‹ La couronne littéraireChapitre 38 sur 108 · SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD

Alors vivait dans un cloître un homme dont les dépositaires du pouvoir suprême devaient ambition* ner les suffrages autant que ceux d'un sénat ou d'un peuple législateur. A ce trait seul on doit reconnaître cet abbé de Clair vaux ^ devenu si célèbre sous le nom de saint Bernard.

Nul homme n'a exercé sur son. siècle un empire aussi extraordinaire : entraîné vers la vie solitaire et religieuse par un de ces sentiments impérieux qui, n'en laissent pas d'autres dans Tame, il alla prendre sur l'autel toute la puissance de la religion. Lorsque, sortant de son désert , il paraissait au milieu des peuples et des cours , les austérités de sa vie , empreintes sur des traits où la nature avait répandu Ja grâce et la beauté, remplissaient toutes les âmes d'amour et de respect. Eloquent dans un siècle ou le pouvoir et le charme jie la parole étaient absolument inconnus, il triomphait de toutes les hérésies dans les conciles; il faisait fondre en larmes les peuples au milieu des campagnes et des places publiques. Son éloquence pai*aissait un des miracles de la religion qu'il prêchait. Enfin l'Eglise , dont il était la lumière ,' semblait recevoir les volontés divines par son entremise. Les rois et leurs ministres , à qui il ne pardonnait jamais ni un vice, ni un malheur

(6o) public , s'humiliaient sous ses réprimandes comme sous la main de Dieu même; et les peuples, dans leurs calamités , allaient se ranger autour de lui , comme ils vont se jeter au pied des autels.

Egaré par l'enthousiasme même de son zèle, il donna à ses erreurs l'autorité de ses vertus et de son caractère , et entraîna l'Europe dans de grands mal- . heurs. Mais gardons-nous de croire qu'il ait jamais voulu tromper, ni qu'il ait eu d'autre ambition que celle d'agrandir l'empire de Dieu.

C'est parce qu'il était trompé lui-même, qu'il était toujours si puissant; il eiit perdu son ascendant avec sa bonne foi. L'Eglise , malgré les erreurs , qu'elle lui a reconnues , l'a mis au rang des saints ; le philosophe, malgré les.reproches qu'il peut lui faire, doit l'élever au rang des grands hommes.

Garât. Éloge de Sttgen .

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