la béatitude
(55 ) L'aoge avait rempli la mission divine, et comme il achevait de courber vers la terre la tige inanimée , ses trois compagnons, vaincus par la douleur, se penchèreipt sur ces restes chéris, qu'ils auraient voulu suivre dans la froide terre qui allait les recueillir.,.. Mais déjà Tange s'élevait d'un voj rapide avec son précieux dépot^ il leur fit signe, et ils se relevèrent consolés, car ils savaient que ce n'était pas cette tige rendue à la poassière qui était l'objet de leur amour ^ mais bien l'essence précieuse qui les précédait dans l'éternel matin/
Les fleurs terrestres voient encore cette fois' avec regret l'ange s'éloigner d'elles; elles restaient exposées aux figuéurs de l'hiver , et s'il est vrai que les fleurs soupirent toujours après le printemps, combien plus, après le printemps étemel!
Vous n'ignorez pas, mes enfants, quelle est la no* ble plante dont les semences étaient mûries par l'âge; et vous savez bien aussi quelle est la tendre fleur dont les riches boutons devançaient le printemps. L'herbe ne couvre point encore la tombe de la première, nous venons de quitter celle de la seconde.